Défendre la révolution iraniennne !
Michel ROVERE Aoute en, une première conti U quinzième jour de la guerre me irakien, une première constatation s'impose : le conflit a servi de prétexte et de couverture pour une intervention militaire encore plus massive de l'impérialisme dans la région.
Les grands médias occidentaux, pour justifier ces manœuvres, ont agité à plusieurs reprises la menace d'une fermeture par les Iraniens du détroit d'Ormuz et donc d'une asphyxie pétrolière de «l'Occident». Les 16 millions de barils qui transitaient quotidiennement, avant le déclenchement des hostilités, par le Détroit en provenance d'Iran, d'Irak, d'Arabie saoudite et des Etats du Golfe représentent approximativement 40% des importations pétrolières mondiales, 35% de la consommation des pays capitalistes et près de 60% des importations pétrolières de l'Amérique, de l'Europe et du Japon réunis.
Mais les manœuvres militaires impérialistes ont débuté dans cette région plusieurs mois avant que la guerre entre l'Iran et l'Irak n'ait lieu. Il y a 20 mois exactement que Carter a assigné comme objectif prioritaire au Pentagone la mise au point d'un «dispositif militaire de surveillance, de contrôle et d'intervention» dans le golfe Persique. Pour ce faire, l'administration américaine a donné aux militaires carte blanche et des crédits presque illimités.
Dans son Discours sur l'état de l'Union de janvier 1980, Carter expliquait que «toute tentative par une puissance extérieure de prendre le contrôle de la région du golfe Persique serait considérée comme une atteinte aux intérêts vitaux des EtatsUnis et serait combattue par tous les moyens nécessaires, y compris par la force militaire ». Fait après l'intervention militaire soviétique en Afghanistan, l'énoncé de cette doctrine Carter ne visait pas seulement le Kremlin et sa très hypothétique «poussée vers les mers chaudes», mais en premier lieu les Etats de la région, c'est-à-dire le régime iranien né du renversement du chah.
Jusqu'en 1971, malgré une pénétration économique et militaire de plus en plus importante de l'impérialisme US dans cette région, notamment au travers de l'Arabie saoudite, c'est la Grande-Bretagne avec ses protectorats sur les Emirats du Golfe et ses bases militaires à Aden qui a assuré l'essentiel de la «sécurité militaire» dans le Golfe. De 1971 à 1978, c'est l'Iran qui, après avoir occupé les contrôlant le (Petite Tumb, Grande Tumb et Abu Mussa qui auraient dû être remis aux Emirats arabes lors de la décolonisation) a joué le rôle de gendarme de l'impérialisme dans la région. Pour déstabiliser le régime irakien, c'est Téhéran qui, avec l'appui de la CIA et des Israéliens, a aidé la révolte des dirigés par Barzani accords d'Alger de mars 1975 où le chah imposait au régime baasiste irakien, sur la base du rapport de forces militaire, la reconnaissance de sa souveraineté totale sur le Chatt el Arab. C'est le régime Pahlavi encore qui a envoyé ses troupes combattre les guérillas du Dhofar et qui a
Run rapprochement avec le mesure que celui-ci accentuait son évolution pro-occidentale.
Mais depuis 1979 et la chute du chah, Washington n'a pas encore trouvé d'autre pays susceptible et capable de jouer ce rôle de gendarme fidèle et totalement dévoué dans la région. Les Etats pétroliers du Golfe ont acheté ces dernières années et depuis 1979 d'énormes quantités d'armements aux Etats-Unis, mais aussi à la France et à la Grande-Bretagne. Mais dans ces pays peu peuplés où la misère et l'analphabétisme régnaient encore en maîtres il y a une dizaine d'années, il n'y a pas encore d'infrastructure humaine capable mettre en œuvre sur une grande échelle des systèmes d'armes hyper-sophistiquées.
Même en Arabie saoudite, l'arde 60000 hommes, par la Garde blanche formée de tribus bédouines, n'apparaît pas en mesure de remplacer ce qu'était l'armée iranienne au temps de sa splendeur impériale, lorsqu'elle était la mée du monde. Et puis c'est dans la Garde blanche que les conjurés qui s'étaient emparés de la Grande mos-
Guerre Iran / Irak quée de la Mecque l'année dernière ont bénéficié de larges complicités...
obstacle pour l'administration américaine dans recherche d'un nouveau gendarme, c'est la question palestinienne. chah remplissait à merveille ce rôle parce qu'il était également dans la région l'allié privilégié d'Israël à qui il vendait son pétrole et dont les services de renseignement venaient encadrer la Savak.
