Inprecor 1974–2004

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ITALIE

Les tournants du PCI

· Inprecor n° 92, 2 janvier 1981 · p. 3-8 · 5 053 mots

Italie Syndicalisme

A U cours de l'année 1980, le Parti communiste calien

- (PCI) a bien changé trois fois de politique. Il est passé de l'« opposition constructive premier gouvernement Cossiga (1) et cond (2), à la lutte à fond contre le Elettra DEINA

Il faut avant tout clarifier deux points : 1) Cette politique en zigzags du principal parti ouvrier italien n'a certainement pas pris fin avec les événements de ces dernières semaines. Dans la période à venir, qui va être toujours plus caractérisée par une accentuation des affrontements sociaux, le PCI sera contraint, à d'autres occasions, à changer de politique, à s'adapter à des situations explosives dont le contrôle pourrait lui échapper, ce qui entraînera des modifications brusques de son attitude face au gouvernement et au patronat. 2) Les raisons de ces zigzags ne correspondent pas, en effet, à la volonté d'apporter une réponse positive, un débouché favorable aux luttes et aux exigences de la classe ouvrière face à la lourde attaque capitaliste.

Les faits parlent d'eux-mêmes, le PCI a cherché à guider et à homogénéiser la protestation ouvriere contre le prélévement de 0,50 % sur le salaire (3), mais il ne s'est pas opposé à cette éniéme mesure anti-ouvrière. Il veut simplement en discuter la destination et la gestion. Et encore : après avoir exalté la lutte des travailleurs de la FIAT, après leur avoir promis le soutien du parti en cas d'occupation des usines groupe, la direction du PCI a tourné le dos à la lutte des travailleurs turinois au point que Chiaromonte, dans son rapport au dernier

Les tournants du PCI

» durant tout le une partie du segouvernement au leurs de la FIAT. Comité central,

La non seulement approuvé l'accord signé entre syndicats et Agnelli, mais il a été jusqu'à condamner l'irresponsabilité certaines formes de lutte pratiquées durant les 35 jours de la lutte

Dans un article de Rinascita publié la veille du CC de début novembre, G. Chiaromonte présentait l'accord FIAT comme un succès: « En ce moment, il est juste, il est nécessaire, par souci de la vérité, de partir du succès que nous avons obtenu (à la FIAT) pour en évaluer toutes les implications. » Et il dé-

1. Le PCI est sorti en janvier 1979 de la majorité parlementaire qui soutenait le gouvernement démocrate-chrétien d'Andreotti depuis l'été 1976. Dans l'impossibilité de- former un nouveau gouvernement. le président Pertini a dissout les Chambres et des élections générales ont eu lieu en juin 1979. Au cours de l'été. Cossiga, ancien ministre de l'Intérieur et par ailleurs cousin de Berlinguer qui avait démissionné (chose rare pour un ministre italien ! ) aprês l'assassinat d'Aldo Moro en mai 1978, formait un gouvernement monocolore démocrate-chrétien soutenu au Parlement par l'abstention du PSI.

2. Au printemps 1980, le premier gouvernement Cossiga tombait sous les coups de plusieurs scandales qui éclaboussaient des personnalités de premier rang de la DC (financement de courants de la DC par les frères Caltagirone, maffiosi de grande envergure, malversations et pots-de-vins divers dans les affaires de l'Italcassa - 38 dirigeants de la Caisse d'épargne emprisonnés — et de l'ENI - plusieurs directeurs d'entreprises publiques en fuite).

