L'entrée en fonction du général Viola, nouveau dictateur choisi par le dictature
ARGENTINE A. HEREDIA
Dans la Rome antique, la dictature fut établie comme l'ultime institutions républicaines. En cas de péril extrême, les patriciens élisaient démocratiquement le dictateur qui devait sauver la République. L'histoire des institutions est riche de formes variées d'exercice du pouvoir. Mais la dictature argentine vient sans aucun doute d'innover en la matière en faisant élire, par la dictature, un dictateur pour préserver la dictature.
C'est dans un climat de grande expectative, alors que les hypothèses les plus contradictoires circulaient, que les commandants en chefs de l'Armée argentine ont annoncé que la montagne avait accouché d'une souris : le lieutenant-général Viola était élu pour remplacer, partir du 29 mars 1981 et jusqu'en 1984, le lieutenant-général Videla.
Cette forme curieuse de succession a un air de similitude avec le référendum de Pinochet ou avec le projet constitutionnel que la dictature uruguayenne a soumis au vote (1). Pinochet prétend assurer son maintien au pouvoir jusqu'en 1998. La dictature uruguayenne entend constitutionnaliser l'élection d'un candidat unique à la présidence de la République. La junte militaire argentine élit le successeur désigné du dictateur. Est-ce que tout cela n'annonce pas un processus d'institutionalisation des dictatures ?
Si l'unique objet de ces dictatures avait été de s'opposer à la montée révolutionnaire ouvrière, et si leur seul objectif avait été de l'écraser pour rendre ensuite les institutions démocratiques ou républicaines à leurs anciens détenteurs, pourquoi ne le font-elles pas maintenant, alors qu'elles sont toutes d'accord pour dire que la « subuersion » a été détruite et que « la paix et l'ordre ont été rétablis » ? Pourquoi ont-elles au contraire recours à ces formes tout à fait nouvelles de consultations électorales ?
Pour certains, ces dictatures ont dû chercher les moyens d'améliorer leur image de marque sous la pression de l'administration Carter et de sa campagne pour les « droits de l'homme ». Cette hypothèse soulève au moins deux objections: 1) elle idéalise la tout-puissance de l'impérialisme nord-américain et considère que ces dictatures sont de simples marionnettes de l'impérialisme ; 2) elle méconnaît la restructuration des classes dominantes qui est intervenue dans ces pays et qui a déterminé le développement de ces
De telles analyses amènent à considérer aujourd'hui que la défaite de Carter va renforcer les dictatures du Cône Sud et approfondir leur cours contre-révolutionnaire. Sans nier la signification politique du triomphe électoral républicain aux Etats-Unis, il serait dangereux d'en tirer des conclusions mécanistes pour l'Amérique latine. Tout d'abord parce que cela reviendrait quasiment à absoudre l'administration Carter et à accorder un label de progressisme au Parti démocrate. Or, quel que soit le parti bourgeois au pouvoir aux Etats-Unis, il devra mettre intérêts impérialistes à la mesure des moyens que les bases matérielles et les rapports de forces entre les classes - à l'échelle nationale comme internationale - lui permettent. Si la défaite de Carter a une certaine importance pour la lutte des peuples latino-américains, ce n'est pas tant du fait de ses différences par rapport à la politique républicaine, que par ce qu'elle montre du degré de désorientation du prolétariat nord-américain. Pour la révolution latino-américaine, l'élection de Reagan montre seulement tout le chemin qui reste à faire avant que les masses latino-américaines puissent compter sur le prolétariat nord-américain et que celui-ci devienne leur principal et irremplaçable
De surcroît, il existe des preuves irréfutables qui montrent que ces régimes dictatoriaux, qui sont certes intégrés à la défense du système capitaliste et soumis aux intérêts impérialistes, agissent pourtant avec une autonomie notable. Une autonomie qui est supérieure à celle de nombreux régimes antérieurs, qui paraissaient s'appuyer, eux, sur une base sociale populaire et sur des orientations nationalistes. Non seulement la junte argentine défie le boycott céréalier de l'URSS décrété par la métropole impérialiste mais, par l'entremise des éditorialistes à son service, elle se vante de l'avoir mis en échec, tandis qu'elle empoche les profits juteux tirés des ventes de blé à l'Union soviétique. Depuis deux ans, au niveau des échanges commerciaux internationaux, c'est l'URSS qui est devenu le principal partenaire de l'Argentine acheteuse. De plus, c'est l'URSS qui soutient financièrement et techniquement la construction d'une des installations hydro-électriques les plus importantes du pays et qui devra contribuer à l'autosuffisance énergétique de l'Argentine.