Tout ce contexte politique dans le golfe Persique explique pourquoi la politique américaine s'oriente vers la possibilité d'intervention directe, ce qui représente un retour en arrière par rapport à la doctrine Nixon de désengagement militaire US, qu'elle avait été énoncée à Guam en 1972. C'est le sens de la création d'une Force de déploiement rapide (FDR) de 110000 hommes. C'est la raison pour laquelle tout le dispositif américain dans l'océan Indien est considérablement renforcé (en premier lieu la base de Diego Garcia) et qu'une importante force navale US est présente à l'entrée du Golfe.
TABAS, UNE REPETITION
A ECHELLE REDUITE sur Tabas, pour lamentable qu'ait été son issue du point de vue de Washington, contient en lui-même tous les éléments de la nouvelle doctrine militaire de Carter : mise en œuvre d'unités d'élite américaines pouvant s'intégrer à la FDR, utilisation de dans les pays amis (l'Egypte, mais on parle aussi de l'Oman), coordination avec l'importante flotte de guerre US dans l'océan Indien et même coordination avec des complicités dans l'armée iranienne. Il y a là, à échelle réduite, tous les ingrédients et les montages échelle. C'est ce qu'illustre d'utilisation de la FDR dans une ruerre du désert qui se sont dérou é en mars 1980 (manœuvres Gallan Eagle autour de Fort Irwin en Californie) et en juin (opérations Red Flag autour de Nellis Air Base dans le Nevada). Washington a proposé Paris, Londres et Canberra la forma-
tion d'une force navale commune d'intervention dans le golfe Persique : c'est une escalade - comme l'envoi d'avion Awacs en Arabie saoudite -des manœuvres impérialistes qui a une signification évidente. Prenant la mesure de la force de la révolution iranienne, Washington tente d'associer ses alliés occidentaux à une éventuelle intervention directe : cela donne toute l'importance de la bataille que le mouvement ouvrier occidental doit engager pour dénoncer les manœuvres contre-révolutionnaires de l'impérialisme, bataille autour des mots d'ordre suivants : «Impérialistes, bas les pattes devant la révolution iranienne ! Retrait immédiat de toutes les flottes de guerre impérialistes et démantèlement des bases US dans la région !».
LA SITUATION INTERIEURE
EN IRAK ET LES AMBITIONS
REGIONALES DU REGIME BAASISTE Les ambitions régionales l'Irak sont relativement récentes et reposent matériellement sur l'expansion industrielle que le pays a connue depuis 1971. Cette expansion industrielle s'est appuyée à la fois sur la récupération par l'Etat irakien de la pétrolière (nationalisation des compagnies pétrolières dont la fa-
Irakian Petroleum Company en 1972 et 1975) et son augmentation depuis 1973, sur l'élargissement du marché intérieur lié à la deuxième phase de la réforme agraire entamée en 1971. De 1971 à 1975 le PIB a été multiplié par trois. Le dernier plan quinquennal prévoyait une augmentation annuelle de 16,8% du revenu national brut par habitant. Avec 100 milliards de barils l'Irak occupe la deuxième place des pays de l'OPEP du point de vue des réserves derrière l'Arabie saoudite. C'est également le pays exportateur de péde l'OPEP (3,5 millions de barils par jour). Ses principaux clients la France, l'Italie, l'Espagne, la Grande-Bretagne et le Japon. En 1979, le pétrole a rapporté 20 milliards de dollars à l'Etat irakien (soit plus que les recettes pétrolières iraniennes en 1978, alors que l'Irak avec 12 millions d'habitants est trois fois moins peuplé). En 1980, près de 18 milliards de dollars devaient être investis dans des projets de développe-
Pourtant la manne pétrolière les réformes imposées autoritairement par le régime baasiste où dominait initialement le secteur capitaliste d'Etat, n'ont pas résolu, tant s'en faut, les problèmes du sous-dévelop pement. Alors que le pétrole représente encore 80% du PNB, la stagnation relative des cours du brut en 1976-1977 a montré la fragilité de l'expansion industrielle fondée sur l'importation d'usines «clés en main» technologies visant à la substitution des importations. Dans le premier numéro de son édition clandestine de Tariq Al le PC irakien dénonçait, avoir rompu avec le Baas en 1979, la politique économique en ex pliquant - mais un peu tard - qu'elle accroissait la dépendance à l'égard 1978, plus de 90% des investissements industriels avaient été confiés à des entreprises capitalistes et à des multinationales occidentales, et en 1976 la part du secteur privé avait dépassé celle du secteur public (1200 millions de dinars contre 950 pour le secteur public).
