Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

NOTRE COUVERTURE

L'Amérique vire-t-elle à droite ?

· Inprecor n° 89, 17 novembre 1980 · p. 3-9 · 5 882 mots

États-Unis Syndicalisme Femmes

Ronald Reagan est devenu, avec 53% des suffrages exprimés contre 41% pour Carter, le quarantième président des Etats-Unis. Est-ce que l'arrivée à la Maison Blanche de l'ancien acteur de série B et gouverneur républicain de la Californie constitue un tournant par rapport à

Dleurs observent avec ans le monde entier, les travailpation les élections américaines.

Quelle est la signification de la

Reagan devient le prochain président des Etats-Unis, cela signifiera-t-il dramatique tournant à politique étrangère américaine ? Est- ce que Reagan va arriver en tête avec engager rapidement les forces militaires des Etats-Unis dans de nouvelles

D'autres questions sont également posées. Est-ce que les divergences entre Carter et Reagan représentent une division réelle - même sur des questions tactiques - rents secteurs de la classe dominante américaine ? Est-ce que la campagne de Reagan indique un virage à droite

Si l'on devait juger le sentiment des masses travailleuses américaines par le contenu de la plate-forme électorale de Reagan, il faudrait en caractère indubitable conclure au d'un tel virage à droite.

En soulignant les positions de

Reagan dans le domaine de la politique étrangère, Carter a tenté d'apparaître comme le candidat de la paix de ces élections. Carter, le créateur de la Force de déploiement rapide (FDR), l'architecte d'un programme d'équipement militaire de

1 000 milliards de dollars en ans, l'homme qui a introduit le recensement pour la conscription, l'ordre d'attaquer militairement l'Iran en avril dernier et qui menace maintenant de porter la guerre dans le golfe Persique. Drôle de candidat de la paix !

Mais Reagan affirme qu'il irait encore plus loin. Il a développé l'idée d'un blocus militaire de Cuba et appelé à aider militairement les guérilnovembre, la las soutenues par l'Afrique du Sud en 'Angola. Il insiste pour dire que le budget militaire colossal de Carter est encore insuffisant. Parlant de la guerre du Vietnam, Reagan a expliqué à ses supporters : « Il est temps pour nous de reconnaître que c'était une

La plate forme du Parti républicain va dans le même sens et condamne l'administration Carter pour les maigres 75 millions de dollars prêts au Nicaragua. Elle dénonce également « la prise du pouvoir marxiste par les sandinistes au Nicaragua, ainsi que les tentatives marxistes de déstabilisation au Salvador, au Honduras et au Guatemala ». Ainsi que Reagan l'a dit dans une interview, « il ne faut pas que nous nous abusions nous-mêmes. C'est l'Union soviétique qui est derrière tous ces troubles. l'URSS n'était pas engagée jeu de dominos, il n'y aurait pas de le monde. » Aux Etats-Unis mêmes, Reagan se prononce pour des

Men faveur des entreprises, pour faire abaisser les normes gouvernementales en matière de sécurité et de pollution, ainsi que pour les lois anti-syndicales assurant Reagan contre la classe ouvrière est sa tentative agressive d'accentuer les divisions existant en son sein et de rassembler autour de lui ceux qui s'opposent aux couches les plus opprimées.

Reagan lance ouvertement des s'adressait, le 3 août dernier, à un auditoire presqu'exclusivement composé de Blancs dans le Mississipi, Reagan a expliqué: « Je crois dans le maintien des droits de chaque Etat ». Il a affirmé que s'il était élu prési dent, il restaurerait les pouvoirs dont disposaient auparavant les Etats et les autorités locales. « Les droits de chaque Etat », tel a été le cri de ralliement des propriétaires esclavagistes au cours de la Guerre civile américaine, ainsi que des forces racistes ultra-

NOTRE COUVERTURE la politique menée par l'administration démocrate ? David Frankel analysait, à la veille du scrutin du 4 signification du duel Carter-Reagan. L'article est tiré d'Intercontinental Press, hebdomadaire de langue anglaise publié à New York. réactionnaires qui ont tenté de maintenir, dans les années 1950 et 1960, les lois sur la ségrégation. Rappelant de trois défenseurs des civiques, en 1964, Andrew Young, l'ancien ambassadeur US aux Nations-Unies a souligné, titre : « Quand vous allez à Philadelphie, dans le Mississipi, là où James Chaney, Andy Goodman et Michael Schwerner ont été assassinés par le shériff, le shériff-adjoint et un détachement de police protégeant les droits de l'Etat et que, quand vous êtes dans cette ville, vous commencez à parler des droits de chaque Etat, cela me fait l'effet d'un mot de passe pour dire qu'il n'y aura pas de problème pour tuer des nègres quand

C'est d'ailleurs sans surprise que les sondages montrent que, dans la communauté noire, Carter l'emporte sur Reagan par 8 ou 9 voix contre une. Ce n'est pas que Carter soit populaire parmi les Noirs, loin de là. C'est simplement que Reagan est da vantage perçu comme une menace que comme une solution.