Mais il n'y a pas que la dictature argentine qui fasse preuve de cette autonomie. Selon le quotidien El Mercurio (2), le ministre chilien de l'Agriculture vient de signer un accord de coopération scientifique et technique avec la Chine populaire ; l'année dernière, les échanges commerciaux entre le Chili et la Chine ont progressé de 200% par rapport à 1977.
LE BLOC DU CONE SUD Cette « autonomie » de la dictature argentine s'est également manifestée très clairement par son intervention dans le coup d'Etat militaire en Bolivie et par le soutien financier et militaire - contraire aux plans de l'administration Carter — qu'elle a apporté à la dictature bolivienne de Garcia Meza. Cela montre que les dictatures n'agissent plus comme de simples marionnettes de l'impérialisme nord-américain, mais qu'elles défendent aussi leur intérêts propres. Et ces intérêts propres sont ceux de la nouvelle oligarchie associée aux multinationales qui cherche à se tailler une place dans le nouvel ordre économique mondial.
Cette base matérielle propre de la dictature militaire en Argentine détermine, par sa propre dynamique, la nécessité qu'elle a de s'étendre et de se consolider sur le plan économique, politique et militaire dans le Cône Sud de l'Amérique latine ; et done de s'opposer à la stratégie impérialiste, pour autant que celle-ci
1. Le référendum organisé par Pinochet a eu lieu le 11 septembre 1980. La dictature y a obtenu la majorité des suffrages. L'opposition la plus importante a été enregistrée dans la capitale, Santiago du Chili, avec 30 % de votes contre. En vertu des dispositions constitutionnelles « votées » au cours de ce plébiscite, le Parlement a été constitué de représentants choisis par Pinochet lui-même. Cette Constitution assure à Pinochet la possibilité de se maintenir au pouvoir jusqu'en 1998. On a pu calculer que les citoyens qui étaient âgés de 18 ans au moment du coup d'Etat de septembre 1973. ne pourront pour la première fois exercer leur droit de vote que lorsqu'ils atteindront 42 ans...
Le référendum uruguayen s'est déroulé le dernier dimanche de l'année 1980. Il a été rejeté par une majorité de voix. Devant ce résultat, les représentants de la dictature, avec le cynisme qui les caractérise, ont déclaré que le résultat du vote montrait à l'évidence que le peuple était satisfait du régime en place et qu'il n'aspirait pas à des changements.