Cette industrialisation a renforcé les polarisations sociales, avec l'émergence d'une bourgeoisie liée à l'appareil de l'Etat et du parti, et d'imdifférentiations campagnes marquées par le renforcement du poids économique des gros
Get des commerçants aisés, qui ont su tisser mille et un lien d'intérêts, politiques et familiaux avec la bureaucratie de l'Etat baasiste.
Cette polarisation sociale renvoie bien sûr à des phénomènes économiques, en premier lieu au maintien et à l'accroissement des inégalités de remaintien d'une économie de marché régie par la loi du profit et de l'accumulation capitaliste. C'est là que réside l'obstacle fondamental qui empêche l'Irak de sortir du sous-développement. Les destructions économiques provoquées par la guerre vont sans doute souligner plus rapidement et avec plus d'acuité que prévue cette réalité socio-économique.
Sur le plan politique, la dictature irakienne a été secouée par la crise du Baas, l'isolement politique croissant de la clique de Saddam Hussein et surtout par l'impact de la révolution iranienne auprès de la paysannerie pauvre chiite du sud de la Mésopotamie ainsi que par la résurgence du
Il apparaît aujourd'hui évident que le complot de juillet 1979, qui aboutit à l'arrestation de 250 cadres du Baas et de l'armée et l'exécution de 22 conjurés (dont deux ministres et cinq membres du Conseil du commandement de la Révolution) a dépassé par son ampleur tous les précédents. Si les conflits de cliques et de fractions ont joué sans doute un rôle essentiel dans cette conjuration, elle aboutit de fait, vus les rapports entre certains des comploteurs à la rupture de la précaire Union irako-syrienne annoncée en juin 1979 et qui devait servir d'axe naturel autour duquel se regrouperaient les Etats arabes qui refusaient Camp David. Cette union également, dans l'esprit des deux régimes, servir à mettre en place une solide barrière pour éviter la contagion de la révolution iranienne, à laquelle étaient particulièrement sensibles les dictatures laïques baasistes de Damas et de Bagdad. LA MENACE DES CHIITES ET DES
Alors que l'industrialisation a contribué à concentrer dans les centres urbains des dizaines de milliers de paysans kurdes et arabes chiites, violemment réprimées ont eut lieu parmi les masses plébéiennes des deux grands sanctuaires chiites en Irak, Nadjaf (où Khomeiny resta en exil de 1963 à 1978) et Kerbala. De puis le début de l'année 1980, plus de 20000 travailleurs chiites d'origi expulsés vers l'Iran. La police politique baasiste a décimé les réseaux de l'organisation terroriste chiite Al Daawa, d'inspiration khomeiniste et le principal dignitaire religieux chiite, l'ayatollah Bagher Sadr, après avoir été arrêté, a été égorgé dans sa cellule par les sbires de Saddam Hussein. La rupture avec le PCI et la répression de ses militants visait également à empêcher toute structuration même embryonnaire d'un mouvement ouvrier indé-
A cette opposition religieuse et sociale latente des Chiites qui représentent 50% de la population (les baasistes irakiens sont d'origine sunnite) s'ajoute la résurgence de la question kurde. Les Kurdes représentent plus de 20% de la population en Irak. L'accord d'Alger de 1975 entre le chah et Saddam Hussein s'est fait sur leur dos. Après avoir infligé une défaite militaire aux troupes barzanistes lâchées par le chah (cf. article de Pierre Chardin sur défaite des Kurdes d'Irak), le régime trakien a adopté sa solution fi nale du problème kurde: plus de 1000 villages, sur une bande frontière de 20 km entre l'Iran et l'Irak ont été rasés. Leur population kurde a été déportée dans les zones de peu-
Pourtant, affaiblie, épuisée dans les luttes de factions et par l'effroyable logique qui veut que chaque groupe kurde irakien cherche régulièrement la protection d'un Etat de la ré gion, la résistance kurde en Irak a commencé à réorganiser ses forces. grâce, en partie, au développement du mouvement qui a touché le Kur-
distan iranien. Si les estimations sur de peshmergas que peuvent aligner les organisations kurdes irakiennes ne dépasse pas quelques ils suffisent à inquiéter qui laisse trois Kurdistan (soit l'équivalent des forces qui ont lancé le premier assaut contre l'Iran) et qui continue à envoyer périodiquement ses Mig et ses Sukkoi bombarder les villages suupçonnés d'abriter les guérillas:
Depuis quelques mois, les Kurdes irakiens ont été rejoints dans leurs maquis, en particulier la fameuse «vallée des Partis » située dans une zone libérée à la frontière irano-irakienne, par les militants du PC irakien. Allié du Baas depuis 1973, le PC irakien n'avait pas hésité à sacrifier sur l'autel de la collaboration de classe et du traité d'amitié signé en 1972 entre Moscou et Bagdad la lutte du peuple kurde et les intérêts du prolétariat irakien. Le Baas ne lui en a guère su plus gré que ne l'avait fait Nemeiry pour le soutien sans faille que lui avaient apporté les communistes soudanais.