UN ENNEMI

DES DROITS DES FEMMES

Reagan est également un ennemi déclaré des droits des femmes. Il soutient un amendement à la Constitul'avortement. Dans le même temps, il s'oppose à l'amendement sur l'égalité des droits (ERA). La question des droits des femmes est venue sur le devant de la scène lors de la Convention républicaine au mois de juillet dernier. Les forces d'extrême-droite du Mouvement contre l'ERA et les chrétiens intégristes opposés à l'avortement, à l'égalité pour les femmes et à la garantie des droits civiques pour les homosexuels, jouèrent un rôle imdans les débats de cette Convention. Avec l'appui de Reagan, ils purent imprimer leur marque à la plate-forme du Parti républicain.

En général, la campagne de Reagan a servi de pôle pour attirer et or

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ganiser les forces les plus réactionnaires et les plus fanatiques de la société américaine. Reagan lui-même avait donné le ton en s'entourant de conseillers d'extrême droite tels que Joseph Curba, un associé de longue date du rabin Mrir Kaha, un fondateur de la Ligue de défense juive américaine et du mouvement fasciste Kach en Israël, ainsi que de Robert Tucker, qui se rendit célèbre en écrivant, en 1975, un article fameux préconisant la conquête militaire par les Etats-Unis des champs pétrolifères du golfe Persique. En août dernier, Reagan était l'hôte d'honneur d'un rassemblement de 15 000 intégristes chrétiens d'extrême-droite. La tonalité du meeting était donnée par le révérend Robinson, qui déclarait dans son discours : « Je suis écœuré et fatigué d'entendre parler de ces radicaux, de ces pervers, de ces libéraux, de ces gauchistes et de ces communistes. Il est temps que le peuple de Dieu monte sur le devant de la scène et sorte des églises pour changer l'Amérique. » C'est lors de ce meeting que Bailey Smith, président de la Convention baptiste du Sud expliqua à l'auditoire : « Dieu tout puissant n'écoute pas la prière d'un juif, car comment Dieu pourrait-il entendre la prière d'un homme qui dit que Jésus-Christ n'est pas le vrai Messie. C'est un blasphème ! » Telles sont les forces, réactionnaires, anti-syndicales, racistes, anti-sémites et anti-femmes qui ont été le plus enthousiasmées par la candidature Reagan.

Loin d'applaudir au programme réactionnaire de Reagan ou de penser qu'il pourrait apporter des solutions aux problèmes qu'ils affrontent, les travailleurs ont réagi avec colère, dégoût et consternation à la compétition Reagan-Carter.

« COMME UNE VISITE CHEZ LE DENTISTE » Un journaliste qui commentait le nombre élevé d'électeurs qui restaient indécis deux semaines avant le scrutin, notait en grimaçant : « Les électeurs considèrent cette élection avec autant d'enthousiasme qu'une visite chez le dentiste, et ils essayent de repousser ce choix désagréable aussi longtemps que faire se peut.» US News and World Report résumait ce sentiment dans un article en date du 29 septembre : « Furieux, frustrés et découragés, les Américains sont en train de se diriger vers l'élection présidentielle de 1980 sans être satisfaits des choix qui leur sont proposés et en étant convaincus que, quel que soit le vainqueur, il fera peu de choses pour raviver l'enthousiasme de la nation. »

La classe dominante avait espéré que la candidature d'Anderson servirait à atténuer l'intensité du mécontentement provoqué par le duel Carter-Reagan et à contenir le sentiment croissant selon lequel une rupture avec le système bipartite est nécessaire. Ainsi que l'écrivaient les éditorialistes du New York Times le 25 avril: « Une large fraction du corps électoral est insatisfaite du duel Carter-Reagan en novembre. Leur dénier toute possibilité d'alternative indérisque de compromettre beaucoup plus que le système biparla confiance dans l'ensemble du système politique. »

Mais le programme offert par Anderson - c'est à dire davantage de dépenses d'armement, des réductions d'impôts pour les multinationales et l'austérité pour les travailleurs — pouvait difficilement représenter « l'alindépendante » d'Américains recherchaient. Cela été largement perçu de la sorte et la le moindre rôle dans ces élections. En même temps, le rejet du programme droitier de Reagan est concurrencé par le dégoût que suscite la prestation de Carter. Il reste à savoir lequel de ces deux sentiments va l'emporter au moment de