ITALIE les nuées s'amoncellent sur l'horizon politique bouché du PCI (DR).

cours de rete et de l'automne pour revenir à la politique

« raisonnable » et au « sens des responsabilités » sanctionnés par son dernier Comité central (3 novembre

1980) et par sa prise de distance des luttes des travailfendait ainsi la politique du PCI pendant ces 35 jours de lutte : « Je veux avons agi à tous les niveaux pour que l'on n'ait pas recours à des formes extrêmes de lutte qui auraient rendu encore plus diffile l'issue de la dure négociation. Il faut également rappeler que nous n'avons jamais, à aucun moment, utilisé la lutte des travailleurs de la FIAT pour appuyer notre lutte pour faire tomber le gouvernement Cossiga. » Il y abordait enfin la question des formes de lutte : « Il serait erroné de séparer, dans l'analyse, les formes de lutte qui ont

Un nouveau gouvernement Cossiga est formé en été, avec, cette fois, la participation directe du PSI et du PRI.

En juin

1980, le gouvernement adoptait un décret qui prévoyait un prélévement mensuel de 0,50 % sur les salaires de tous les travailleurs pour financer les entreprises en crise. Cette mesure avait été élaborée entre Cossiga et les sommets syndicaux qui avaient donné leur accord, dans la bonne logique de leur acceptation de l'austérité. Les réactions ouvrières ont été très vives et très massives en juin-juillet. Le

PCI - en opposition en cela à la direction communiste de la CGIL - décidait de soutenir la protestation ouvrière. Le secrétariat du PCI convoqua méme Luciano Lama

(secrétaire général.

communiste, de la

CGIL) et, au cours d'une réunion houleuse, le contraignait à changer de poisition et à dénoncer le décret qu'il avait personnellement contribué à formuler. Mais le PCI précisait qu'il était en fait d'accord avec le fond de cette mesure, mais voulait simplement en discuter les modalités d'application et la gestion des fonds ainsi recueillis.

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Luciano Lama, secrétaire général de la CGIL, membre du PCI et rappelé, un peu à l'ordre... (DR). été choisies, l'orientation politique de la négociation (les objectifs) et le jugement sur la situation dans laquelle on se trouvait... Les grèves à oules piquets, etc., comportait des risques de division entre les ouvriers, risques qui se sont sés. » Et Chiaromonte en donne pour exemple la manifestation des cadres de la FIAT, organisée de toutes pieces par Agnelli qui avait fait monter à Turin, de toute l'Italie, les cadres de la multinationale pour manifester

C'est le même Chiaromonte qui présentait le rapport au Comité central du 2 novembre 1980. Il revenait sur les mêmes problèmes et soulignait clairement la nécessité pour les travailleurs de se plier aux exigences patronales face à la crise : « Nous voulons une FIAT efficiente et compétitive » affirme-t-il dans ce rapport. « (...) Rejeter la campagne anti-ouurière et anti-syndicale, insister sur les thèmes de fond de la crise de la FIAT, ne signifie pas ne pas voir les problèmes sérieux qui nous concerdans son ensemble (...). Je crois que l'on peut dire (...) qu'il n'existe pas, en général, une compréhension des termes réels d'une crise objective, ni dans la classe ouvrière ni dans une partie du mouvement syndical. Il y a ainsi une tendance. à attribuer toutes les difficultés à l'attaque et à la tentative de revanche patronales (qui bien sûr existent). Tout le problème se réduirait donc à la résistance à cette attaque, afin de refouler cet esprit de revanche. Je suis au contraire convaincu qu'il faut chercher à ne •pas se renfermer dans une lutte pour conquêtes et des droits acquis. Naturellement, quand il y a une attaque patronale, la défense est sacro-sainte et doit être menée avec énergie, mais le problème, pour les syndicats, pour les conseils d'usine, pour la classe ouurière, pour nous, est de prendre l'initiative dans la lutte pour une nouvelle organisation du travail, pour la productivité, pour la reconversion et industrielles pour affronter, dans ce cadre, de façon correcte, la question de la mobi-

La politique de fond du PCI au cours de l'année passée n'a jamais changé : sa préoccupation prioritaire et fondamentale a toujours été de sauver le système bourgeois en crise, prix de nouvelles lourdes défaites des secteurs centraux de la classe ouvrière qui avaient jusqu'ici le mieux résisté aux attaques patronales et gouvernementales et qui représentent la principale force et base sociale

