Le bilan de la lutte de la FIAT de travail. Les équipes sans délégués. Des délégués sans équipe. Des centaines de militants du PCI, de la LCR, du PDUP, de DP réduits à la Cassa di integrazione. Certains sont licenciés par mesure de représailles. La défaite subie par
Le texte ci-dessous est le document de bilan de la grève FIAT publié par les camarades de la LCR (section italienne de la IVe Internationale) après la sigle mouvement ouvrier ne peut et ne doit pas être tue.
Agnell vient de commencer à obtenir ce qu'il recherchait depuis des années : pouvoir manipuler librement la force de travail, pouvoir licencier une partie des travailleurs afin de mener à bien les restructurations, réinstaller le système de l'arbitraire et de la hiérarchie des chefs, exploiter à nouveau les travailleurs comme par le passé.
La FLM comme les travailleurs sortent affaiblis de cette défaite. Les dirigeants du PCI et des syndicats s'efforcent de nier la portée du recul enregistré. Ils accusent ceux qui en parlent, comme les militants de la LCR, d'être des saboter une lutte ouvrière qui peut encore renaître... Evidemment, la lutte ouvrière peut et relancée. Nous en sommes plus que jamais convaincus. Les militants de la LCR travailleront avec toute leur énergie pour réorganiser la force des travailleurs et préparer la revanche. Mais c'est précisément pour cette raison qu'il ne faut pas se livrer à des mystifications, cacher la réalité et qu'il ne faut pas minimiser les pertes et les dommages subis, car ce n'est pas de cette facon qu'on aide à relancer une lutte ouvrière.
En se taisant, on couvre simplement la responsabilité des directions, on favorise la démoralisation, parce que tous les travailleurs ont très bien compris la signification des derniers événements. Tirer un bilan clair et objectif de cette défaite est le meilleur moyen de clarifier nos idées, de discuter avec les travailleurs de l'orientation politique susceptible d'ai-
Tirer toutes les leçons d'une défaite • LUS de 23 000 travailleurs expulsés de l'usine pour une longue période et sans grande espérance d'y être réintégrés. Une partie importante des travailleurs les plus combatifs et des cadres syndicaux chassés de leur lieu der à la réorganisation, à repartir en avant. Ce n'est que de cette façon que l'on peut rediscuter des revendications et des objectifs qu'il faut mettre en avant, de la manière de continuer la lutte dans des conditions qui sont devenues plus difficiles, qu'on peut discuter des moyens d'imposer la réembauche des travailmis au chômage technique, comment on peut remettre en question l'accord qui lie les mains des travailleurs et définir par là une riposte d'ensemble à l'attaque de la bourgeoisie.
Nous sommes convaincus qu'une bataille a été perdue, mais que tout n'est pas réglé. Cette bataille peut encore être gagnée, mais à condition de savoir analyser les véritables ses de la défaite et y apporter rapidement des remèdes.
Ces causes ne doivent pas tant être recherchées - comme le font tant de pisse-copies - dans une prétendue division des travailleurs. Ce sont là des imbécillités. La défaite s'explique pour une seule raison : les dirigeants syndicaux ont trahi la lutte quand elle avait atteint son point culminant et qu'elle était même parvenue à rompre l'isolement.
Ils ont trahi la lutte à deux reprises : une première fois, quand ils ont signé un projet d'accord qui violait la confiance et le mandat qui leur avaient été accordés par les conseils et les travailleurs. La deuxième fois, lorsque, sans tenir compte de la volonté des conseils d'usine, du Consiglione et des assemblées s'étaient prononcés contre l'accord
ITALIE nature par les directions syndicales, malgré l'avis majoritaire des travailleurs de l'entreprise, d'un accord qui satisfaisait l'essentiel du diktat patronal. à la majorité, ils ont néanmoins signé définitivement l'accord. travailleurs se sont rappelés que, jours avant, devant les portes de la Fiat Mirafiori, le jour de la grève générale du 10 octobre, le dirigeant syndical Benvenuto avait juré que jamais la mise à la Cassa di integrazione, sans rotation, ni la liste des travailleurs mis au chômage par le patronat ne seraient acceptées. Lama avait fait de même et bien d'autres, lors des manifestations dans les différentes villes d'Italie qui avaient marqué cette grève générale.
Le comportement des bureaucrates syndicaux ne tombe pas du ciel. La dynamique de la lutte a montré que ces derniers avaient été poussés en avant pendant toute une période par la force de la mobilisation, mais force est de constater aussi qu'ils n'ont rien fait pour approfondir et élargir cette mobilisation. En réalité, ils attendaient le moment favorable, le prétexte, pour capituler devant les exigences patronales.