2. El Mercurio, 15 octobre 1980, Santia-
signifierait une régression par rapport au niveau qui a été atteint dans la restructuration et le développement de ses intérêts
Si la junte militaire de Videla se rapproche du Brésil, si elle signe avec la dictature brésilienne des pactes et des accords, si elle intervient en Bolivie pour instaurer une autre dictature, elle ne le fait pas seulement sur la base d'une identité idéologique existant avec ces gouvernements, mais parce que cela correspond à des intérêts complémentaires. Sud » (qui, selon le ministre du Pétrole scellé, et selon le minisA éfense du Paraguay Marcial Samaniego, serai un pacte tacite, alors que, selon un ministre uruguayen, il serait déjà en application) s'est pas le fruit d'une capacité de manœuvre diabolique des dictatures. C'est l'expression concrète des intérêts des classes dominantes. Et l'armée est à leur service pour coordonner leurs efforts, en marquant une certaine indépendance par rapport à la politique impérialiste, afin de mieux se placer dans le nouvel ordre économique
Ce « Pacte du Cône Sud », que la dictature Videla nie avoir concrétisé, est l'expression objective de la nécessité pour ces bourgeoisies de chercher une solution autre que l'intégration économique dans le Pacte Andin (3). Il exprime également la contradiction de leurs intérêts avec ceux des métropoles impérialistes ou du moins de certains secteurs impérialistes. Ce processus explique l'« autonomie » de la dictature argentine face aux plans impérialistes, et le caractère agressif de sa politique. Aujourd'hui, la dictature argentine s'engage à jouer un rôle indépendant comme conseiller et militaire et technique contre-révolution dans les pays d'Amérique centrale jusqu'alors soumis au contrôle unique de la métropole nord-américaine. Mais ce « Pacte du Cône Sud » recèle en son sein toutes les contradictions qui ont empêché jusqu'ici que les tentatives d'intégration économique latino-américaine ne puissent se concrétiser. Au momême où les dictatures font des dans leur alliance régionale, le conflit frontalier autour du canal de Beagle qui oppose l'Argentine au Chili atteint presque le niveau de l'affrontement ouvert. De la même façon qu'on ne peut méconnaître l'identité philosophique ou idéologique entre les deux régimes, on ne peut non plus ignorer la gravité du conflit qui les oppose. Ce qui les unit, ou les sépare, n'est donc pas tant l'identité philosophique ou idéologique que la défense de leurs intérêts propres
Le canal de Beagle revêt un intérêt stratégique fondamental, puisqu'il s'agit de la seule voie de communication maritime entre P'Occident et l'Orient dans le cas d'une éventuelle destruction du canal du Panama ou de la perte de son contrôle par la métropole impé rialiste. A cela, il faut ajouter que le développement des techniques de construction navale ont rendu le canal de Panama inutilisable par les navires moderintérêt géopolitique, il y a la question du contrôle des gisements pétroliers sous-marins qui sont en train d'être prospectés et, pour certains, en voie d'exploitation, sans compter les visées sur la souveraineté sur des territoires de l'Antartique.
L'intervention des dictatures du Cône Sud en Bolivie, pour empêcher le rétablissement de gouvernements parlementaires comme celui de Siles Suazo, a nent un sens politique précis: décourager les secteurs politiques traditionnels des classes dominantes aspirant au rétablissement de formes institutionnelles parlementaires qui ne répondent plus à leur politique alors que celles-ci s'orientent vers une nouvelle forme de structuration du système.
Si nous comprenons que ces dietasont le produit du niveau atteint dans la restructuration des classes dominantes, sous l'efffet du développement nouvelles formes de pénétration impérialiste, si nous comprenons la modification profonde que cela implique dans les affaires et le développement des classes dominantes traditionnelles - que ce soient l'oligarchie terrienne ou la bourgeoisie industrielle locale —, nous serons mieux à même de comprendre la dynamique probable de ces dictatures et d'ôter au phénomène du Cône Sud tout caractère démonologique.
Cela nous permet, en même temps, d'affirmer que ces dictatures, quelle que soit leur évolution ultérieure, ont fermé le cycle ouvert dans l'histoire des luttes de classes après la Seconde Guerre mondiale. Elles marquent la fin du cycle du populiste, du cycle du développement des mouvements de masdes directions bourgeoises ou petites-bourgeoises coexistant avec les institutions traditionnelles de Ces dictatures ouvrent un nouveau cycle de l'histoire des luttes de classes dans le Cône Sud qui nécessite d'ajuster la tactitique et la stratégie révolutionnaire
LA SIGNIFICATION DE L'ELECTION DE VIOLA La dictature argentine se vante d'avoir liquidé la subversion. Elle compte à son actif des milliers et des milliers de disparus et de morts, des centaines de milliers d'exilés. La dictature argentine se
3. Le Pacte Andin est un accord économique, une espèce de marché commun régional, à la facon du Marché commun centro-américain, qui rassemble le Pérou, l'Equateur, la Colombie, le Chili, c'est-à-dire les pays sud-américains qui disposent d'un débouché sur le Pacifique, plus la Bolivie qui fait également partie du Pacte Andin et qui n'a pas de débouché sur POcéan, et le Venezuela.