TROIS AXES POLITIQUES

MAINTENUS Les tournants du PCI ne peuvent s'expliquer qu'à la lumière des difficultés croissantes qu'il connaît dans différents domaines : au niveau international en particulier, avec la crise de l'eurocommunisme et les contradictions croissantes au sein du bloc des pays de l'Est ; au niveau national, dans ses rapports avec la classe dominante d'une part et, de l'autre, avec les grandes masses ouvrières et populaires qui continuent à faire confian-

PCI pour leur action et leurs perspectives. Le PCI est sorti de la gouvernementale au début 1979 face au mécontentement croissant dans ses propres rangs et aux signes préoccupants de rupture des secteurs grandissants de sa base électorale ; il est resté, durant toute l'année 1979, dans une position d'attente, d'opposition tout à fait formelle, sans le moindre résultat pra-

Au cours de cette période, préoccupation du groupe dirigeant du PCI était de poursuivre le dialogue avec ses partenaires bourgeois, particulier avec la Démocratie chré. tienne (DC), en essayant de laisser tion rapide des rapports politiques, de relance de l'« unité nationale ». En 1979, le PCI a donc cherché, tout en sortant de l'aire gouvernementale, à conserver une image de « parti de gouvernement » modéré et responsable. Le XVe Congrès, en mars-avril 1979, a réaffirmé clairement la validité de la ligne qui avait inspiré l'action du PCI de 1976 à 1979, et il y a été répété que cette même ligne devait être maintenue et renforcée, même si le parti se trouvait dans une situation différente par rapport au gouvernement. Les trois axes politiques essentiels qui avaient marqué la politique d'« unité nationale » ont été largement reconfirmés par le congrès l'austérité, le respect de l'Alliance atlantique et le couple défense l'ordre public/renforcement de l'Etat, inspirent les thèses du congrès et

Au cours des mois suivants, tout au long de la crise gouvernementale qui suivit les élections de juin 1979 et qui s'est conclue par la formation du gouvernement Cossiga, l'action du PCI a été caractérisée par la même attitude modérée et constructive. Bien que les résultats électoraux aient confirmé l'érosion des votes acquis son grand bond en avant (1975-1976), Enrico Berlinguer s'est efforcé, à cette époque, de fournir des indications positives pour résoudre la crise gouvernementale. Il misait sur une formule qui - tout en dans l'opposition — soit ouverte à une reprise du dialogue et des rapports politiques entre son parti et la DC. Il faut rappeler en particulier que durant toute la phase de formation du premier gouvernement Cossiga, et quelques mois après, l'attitude de la direction italien (PSI) fut tout à fait différente de celle adoptée par Enrico Berlinà partir du printemps Au cours de cette période, le PCI a agi de façon active pour pousser le PSI à prendre des responsabilités dans la formation du gouvernement, favorisant ainsi une rupture du front ouvrier que, jusqu'ici, le PSI n'avait pas eu le courage d'opérer, étant donné le rapport de forces extrêmement défavorable dans lequel il se trouvait face au PCI.

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Malacuso exprimait ainsi, dans

Rinascita (13 juillet 1979) son jugement largement positif de la charge de former le gouvernement confiée par le président Pertini à Bettino Craxi (secrétaire du PSI) : « La charge confiée au camarade Bettino Craxi représente sans aucun doute un fait important et peut marquer le début d'une phase nouvelle dans la vie politique si tourmentée de l'Italie. » Et Tortorella répétait dans le même journal, deux semaines plus tard, que « les communistes ont agi avec une sagesse généralement reconnue tous, en cherchant a favoriser la tentative d'une présidence du Conseil socialiste, en rappelant leur opposition à un gouvernement dont ils ne font pas partie, mais en assurant leur engagement constructif et, également, de nouvelles possibilités éventuelles face à la réalisation des programmes et au choix des hommes ».