Cette orientation a des racines profondes et n'est pas nouvelle. Beaucoup travailleurs la redoutaient, d'autres s'en sont aperçus au moment crucial, lors des dernières semaines de la lutte. C'est tout un enchaînement d'événements qui explique l'action des directions bureaucratiques.
Tout a commencé avec la tristement célèbre « Assemblée de lEUR » quand, face à la crise du système capitaliste, au lieu de définir une stratégie de défense intransigeante des revendications des travailleurs dans la perspective de proposer une solution ouvrière à cette crise, les dirigeants syndicaux ont tout au contraire imposé des limitations aux revendications ouvrières. En faisant de l'accroissement de la productivité dans les entreprises et de la mobilité de la force de travail une ligne poli-
tique, ils ont répondu aux attentes de la classe capitaliste.
Cette orientation a provoqué immédiatement des revers et provoqué des dégâts ; elle a contraint les travailleurs à faire de nombreux sacrifices. Si elle n'a pu provoquer plus de dommages, cela est uniquement dû au fait que les conseils d'usines, les militants et les cadres syndicalistes de base et les travailleurs ont empêché qu'elle ne se concrétise à fond dans les entreprises, que soit acceptée la prétendue « mobilité externe », c'est à-dire les licenciements, l'expulsion des travailleurs de leur poste de travail pour faire augmenter le chômage. Combien de fois les patrons se sont-ils lamentés, et aujourd'hui même ils continuent à reprendre cette antienne, selon laquelle il y aurait une grande différence entre les déclarations des directions syndicales faites à Rome, entre ce sur quoi on était parvenu à un accord, et l'attitude des travailleurs à la base et des conseils d'usine qui ne respectent pas les besoins du capital et qui luttent pour défendre leurs conditions de
On ne peut oublier ce qui s'est produit à l'occasion du renouvellement des contrats en 1979. Le patronat était venu à la table des négociades contre-propositions dans lesquelles il demandait : - la réduction du volume de l'emploi ; - un accroissement majeur de la productivité ; - la mobilité...
Le patronat expliquait à cette occasion que ses exigences étaient tout à fait cohérentes avec la ligne syndicale définie lors de l'Assemblée de l'EUR. La direction de la FLM ne savait pas comment rejeter ces prétentions patronales. C'est la mobilisation extraordinaire des travailleurs au cours de l'été 1979, l'occupation de la FIAT, les grands cortèges qui ont parcouru Turin, les piquets de greve dans toutes les entreprises de la métallurgie qui ont bloqué l'offensive patronale et empêché qu'elle ne soit couronnée de succès. Mais il faut aussi se rappeler quelles furent les conditions de cette grande lutte.
La direction de la FLM a signé un accord qui contenait le fameux article 4. A l'époque, cela fut présenté comme une victoire de la politique de la FLM. Devant les exigences d'accroissement de la productivité de l'entreprise, la FLM s'engageait en effet à accepter l'idée de la mobilité de la force de travail. Or, c'est précisément ce célèbre article 4 que la direction de la FIAT a brandi au cours des dernières négociations. C'est lui qu'ont invoqué tous les journaux qui justifiaient le droit « d'expulser » des dizaines de milliers de travailleurs. Gianni Agnelli, requin et poisson-pilote du patronat italien.
Il ne faut pas oublier non plus qu'immédiatement après cette mobilisation, la direction de la FIAT est passée à la contre-attaque en licenciant 61 militants sans que cette mesure suscite de la part des dirigeants du syndicat, du PCI et du PSI, une riposte immédiate et d'ampleur. Pourtant cette mesure répressive était une attaque contre l'ensemble du mouvement ouvrier. Pire, les appareils bureaucratiques soient qualifiées de « violences » les luttes pour les contrats de 1979 et quasiment de « terroristes » les traavaient conduites. Mieux, les dirigeants syndicaux eux-mêmes ont attaqué ces luttes en les comme des « violences Pour en venir aux événements les plus récents, nous devons rappeler que la FLM s'est rendue aux négociations avec la direction de la FIAT avec une plate-forme de « perdant » : elle reconnaissait aux responsables des entreprises le droit de réduire le personnel par le bloquage de l'embauche et en instaurant un système de pré-
Tous ces éléments ont renforcé la détermination d'Agnelli qui s'est alors senti encouragé à tirer encore plus sur la corde, sûr de pouvoir gagner quelque chose dans cette épreuve de force. La défaite est donc le fruit de toute une orientation des directions réformistes, et c'est pour cela que de nombreux travailleurs affirment qu'il faut une nouvelle ligne popour affronter les patrons, qu'il faut aussi une nouvelle direction syndicale, parce que la direction acdavantage l'oreille aux exigences patronales qu'aux revendications ouvrières. Les directions syndicales, au lieu de critiquer les véritables erreurs commises, ont déclenché de violentes attaques contre la gauche, contre les conseils d'usine et les délégués, contre l'avant-garde ouvrière qui s'est développée ces dernières années, contre les formes de démocratie ouvrière qui se sont exprimées, c'est-à-dire le système des délégués élus et contrôlés par la base, des grandes assemblées générales qui permettent de développer dans le feu de la lutte la conscience de classe.