4. La baisse du salaire réel des travailleurs a atteint des niveaux comparables seulement à ceux de la crise des années 1930. Il se trouve même des gens pour affirmer qu'actuellement les salaires sont les plus bas de ces 35 dernières années.
d'avoir concrétisé le « miracle argentin ». Dans un pays qui, au moment du putsch en 1976, était au bord de la cessation de paiement, elle dispose aujourd'hui de l'équivalent de 10 milliards de dollars en devises. Elle se targue de sur des réserves de gaz, de pétrole, d'uranium et d'énergie hydroélectrique, sans parler du nucléaire, pour satisfaire l'approvisionnement énergétique du pays. Elle s'enorgueillit d'avoir liquidé l'industrie non compétitive et d'avoir son appareil de production. Elle se flatte d'avoir diminué le poids spécifique du prolétariat qui, de 82% de la force de travail, n'en représente plus que 67%. Mais, par dessus tout, la dictature se vante d'avoir ravi au prolétariat le plus puissant d'Amérique latine 50 % de ses salaires, c'est-à-dire qu'environ 50 milliards de dollars (4) ont été arrachés aux salariés par la dictature, en faveur des classes possédantes. Et la junte se fait fort d'avoir liquidé la CGT, la puissante organisation syndicale argentine, la privant des ressources consistantes œuvres sociales comme la Sécurité sociale, administrées jusqu'alors par la bureautels sont ses succès, pourquoi changer Videla ? Certes, le statut de la junte militaire établit la non-rééligibilité du président. Mais la junte a, par le passé, fait fort peu de cas de règles juridiques autrement importantes. Que cherche la junte ? S'agit-il simplement d'une « relève » d'hommes sans aucune autre signification politique ? Ou bien alors, tue le premier pas vers une nouvelle institutionnalisation ? Si tel est le cas, laquelle ? Nous allons tenter d'éclairir cette question. une forte opposition. Contrairement au triomphalisme révolutionnaire, peut dire que ce sont les travailleurs, la classe ouvrière, qui remettent en question la junte. Sans aucun doute, il y a des conflits ouvriers, des grèves partielles. De paliers d'organisation d'une sourde résistance voient le jour dans les usines comme dans les quartiers. Mais ce ne sont pas les ouvriers qui se trouvent à la tête ou qui prennent l'initiative de la résistance à la junte. Paradoxe de l'histoire, ce sont ces mêmes forces sociales et politiques qui hier ont soutenu et applaudi la junte, qui aujourd'hui la remettent en question. Ce n'est pas non plus la pauvre bourgeoisie industrielle nationale, représentée hier par la CGE
L'année 1979 a connu le niveau de salaire le plus bas depuis 1960. En prenant 1960 comme année de base (100), le niveau de 1979
Ces données sont calculées à partir des publications officielles de l'INDEC (Instituto nacional de estadisticas y en relation à l'indice des prix à la consommation (niveau général pour la capitale fédérale - Buenos Aires - ou indice des salaires nominaux de l'ouvrier spécialisé industriel de Bue-
Suivant le compte-rendu de la Ban- concrets — ceux de ses affaires —, et en
(Confédération générale économique), qui prend la tête de cette résistance. C'est aujourd'hui rien de moins que la bourgeoisie traditionnelle l'Union industrielle argentine, nisations de l'oligarchie terrienne et des
Pourquoi ? Peut-être la dictature le « miracle tin » ? C'est que l'économie a ses lois. L'oligarchie terrienne et la bourgeoisie industrielle ont été d'accord pour donner tout leur appui à la junte pour démanteler avant-garde ouvrière menaçante et pas, démanteler les secteurs retardataires de la bourgeoisie qui vivaient des subventions de l'Etat. Tous furent d'accord pour voler aux
50 milliards de dollars sur salaires. Ce les différencie aujourd'hui, ce qui les fait s'affronter, c'est surtout de savoir qui va faire fructicomment va-t-on les employer, et à qui profite la politique de la junte pour insérer le pays dans le nouvel ordre économique mondial.