DERRIERE LA CANDIDATURE REAGAN

S'il est vrai que la candidature Reagan ne représente pas la pression d'une classe ouvrière virant à droite, qu'y a-t-il derrière ? Est-ce que la campagne réactionnaire de Reagan n'est qu'un accident, sans liens avec les événements et les principales forces politiques ? Le virage à droite des partis capitalistes et des candidats aux Etats-Unis ainsi que l'émergence de plus en plus visible de courants politiques d'extrême droite, voire quasi fascistes, peut difficilement être le fruit du hasard. C'est une réponse directe à la crise de l'économie capitaliste et à la montée de la révolution mondiale depuis la défaite des Etats-Unis au Vietnam. Et cela indique le genre de mesures politiques, économiques et militaires que la classe dominante américaine s'ap. prête à mettre en œuvre. Henry Kissinger a donné un aperçu de la vive préoccupation avec laquelle les impérialistes analysent l'actuelle situation mondiale. C'était dans un discours qu'il a prononcé au mois d'avril dernier: « Avec le déclin relatif de notre puisssance militaire, avec la vulnérabilité croissante face à un chantage pesant sur nos lignes d'approvisionnement avec la chaque continent des forces qui nous sont hostiles et la diminution du nombre de pays qui veulent engager leur avenir sur l'amitié avec nous, nous dérapons vers un monde incontrôlable. »

Dès la fin de la guerre du Vietnam, la classe dominante américaine dans sa totalité s'est unie dans le désir de surmonter « le syndrôme vietnamien » et pour se dégager des restrictions politiques qui avaient entravé sa possibilité d'utiliser les forces militaires américaines contre les soulèvements révolutionnaires de par le monde. Cependant, il avait été impossible d'impliquer la classe ouvrière américaine dans ces plans. C'est dans ce contexte qu'intervient l'élection de 1980 et la campagne de Reagan.

En montrant ouvertement et cyniquement, à la fois aux travailleurs

Get à ceux du reste du monde, ce que sont les perspectives réelles de l'impérialisme américain, la campagne Reagan est utilisée par la dominante pour déplacer à droite l'ensemble du système politique capitaliste aux Etats-Unis. Les impérialistes comptent influencer la mentalité de la classe ouvrière et faciliter - quel que soit le président élu - la mise en œuvre du programme des dirigeants impérialistes. MANOEUVRES DE GUERRE

DE L'IMPERIALISME Tandis que Carter joue au flic mou face au flic dur Reagan sur le problème des interventions militaires américaines dans le monde, force est de constater que sa politique actuelle consiste à se préparer le plus rapidement possible à mener de telles interventions. Carter a saisi la moindre opportunité pour tenter de relancer dans l'opinion américaine un sentiment favorable à de telles actions militaires.

Les points culminants de cette campagne ont été :

Tout le bruit fait autour de l'aide cubaine à la révolution éthiopienne au début de l'année 1978. Carter a même dépêché deux navires de guerre dans la mer Rouge en février 1978, pour intimider l'Ethiopie ; - Le débordement d'hystérie raciste et de menaces anti-cubaines qui a suivi le soulèvement en mai 1978 de la province du Shaba au Zaïre. Les avions de transport de l'armée de l'air US furent utilisés pour transporter au Zaïre les troupes françaises ; - La mobilisation des forces navales et aériennes américaines présentes dans la péninsule arabique en mars 1979 après l'affrontement entre le Nord et le Sud-Yé.

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men ; - La campagne d'intimidation menée par Carter en août et septembre 1979 sur la prétendue présence d'une brigade de combat soviétique à Cuba. Cette campagne fut suivie de la mise sur pied, à titre permanent, d'un Commandement militaire pour la Caraibe et par la provocation qu'a constitué l'exercice d'invasion simulée de Cuba mené par les marines à la base navale de Guantanamo ; - Utilisant le prétexte de la prise d'otages de Téhéran, Carter a maintenu une importante flotte de guerre US au large des côtes iraniennes tout au long de cette année. En avril, il ordonna le raid de commandos américains sur Tabas ; - Au début de l'année 1980, l'ad ministration Carter a entamé une campagne de déstabilisation contre le régime Manley à la Jamaïque, en fournissant les armes et l'argent au parti de l'opposition pro-impérialiste et en encourageant les actions terroristes de l'extrême-droite qui ont fait plus de 500 victimes en un an ; Dans le même temps, Carter a également remis en vigueur l'enregistrement pour la conscription et a appelé à son extension désormais aux jeunes femmes. L'opinion réelle qui prévaut dans la classe ouvrière américaine a été révélée par l'explosion de protestation que cette proposition a suscitée et par son rejet massif au sein de la jeunesse