En 1977 et 1978, des dizaines de militants communistes ont été assassinés, jusqu'à réduire finalement le PCI en 1978 à la semi-clandestinité. Après la fermeture le 5 avril 1979 de son journal Tariq Al Chaab, le PCI rompait avec le Baas. Le rapport présenté au Comité central du PCI de juillet de la même année appelait à la lutte armée pour renverser « la dictaBaas a également rendu compte du réalignement partiel, pro-occidental, diplomatie irakienne. Bagdad avait rompu ses relations diplomatiques avec Washington apres la guerre des Six Jours de 1967. Seule de meure en Irak une section des intérêts américains composée d'une vingdiplomates qui résident à l'ambassade de Belgique. En 1972, au moment où Sadate expulsait les militaires soviétiques et amorçait le tournant qui devait le conduire aux accords de Camp David, Irak signait un traité d'amitié avec l'Union soviétique. Ce sont les Soviétiques qui ont en grande partie contribué à forger l'armée irakienne, en équipant ses 190000 hommes, en fournissant l'essentiel de ses 350 avions, 1800 chars de batailles et 2000 blindés légers (même si ces dernières années Bagdad a diversifié ses fournitures militaires, en s'approvisionnant en France et en Italie no-
L'éclatement de la révolution iranienne, la chute du chah et l'échec de l'Union irako-syrienne ont accéléré le virage pro-occidental de la politique irakienne et le rapprochement régimes réactionnaires du Golfe, l'Arabie saoudite et les Emirats. En février 1979, Bagdad signait avec Ryad un premier accord de sésur les frontières pour geler le contentieux sur certains territoires disputés. Le véritable tournant va avoir lieu un mois plus tard, au moment de la dernière guerre entre les deux Yémen. L'Irak prouva sa « bonne volonté» en aidant militairement le Yemen du nord.
En septembre 1979, un traité de défense mutuelle était signé entre l'Irak et Ryad. Et Saddam Hussein proposait en février 1980 nationale à tous les Etats arabes de la région qui refusaient à la fois les accords de Camp David et désiraient contenir la révolution iranienne.
Poursuivant son dessein de deve-
Pirak celeraie puissance de anale,
1979-1980 le développement de ses installations nucléaires avec le concours du gouvernement français. Des installations qui, par le modèle de filière choisi et les quantités de combustible lourd livrées à Bagdad, pourraient déboucher sur la mise au point de la première bombe atomique arabe.
Pourtant ce réalignement pro-occidental ne peut pas être aujourd'hui encore purement et simplement identifié à la défense des intérêts américains dans la région et il reste limité pour plusieurs raisons : La rupture entre le PCI et le - pour des raisons de stabilité intérieure et de politique régionale, Le Baas irakien veut maintenir son profil de direction nationaliste arabe, anti-impérialiste et «non-alignée » (c'est en 1982 que Saddam Hussein doit succéder à Fidel Castro à la tête des non-alignés); - ensuite les Etats-Unis eux-mêmes, à trois reprises, ont montré leur propre faiblesse, étant incapables de soutenir jusqu'au bout le chah, face à la crise afghane et depuis la prise des otages à l'ambassade américaine de Téhéran; - enfin, il y a la question palestinienne, la politique israélienne de Washington et le refus de reconnaître l'OLP comme interlocuteur valable, capable de diriger un mini-Etat palestinien, deviennent, après le déclenchement de la révolution iranienne, de plus en plus difficile à soutenir ouvertement. «Les Américains n'ont vraiment rien, mais rien compris, expliquait en juillet 1979 un Koweitien à un journaliste spécialisé, comment pourrions-nous soutenir Sadate et Israël alors qu'une révolution islamique gronde à nos portes ?»