En effet, la désignation de Viola constitue une mesure de transition dans la structuration institutionnelle du pays. Le développement économique impose une forme plus directe d'intervention dans les affaires de l'Etat des secteurs dominants qui se répartissent la rente. La politique économique de la junte. Le dirigeant de cette bourgeoisie, Oxenford, lors de la célébration du « Jour de l'Industrie », au mois de septembre 1980, a critipubliquement, et en présence de Videla, la politique économique de la junte, en disant la chose suivante : « De septembre 1978 à juillet 1980, le peso a été dévalué par rapport au dollar de 87 %, les prix de gros ont augmenté de 212 %, et l'indice du coût de la vie de 256 %. La consommation globale des cinq dernières années a diminué de 7 %, incluant 11 % de baisse de la consommation privée et 35 % d'augmentation de la consommation
Les dirigeants de l'industrie déconstante de l'utilisation des capacités de production industrielle et la fermeture d'importants établissements comme la fabrique de machines à coudre Necchi Argentina ou l'usi.. ne de tracteurs Deutz.
La baisse du nombre des ouvriers industriels, si on compare les neuf premiers mois de 1979 par rapport à 1976 est de 19 %, et elle atteint 21,6 % si on la compare à 1975. Dans les grands établissements industriels, cette diminution de la main-d'œuvre industrielle atteint les 16,2%. Malgré la fermeture d'usines et la baisse importante des effectifs industriels, le chômage touche seulement 2% de la population active, si bien que l'on estime que 25% de se d'affaire par ses propres moyens en travaillant « au noir » ou « à son compte », les ex-prolétaires marginalisés de l'activité industrielle constituant une frange soque interaméricaine de développement (BID), alors qu'en 1960 la participation de l'Argentine dans la production industrielle latino-américaine atteignait 25,1 %, elle tombait à 22,1 % en 1970 et à seulement 16,4 % en 1979. En 1980, le produit intérieur brut (PIB) s'est accru de 0,2% tandis que le taux de croissance industriel diminuait de 2,3 % et celui de la pêche et de l'agriculture de 7,5 %.
entreprises de détachées pour l'automobile (développées avec le grand boom des années 1960 et la pénétration de multinationales de l'automobile), 400 ont fermé leurs portes de 1976 à 1980. Celles qui restent travaillent à 50 % ou 30% de leur capacité, selon Ernesto Pedrero, président de la Chambre argentine de composants automobiles.
Cette situation se trouve aggravée par la politique de surévaluation du peso par rapport au dollar, qui empêche la production industrielle nationale d'être compétitive par rapport aux importations. Cette politique de surévaluation du peso n'est pourtant pas parvenue à combattre l'inflation. Si la junte est arrivée à réduire l'inflation annuelle de 800 % au moment du coup d'Etat de 1976, à 159,5 % en 1979, elle n'a pas atteint l'objectif de la contenir dans les limites d'un nombre à deux chiffres, et l'Argentine demeure le pays d'Amérique latine qui a la plus forte les industriels qui s'opposent ou résistent à la politique de la junte. Tous ceux qui travaillent dans la spéculation financière l'appuient. Certaines trielles, comme les sucreries du Nord ou les aciéries dominées par le groupe Acondar, ne s'associent pas à ces critiques.