Waldork

appelée à se faire enregistrer. L'opposition à la remise en place de l'enregistrement fut extrêmement massive dans toutes les entreprises du pays; - Enfin Carter a fourni des armes

Get des conseillers à la sanglante junte militaire du Salvador, préparant le chemin à une intervention encore plus massive si la crise s'aggrave. Ces mesures, loin d'être une réponse à une prétendue attitude des travailleurs américains en faveur de la guerre, ont été les éléments d'une campagne permanente tendant à développer un tel sentiment. Un sondage de Newsweek effectué entre les 8 et 15 octobre montrait une baisse de 14 %, depuis le mois de juillet, des personnes approuvant l'enregistre. ment pour la conscription. Et une baisse similaire s'est également produite entre février et octobre, sur la question du soutien à l'envoi de troupes américaines pour intervenir à l'étranger.

LES ATTAQUES CONTRE

LA CLASSE OUVRIERE

Au cours de cette campagne, la position belliciste de Reagan en matière de politique étrangère a été son principal handicap au plan électoral. Au fur et à mesure qu'il cherchait à augmenter le nombre de ses électeurs, Reagan a été de plus en plus forcé d'insister sur le fait qu'il n'était pas pour la guerre, qu'il n'enverrait

« Le flic mou et le flic dur...» pas pour un rien des troupes américaines se battre, qu'il avait été injustement dépeint par Carter comme un va-t-en-guerre.

De la même façon que le cours militariste qui s'est développé au cours des dernières années a été mis en œuvre par Carter et un Congrès à majorité démocrate, c'est cette administration qui a mené les attaques de la classe dominante contre le niveau de vie des masses travailleuses et les droits des Noirs et des femmes. Reagan gagne les élections, ce que les travailleurs américains auront pris conscience de cette politique démocrate.

Par exemple, une forte majorité des Américains soutient le droit des femmes à l'avortement l'Amendement pour l'égalité droits (ERA). Mais le Congrès à majorité démocrate, soutenu par Carter, a diminué les crédits gouvernementaux pour permettre aux femmes d'avorter. Alors qu'il s'en disait partisan, Carter n'a pas levé le petit doigt pour faire campagne en faveur de l'Amendement pour l'égalité des droits. Reagan, comme d'habitude, a pris une position encore plus à Carter et s'est solidarisé avec les intégristes religieux fanatiques et les éléments d'extrême-droite qui attaquent le mouvement pour le droit des femmes en expliquant qu'il mine la moralité et les bases de la famille amé-

Mais peu de féministes pensent réellement que le vote pour Carter aiderait la lutte pour les droits des fem-

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mes. Cela s'est reflété lors du Congrès de l'Organisation nationale pour les femmes (NOW) au début du mois d'octobre. Bien que la direction de NOW soit complètement pro-démocrate, il lui a été impossible d'obtenir un soutien formel du Congrès à la candidature Carter à causé des réactions de la base de l'organisation.

Il n'y a pas eu de répit non plus l'administration les attaques contre le droit des Noirs. Bien que le meurtre par la police de jeunes Noirs désarmés soit chose quotidienne, le département de la Justice

Carter a régulièrement refusé d'intervenir dans de telles affaires.

de faire respecter la loi contre la ségrégation tion, le ministère de la Justice a cousceau des accords sur le papier qui ne font rien pour mettre fin à la ségrégation scolaire. Cela a été encore récemment le cas pour un accord de ce type à Chicago.

président de la Commission américaine pour les droits civiques a lancé, le 15 octobre, une accusation selon laquelle les « avenants » ajoutés aux lois fiscales qui sont actuellement discutées devant le Congrès empêcheraient dans les faits le gouvernefaire respecter la lutte contre la ségrégation scolaire et les lois contre la discrimination en matière de travail et d'éducation. Maison-Blanche a gardé le silence sur cette affaire.

Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que les groupes racistes et d'extrême-droite se sentent le vent en poupe. Cela s'est reflété par la vague d'attaques terroristes perpétrées contre des Noirs, y compris ces séries de meurtres affreux qui ont eu lieu à New-York, Buffalo et Atlanta en

Comme dans le cas des campadroits des femmes, ces attaques ne représentent pas un virage à droite des américains. En fait, cause même de la pression de l'offensive économique capitaliste, de nombreux travailleurs ont commencé à aborder la question du racisme d'un point de vue de classe, c'est-à-dire comme un eiement de constitue un obstacle à la syndicalisation et à la lutte pour l'amélioration

Cela a même abouti à une modid'attitude des dirigeants officiels des syndicats. Alors que la plupart des syndicats avaient officiellement soutenu le procès raciste intenté par Allan Bake sur la déségrégation scolaire, lorsqu'il était devant la Cour suprême en 1976, ils se sont opposés à un procès analogue mené à propos de la déségrégation professionnelle dans les entreprises qui a été entamé par Brian

1978. Des revendications pour la déségrégation sont reprises dans les plates-formes de revendications pour les conventions collectives présentées par plusieurs syndicats, tel que le syndicat des sidérurgistes Uni-

QUE SE PASSERA-T-IL APRES L'ELECTION DE REAGAN ?

Supposons que Reagan novembre, comme cela politique des Etats-Unis va faire une embardée à droite? Est-ce que les Etats-Unis vont davantage risquer une guerre que si Carter parvenait à garder sa place ? Ce qui est en cause derrière ces questions, c'est la manière dont la politique étrangère américaine est décidée. En général, les déclarations, les promesses menaces proférées par les candidats à campagnes, les forces auxquelles ils en appellent, ont peu de choses à réel que suit la politique étrangère qui est menée une dans l'histoire américaine montrant comment des présidents ont mené politique étrangère qui était exactement à l'opposé de celle qu'ils avaient promise. Woodrow Wilson fit campagne pour l'élection de 1916 sur le mot d'ordre « Il nous maintient à l'écart de la guerre ». Cela n'a pas empêché les impérialistes américains d'entrer dans la Première Guerre quelques mois à peine après l'élection de Wilson. Lyndon Johnson fit campagne en 1964 en se présentant comme le « candidat de la paix », en expliquant que, si Goldwater était élu président, il enverrait les boys faire la guerre en Asie. Richard Nixon, connu comme chasseur de sorcières et combattant de la guerre froide, fut aussi le président qui enpolitique de détente avec Moscou et Pékin, et c'est sous sa présidence qu'eut lieu le retrait des forces américaines du Vietnam.

Ces exemples ne signifient pas que Reagan ne suivra pas un cours militariste. Quel que soit le candidat mènera une telle politique. Mais quand la classe dominante américaine prend des décisions politiques importantes - telle que de faire ou de ne pas faire la guerre — elle tente d'avoir une vue exacte des rapports de forces réels entre les classes et des vrais problèmes en jeu. Tout le systè me électoral américain vise à obscurcir les rapports réels entre les classes et à jeter la confusion sur les véritables questions politiques auxquelles doivent faire face les travailleurs.

daire pour les capitalistes de fonder leurs décisions sur l'élection présidentielle et personne ne le sait mieux qu'eux. Lénine a abordé dans son livre L'Etat et la Révolution la manière dont la classe dominante prend ce genre de décisions : « Prenez n'importe quel pays parlementaire, écrit-il, depuis les Etats-Unis jusqu'à la Suisse, de la France à l'Angleterre, la Norvège, etc. Dans ces pays, les véritables affaires de l'Etat sont traitées en coulisse et sont gérées par les ministères, les chancelleries et les états

Jusqu'à un certain point, indé. pendamment de qui sera président, les impérialistes américains vont être amenés à utiliser leur puissance militaire de façon massive pour tenter d'arrêter le développement de la révolution. Mais la campagne menée par Reagan n'a pas modifié l'opposition des travailleurs américains à la guerre. Et toute décision de tester le rapport de forces entre les classes sur cette question ne viendra pas d'une lubie qui lui serait personnelle. Bien sûr, il est vrai que le président, comme chef de l'exécutif, n'est pas seulement une figure symbolique. Dans les conditions normales, il joue un rôle d'arbitre au sein de l'appareil d'Etat et, quand il existe plusieurs choix pour une décision à prendre, la voix du président peut être décisive dans un sens ou dans l'autre. Mais toute idée selon laquelle la classe dominante américaine pourrait être entraînée dans une guerre contre sa volonté, ou même sans avoir soigneusement pesé le pour et le contre, défie le sens commun et à plus forte raison l'analyse marxiste.

LA RESISTANCE

A LA THEORIE DU MOINDRE MAL L'idée selon laquelle l'élection d'un politicien démocrate ou républicain constitue une différence fondamentale pour l'avenir du pays pendant quatre ans est l'un des mythes fondamentaux sur lesquels repose la politique capitaliste aux Etats-Unis. Dans les élections pour le Congrès, l'argument est que l'avenir du pays, ou du moins les intérêts immédiats des travailleurs, dépend du genre de parti capitaliste qui va gagner le contrôle du législatif. Dans la mesure où ni les démocrates ni les républicains n'agissent pour défendre les intérêts de la classe ouvrière, des petits fermiers, des Noirs ou des populations hispano-américaines, on nous demande de voter pour le candidat qui représenterait le « moindre mal ».