Derrière les formules apparemment fumeuses — on propose la « réforme des conseils » -, c'est en fait leur stricte subordination à l'appareil bureaucratique, leur mort en tant qu'expression de la volonté directe des travailleurs que l'on propose. Lorsque l'on attaque les assemblées et que l'on propose d'utiliser à leur place le référendum, cela revient à dire que les travailleurs ne doivent pas voter dans le cours même de la mobilisation, au moment d'une action de classe collective, mais qu'ils doivent se prononcer lorsqu'ils sont chez eux, comme une somme d'individus particuliers subissant le matraquage de la télévision, la propagande de l'adversaire de classe. Les bureaucrates veulent détruire l'actuel syndicat basé sur les d'usine parce qu'ils savent que, tant qu'il existe, ils devront toujours s'afqu'il existera, ils devront toujours s'affronter à une base syndicale qui refusera leur politique de collaboration avec la bourgeoisie. Le patronat a un objectif qu'il espère atteindre rapidement : faire la peau au syndicalisme travailleurs les plus combatifs, liquider douze années de luttes et de conquêtes ouvrières. QUE FAIRE MAINTENANT?
De trois points de vue, le mouvement ouvrier doit faire face à une si-
A l'intérieur de la FIAT, le patronat cherche à utiliser le succès obpour augmenter les cadences, restaurer l'autorité des chefs et exercer ses représailles par le biais des licenciements.
patrons cherchent à dans la brèche ouverte par Agnelli pour infliger de nouvelles défaites aux Enrico Berlinguer : le PCI a été l'organisateur de la défaite.
Pininfarina, Zanussi et dans de nombreuses entreprises de la chimie).
Pour les jeunes, pour les chômeurs, pour les femmes, l'accord de la FIAT constitue un nouvel obstacle dans la lutte pour l'obtention d'un emploi stable et sûr. Les forces existent encore pour ne pas céder, pour riposter immédiatement, pour combattre tous les renoncements à l'action collective et au militantisme syndical. A la FIAT comme dans d'autres entreprises, il est nécessaire de se battre pied à pied contre les tentatives d'augmenter les cadences, de de diminuer les temps de pause, de restreindre les droits d'activité politique du mouvement ouvrier dans l'entre-
Il faut le faire tout de suite pour empêcher les patrons d'élargir encore la brèche qui a été ouverte. Les travailleurs mis au chômage technique (Cassa di integrazione) devront rester étroitement liés aux fédérations syndicales et intégrés dans la pour maintenir leurs liens avec les travailleurs qui continuent d'être employés dans l'entreprise. C'est indispensable pour maintenir leur activité, continuer à leur faire jouer un rôle, et faire en sorte que tous puissent se battre ensemble pour leur
Les patrons espèrent pouvoir affronter les différents secteurs de la classe ouvrière en ordre dispersé: d'un côté l'Olivetti, de l'autre la Zanussi, et pouvoir ainsi porter de nou-
Lama et Benvenuto : du compromis historique au compromis tout court...
OCCUPAZIONE (SVILUPPO CONTRATTI E DEMOCRAZIA veaux coups afin de préparer une offensive générale sur tous les fronts, celui des salaires, de l'emploi et surtout pour démanteler la forteresse
On ne peut pas lutter de façon éparpillée. La LCR a par le passé souvent critiqué les directions syndicales qu'elles menaient les travailleurs à la lutte séparément, entreprise par entreprise. Moins que jamais, aujourd'hui, il n'est possible d'engager ce type d'action quand c'est l'emploi qui est en jeu. Il faut unifier toutes les forces des travailleurs autour des luttes en cours, comme celle de l'Olivetti, et autour de celles qui s'annoncent, comme dans la sidérurgie. Mais pour que cela se tasse, il ne taut pas limiter la mobilisation a une simple lutte de solidarité. Il faut une mobilisation d'ensemble autour d'objectifs qui unifient les travailleurs.