Les secteurs liés à l'agriculture et à l'élevage ne sont pas plus satisfaits de cette politique. Par exemple, COMINAGRO (Confédération intercoopérative agricole) déclare que la surévaluation du peso a fait chuter les surfaces ensemencées au niveau de 1970-1971. Que par rapport seulement 54 % pour le blé, 38 % pour le mais et 36% pour le sorgho, et que la part de la production agricole dans le PIB deuxième trimestre de 1980 a diminué de 9,8%, tandis que la production industrielle baissait de 6,9 %.
Une telle situation dans l'agriculture a entraîné non seulement des critiques ou des protestations verbales contre la junte, mais, par exemple, dans la vallée l'Uco, à Mendoza, les producteurs agricoles ont organisé des journées de protestation, et l'on a appelé la « grève de Uco » un mouvement social de la bourgeoisie régionale qui a secoué la bourgeoisie nationale.
C'est pour cela que Balbin, dirigeant du « Radicalisme du peuple » qui est un parti bourgeois, a déclaré que, s'il n'y avait pas un changement dans l'orientation économique, ce qui s'est passé à
Uco ne serait que le premier pas vers un
Répondant à des intérêts très même temps qu'elle déclare sa ferme adhésion à la philosophie de la junte en croisade contre « la subversion apatride » et pour « la paix dans l'ordre », la bourgeoisie prend l'initiative de l'opposition politique à la junte. Opposition d'autant plus ouverte et provocante qu'elle mise sur la désarticulation du mouvement ouvrier et la destruction de son avant-garde. Ce qui ne veut pas dire que des secteurs de la bourgeoisie ne verraient pas d'un bon œil, y compris en les favorisant, certaines formes de recomposition des structures syndicales, pour s'appuyer sur elles, en vue d'organiser une alternative politique à la junte. Ces secteurs traditionnels des classes dominantes ne voient pas d'un bon œil cette nouvelle couche alliée aux militaires, qui s'enrichit en prenant le contrôle des secteurs-clés de l'économie, et ce au dépens de ses propres dividendes à elle. Les mêmes forces qui, hier, s'opposaient aux étatisations et à la protection étatique pour accroître ses profits, sont celles qui aujourd'hui vitupèrent en faveur d'une politique protectionniste pour défendre le marché interne, parce qu'ils voient leurs intérêts affectés par le nouveau secteur financier qui rêve de faire de Buenos Aires le nouveau Beyrouth américain, sur le dos de certains secteurs industriels et agricoles.
LE DIALOGUE POLITIQUE Viola succède à Videla, mais ce n'est pas la même chose. Viola exprime une autre nécessité. Laquelle ? Pour certains, c'est l'ouverture démocratique de la junte, la transition vers un pouvoir des formes parlementaires. Néanmoins, la junte ne l'a pas déclaré explicitement. Le dialogue engagé traite pas de la façon de passer le pouvoir civils, mais plutôt de comment associer les civils aux plans des militaires. A ce jour, 39 organisations ont présent, ni les dirigeants péronistes ni ceux des syndicats n'ont été invités. qui ne veut pas dire que les militaires ne les convoqueront pas un jour, mais ils le feront quand ils auront la structure politique permettant de les contrôler. Tous les partis bourgeois se font des illusions sur le dialogue et l'élection de Viola, et expriment clairement l'intention de faire pression politiquement et socialement pour obtenir le rétablissement du système parlementaire.
Ainsi, par exemple, Eloy Camus, président du Congrès national du Parti justicialiste (péroniste) a déclaré : « Cette trêve dans l'activité politique - reconnaissance explicite du fait que le péronisme a conclu une trêve avec la junte -se termine. Le pays attend de nous une orientation et des propositions. » Balbin, dirigeant du « Radicalisme du peuple », second parti bourgeois d'Argentine, déclarait qu'il avait fait preuve de beaucoup de patience mais que celle-ci avait des limites, et il a dénoncé dans son discours intitulé « Le chemin de l'échec » les tentatives du ministère de l'Intérieur
se prolétarisent quand ils arrivent sur un nombre des disparus dépassait les 4 000.