En déclenchant le 22 septembre son offensive militaire, Saddam Hussein escomptait deux résultats : - il entendait mettre à profit l'aubaine que constituait l'affaiblissement de la puissance militaire ira-
Get l'isolement diplomatique de Téhéran pour affirmer son leadership sur la région et récupérer des zo-
(Chatt el Arab) dont l'intérêt stratégique pour l'Irak est évident (c'est le seul débouché maritime du pays, par où transite l'essentiel de ses exportations pétrolières); - il escomptait aussi, sur la base d'une guerre éclair lui permettant de s'emparer de gages territoriaux importants, exacerber la crise du régime khomeiniste et accélérer
Ce dessein des dirigeants irakiens a été facilité et en particulier alimenté par la politique suivie depuis pluRépublique islamique. Ceux-ci, depuis la chute du chah, se sont refusés à dénoncer le traité léonin de 1975 ou d'en proposer la renégociation. Or il démontrer que les masses ouvrières et paysannes d'Iran (ou d'Irak) ont le moindre intérêt objectif à savoir si la ligne frontière entre les deux pays passe par le milieu du fleuve (traité de 1975) ou par la rive droite, à l'exception des enclaves d'Abadan et de Khorramehar où elle se situe au milieu (traité de 1937). II en est de même de la possession des trois flots du détroit d'Ormuz, dont l'occupation par le chah en 1971 a marqué symboliquement son entrée en scène comme gendarme impérialiste de la région. Au contraire, les déclarations tonitruantes pan-iraniennes de certains dirigeants de la République islamique réclamant par exemple l'ile de Bahrein comme partie intégrante du territoire iranien, ont facili-
Enfin, le régime de Téhéran a utilisé à ses fins politiques propres, depuis des mois, la tension frontalière avec l'Irak. Au premier chef pour justifier par le danger extérieur le maintien de l'ex-armée impériale, de sa hiérarchie et y limiter les purges et les épurations. Le complot extérieur a également été utilisé pour dénier au mouvement des nationalités opprimées en Iran la satisfaction de leurs droits nationaux et de leur droit à l'autodétermination.
Les manifestations de la population arabe du Khouzestan en mai et juin 1980 ont été réprimées dans le sang par les pasdars et l'armée iranien-
ne après que les autorités de Téhéran - le régime irakien se proposait ouaient expliqué que le mouvement national arabe était un simple complot de l'impérialisme et de l'Irak. La deutoujours par l'armée iranienne et les pasdars contre le mouvement kurde au printemps dernier a été entamé sous le prétexte de la «défense militaire» de la frontière avec l'Irak. Mais une «défense militaire» qui passait pour les autorités de Téhéran par le désarmement des milices et l'interdiction des organisations politiques kurdes qui alignaient 50000 hommes en armes. On pourrait rajouter le cas des paysans turkmènes qui, eux aussi, avaient commencé à s'armer, à occuper les terres et à revendiquer leurs
Cette politique «militaire» dirigeants de la République islamique avait des fondements sociaux tout à fait évidents qui s'articulaient autour de la défense de la propriété privée et de l'Etat bourgeois, face à une dynamique de révolution permanente enclenchée avec la chute de la dictature Pahlavi.
La politique militaire de ces derniers mois (nous aborderons plus loin l'actuelle politique militaire des dirigeants de la République islamique dans le conflit en cours) a eu des répercussions sur le déroulement même des premiers jours du conflit avec l'I-
L'avance militaire des troupes blindées et motorisées irakiennes sur plusieurs kilomètres, sans qu'aucune résistance sérieuse ne leur soit opposée, est partiellement due au fait que le gouvernement de Téhéran avait délibérément choisi de maintenir de nombreuses unités blindées (notamment celles équipées de Chieftain, le char le plus moderne en dotation dans l'armée iranienne) dans les zones des nationalités, autour des grands centres urbains et même le long des frontières soviétique et afghane com-
QUELLE DEFENSE MILITAIRE
DE LA REVOLUTION IRANIENNE? L'agression militaire irakienne a porté à un nouveau niveau l'actualité de la défense militaire de la révolution iranienne, pour trois raisons es- l'offensive des forces armées irala conquête l'occupation militaires d'une des zones économiques vitales de l'Iran (le Khouzestan) et notamment les principaux centres urbains (Khorramchar, Abadan, Ahwaz, Dezful) ;
vertement de favoriser la chute du régime Khomeiny et d'ouvrir la voie à la contre-révolution iranienne par le biais d'un coup d'Etat ou d'une guerre civile; - l'ouverture de cette guerre ser
Avait également les desseins de l'impérialisme, à la fois parce qu'elle était censée affaiblir les forces vives de la révolution iranienne et parce qu'elle lui permettait de hâter et de développer ses préparatifs d'intervention militaire dans la région.
