Poïski, revue samizdat non soumise à la censure, a été fondée début 1978 à l'initiative de Piotr Abovine Eguides à Moscou. La parution des quatre premiers numéros s'est échelonnée de façon régulière au cours de l'année 1978 jusqu'au numéro 5, paru incomplet en février 1979, après la saisie des premiers exemplaires. C'est dans un contexte des plus difficiles que les rédacteurs de Poïski ont tenté cette expérience : il s'agit là de la première tentative dans l'histoire du samizdat de création d'une revue « conséquente » chaque numéro comprend en moyenne 300 pages. Les fondateurs de Poïski, qui soulignent le caractère légal de leur revue - aucun texte officiel ne soumet la publication d'une revue manuscrite à l'autorisation préalable des autorités ; de plus, le nom et les adresses des membres du comité de rédaction ont été rendus publics — doivent cependant faire face à des organes de sécurité de plus en plus zélés. L'année 1979 voit le plus grand nombre de perquisitions au cours desquelles sont confisqués brouillons, manuscrits, machines à écrire, colle, feuilles vierges, etc. ; après la saisie du numéro 5›a exécution. des menaces, qui seront mises sont prononcées à l'encontre de l'un des
Ces conditions, exigeant pour la temps démesuré et des trésors d'ingéniosité, expliquent que le nombre d'exemplaires dactylographiés (!) soit très réduit (quelques dizaines cir, culent sous le manteau. On dispose parfois, pour des raisons de sécuritemps, d'une seule nuit pour lire un numero) et que, apres les perquisitions et les menaces faites à la suite du numéro 5 et finalement l'arrestation de Valéri Abramkine, le comité de rédaction ait choisi de sortir en même temps (décembre 1979) les numéros 6, 7 et 8.
Ces huit numéros parus jusqu'ici sont l'expression de la volonté de quelques hommes et femmes, qui, au risque de perdre leurs moyens d'existence et leur liberté, ont réussi à présenter quelque 3 000 pages de débats et de réflexions, où le caviardage et la censure n'ont pas laissé d'empreinte.
INVITATION AU DIALOGUE
Traduit en français, Poïski signifie « Recherches ».
Dès le premier numéro, les fondateurs de Poïski exposent leur credo dans un appel, appel au dialogue, appel au débat, considéré comme unique moyen au-
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Association des de
Poiski :
amis
Michel
Bouvet,
59.
rue du
Faubourg-du-Temple, 75010 Paris.
Aide matérielle :
Poïski
Recherches,
Compte
50831 495
Société Générale,
Agence
04043,
64 rue
Boussi-
92260 caut,
Fontenay-aux-
Roses.
Adresse de Piotr Markovitch Abovine
Eguidès
(membre fondateur de
Poïski) :
Mozartstrasse 23, Pension Westfalia,
8000 München 2, Allemagne fédérale.
jourd'hui de sortir de l'impasse dans laquelle se trouvent la société aussi bien que la dissidence. L'invitation au dialogue est large, elle concerne tous ceux qui sont parvenus à la conscience de sa nécessité vitale (et les courants Cependant, il est clair que ce ne sont pas des « a priori humanistes » qui déterminent cette orientation mais une sorte de mise au pied du mur par l'histoire. En effet, ce projet a pour base une analyse de la période qui a suivi la mort de Staline, période d'espoirs et de désillusions, riche d'enseignements, et pour origine un bilan critique du pouvoir et du mouvement dissident après le XXe Congrès. Ce bilan fait le point sur les limites de ce qui peut être accordé par le pouvoir - en témoigne le retour en arrière amorcé en 1968 - et sur les carences de l'opposition qui n'a pas su exploiter les possibilités offertes. A l'évidence, tout mouvement démod'approfondir et d'élargir les timides changements du pouvoir, n'a pas sa place. Mais, bien que bénéficiant de cette expérience, la situation reste sombre ; reste à se débarrasser de l'héritage du stalinisme, dans lequel tous semblent englués. A cet égard le but de Poïski est clair : éditer une revue n'est pas un but en soi ; celle-ci est au contraire considérée comme un point de départ, un instrument (comme un autre) pour se libérer de cet héritage. Et ceci sur deux plans. Tout d'abord au niveau de la dissidence, il s'agit de dépasser les comc'est-à-dire de cette méfiance mutuelle due au monopole politique -mais surtout de vaincre l'isolement et la désunion de tous les courants du démocratique. veut être un moyen de surmonter les impasses morales et les blocages politiques - ce que l'on pourrait caractériser de peur historique, c'est-à-dire de peur du pire ou du retour au passé. Il s'agit donc en second lieu de trouver une alternative à cette situation qui semble sans issue, avec la volonté évidente d'aller au-delà des stéréotypes accommodants (que ce soit ceux qui refusent tout en bloc depuis Octobre 1917 ou ceux qui restent dans le cadre du régime, et pour qui chaque « défaut » du système a valeur d'exception, à corriger en tant que telle). Cela doit être également une voie pour résoudre l'inadéquation qu'il peut y avoir entre la critique de la situation et le manque de forces capables d'assumer, de prendre en charge ou même de proposer
