P dont la moitié d'analphabetes, environ le tiers de euplée de deux millions trois cent mille habitants chômeurs - ce taux pouvant atteindre 100 % dans les ghettos de la capitale Kingston - la Jamaïque, petite fle de la Caraibe grosse comme la Corse, où le « ganja »
(marijuana locale) est vendu moins cher que le tabac et où les magasins de disques sont plus nombreux que les boutiques d'alimentation, connaissait depuis plusieurs années un regain de tensions sociales et politiques.
Une nouvelle phase s'est ouverte, sur fond de désastre économique, avec la victoire électorale le 30
Vincent KERMEL
Lors de l'Indépendance de l'ile en 1962, le Premier ministre de l'époque fit acte d'allégeance à l'impérialisme en proclamant que l'ancienne possession britannique « resterait aux de l'Occident et des .
Unis ». A la veille de l'intervention des marines américains à Saint-Docela sonnait comme un sérieux avertissement. Il s'agissait de tenir la Jamaïque à l'écart des répercussions de la montée révolutionnaire issue de la victoire de la Révolution
Aussi, l'arrivée au pouvoir en national populaire
(PNP) de Michael Manley constitue un cinglant revers pour la bourgeoisie autochtone, le Parti travailliste jamaiquain (JLP) d'Edward Seaga et l'impérialisme américain. Car la victoire électorale du PNP est l'expression de la volonté des masses déshéritées d'en finir avec la situation dans laquelle les maintient leur statut de néo-colonie américaine.
Après son arrivée au pouvoir,
Manley nationalise une d'électricité, institue en 1974 une
« taxe à la production » de la bauxite, dont l'ile est le second producteur mondial (ce qui permet au gouvernement de récupérer une partie des profits tirés de sa commercialisation par les trusts nord-américains), et adopte une plate-forme de réformes sociales dont l'application devait conduire au
« socialisme démocratique ».
derrière des appellations pompeuses, le PNP se contente en fait de proposer une gestion réformiste de l'économie capitaliste assortie d'une prise de participation étatique dans certains secteurs économiques clés, comme la bauxite.
De plus, et malgré un appui populaire indéniable dans les bidonvil
L'échec de 8 années
me américain. les de l'ile, le PNP dispose aussi du soutien d'une fraction de la bourgeoisie locale et consacre la domination de la petite bourgeoisie blanche et asiatique sur une popula-
Au-dela des espoirs qu'il fit naître parmi les masses populaires, le programme du PNP reste donc celui d'une direction petite-bourgeoise désireuse de gérer le système capitaliste en s'attribuant une partie des profits retirés jusque-là par les trusts impérialistes de la commercialisation des richesses minières et agricoles. Plus que les discours populistes des dirigeants du PNP, les formules creuses contenues dans une brochure intitulée Le socialisme démocratique à la Jamaïque illustrent les limites politiques d'une telle vision. Le socialisme y est défini de manière tout à fait floue : c'est « un idéal, un but et une attitude mentale qui demande que les soucient du bien-être comun », « un mode de vie », et « la voie de la vie chrétienne en action ». A un programme politique clair, le PNP préfère des formulations du gen-
LES PRESSIONS IMPERIALISTES CONTRE MALEY Si le contexte régional avait été différent, les mesures sociales impulsées par Manley et son verbiage populiste n'auraient sans doute pas affolé Washington. Mais les prises de positions diplomatiques en faveur de Cuba affaiblissent l'efficacité du blocus impérialiste contre Cuba. La création ducteurs de bauxite, dont le siège est à Kingston, gêne impérialistes.
Les dirigeants américains feront tout pour ramener Manley à de meil-
JAMAIQUE octobre dernier du Parti travailliste jamaïquain (JLP)
d'Edward Seaga. Ce succès électoral de la réaction met fin à huit années de gouvernement du Parti national populaire (PNP) de Michael Manley, qui avait été porté au pouvoir en 1972 sur un programme de réformes sociales devant conduire au « socialisme démocratique ».
Le retour au pouvoir du JLP, qui a provoqué des déclarations de satisfaction à Washington, sanctionne l'échec de la politique du PNP. Il n'en est pas moins une victoire importante pour la réaction locale et l'impérialisre : « Une société socialiste doit être élaborée par des gens qui y croient et qui pratiquent ses principes ». Dès lors, il n'est pas étonnant que ce texte désigne comme exemple de « voies socialisme », les « gouvernements socialistes » de Suède, des
Nouvelle-Zélande, d'Australie,
Zambie et d'Inde !