La presse communiste conserva le même ton après l'échec de la mission Craxi. Le PCI a accepté et avalisé la formation d'un gouvernement moaccepté et avalisé le fait que le PSI le soutienne par son abstention au Parlement. Cette attitude a été maintenue durant toutl'automne-hiver 19791980 parmi les travailleurs, en appui aux exigences de l'austérité geoise. Il suffit de rappeler ici l'intervention de Giorgio Amendola dans Rinascita (6) et la Conférence de Turin sur la crise de l'automobile. LA CONFERENCE DE TURIN

DE FEVRIER 1980 Les signes d'une nouvelle réceséconomique commençaient à apparaitre au niveau international. Le patronat italien, en particulier dans le secteur automobile, bien que n'étant pas encore directement touché (on n'enregistra les premiers signes de récession en Italie qu'à l'automne 1979) était décidé à se préparer à affronter la nouvelle situation. C'est alors que le PCI organisa à Turin, en février 1980, une opération de grand style pour une relance de la politique d'unité nationale, en reconfirson rôle de « force politique nationale et responsable » face l'économie Les propositions issues Conférence de Turin théorisaient explicitement une alliance entre la classe ouvrière et le grand capital. La direction du PCI expliquait nant l'idée de fond contenue l'article de Giorgio Amendola la classe ouvrière devait tâche de sauver une entreprise d'importance nationale comme la FIAT. Abandonnant toutes ses velléités passées sur la nécessité d'un nouveau nouvelle façon de faire l'automobile, d'uné diversification de la production..., le PCI faisait siennes les raisons et les orientations de la grande multinationale turinoise : les travailleurs doivent exiger des subventions publiques pour la FIAT, ils doivent s'engager à permettre une relance de la compétitivité de l'entreprise sur les marchés internationaux, ils doivent appuyer la cause d'Agnelli face au patronat de l'automobile des autres pays impérialistes.

On peut donner un goût du contenu de cette conférence par l'article de Chiaromonte qui la prépadu 22 février 1980 : « Il nous semble qu'il existe dans les usines la base pour une vague

Get généralisée de revendications salariales (...). Nous ne gnons pas - en tant que communistes -, a affirmer qu une augmentation généralisée et "égalitaire" laires serait contraire non seulement aux intérêts de la nation tout entiere, mais même de la classe ouvrière ayant un emploi... » Pour lui, une des difficultés du syndicat à faire accepter sa ligne réside dans le fait que « le contrôle syndical sur la dynamique salariale devient de plus en plus difficile, étant donné le développement des automatismes et la tendance à l'égalitarisme, et donc à l'aplatissement des rétributions, qui a prévalu dans la politique syndicale de ces dernières années... » Certes, blème salarial existe et il faut l'affronter, ne serait-ce que pour corriger ce qui s'est passé au cours des dernières années du fait des automatismes et des aplatissements des salaires. La poussée "égalitaire" - on le reconnaît dorénavant de plusieurs côtés — a été excessive... Il faut donc lier les plates-formes salariales, usine par usine, à la qualification, à la réforme de l'organisation du travail, à la recherche d'une nouvelle du travail, à l'augmentation de la productivité. (...) Nous ne pouvons pas - en tant que syndicat, en tant que mouvement ouvrier - échapper au discours sur la productivité, et nous nous battrons s'il le faut contre les vieux schémas et les vieilles idéologies. A notre avis, il est nécessaire • de lancer une vaste campagne, qui culturelle, sur la productivité non pas patron pour augmenter l'exploitation et ses profits, tique de transformation. »

Parallèlement à que opération de mystification aux frais de la classe ouvrière, le PCI tentait également, avec cette conférence, une opération de reprise en main de sa propre base militante ouvrière. Cette opération était clairement pa-

6. Giorgio Amendola, dans un article publié dans Rinascita (24 octobre 1979) attribuait toutes les difficultés de l'Italie aux revendications et aux luttes inconsiUne base militante un peu déconcertée (DR).

