Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

GRENADE

Comment la révolution s'est développée depuis le 13 mars 1979. Entretien avec Fennis Augustine, Haut Commissaire à Londres

· Inprecor n° 91, 15 décembre 1980 · p. 44-45 · 1 959 mots

Amérique centrale Cuba Nicaragua Syndicalisme

- Peux-tu expliquer les mesures fort très important pour réorganiser cialist Challenge du 20 novembre 1980. qui ont été prises par le PRG (Provisional Revolutionary Government) ?

Depuis le début de la révolution, le PRG a souligné que l'agriculture allait constituer sa toute première priorité et qu'il fallait que Grenade soit Nous avons monté une raffinerie de sucre qui va réactiver notre industrie de la canne à sucre. Nous sommes en train de combattre une épidémie qui a provoqué un désastre dans la culture de la banane. C'est important, car c'est un secteur qui emploie beaucoup de main-d'œuvre.

Avec l'aide des Cubains, nous sommes en train de moderniser notre pêche. Maintenant, nous traîtons industriellément le poisson et nous sommes en mesure de fournir du poisson salé ou fumé, mais l'usine est encore incapable de produire en quantité suffisante pour faire face aux besoins locaux.

Nous avons également un programme qui s'appelle « la Jeunesse pour la reconstruction », où les jeunes sont éduqués aux techniques agricoles modernes. Après cette formation, ils retournent à la terre soit comme aides-agronomes, soit pour occuper des postes dans les nouvelles coopératives. Nous avons entamé une réforme agraire - sous le régime d'Eric Gairy, au pouvoir depuis 1951, 40 % des terres étaient laissées en friche - et ces terres vont être distribuées aux jeunes.

Nous avons constitué des comités d'éducation. L'un d'eux est chargé de mobiliser la population pour réparer ou reconstruire les écoles qui avaient été laissées à l'abandon. Leur but est d'élever le niveau moyen d'éducation. Nous avons maintenant un centre pour l'éducation populaire. Sous Gairy, l'analphabétisme dépassait les 70 %. Aujourd'hui des volontaires vont apprendre aux gens à lire et à écrire. Nous pensons que, pour défendre le type de société que nous voulons construire, tout le monde doit savoir lire et écrire. Tout le monde doit être capable de porter par soi-même un jugement sur la situation.

Nous avons également fait an ef depuis le 13 mars 1979

/ dont nous publions ci-dessous de larges extraits, a été réalisée par Clive

Turnbull pour l'hebdomadaire marxiste révolutionnaire britannique Soles forces de l'ordre et nous avons,

Dans le passé, la police était une force répressive alors que maintenant elle est étroitement liée à la population. Les policiers ont été désarmés.

Les trois hôpitaux que compte l'ile dépensaient 70 % du budget de du temps de Gairy, mais ils ne soignaient que 20 à 30 % des malades. Nous avons inversé cette situation et créé des dispensaires dans les diverses localités.

- Quand j'étais au Nicaragua, l'an passé, les sandinistes soulignaient l'importance de l'alphabétisation et de l'éducation pour que la population puisse librement décider de la ré partition des ressources trop rares

C'est la seule manière pour que la population comprenne que la pénurie n'est pas due aux « sales gens » du village d'à côté ou aux sandinistes, mais qu'elle est l'héritage de l'ancien régime et du sabotage impérialiste.

- Nous pensons la même chose. Si nous voulons développer des institu-

Fennis Agustine

GRENADE tions démocratiques, il est important que le peuple soit capable de prendre les décisions en connaissance de cause, et non pas sur la base de fausses informations ou d'un manque d'informations, qui sont le fait des ennemis de la révolution mondiale.

Nous avons démarré au niveau des conseils municipaux. Une fois par mois, leurs représentants se rencontrent pour discuter des affaires locales, pour poser des questions ministres du gouvernement et pouvoir rapporter les réponses dans leurs communes. C'est un système que nous avons mis en place sur la base des expériences de Cuba et du Nicaragua.