Dans cette campagne électorale, on dit aux gens que l'élection de ReaC'est pour cela qu'il serait suici- gan porterait un dangereux va-t-en-

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« Il serait suicidaire pour les capitalistes de fonder leurs décisions sur l'élection présidentielle... » guerre au pouvoir. C'est vrai, mais il en serait de même de l'élection de Carter. Ceux qui sont incapables de voir plus loin que les deux partis capitalistes se laissent piéger.

Ainsi le vétéran de la lutte pour les droits civiques, Ralph Abernathy, qui a annoncé le 16 octobre qu'il soutenait Reagan, ce raciste endurci, parce que, dit-il, « il y a quatre ans, j'ai fait campagne pour Carter, mais le président n'a pas tenu ses promesses électorales ». A propos de l'inflation et des autres problèmes auxquels doit faire face la communauté noire, Abernathy a déclaré : « Nous n'avons plus besoin de ce docteur, puisqu'en tant que patients nous allons de plus en plus mal, nous devons donc changer de médecin. » Reagan a été incapable de contenir sa stupéfaction à l'annonce de cette prise de position : ce soutien lui a fait dire • « Je n'aurai jamais pu penser qu'une telle chose puisse arriver, j'en ai été confondu. »

Bien qu'à l'évidence Abernathv se trompe totalement en s'imaginant que Reagan fera quoi que ce soit en faveur des Noirs, ses critiques contre Carter sont justifiées. Au lieu de protéger les Noirs contre les forces racistes encouragées par la campagne de Reagan, Carter a couvert et même légitimé les menées de ces forces.

Lorsque Andrew Young a dénoncé la démagogie de Reagan en faveur des droits de chaque Etat dans que, que nos affiliés sont décidés à le Mississipi, la Maison-Blanche a dénoncé la déclaration de Young. Le porte-parole de Carter a déclaré à cette occasion : « Le président ne pense pas que Reagan soit un raciste ou mène une campagne raciste. » Selon Carter, la « question raciale », c'est-à-dire les besoins des Noirs (qui sont les mêmes que ceux de l'ensemble de la classe ouvrière) et les attaques contre leurs droits ne doivent

« introduits artificiellement » dans la campagne.

La plupart des dirigeants Noirs continuent de soutenir Carter, mais l'une des caractéristiques les plus frappantes de cette campagne, c'est la résistance à cette logique « moindre mal». Les travailleurs pensent qu'il est difficile que les choses aillent mieux si Carter est élu contre Reagan.

AMERTUME

CONTRE CARTER «Il y a une telle amertume contre Carter dans notre syndicat, une telle inquiétude devant les coupes sombres qu'il a fait dans les services sociaux destinés aux gens nécessiteux et devant le fait qu'il est en train d'utiliser le chômage comme un élément de sa politique économifaire payer très cher ce qu'ils ressenremarquer, pendant la Convention démocrate, Jerry Wurf, président de and Municipal Employees (Fédération américaine des fonctionnaires de l'Etat, des comtés et des communes), un syndicat qui comprend un million d'adhérents.

qui s'était joint à la majorité des bureaucrates syndicaux pour soutenir la candida« la possibilité d'utiliser l'argument du moindre mal est en perte de

Peut-être qu'on pourra retourner la tendance, mais je n'en suis

L'éditorialiste du New York Times, Anthony Lewis, autre supporter de Carter, se plaignait, le 16 octobre : « Combien de gens avons-nous rencontré qui étaient des partisans enthousiastes de Carter ? En ce qui me concerne, presqu'aucun. Les gens qui disent qu'ils vont voter pour Carter ont tendance à le dire avec résignation, si ce n'est en s'excusant. » L'éditorialiste « syndiqué » (il s'agit de ces éditorialistes dont les papiers de très nombreux journaux Goodman soulignait le 11 octobre : « Il est facile de s'imaginer Reagan en

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•*. en route vers la Maison blanche.

faucon, mais il est difficile de penser être une colombe

Carter puisse que quand il abrite sous une de ses ailes un collectionneur de fusils comme

Brzezinski et sous l'autre le plan d'enregistrement pour la conscription. »

POURQUOI

CE MECONTENTEMENT

MASSIF ?