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rallèle à celle déclenchée par Agnelli contre la FLM et les conseils d'usine, ces instruments organisationnels de la classe ouvrière qui se sont révélés, au cours des dernières années, si indociles et peu aptes à appliquer dans l'usine la ligne collaborationniste décidée à l'Assemblée de l'EUR, en janvier 1978, par les sommets confédéraux.

Dans les premiers mois de 1980, le PCI a agi de façon déterminée pour isoler et attaquer les secteurs les plus combatifs et les plus dynamiques du syndicat, pour convaincre ses propres militants à la modération, pour renforcer la présence du parti dans le syndicat afin de contrôler les travailleurs dans un sens philo-patronal. Cependant, à la même époque, mûrissaient en Italie une série d'événements qui allaient commencer à créer des contradictions dans cette ligne de fausse opposition du PCI. Quand Berlinguer essaye de camoufler l'impasse... (DR).

Le parti de Berlinguer manifeste ses premières préoccupations après les résultats du congrès démocrate. chrétien de février 1980. La majorité, dirigée par Donat-Cattin et Piccoli se caractérisait par une nette opposition à toute hypothèse de relance de l'union nationale, de reprise du dialogue avec le PCI, se tournant vers le PSI pour trouver une solution au problème de « gouvernabilité » du pays.

Au lendemain du congrès mocrate-chrétien, la énième de gouvernement, déclenchée par une vague de scandales (Caltagirone, Italcassa, ENI) et de fortes tensions entre les partis bourgeois, vient confirmer la situation de grave instabilité dans laquelle se trouve la bourgeoisie

Préoceupé par la dynamique ouverte par le congrès DC, le PCI maintient pourtant son attitude responsable face aux convulsions politiques de la classe dominante. Le PCI cherche toujours également à pousser le PSI à assumer des responsabilités gouvernementales. Durant toute la phase de formation du second gouvernement Cossiga, le PCI se montre surtout préoccupé par la formule de gouvernement : la direction du parti considère en effet la formation d'un gouvernement tripartite (DC, PSI, PRI) comme une formule-pont, ouverte à une perspective de relance de l'unité nationale et done souhaitable. Il considère, au contraire, un éventuel gouvernement des cinq partis (DC, PSI, PRI plus le Parti libéral et le Parti social-démocrate) comme un malheur à rejeter sans hésitation, car il signifierait que la DC recherche un éventail d'alliances solides qui lui permette d'abandonner totalement toute perspective de retour à l'unité nationale.

Le gouvernement tripartite formé avec la participation des socialistes. Craxi a œuvré activement au cours des années précédentes pour re. prendre en main la direction du PSI, pour réussir à jouer, dans la crise politique italienne, un rôle qui ne soit plus subalterne au PCI. Au cours des élections administratives du printemps (pour les communes et les ré gions), il s'est efforcé de présenter le PSI comme l'axe fondamental permettant l'équilibre entre les partis qui peuvent garantir la « gouvernabilité » de l'Italie.

CACHER L'IMPASSE

D'UNE POLITIQUE C'est au lendemain des élections administratives que le PCI se rend plus clairement compte de la grave impasse dans laquelle il se trouve. Les élections ont confirmé des rapports de forces assez fluides qui, tout en confirmant une capacité de résistance du mouvement ouvrier, donnent à la bourgeoisie la possibilité de tabler sur d'autres cartes pour résoudre sa crise de direction. Le rôle du PSI comme garant des équilibres politiques semble particulièrement renforcé. La majorité de la DC sort confortée, même si ce n'est que temporairement. Le gouvernement tripartite perd sa caractéristique de gouvernement-pont, ouvert à une relance de l'unité nationale. L'isolement du PCI est total. Les signes timides du courant démocrate-chrétien de Zaccagnini-Andreotti, qui conseillent à la DC de maintenir le dialogue avec le PC euvert, ne servent de toute évidence à rien, soit parce que ces dirigeants de la DC sont peu convaincus que l'on puisse vraiment s'en passer dans la situation italienne, soit parce qu'ils craignent un renforcement excessif du PSI au détriment de la DC.