Une telle confusion rendait la direction du PNP très perméable à la tactique de pressions utilisée par l'impérialisme pour amener Manley à composer. Ce dernier, dépositaire soutien populaire, naviguera systématiquement entre des concessions économiques et politiques à l'impérialisme et un discours populiste accompagné ponctuellement, notamment à la veille de sa réélection de 1976, de tournants radicaux, surtout en matière de politique étrangère d'ailleurs. Manley joue aussi un jeu subtil d'équilibre entre les différentes tendances et sensibilités du PNP dont il se sert successivement suivant la tonalité de sa politique et la conjoncture.
leurs sentiments. Cela s'exprimera par tous les moyens à la disposition de l'impérialisme : un boycott déguisé des trusts de la bauxite et des agences de tourisme (ce qui diminue les entrées en devises et porte la dette extérieure à 700 millions de dollars) ;
marchandage de l'aide économique contre un infléchissement de la politique de Manley et un appui à l'opposition réactionnaire du JLP de
Seaga, homme d'affaire et ancien mi-
« CIAga », vu ses contacts peu
discrets avec l'agence de renseignement américaine. Cela culmine, veille des élections de 1976, avec la découverte d'une tentative de putsch fomentée par la CIA et ses agents locaux du JLP etconnue sous le nom de code de « Opération Loup-Garou ». A cette époque, les officiels des Etats-Unis comptent à Kingston plus d'une dizaine d'agents
Les élections que le PNP remportera en 1976, avec 56,77 % des suffrages exprimés, se sont déroulées dans un contexte d'étranglement financier de l'ile par les banques et les institutions financières impérialistes, et la préparation de nouvelles discus-
ETATS-UNIS
GOLFE DU MEXIQUE
MEXIQUE CUBA GUATEMALA HONDURAS
SALVADOR PANAMA 1090 sions avec le FMI pour l'octroi d'une aide financière. Dès sa réélection, Manley opère un tournant droitier en acceptant le programme d'austérité du FMI contre une aide de 64 millions de dollars et en écartant les représentants de l'aile radicale du PNP de leurs responsabilités gouvernementales.
MANLEY CEDE
AUX EXIGENCES DU FMI
Si, en janvier 1977, Manley refusait encore de « vendre » la Jamaïque au FMI, quelques mois plus tard, sous la pression de l'augmentation du déficit du commerce extérieur, gouvernement du PNP mettra une sourdine à ses déclarations et projets « réformateurs ». Non content des conditions déjà acceptées par Manley, le FMI suspend pourtant son aiau début du printemps 1978, et precipite ainsi une nouvelle crise de la balance des palements.
Une nouvelle fois, dans une situation financière et économique délicate, le gouvernement du PNP va se tourner vers le FMI et renégocier en mai 1980 un accord encore plus draconien que les précédents. Le pays dispose alors dans ses caisses de réserves de l'équivalent d'un mois de commerce extérieur, et l'acceptation des conditions du FMI contre les 240 millions de dollars d'aide promise apparaît à l'équipe dirigeante comme la seule alternative possible.
Les conditions imposées par cet accord prévoient : une dévaluation de du dollar jamaïquain (la quatrième en un an et demi) sous la forme d'une dévaluation immédiate de
%, puis d'une dévaluation échelonnée sur quinze mois à un taux de 1% par mois ; l'équilibre du budget du gouvernement ; la fin du contrôle gouvernemental sur les prix des produits de première nécessité ; un blocage des salaires ; le démantèlement
OCEAN ATLANTIQUE
AHAMAS
REP.
DOMINICAINE
JAMAIQUE MER DES CARAIBES
.. VENEZUELA COLOMBIEN de la Compagnie nationale de contrôle du commerce extérieur.