Au contraire des zones frontalières limitées mises en cause par l'abrogation du traité de 1975, la réussite des buts de guerre irakiens au d'accentuer l'étranglement économique d'un pays qui a déjà vu une partie de son infrastructure économique par les raids irakiens. une telle réussite militaire aurait un impact social peut-être encore plus important pour l'avenir de la révolution iranienne en gelant (par l'occupation militaire) ou en atomisant (par l'exode) l'activité du prolétariat pétrolier et des travailleurs des centres industriels du Khouzestan. C'est parce qu'ils n'avaient pas abattu la dictature du chah et sa Savak pour retomber sous la coupe réglée des sbires du Baas irakien que les travailleurs d'Ahwaz, Khorram-
Abadan et Dezful se sont mobilisés pour résister militairement aux troupes de Saddam Hussein et défendre leurs acquis. De façon semi-spontanée ou sous l'égide des organisations d'extrême gauche (Moudjahidins, Fedayins, etc.), des comités de quartiers et des milices se sont constitués. Des barricades édifiées dans les villes et à leurs abords tandis que la population a commencé à s'armer. Et au bout de deux semaines de combats, le résultat militaire est déjà éclatant : ce ne sont pas les unités régulières de l'armée iranienne, ni même son aviation, mais la résistance autour de ces véritables hérissons constitués par les grands centres ouvriers du Khouzestan qui ont stoppé - au moins pour un la marche victorieuse des troupes d'élite irakiennes.
Il est encore impossible de dire quelle sera l'issue des combats autour de ces quatre villes, une issue qui dépendra en grande partie des choix pomilitaires du gouvernement de Téhéran. Mais il y a déjà une leçon : face à un ennemi abondamment équipé d'avions, de blindés et d'artillerie lourde, les mesures d'armement généralisé des travailleurs, la constitution de milices ne sont pas des utopies à ranger dans le grenier du romantisme révolutionnaire. Contrairement aux calculs pu-
«arithmétiques» des experts qui comparent, « toutes choses étant égales par ailleurs», la puissance de feu d'un char de bataille face à celle du fusil d'assaut du milicien, de telles mesures restent une méthode «réaliste», y compris sur le plan militaire, car elles attestent d'une volonté politique de défense qui joue dans les deux camps, aussi bien sur le comportement combattant de l'ennemi que sur celui du reste de ses propres forces (en l'occurence les soldats des unités régulières de l'ex-armée impériale). Une nouvelle fois est vérifiée une leçon essentielle de toutes les grandes confrontations militaires survenues au cours des révolutions. Cela est sans doute encore plus vrai en Iran où les masses laborieuses ont déjà fait l'expérience qu'il était possible de vaincre une armée dotée des matériels les plus sophistiqués : il s'agissait de l'armée du chah elle-même; or, le rapport de forces purement militaire leur était, à l'époque, plus défavoL'INQUIETUDE DES PUISSANCES
Au bout de deux semaines de combats, le ton commence à changer dans les chancelleries des capitales occidentales, mais aussi dans celles des Etats du Golfe. Au début des hostilités, malgré leurs déclarations de «neutralité», il ne faisait pas de doute que le «soutien moral» des Etats impérialistes allait aux Irakiens : pour la première fois dans l'histoire des conflits de ce genre, pas un seul pays capitaliste ou du «camp socialiste» n'a clairement condamné l'amotion des Nations-Unies réclamant la fin des hostilités et qui a été adoptée unanimement, restait bien en deça de la fameuse Résolution 242 à propos d'Israël en ce qu'elle ne demandait pas l'évacuation par les troupes irakiennes des territoires iraniens occupés. Les missions de conciliation et de «bons offices», que ce soit celle du dictateur pakistanais Zia au nom des pays islamiques, que ce soit celle de Yasser Arafat pour l'OLP ou celle du ministre cubain des Affaires étrangères, dépêché par Fidel Castro, se sont heurtées à une fin de non-rece voir des autorités iraniennes, précisé ment parce qu'elles refusaient de considérer cette exigence élémentaire.