Toute perspective de rapprochement du PCI du gouvernement s'amoindrissant et les attaques anti-ou-

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vrières du patronat s'approfondissant, la direction du parti comprend que, à l'isolement politique du parti peut s'ajouter un processus d'éloignement de secteurs significatifs de sa base qui commencent à se poser des questions sur la capacité du PCI à donner à l'attaque bourgeoise.

C'est là qu'il faut chercher l'origine de la violente attaque contre Betino Craxi. C'est de là qu'est né le « tournant » de l'été et de l'automne 1980 contre le gouvernement Cossiga-Craxi. La polémique avec le PSI répond à deux exigences : d'une part le besoin pour le PCI de canaliser le mécontentement des masses travailleuses contre une cible qui apparaisse responsable de toutes les difficultés du mouvement ouvrier, d'autre part, la tentative de rompre l'isolement, de rappeler à la coalition gouvernementale, Craxi, que sans le PCI on ne gouverne pas.

Parallèlement, pour répondre au mécontentement croissant de larges secteurs de sa base, désorientés et perplexes face à la politique du parti et désormais confrontés aux effets concrets de Tattaque capitaliste, direction du parti décide de modifier les formes de sa politique collaborationniste. Sans abandonner le contenu de cette politique, elle essaie de mener une opposition plus réelle au gouvernement Cossiga-Craxi. A partir de juillet, durant les mobilisations ouvrières contre l'attaque à l'échelle mobile et contre l'annonce du prélèvement de 0,50% sur les salaires, presque jusqu'aux derniers jours de la lutte de la FIAT, le PCI cherche à se présenter comme un parti de lutte : il durcit le ton de la polémique contre le gouvernement et se place clairement aux côtés des luttes ouvrières.

Mais il s'agit d'une adaptation tactique au souffle court qui ne répond qu'à la logique de la conservation des intérêts de la bureaucratie du parti, à la volonté de ne pas perdre le contrôle de secteurs décisifs du prolétariat. Le PCI, disposé à faire payer le prix de la crise capitaliste aux travailleurs, nourrit l'illusion de pouvoir négocier ce prix avec la bourgérant une retraite pas trop traumatisante de la classe ouvrière à travers le tunnel de la crise, dans l'attente d'une situation meil-

Ce tournant ne signifie done pas que le PCI avance une proposition politique qui soit, même ment, moins subordonnée aux intérèts capitalistes, ni qu'il est disposé à mener une lutte à fond pour sauver quelques acquis des travailleurs. dureté du ton des articles de Rinascicours de l'été et des déclarations d'Enrico Berlinguer à l'automne s'accompagne de l'attitude bien connue des bureaucraties ouvrières chaque fois que la pression du mouvement de masse se fait trop forte: le PCI ne freine pas les luttes, il cherche même à en assumer la paternité, mais il ne fait

... de la « ligne Berlinguer » (DR). rien pour les étendre, les unifier afin de donner une perspective réelle de victoire aux travailleurs.

En même temps, les cadres ouvriers les plus liés au parti sont préparés à la nécessité d'une reddition présentée comme la seule voie permettant de ne pas aller trop loin dans l'affrontement, d'empêcher qu'il ne s'accélère de façon irréversible. L'EXEMPLE DE LA GREVE

DE LA FIAT La lutte de la FIAT offre un exemple extrêmement significatif des contradictions qui caractérisent l'action du PCI, de la crise latente qui touche des secteurs décisifs de sa base. Après avoir travaillé activement l'année passée à mettre au pas certains secteurs particulièrement combatifs du syndicat turinois, après avoir favorisé l'attaque d'Agnelli, soit par le contenu de sa conférence sur l'automobile, soit par la connivence affichée envers la campagne patronale contre les « 61 » et les structures d'usine, le PCI, face à la riposte exceptionnelle des ouvriers de la FIAT, a cherché à se placer aux côtés des travailleurs, conscient que, s'il agissait autrement, il risquait de perdre le contrôle de secteurs importants de sa base ouvrière.