Notre principal projet, qui devrait avoir des effets importants au niveau de la lutte contre le chômage, c'est la construction de l'aéroport international. Nous sommes le seul pays de langue anglaise de la Caraibe qui développe un tel projet. Tous les autres aéroports de la région ont été construits par les puissances coloniales.

QUE CEUX QUI

TRAVAILLENT TIENNENT LES RENES - Comment définirais-tu la révolution qui se développe à Grenade et qu'est-ce que vous entendez par le mot d'ordre « Que ceux qui travaillent tiennent les rênes du pouvoir! » ? - Depuis le premier jour, nous avons dit que Grenade allait devenir une société socialiste. Nous nous sommes heurtés à des oppositions, en particulier de la part des Etats-Unis. Gairy, qui s'est établi maintenant à San Diego (Californie) près de la base navale américaine proche de la frontière avec le Mexique, a tenté de recruter des mercenaires.

Nous savons aussi que le Conseil national de sécurité dirigé par Brzezinski a discuté de l'organisation d'un blocus contre Grenade. Nous savons aussi qu'ils ont décidé d'en finir avec Grenade par leurs campagnes de propagande, la déstabilisation, voire même l'assassinat des dirigeants de notre révolution.

Nous nous rendons parfaitement compte que la révolution n'est pas très bien vue par certains gouverne-

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douze médecins. Nous avons affir- ment en ce moment de l'organisation ments, car si nous réussissons, ce sera un coup porté à l'impérialisme. Les peuples de la Caraibe vont s'apercevoir qu'il est possible de construire une société qui travaille et agisse dans l'intérêt de la majorité de la population. C'est cela que nous voulons dire quand nous affirmons « Que ceux travaillent tiennent les rênes du pouvoir ! ». C'est ce que notre révolution veut réaliser. En fait, c'est pour cela que la révolution a été faite et c'est cet objectif que nous sommes déterminés à atteindre. C'est pour cela que les gens qui ne partagent pas ce point de vue, que les gens qui pensent toujours que seule une minorité, une élite, peut avoir le droit de prendre des décisions à la place de la population, considèrent que le processus en cours à Grenade porte atteinte à leur situation et veulent faire changer le cours des choses. Nous ne nous attendons pas à voir ce que nous cherchons à faire accepté passivement par les ennemis de la révolution. — L'une des choses les plus impressionnantes de cette révolution, c'est son internationalisme. Peux-tu expliquer cela et aussi les rapports particuliers que vous entretenez avec les gouvernements révolutionnaires de Cuba et du Nicaragua ? - Nous disons sans fausse honte que nous sommes du côté de la classe ouvrière internationale. Vu notre expérience et notre position, il ne saurait en étre autrement. La société traditionnelle a été créée précisément pour que les travailleurs restent à leur place et fassent tout le boulot. Nous pensons que le temps est venu que la classe ouvrière occupe la place qui lui est due, et nous sommes de ce côté-là. Je suppose que cela ne nous fait pas aimer tendrement par un certain nombre de gouvernements, mais c'est comme cela que nous voyons les LES RAPPORTS AVEC CUBA

ET LE NICARAGUA Nous avons établi des relations de coopération étroites avec le Nicaragua et Cuba. En ce qui concerne les Cubains, ils sont venus nous aider dès le début de notre révolution de façon tout à fait principielle. Quand nous avons entendu dire que Gairy était en train de recruter des mercenaires aux Grande-Bretagne, au Canada et aux Etats-Unis de nous vendre des armes pour défendre notre révolution. Ils ont refusé. Aussi les avons-nous demandées à Cuba qui nous les a organiser notre service de santé, Cuba a envoyé vouloir développer la pêche industrielle et Cuba a envoyé des experts et nous a offert des chalutiers. Quand nous avons dit que nous voulions construire un aéroport international, Cuba nous a offert son aide. Ils n'ont pas d'argent ni de pétrole, mais ils nous ont envoyé des techni-