bourgeois

Les commentateurs comme Anthony Lewis expliquent que le large rejet des candidats capitalistes est le résultat de leurs défaillances individuelles. Il critique Carter parce qu'il n'a pas l'optimisme réaliste d'un Franklin Roosevelt ni cette

« confiance en soi que Roosevelt sa-

Reagan prêtant serment comme gouverneur de Californie.

vait communiquer autour de lui ». Cependant, on ne peut pas dire que le New Deal de Roosevelt était fondé sur le caractère étincelant de sa personnalité, mais sur de substantielles concessions à la classe ouvrière. Les assurances contre le chômage, le bénéfice de la sécurité sociale, les programmes de création d'emplois et l'abrogation d'un certain nombre d'obstacles légaux à l'activité des organisations syndicales furent quelques-uns des changements qui intervinrent sous Roosevelt.

De la même manière, pendant l'affrontement entre Johnson Goldwater en 1964, Johnson lança un appel pour mener la « guerre à la pauvreté » et promit d'importants programmes pour créer des emplois, construire des logements et améliorer les services de santé. Ces programmes furent beaucoup plus réduits que ce qui avait été promis, mais ils eurent un impact.

Dans le cas de Carter, il y a quelque chose de plus important que la confiance en soi et l'optimisme qui lui font défaut. Il ne prétend même pas pouvoir apporter de réelles améliorations à la condition des travailleurs américains. Même la plate-forme électorale du Parti démocrate - qui est généralement bourrée de promesses jamais tenues, de programmes de création d'emplois, d'appels à une « réduction des dépenses de l'Etat » et à la « prudence fiscale » —, souligne, au lieu de nouveaux programmes sociaux, « l'accroissement des dépenses militaires depuis 1976 » et appelle à « l'autodiscipline ».

Quand on parle du mécontentement des travailleurs américains devant l'actuelle alternative électorale qui leur est proposée, il faut souligner un simple fait : l'impérialisme américain n'est plus capable de promettre aux masses une vie meilleure. Il leur offre au contraire des perspectives d'attaques contre les salaires réels et les libertés civiques, plus de racisme et d'oppression à l'intérieur, la guerre à l'extérieur.

LES CHANGEMENTS

DANS LES SYNDICATS

Il n'y a, dans la société américa . ne, qu'une seule force capable de diriger un véritable combat contre l'avenir sinistre que préparent des dirigeants impérialistes. Seule la classe ouvrière peut tracer une voie pour sortir de l'impasse du capitalisme. Il faut que le mouvement ouvrier organisé prenne la tête et rassemble autour de lui la classe ouvrière et ses alliés - les nationalités opprimées, les petits paysans, les fem-

-, tous ceux qui souffrent de l'oppression capitaliste et qui cherchent une issue.

La colère et le ressentiment des qu'indirectement dans ces élections, de la bureaucratie syndicale qui reste soumise au Parti démocrate et au système capitaliste qu'il repré sente. Dans le même temps, il est clair que d'importants changements s'opèrent dans la conscience de la ba-

Peut-être l'exemple le plus dramatique de ce processus s'est-il produit du 2 au 10 septembre lors du congrès de l'International Associa-

Machinists and Aerospace Workers (IAM - Association internationale des mécaniciens et travailleurs de l'aéronautique) ; L'IAM 980 000 membres et près de 2 500

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Borateem

AUNDRY

Reagan en vendeur de lessive dans un spot publicitaire TV. délégués et observateurs assistaient à

Le ton fut donné par le président de l'IAM, William Winpisinger, dans son discours d'ouverture : « Le mouvement syndical doit faire face aux patrons qui veulent revenir sur les avantages acquis et briser le pouvoir syndical. » Winpisinger évoqua aussi « ces dix millions d'esprits et de mains inoccupés qui attendent dans l'armée des chômeurs ». Il dénonça le cartel des sociétés pétrolières: « Le grand pétrole est le pétrole des porcs (jeu de mots sur Big oil is pig oil). Ils possèdent l'uranium, le charbon et le gaz naturel, et maintenant ils en sont à prendre les mesures du soleil (allusion aux investissements des grandes compagnies pétrolières dans l'é- de la campagne plus de 600 000 sinergie solaire). Ils ont tiré jusqu'au dernier sous les importations en provenance de l'OPEP et ils nous ont mené au bord de la guerre. » Pour conclure, Winpisinger déclara : « Les causes du déclin économique et de la Canada sont liées à la structure des grandes sociétés multinationales en Amérique et au Canada. Le gouvernement ne les contrôle pas, ce sont elles qui contrôlent le gouvernement. Les administrations Carter et Trudeau sont aux petits soins pour les multinationales, elles sont au service de la stratégie et des choix tactiques de ces multinationales.»