Alors qu'au début des hostilites tous les Etats du Golfe, Ryad en tête, ont encouragé Saddam Hussein de la voix et du geste (en offrant des facilités d'atterrissage pour l'aviation ira-
litaire et politique. C'est pour cela L'offensive irakienne sera peut-être kienne), on observe aujourd'hui une prise de distance évidemment liée à l'enlisement du «Blitzkrieg» irakien. Cela reste encore facilement compréhensible. Mais comment interpréter l'offre israélienne de fournir au gouvernement de Téhéran certaines pièces détachées dont il ne va pas tarder à manquer si le conflit tourne à la guerre d'usure ? Une manœuvre d'intoxication ? Sans doute. Mais alors comment interpréter cette autre information, donnee de plusieurs sources dans toute la pressé française, selon laquelle le Pentagone nuait à laisser transiter, via la Turquie, un certain nombre de pièces détachées et de pour équiper l'armée iranienne Comment interpréter aussi le fait qu'avant de livrer ses avions-radars Awacs à l'Arabie saoudite, Washington ait exigé et obtenu que Ryad cesse de laisser les avions irakiens atterrir sur ses aérodromes et adopte un ton plus «neutraliste» dans le conflit ? Comment interpréter aussi les propos d'un Muskie expliquant que «la stabilité de la région dépendait d'un Iran uni, fort, indépendant et en paix avec ses voisins » ?
Serait-ce que Washington, devant le piétinement de l'offensive irakiendefaire la révolution iranienne? Bien aurait brusquement renoncé sûr que non. Le raisonnement serait tout aussi simpliste et mécaniste que l'inverse qui voudrait, comme l'expliquent certains dirigeants religieux iraniens, que le régime irakien soit une pure et simple marionnette aux mains de l'impérialisme américain.
Et il suffit de lire ce qu'écrivent les éditorialistes les plus cyniques du capital pour comprendre recele cet apparent paradoxe. L'Ecode Londres l'annonçait au tout début des combats: «Si cette guerre signifie la fin de cet Iran des ayatollahs qui mobilisent la populace et prennent des otages, peu de gens à l'étranger pleureront cette situation. Tel était précisement le calcul du président Saddam Hussein et, s'il y a quelque chose qui ne fait pas de doute, c'est bien que lIrak est lagresseur. Il a peut-être eu raison. Mais à condition de réussir rapidement et complètement. Le soulagement qu'éprouverait l'étranger devant la disparition des zélotes révolutionnaires iraniens se dissiperait si succédait au régne des ayatollahs une guerre civile qui conduirait presqu inevitablement a la desintégration et a l'effondrement de l'empire persan. » La dialectique et le sens stratégique ne sont pas l'apanage des révolutionnaires...
L'offensive militaire irakienne n'a pas fait tomber le régime de la République islamique. A aucun moment celui-ci n'a été menacé d'une crise d'effondrement militaire pouvant mettre son existence en question. A la base de cette erreur de jugement, il y a une confusion des dirigeants irakiens qui ont assimilé la crise évidente de la direction Khomeiny et la paralysie partielle des institutions iraniennes à un début de reflux de la révolution iranienne qu'un choc militaire ne pouvait qu'accélérer et conclure. Erreur funeste, erreur peut-être fatale pour les dirigeants de Bagdad: la crise de la direction nationaliste bourgeoise en déclin du processus révolutionnaire, mais ren-
Uses de la difficulté pour les dirigeants de la République islamique de dévoyer ou de bloquer la marche en avant des masses ouvrières, paysannes, du mouvement des nationalités qui n'ont encore subie aucune défaite d'ampleur. Et la guerre irakienne va sans doute déboucher sur de nouvelles avancées du mouvement réau-delà des tentatives de la direction khomeiniste de l'utiliser à ses fins propres d'Union sacrée, nationaliste et chauvine et de reconstruction de l'appareil d'Etat. L'impérialisme et la réaction seul but stratégique: écraser la révolution iranienne. Ce qui ne se confond pas avec la volonté de voir écraser militairement l'armée que pour parvenir à leurs fins il faudra utiliser la force, et à grande échelle contre des masses travailleuses qui ont déjà à leur actif une victoire contre la 5e armée du monde. Personne ne croit dans les capitales occidentales qu'une action contre-révolutionnaire victorieuse en Iran pourrait être menée par des forces exclusivement extérieures, impérialistes et arabes. Le nœud décisif pour tous les projets contre-révolutionnaires en Iran - au-delà des possibilités d'intervention directe - reste la possibilité de dégager en Iran même un embryon d'alternative mique tous les plans stratégiques de l'impérialisme restent centrés sur le devenir de l'armée iranienne et de l'ancien appareil d'Etat. C'est à l'aune de ce plan stratégique global que l'impérialisme jauge l'action, pas les déclarations, mais les mesures concrètes des dirigeants de la République islamique. Et là, l'impérialisme fait la distinction entre ce que cette guerre signifie comme radicalisation du mouvement de masse, et les mesures politiques et militaires prises par les dirigeants de la République