L'accord de mai 1978 avec le FMI sonne véritablement le glas du programme de réformes sociales proposées par le PNP. En bloquant les augmentations de salaires à 15 % maximum par an, tout en libérant les
Men relâchant le contrôle du extérieur, le gouverne. ment contribue à l'effondrement du niveau de vie des masses déshéritées de la Jamaïque. En quelques semaines, le prix du poulet augmente de 54 %, comme toutes les denrées de première nécessité. Les familles ouvrières qui disposent, dans le meilleur cas, d'un salaire hebdomadaire situé entre 20 et 60 dollars, ne peuvent plus envoyer leurs enfants à l'école. L'équilibre budgétaire prévu par le FMI signifie un net coup d'arrêt aux mesures sociales concernant l'emploi et l'amélioration, même limitée, des conditions d'habitation et de vie des
Cet accord profite par contre largement aux capitalistes locaux et aux trusts impérialistes. Le bloquage des salaires accroît leur profit. La dévaluation permet aux trusts exploitant la bauxite et qui vendent sur le marché international le minerai en dollars US d'en voir les coûts de proparallèlement, le gouvernement de Manley décide de réduire le taux de la taxe à l'extraction de bauxite. Le démantèlement de la Compagnie nationale de contrôle du commerce extérieur et la libération des prix profite à la bourgeoisie commerciale spéculatrice. Manley naïvement remarquer qu'il y a quinze ans, il fallait 21 tonnes de sucre
Run tracteur, alors que maintenant il en faut 59 tonnes; il n'en a pas moins accepté la politique dictée de Washington par le FMI. Celle-ci ne fut pas pour rien dans la perte de crédit populaire du PNP qui est apparu comme le promoteur d'une politique antipopulaire d'austérité et de chômage.
LA REACTION LOCALE
Sous l'effet des conditions imposées par le FMI, la situation des masses populaires se dégrade rapidement, entretenant un mécontentement servant de base de manœuvre à l'agitation réactionnaire du JLP. Cette organisation, qui maintient des relations avec certains syndicats, utilise à la fois la propagande calomniatrice du quotidien bourgeois Cleaner qui lui est largement favorable, et les actions terroristes de bandes armées recrutées parmi les chômeurs. Toutefois, le mécontentement contre certaines mesures gouvernementales a permis aussi au JLP de se trouver à la tête de mobilisations antigouvernementales partois relativement massives.
Ainsi, en janvier 1979, une grève générale soutenue par le JLP dénonçant les hausses du prix du gaz et de l'essence (alors que le taux d'inflation est déjà de 40% par an) a rencontré un certain appui populaire avant de dégénérer en émeute du fait de l'action des groupes paramilitaires liés au Parti travailliste mêlant la dénonciation des « agents de la subuersion cubaine » à celle de la situation économique avec le mot d'ordre de « FMI, c'est la faute à Manley », en accusant le gouvernement du PNP d'être responsable du climat d'insécurité qui fait fuir les touristes et les investisseurs étrangers, le JLP réussit à organiser, en septembre 1979, une manifestation de vingt
Les événements se précipitent au printemps dernier. Après une suite de grèves liées à l'imposition de nouvelles conditions par le FMI, prévoyant la suppression des postes de fonctionnaires auxiliaires, une nouvelle rupture avec le FMI intervient. L'agitation réactionnaire du JLP va alors reprendre sur une nouvelle échelle, utilisant de plus en plus les thèmes de propagande anti-castriste.
cadre, le journal bour-
geois Cleaner aura un rôle tout à fait primordial. Fred Landis, qui fut un des rapporteurs au Sénat américain sur l'action de la CIA au Chili, compara les techniques Cleaner à celle de El Mercurio pour préparer les conditions de la chute d'Allende. Fait étrange, El Mercurio fut récompensé en 1973 par un diplôme de l'Université de Columbia ; le Cleaner reçut la même distinction tuent des appels ouverts au renverse. ment violent du gouvernement. L'un d'entre eux précisait, au printemps dernier: « Dans de nombreux autres pays, quelqu'un disposant d'une force d'hommes disciplinés derrière lui aurait depuis longtemps renversé le gouvernement... Dans de nombreux pays du Tiers Monde, nos ministres, nos dirigeants politiques, nos hauts fonctionnaires seraient, à l'heure actuelle, en exil ou ensevelis dans une fosse commune. » Le 22 juin, une tentative de putsch, avec des ramifications importantes dans l'armée, était découverte et réprimée. Manley déclarait alors qu'il y avait « des signes patents de destabilisation » de gouvernement à travers «une campagne de violence et d'autres activités pour créer la panique et la
Les tentatives d'assassinats de dirigeants du PNP se multiplient. Depuis le début de l'année, cinq cent
L'ESCALADE PRE-ELECTORALE Ayant rompu avec le FMI en fé. vrier 1980, Manley entreprend de rechercher des crédits auprès de nouveaux bailleurs de fonds, comme la Libye et certains pays de l'OPEP. L'enjeu des élections apparaît donc
June prise de position face aux derniers diktats du FMI. Dès que la date de ces dernières est annoncée, les attentats se multiplient et prennent la forme d'une vaste opération de déstabilisation du régime, comparable à bien des égards à celle qui précéda les élections 1976.