A aucun moment les Cubains ne nous ont demandé quoi que ce soit en retour. En fait, Cuba, vu le développement atteint par son industrie de la pêche, aurait pu, s'il l'avait voulu, tirer profit de la situation. Ils auraient pu nous dire : « Nous allons vous fournir chaque année tant de tonnes de poisson. » Ils ne l'ont pas fait. Au contraire, ils sont venus et nous ont dit : « Nous allons vous aider à développer votre propre industrie de la pêche. » Nous avons découavions beaucoup de choses en commun avec le peuple nicaraguayen, car nos deux peuples ont souffert pareillement de lisme et du colonialisme. Nous avons développé d'étroites relations avec le Nicaragua. Je ne pense pas que ce soit un hasard. Comme au Nicaragua, nous avons donné la priorité aux mêmes choses.

LES ORGANES

DE LA REVOLUTION - Peux-tu nous parler des organismes qui ont été formés à Grenade depuis le début de la révolution? - Toutes les institutions - les conseils municipaux, pour la santé et l'éducation considérés comme des institutions démocratiques au travers desquelles les gens peuvent prendre des déci sions et faire des recommandations au PRG sur ce qu'ils veulent. Nous avons fait une campagne de masse pour organiser les femmes dans le New Jewel Women's Committee. Cela a été un succès, car à Grenade les femmes prennent conscience qu'elles sont une partie importante de la population et elles se mobilisent pour résoudre les problèmes qui les touchent plus particulièrement. Le PRG a promulgué une loi autorisant l'avor-

Une autre loi permet aussi à tout travailleur d'adhérer à un syndicat. Une fois qu'un vote a eu lieu dans une usine ou sur une plantation et qu'une majorité des travailleurs a décidé de rejoindre tel ou tel syndicat, aucun patron n'a le droit de s'opposer à leur volonté. Nous avons formé, au sein du New Jewel Movement, une commission syndicale qui publie son propre journal qui traite de la croissance du mouvement syndical, des conditions de travail, etc.

Nous nous occupons énorméinterne de notre parti, le New Jewel Movement (NJM). Nous tenons nombre de réunions internes et d'écoles de formation pour que les membres du NJM soient mieux informés et prennent les décisions qui concernent l'avenir du pays en connaissance de

Nous avons maintenant une organisation de jeunesse du NJM qui compte 3 000 militants répartis en 78 sections locales.

TOUTE LA POPULATION

EN ARMES L'ancienne armée, la Grenada Defence Force, a été totalement démantelée. En ce qui concerne la police, qui était armée, elle a été désarmée et elle est en train d'être rééduquée pour l'amener à remplir rôle différent, qui soit plus celui d'un service public que d'une force de répression. Une milice est en train d'être mise sur pied et entraînée et nous voudrions voir toute la population en armes, car c'est la seule façon de défendre notre révolution. - Quelles sont les principales priorités pour l'aide et la reconstruction, et qu'attendez-vous de pays comme la Grande-Bretagne ? - Nous voudrions une aide pour l'agriculture orientée vers des projets de cultures qui nous permettent de nous suffire à nous-mêmes, puis ensuite d'exporter. Nous avons également besoin d'investissements pour développer une infrastructure, telle que des routes, qui constituent un élément décisif pour exploiter les richesses naturelles du pays. Nous avons besoin d'autres investissements encore pour développer des industries autour des ressources du pays. Par exemple, nous pensons à complexe agro-industriel capable de mettre en conserve ou en bocaux de verre les fruits et les produits ali-

Nous avons des gisements gypse (plâtre) que nous voudrions exploiter, et nous voudrions étendre et améliorer nos capacités portuaires pour faciliter le trafic maritime.

Mais nous ne sommes pas chaud pour un modèle de développement où une entreprise drait s'établir, amènerait ses composants que nous serions chargés d'assembler pour qu'elle puisse ensuite les revendre. Cela ne serait pas lié au développement de nos ressources naturelles et nous estimons que cela ne nous avantagerait pas et que notre peuple serait exploité pour le faible coût de sa force de travail. Cela aurait aussi des répercussions tout à fait négatives sur un authentique militantisme syndical. Propos recueillis par Clive Turnbull.

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