Dennis MeDermott, président du syndicat Canadian Labor Congress (Congrès du travail canadien) reçut une longue ovation quand il parla de démocratique (NPD), le Parti travailliste canadien en 196l. «Je pense, déclara MeDermott, que quana vous avez deux partis qui sont presqu'i dentiques dans leur apparence extéférence avec un système de parti unique. C'est comme une communauté de souris qui aurait à voter une année pour un chat noir, l'année suivante pour un chat tacheté, et pour un chat blanc l'année d'après. »

DISCUSSION SUR LE PARTI OUVRIER Malgré les appels de Lane Kirkland, président de l'AFL-CIO (la fédération syndicale américaine) et une intervention exaltée du sénateur Edward Kennedy qui avait été soutenu par l'IAM comme candidat présidentiel aux primaires du Parti démocrate, les délégués de l'IAM refusèrent d'apporter leur appui à Carter. Au contraire, par un vote acquis à une majorité, le une résolution « pour déterminer dans quelle mesure on pourrait développer les bases pour un parti principes de la social-démocratie ».

Winpisinger et le reste de la direction de l'IAM sont tout sauf des révolutionnaires. Leur prendre leurs distances de Carter, de donner une image plus militante et de prendre part à la discussion qui a lieu dansle mouvement américain sur la formation d'un parti ouvrier est une indication sur la manière dont ils perçoivent l'humeur de la base des syndicats. La prise de position de la direction de l'IAM est confirmée par l'expérience de la campagne présidentielle du candidat du Socialist Workers Party, l'organisation trotskyste américaine. Les militants du SWP ont recueilli au cours gnatures pour avoir le droit d'inscrire leur parti sur les listes électorales de 28 Etats et du district de Columbia (Washington).

UNE ASSISTANCE

ATTENTIVE Bien que les militants du SWP aient recueilli suffisemment de signatures pour que le parti puisse se présenter dans les Etats du Michigan, du Texas et de la Californie (plus de 150 000 signatures pour la légalisation de la candidature présidentielle pour la seule Californie), le SWP a été écarté de façon anti-démocratique 'des listes électorales. Le candidat du SWP à la présidence, Andrew Pulley, pour la vice-présidence, Mathilde Zimmerman, ont parcouru les Etats-Unis en tous sens pour s'adresser aux travailleurs sur les enjeux de ces élections.

Un article de l'édition du 2 septembre du Chicago Defender, un quotidien qui s'adresse à la communauté noire, reproduisait une citation de Pulley qui expliquait : « La principale raison pour laquelle je mène campagne, c'est de populariser l'idée selon laquelle les travailleurs ont besoin de leur propre parti. »

Photo en première page et longue citation de Pulley toujours dans le même journal : « Les travailleurs doivent cesser de faire confiance aux deux partis capitalistes (les démocrates et les républicains). Le temps est venu pour le mouvement ouvrier d'organiser son propre pouvoir dans l'arène politique et d'organiser son propre parti politique, basé sur les syndicats, de lutter pour les intérêts de la vaste majorité, les travailleurs. »

Après qu'Andrew Pulley ait passé une journée de campagne dans le Vermont, le Burlington Free Press, publié le 2 octobre un article sur ses activités. « Le candidat du SWP aux présidentielles, rencontré une assistance attentive lors d'une intervention devant les ouuriers grévistes de la Waterbury Companies Inc. Les grévistes, membres de la sec tion locale 2133 du United Workers (Syndicat unifié des travailleurs de l'automobile) se rassemblèrent autour de l'homme de Chicago, quand il leur expliqua pourquoi ils devaient se méfier aussi bien des démocrates que des républicains. le l'auto-organisation, y compris la formation d'un parti ouvrier fort peut permettre aux travailleurs de réaliser des conquêtes économiques et politiques" expliqua Pulley aux grévistes qui opinèrent du chef pour marquer leur approbation. »

De telles réactions chez les travailleurs sont typiques. Comme jamais auparavant, les travailleurs américains sont persuadés qu'une alternative aux partis démocrate et républicain est nécessaire. Au sein des syndicats, il y a un débat de plus en plus large sur la possibilité parti ouvrier. Les candidats socialistes et leurs idées reçoivent un bon accueil, parfois enthousiaste.

Indépendemment de savoir quel sera le vainqueur des élections du 4 novembre, ce processus de radicalisation au sein du mouvement ouvrier de s'approfondir. C'est polarisation croissante entre d'une part le déplacement à gauche du mouvement ouvrier et d'autre part le virage à droite de la classe dominante qui est la véritable clé pour comprendre la politique américaine

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