Propagande électorale pour Manley meurtres politiques ont ainsi été commis par les bandes armées du JLP, même si certains sont imputables à la police et aux actions de représailles des partisans du PNP. En août 1980, le local du journal du Parti des travailleurs de la Jamaïque (WPJ, appellation locale du parti communiste) était incendié. PNP, où se trouve son secrétaire général D.K. Duncan, est mitraillé par des hommes du JLP qui s'enfuient dans une voiture conduite par Warmington, un candidat du JLP. Un peu plus tard, le dirigeant du WPJ, Trevor Munroe, révèle que des officiers des forces armées argentines ont débarqué le 15 septembre Kingston et ont été conduits directement dans un camp militaire de la capitale sans passer par les procédures habituelles d'immigration. Le 14 octobre, le vice-ministre de la Sécuri. Le 10 septembre, un local du té nationale et député du PNP, Roy
dines du FMI, et en mettant sous le d'un crédit de 300 millions de dol- (1) Le Monde, ler novembre 1980.
MeGann, est assassiné lors d'une attaque des hommes de main du JLP, dans des conditions qui illustrent la connivence entre les forces de police et la réaction. Alors qu'il quittàit un meeting électoral dans le quartier populaire de Gordon Town, près de la capitale, accompagné de militants du PNP, Roy MeGann fut agressé par des hommes de main du JLP à quelques centaines de mètres d'un commissariat. MeGann eut le temps d'envoyer un SOS radio au quartier général du PNP avant l'arrivée de la police, qui fit feu sur lui après l'avoir identifié...
LE P.N.P.
SUR LA DEFENSIVE
Pour apprécier l'ampleur du complot réactionnaire qui se trame, il faut savoir qu'une vaste entreprise de recherche de renseignements est effectuée par divers canaux, préparant une opération de grande envergure. Ainsi, en dehors de la connaissance des chefs de l'armée et de la police, mise en fiche des détenus incluant des questions sur les opinions politiques, les lectures et les relations des détenus est remis à chacun d'entre eux. Parallèlement, sous couvert d'un « sondage d'opinion sur les consommateurs », une enquête officiellement commanditée par le trust pétrolier Exxon Oil, mais se rapprochant plus des méthodes de la CIA, demande si, « dans une perspective d'impartialité, il vaudrait mieux employer des soldats étrangers comme policiers, plutôt que des soldats et policiers jamaïquains ».
D'autre part, les liens de Seaga et du JLP avec des officines impérialistes sont connus. Les récents voya-
Ice dernier l'ont souvent conduit dans des réunions comme celle du mois de mai avec l'Institut américain d'entreprise, qui conseille régulièrement Ronald Reagan et agit comme source d'information consortiums pétroliers. Cet institut est dirigé par le vice-président de la Mobil Oil, Hernan Schmidt. En juin, Seaga rencontre des représentants du Département de l'Amérique latine et de la Caraibe du FMI. Tandis qu'en septembre, des négociations secrètes sont menées entre le FMI et le leader de l'opposition, anticipant sur sa pos-
Limitée à l'utilisation de l'appareil d'Etat existant et de la législation en vigueur contre les menées réacla riposte du gouvernement de Manley est restée impuissante à mobiliser véritablement les masses populaires et à satisfaire leurs principales revendications. En acceptant de passer sous les fourches cauboisseau les mesures sociales projetées par son programme, le gouvernement du PNP s'est lentement discrédité aux yeux des masses déshéritées de la Jamaïque. De plus, la corruption courante parmi les responsables ministériels n'a pas été pour rien dans cette incapacité à redresser cetsituation. En acceptant d'avaliser politique d'austérité du FMI, et malgré ses déclarations diplomatiques de solidarité avec Cuba et les luttes dans la Caraibe, le crédit populaire du PNP s'est largement effrité, facilitant ainsi les manœuvres réactionnaires de l'impérialisme et de son agent local, le JLP. Avant toute chose, c'est l'échec de la politique conciliatrice que sanctionne aujourd'hui la victoire électorale du JLP.