C'est donc sur cette base que les fondateurs de Poïski considèrent que seul le dialogue, c'est-à-dire des débats menant à une élaboration comdes diverses tendances démocratiques, peut permettre d'atteindre ce but. C'est ainsi que s'exprime le pluralisme de la revue : les cadres de l'appel sont très larges mais ses auteurs avouent avoir en vue de dépasser les défauts du mouvement dissident afin de définir un programme plus élaboré; un programme concerne l'avenir de la dissidence aussi bien que celui de l'URSS (les auteurs ont toujours refusé de séparer le destin du mouvement démocratique de celui de leur pays) ; ils refusent également à l'URSS le droit de prétendre à la voie unique et de déciau nom des autres C'est justement cette orientation qui fait l'importance et l'originalité de la revue Poïski, car ces principes, ce pluralisme, se sont traduits concrètement. En premier lieu au niveau de la composition et du fonctionnement du comité de rédaction, traduisant la volonté de représenter chaque tendance (du courant marxiste au courant libéral et religieux) et ayant réussi néanmoins à assumer jusqu'ici la parution de huit numéros (auparavant chaque courant de la dissidence avait tendance à travailler chacun de son côté). Font partie de ce comité de rédaction : Piotr Markovitch Abovine Eguidès, Valéri Abramkine, Vla-
Guerchouni, Raissa Borissovna Lert, Gleb Pavlovski, Victor Sokirko.
Cette diversité se retrouve aussi au niveau des collaborateurs réguliers et des auteurs de la revue, où dominent également les courants socialistes démocratiques de gauche (dont les plus connus sont Guefter, Kope-
Le contenu de Poiski présente les mêmes caractéristiques essentielles et novatrices: il offre surtout aux lecteurs des textes d'analyse politique, sociale et économique d'une grande diversité et richesse, qui peuvent susciter un intérêt plus général et donc aider à ne pas se couper d'éventuels lecteurs, dans le mouvement démocratique (jusqu'ici l'avant-scène est occupée par le mouvement de défense droits de l'homme, en tant que tels, dont les parutions prennent davantage la forme de chroniques de la
DES RUBRIQUES Voici à titre d'aperçu quelques rubriques que l'on trouve dans Poïski (qui bien sûr évoluent au fur et à mesure des recherches) :
Perekriostok, four ») avant tout véritable forum traduisant la discussions internationales, débattre (par exemple, dès le numéro un, elle comprend différents articles autour du livre de
Santiago Carrillo l'Eurocommunisme et l'Etat).
tions ») analyse de la dissidenceet de-
ses forces.
- Soprotiulienie, (« Résistance» )... dans tous les domaines: comptes rendus de procès, article de Raissa Lert sur le rôle des « vieux » qui ont une mémoire historique à transmettre aux jeunes, afin de combattre la falsification officielle ; une « lettre ouverte à Roy Medvedev » de Abovine Eguidès.
Vremia u pismakh, regroupant des lettres de prisonniers de camps.
Teoria i jizn', (« Théorie et pratique »)... et enfin la rubrique économique et le courrier des lecteurs publié sans commentaires, deux rubriques apparues au bout de quelques mois.
Les rubriques littéraires quant à elles regroupent poèmes, des nouvelles, des extraits de romans, des mémoires, des témoignages... (dont les auteurs les plus connus sont Voznessenskaia, Dombrovski, Voïnovitch, Vladimov...), l'une d'elles est exclusivement consacrée aux œuvres d'auteurs en prison, en camp ou en hôpital psychiatrique.
LA REPRESSION
Dans la réalité, Poïski est donc devenue ce lieu de débats et de dialogue qu'elle voulait instaurer, elle est apparue comme une tentative unique pour consolider les forces démocratiques de la dissidence, a fait un pas décisif pour rompre leur isolement et les placer sur la voie de l'unité d'action pour dépasser le « retard » que dissidence soviétique peut avoir, par rapport aux autres pays de l'Est par exemple. Ceci est une œuvre de longue haleine.
que ses considéraient jusque là uniquement comme un point de départ, l'adoption d'une démarche nécessaire pour aboutir à une alternative concrète, un programme plus élaboré, bref ce projet qui a déjà porté des fruits, se trouve aujourd'hui en suspens. La répression sans précédent qui a frappé Poïski est directement la cause. Mais il est nécessaire de comprendre que cette mise en suspens s'est pas une capitulation face à la répression ; les rédacteurs refusent de se situer sur le terrain où veut les placer le pouvoir. L'arrêt de Poïski signifie avant tout un temps de pause nécessaire pour reconcentrer ses forces, pour se consacrer à la défense de ses quatre rédacteurs emprisonnés et sans doute aussi pour trouver d'autres formes de travail, plus adaptér au problème de la répression.