Mais, même au moment où il soutenait le plus fermement la lutte des ouvriers de Turin, le PCI n'a jamais renoncé à mettre en avant sa politique de collaboration avec la

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bourgeoisie, s'engageant à fond pour convaincre ses militants de la nécessité d'accepter la « mobilité externe », ments ; appuyant la plate-forme de la FLM basée beaucoup plus sur les exigences patronales que sur celles des ouvriers et ne faisant rien pour reprendre et concrétiser vraiment le mot-d'ordre de négocations à Turin (7). Enfin, au moment de la manifestation des cadres par laquelle Agnelli dévoilait sa volonté d'aller vers l'affrontement ouvert avec les travailleurs, de jouer le tout pour le tout er ır en venir à bout, le PCI a montré ans possibilité d'équivoque la nature instrumentale et opportuniste de son fameux « tournant ». Il a tourné le dos aux luttes et les dirigeants syndicaux communistes se sont montres les plus fermes partisans de la nécessité d'arriver rapidement à un accord et de l'imposer, coûte que coûte, aux montre avec clarté qu'une crise la-" tente, d'ample proportion, travaille le PCI, une crise qui ne sera évidemment ni linéaire ni automatique, et qui ne trouvera pas de solution rapide, mais qui s'annonce dramatique et de longue durée. Cette crise revêt des caractéristiques qualitativement différentes de celles que le parti a connues auparavant, surtout en liaison avec les grands événements de politique internationale et la politique de l'URSS (de la Hongrie en 1956 au printemps de Prague en 1968), et qu'il continue de connaître étant donné l'approfondissement de la crise du stalinisme à l'échelle mondiale, de la perte de son identité internationale et de ses perspectives historiques (8).

L'accentuation de la crise économique et politique de l'impérialisme américain et européen a, d'autre part, fait échouer la tentative esquissée par Enrico Berlinguer au cours des ansoixante-dix pour établir point de référence eurocommuniste, substituant à la subordination pro-moscovite traditionnelle une position « originale » des PC européens.

Aujourd'hui, les PC agissent toujours plus sur la base des exigences de leurs bourgeoisies respectives et selon les intérêts spécifi. ques de chaque parti national. A cela s'ajoute, en Italie, la fin du compromis historique et de la perspective d'union nationale, une nouvelle situation d'isolement politique qui, à la longue, ne pourra pas ne pas peser sur une couche significative des cadres du PCI, les plus récemment gagnés, formés à l'optique de la partides secteurs périphériques du aux flatteries de ce pouvoir. La faillite de la tentative gouvernementale du PCI pèsera beaucoup sur ces secteurs militants, surtout face à la relance de l'initiative du PSI, à la tentative faite par ce parti pour se présenter comme l'interlocuteur de tous ceux qui exigent une solution rationnelle, efficace de la « crise italienne ».

Le projet de Bettino Craxi, qui vise à constituer en Italie un grand pôle de gauche social-démocrate — indépendamment du jugement que l'on peut porter sur ses possibilités de concrétisation dans la situation italienne actuelle - trouve des partisans dans certains secteurs du PCI, même au niveau de la direction.

Ce n'est pas un hasard si ces secteurs ont été particulièrement hostiles au « tournant » de Berlinguer vers les luttes ouvrières et si, depuis la fin de la lutte à la FIAT, ils ont fait pression non seulement pour un retour à la politique modérée et responsable du PCI, mais également pour adoucissement de l'âpre polémique contre Craxi et les socialistes, qui a caractérisé la politique du parti au cours des six ou sept derniers mois. Mais ces différents éléments, y compris la fuite de nombreux intellectuels de l'embrassade étouffante du parti, ne touchent pas encore le cœur de la crise actuelle du PCI, ils n'en expliquent pas les raisons de fond.