Car le PNP a fait sa récente campagne électorale pour une « voie non capitaliste de développement » tout en reconnaissant la nécessité de « réduire l'exploitation socio-économi•que que le pays subit encore ». Ce qui est une forme bien ampoulée pour illustrer l'échec de sa politique économique. Mais cela n'était assorti d'aucune mesure radicale permettant d'entraîner l'adhésion et l'enthousiasme des masses populaires, ni d'aucune forme de mobilisation et d'autoorganisation. Une victoire électorale n'apparaissait donc nullepour les travailleurs jamaiquains comme une garantie contre une politique d'austérité, ni comme une assurance d'une amélioration de l'absence d'une alternative concrétisant une authentique indépendance de classe, l'enjeu électoral n'apparaissait pas très clairement aux yeux des masses populaires.
Or les mobilisations contre les directions syndicales bureaucratiques liées au JLP ou au PNP, ainsi que les pour imposer les revendications ouvrières, restaient encore trop isolées et minoritaires pour concrétiser une alternative de classe immédiaLA VICTOIRE ELECTORALE
DE LA REACTION Que le PNP ait, par sa politique fait le jeu de la n'empêche pas que la victoire électorale du JLP constitue une importante défaite pour les masses populaires de l'ile, et une victoire pour l'impérialisme et ses agents régionaux. Il suffit de voir l'air entendu avec lequel un porte-parole du Département d'Etat US qualifiait de « salutaire » la défaite du PNP, et formulait le souhait d'une coopération avec le gouverne-
« dans un esprit d'amitié ». Les banques impérialistes se sont déjà ruées pour assurer le JLP lars.
Les projets contre-révolutionnaires régionaux de Washington se trouveront facilités par cette victoire électorale qui succède à des retournements comparables dans plusieurs autres petites îles de la Caraibe.
Le nouveau Premier ministre de la Jamaïque, Edward Seaga, a défini ainsi son programme : « La première priorité de mon gouvernement, a-t-il déclaré, sera de restaurer la croissance économique, ce que nous espérons réaliser à terme dans trois ans. La seconde priorité nous conduira à restaurer les droits de l'homme, car le gouvernement précédent avait fait du Jamaïquain un citoyen de deuxième classe. La troisième priorisera le rétablissement d'une politique étrangère équilibrée. (1) »
Ces déclarations se sont rapidement concrétisées par la demande du départ de l'ambassadeur cubain, considéré comme un «agent de la subversion », la proposition de « mettre en accusation ceux qui ont commis des fautes sous le gouvernement précédent », et la volonté d'attirer les investisseurs étrangers et pour cela de « créer le climat de confiance dont les hommes d'affaires ont besoin ».
Cette politique se traduira par des attaques contre les libertés et les droits des masses populaires, même s'il n'est pas exclu que les crédits impérialistes qui avaient été refusés à Manley viennent aider Seaga à amé liorer superficiellement le niveau de vie des masses ou d'une partie d'entre elles. Car, en tirant les leçons de la situation révolutionnaire qui a éclaté en Amérique centrale et à Grenade, les USA ne vont pas manquer d'apporter tout leur appui à ce gouvernement qu'ils ont contribué à mettre en place en étranglant le précédent, pour pouvoir refaire de la Jamaïque une plate-forme de la contre-révolution dans toute la Caraibe. Le gouvernement du JLP qui milite pour un statut comparable à celui de Porto-Rico, « Etat associé » des USA, représentant en fait le 52e « Etat de l'Union », va se prêter docilement à ce projet. Sa réussite dépendra toutefois de la capacité des masses populaires à se battre pour une alternative d'indépendance de classe, pour la satisfaction de leurs revendications, le respect de leurs droits démocratiques et de l'indépendance nationale, à faire leur le jugement que portait déjà le Che, qui expliquait qu'il ne pouvait plus y avoir que le choix entre « révolution socialiste ou caricature de révolution ».