Les événements de la FIAT montrent qu'il n'est plus temps d'attendre ! Contre les restructurations et les licenciements, un seul objectif peut permettre de battre le patronat et d'unifier le front ouvrier : la réduction à 35 heures du temps de travail, sans diminution de salaire ! Il n'est pas possible de fermer les yeux et de renvoyer une fois de plus à plus tard cette lutte sur la question des 35 heures, qui devient concrète pour toute la métallurgie et même d'autres sec-
Cet objectif des 35 heures est encore plus nécessaire si l'on veut répondre aux exigences des chômeurs,
VALCCIO des jeunes et des femmes. Comment peut-on se préparer aux prochaines luttes et mettre au point un véritable plan de bataille, une plate-forme revendicative ? Les directions confédérales ont décidé une consultation de toutes les catégories, qui devrait se conclure par une assemblée des cadres syndicaux. La FLM à son tour a proposé une assemblée nationale des délégués. Cette consultation est une bonne chose, cette assemblée nationale des délégués est une bonne chose. Elles doivent servir à organiser la lutte. Mais, par contre, dans les intentions des bureaucrates, ces assemblées doivent servir à approfondir davantage leur ligne en faveur de l'austérité, leur soumission aux exigences patronales, la limitation des revendications ouvrières.
Les bureaucrates n'ont pas du tout l'intention de procéder à une véritable consultation. Quand ils parlent de l'assemblée des cadres syndicaux, ils entendent par là une réunion qui ne regroupe que les permanents syndicaux et les bureaucrates, une réunion qui ne représente pas réellement la volonté des travailleurs, au contraire la trahisse. Il faut une véritable assemblée de la FLM et des syndicats, mais cette assemblée doit réunir les travailleurs de l'entreprise, les ouvriers délégués sur la base d'une discussion large et approfondie. Ceux qui se rendront à ces assemblées locales et nationales devront avoir un mandat précis, qui leur soit donné par les travailleurs sur la base de propositions concrètes, d'une ligne politique pré-
L'assemblée nationale devra représenter à la proportionnelle les diverses positions, les diverses propositions faites dans les assemblées de base. C'est le principe fondamental de la démocratie, celui que les dirigeants syndicaux ne veulent pas respecter, et aujourd'hui moins que jamais.
La première bataille que doivent mener les délégués et l'avant-garde ouvrière est précisément celle-là : que toutes les assemblées soient démocratiques et représentatives, qu'elles ne débouchent pas sur de nouvelles mystifications et escroqueries. Pour éviter ce danger, il faut que les conseils se réunissent, discutent, expriment leur propre position sur l'affaire de la FIAT, qu'ils n'attendent pas les consignes d'en haut, n'acceptent pas passivement ce que la bureaucratie tentera de leur imposer.
Cela vaut à plus forte raison pour la FIAT elle-même ou les conseils des différents secteurs et le conseil général, le Consiglione, doivent prendre eux-même en main la direction du mouvement syndical. Pour gagner cette bataille, l'avant-garde ouvrière et les cadres les plus conscients doi-
La FIAT, une lutte « exemplaire » pour une entreprise phare. vent comprendre qu'il n'existe depuis longtemps de possibilité d'obtenir des victoires en faisant simplement pression sur les directions syn-
One peut plus agir non plus, comme par le passé, en mettant en œuvre une tactique combinant le débordement et la pression. L'enjeu est trop important pour que les directions syndicales puissent changer leur ligne sur la simple base d'une forte pression des masses et de l'avant-garde ouvrière. C'est la leçon des derniers jours du conflit de la FIAT.
Les directions syndicales savent que si elles cèdent quelque chose, elles auront encore plus de difficultés pour faire passer la ligne d'austérité imposée par la logique du capital qu'elles acceptent. C'est précisément la raison pour laquelle il faut construire une direction alternative. Mais comment serait-il possible de placer le syndicat sur une ligne de classe, de créer une nouvelle direction si les ouvriers d'avant-garde continuent d'agir de façon désorganisée et en ordre dis-
S'organiser dans le syndicat est la chose la plus urgente à faire. Dans le syndicat, parce que c'est là l'avant-garde est organisée ; dans le syndicat, parce que si l'on se coupait du reste de la classe ouvrière, ce serait le début de la fin ; dans le syndicat, parce qu'il représente le canal organisationnel de masse fondamental existant.
Construire une direction de rechange face à la direction actuelle, construire une nouvelle direction syndicale, passera par la construction d'un courant de gauche dans le syndicat, partant des cadres syndicaux de base, d'une tendance lutte de classe qui donne au syndicat une perspective de lutte, qui combatte politiquement la ligne actuelle, cette ligne qui, si elle continuait, aboutirait à l'écrasement du mouvement ouvrier.