Des dizaines d'officiers - y compris ceux qui avaient été impliqués dans le complot de juillet -, ont été relâchés avec promesse d'amnistie complète et a condition qu'ils reprennent du service dans l'armée régulière. Les ambassades iraniennes à l'étranger font le tour des officiers en exil en leur promettant l'impunite, le règlement de leur arriéré de solde et même un avancement s'ils consentent à rentrer en Iran. Ainsi, à Paris, c'est le bras droit du général Oveissi, le « boucher de Téhéran », et qui coordonne pour l'Europe les manœuvres factieuses, qui a été contacté pour reprendre du service. Mesures de «réalisme militaire», et utilisation cynique des «experts»? Non, car dans le même temps, à Teheran, Khomeiny et tous les dirigeants de la République islamique multiplient les discours visant à réhabiliter l'ex-armée impériale, devenue le fer de lance de la révolution islamique. Dans le même temps, aucune mesure pratique n'est venue pour concrétiser le mot d'ordre qu'avait lancé en décembre dernier Khomeiny sur «l'armée des 20 millions». Bani Sadr a même évité d'appeler à la mobilisation générale, celle-ci étant limitée au Khouzistan: le renvoi des appelés avait été une des premières mesures prises après l'insurrection de février 1979 pour éviter l'action désagrégatrice des comités de soldats qui s'étaient spontanément interdits. Enfin, sur le plan politique, comment les iraniens mettent l'accent exclusif sur la victoire militaire contre l'agresseur irakien. Quelle personne de bon sens ne voit pas que la meilleure défense de la révolution, le meilleur moyen de mobiliser contre l'impérialisme et la contre-révolution toutes les énergies, c'est, par exemple, constitution d'une véritable année des 20 millions, fondée sur les shoras et l'organisation de milices ouvrières et paysannes, de donner au paysan de reconnaître nationaux, le droit à l'autodétermination aux Kurdes, aux Arabes et aux autres nationalités opprimées? contenue et repoussée, mais qui peut qui restent la continuation sur un autre terrain et par d'autres moyens de toute leur politique, ne peut signifier à terme que de nouveaux dangers et de nouvelles épreuves pour les masses iraniennes.
C'est ce qui donne tout son sens à la ligne générale sur la question de la défense militaire de la révolution iranienne, développée en août 1980 par le Secretariat unifiée de la Ive Internationale sur la situation et les tâches de la révolution iranienne:
«Face à une menace de coup
d'Etat réactionnaire tion militaire impérialiste, les marxistes révolutionnaires peront au combat des ouvriers, paysans et des masses opprimées pour la défense - par leurs propres moyens d'action et d'organisation -de l'actuel régime. Il ne s'agit pas d'un soutien politique, mais d'une défense militaire. Dans une situation où le prolétariat et ses alliés ne sont pas en mesure de remplacer le régime présent par une forme supérieure de gouvernement - un gouvernement ou d'intervenen Iran particielle reste des agraire garantie ultime sont la me.
des ouvriers et des paysans - cette défense militaire est nécessaire, mais liée à réalisation des grandes tâches (auto-organisation des l'armée des travailleurs et indépendance de clastuant se, mesures anti-capitalistes, réforme radicale, autodétermination des nationalités notamment...) qui poussent en avant la révolution et pour battre en brèche les projets de l'impérialis-
"... Face aux menaces d'ordre militaire de l'impérialisme et des gé néraux de l'ancien régime, ils proposent de concrétiser le mot d'ordre de
20 millions en constides milices ouvrières et paysannes et en les armant. Dans cette perspective, ils défendent le droit des travailleurs sous l'uniforme dans l'armée et le corps des pasdars de former leurs propres comités indépendants de la hiérarchie et des institutions de la République islamique. » O
3 octobre 1980