LES AFFRONTEMENTS Les caractéristiques particulières de cette crise, dont les luttes à la FIAT ont fourni un premier test significatif, relèvent de la contradiction, qui commence à s'aiguiser, entre la base ouvrière communiste et les réponses tactiques et stratégiques qu'apporte le parti face à l'approfondissement de l'attaque capitaliste. La crise ne touche done pas des secteurs marginaux comme ce fut le cas à d'autres époques, même dans un passé récent (il suffit de rappeler la rup ture avec la jeunesse en 1977) mais frappe précisément les rangs ouvriers

Aujourd'hui, l'attaque anti-ouvrière de la bourgeoisie est marquée par la volonté patronale d'opérer un saut qualitatif par la nécessité de remettre en cause certaines conquêtes fondamentales que la masse des traconsidère intouchables (la sécurité de l'emploi, l'échelle mobile,

7. Les travailleurs exigeaient que les contrôle à Turin, et non à Rome dans les bureaux ministériels comme ce fut le cas.

Nous publierons prochainement dans Inprecor un article sur le PCI et l'évolution de la situation polonaise.

9. On a eu un nouvel exemple des zigzags du PCI lors du tremblement de terre qui a tragiquement frappé la région au sud de Naples. Devant l'incapacité du gouvernement de répondre à l'urgence de la sidroits syndicaux et politiques sur le lieu de travail, ete.) mais sont désormais inconciliables avec les exigences des capitalistes qui veulent sortir de la crise aux frais des

Les luttes à la FIAT, encore une fois, nous donnent la mesure du type d'affrontements qui sont à l'ordre du jour dans la période à venir. Face à cette situation, le PCI n'est pas capable de fournir une réponse réelle, car sa stratégie de collaboration de classe avec la bourgeoisie et d'acceptation des limites et des « compatibilités » de la crise l'en empêchent.

L'attaque bourgeoise à venir sera trop dure pour que l'appareil du PCI puisse, à la longue, se limiter à mimer une opposition réelle. Mais s'opposer vraiment à la politique du gouvernement et du patronat, signifie aujourd'hui répondre à des questions comme les licenciements massifs et la liquidation de l'échelle mobile. Cela signifie apporter une ré ponse aux attentes de la classe ouvrière qui, dans l'ensemble, malgré les coups reçus — y compris la défaite à la FIAT —, conserve une grande capacité de résistance et reste convaincue de pouvoir s'opposer par la mobilisation à l'attaque capitaliste.

S'y opposer signifie accepter - à cause du caractère mé. me de l'attaque patronale rain de lutte assez dur avec la bourgeoisie et risquer à tout moment de déclencher une dynamique incontrôlable d'affrontements de classe, que le PCI craint plus que tout. C'est de là que viennent les zigzags : l'immobilisme et la fausse opposition d'abord, se mettre à la remorque luttes ouvrières ensuite, et, enfin, la trahison évidente de ces luttes quand elles prennent une dynamique trop explosive (9). Mais le PCI paiera le prix de cette politique, le prix de tout faux pas de cette politique, par une perte de contrôle sur des secteurs entiers de la classe ouvrière et de cré. dibilité aux yeux de ceux-ci.

La contradiction aujourd'hui dé chirante entre les exigences bourgeoises et les besoins ouvriers, que le PCI s'est efforcé jusqu'ici de concilier, va se refléter de façon toujours plus pe. sante au sein du parti, ajoutant un nouvel élément à sa crise.

Décembre 1980. Traduit de l'italien par Anna Libera. tuation, le PCI publiait le 28 novembre une déclaration tonitruante « Une autre Italie doit gouverner » (l'Unita, 28 novembre 1980) niant à la DC toute prétention à continuer à gouverner, même en alliance avec le PCI, et se présentant comme l'axe d'un futur gouvernement. Quelques jours plus tard, il battait vite en retraite, comprenant la dynamique dangereuse qu'impliquait une telle déclaration alors que la colère des populations sinistrées grondait.

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