de créer une force politique, allant jusqu'à dire que « les forces créées dans les cabinets officiels n'ont jamais eu de succès, a l'exception, ajouta-t-il, de celles créées par Peron, mais au fait que ce fut Peron lui-même le dirigeant qui créa le
Néanmoins, la politique du gouvernement est très claire et ne laisse planer aucun doute sur les objectifs de la junte. Quand on demande au ministre de l'Intérieur, le général Harguindeguy, si Viola sera le dernier président militaire « élu démocratiquement par la junte des trois commandants », il répond que, personnellement, il croît qu'il sera gouvernement civil soit mis en place dans le pays en 1984. Et il reprend la sempiternelle phrase comme quoi « la junte n'a pas de délais mais des objectifs », pour conclure plus concrètement :
l'hypothèse seraient atteints en trois ans, chose qui me parait très improbable personnellement, on pourrait dire que ce serait le dernier gouvernement militaire, mais si l'objectif n'est pas atteint, alors ce ne sera pas le dernier. »
Mais l'objectif n'était-il pas d'en finir avec « la subversion apatride » ? Il apparaît que non. Quel est donc l'objectif ? Le ministre de l'Intérieur répond : « La formation de grands partis politiques qui servent a la conscientisation du pays, la transformation économique qui demandera de longues années pour un processus de changement et la solution d'autres problèmes, l'éducation, les universités, etc. Ce qui nous manque, c'est un grand parti du centre. S'il n'y a pas d'accord avec les civils, le processus se maintiendra. » Avec l'élection de « la philosophie de l'actuel processus ne changera pas ».
Conformement à l'objectif de la junte est une transformaéconomique qui demandera années pour un processus profond de changement, c'est-à-dire la restructuration de la classe dominante dans le cadre du nouvel ordre économique mondial et l'organisation de son expression politique avec son propre parti. Flugomi, dirigeant conservateur, déclarait, après une entrevue avec le ministre, qu'« il est nécessaire d'établir un système politique qui permette la rotation pacifique du pouvoir de politiques peu nombreux mais forts » ( le rêve du bipartisme à l'améri-
Le commandant en chef de l'armée, déclarait « les urnes sont bien gardées et nous ne pensons pas y avoir recours ».
Le général Saint-Jean, gouverneur de la province de Buenos Aires, face à la proposition de proscrire le péronisme du dialogue, disait la chose suivante : « Les majorités ne sont pas omniscientes, elles se trompent comme tout un chacun, et il n'est pas sûr que le peuple ait toujours raison ». Critiquant le système d'éducation, il a déclaré : « Le grave problème qui existe, c'est que les petits bourgeois marché du travail qui n'est pas en condition de les absorber avec leurs diplômes. C'est pour cela que le numerus clausus est nécessaire à l'Université. »
Voilà les limites du dialogue ouvert par le gouvernement et voilà les limites de l'ouverture que se propose la junte. Mais une chose est sûre, ce que se propose de faire la junte est une chose, et ce qu'elle peut faire en est une autre, toute différente. Mais il est également sûr que l'opposition à la junte militaire qui a fait diminuer - selon le ministre de l'Intérieur lui-même - à 51% l'appui social à la junte (on ne précise jamais la méthode utilisée pour mesurer cet appui), est déterminée par l'activité teurs bourgeois des milieux d'affaires organisés politiquement, et non pas par la mobilisation des masses. Ce type d'opposition détermine en lui-même ses limites, ceux dont la critique est la plus acerbée), ils continuent de justifier l'appui accordé à la junte en 1976, de condamner la « subversion », et d'applaudir à la « politique d'ordre et de paix sociale » de la junte. Quelqu'uns d'entre eux, comme Arturo Frondizi (dirigeant du mouvement « développementiste » (MID) disent très clairement qu'il n'y a pas d'urgence pour convoquer de nouvelles élections, et que cela serait même imprudent. La direction péroniste officielle - quelques péronistes comme Matera ont accepté le dialogue -
LE ROLE DE L'EGLISE ET LE PRIX NOBEL Mais il n'y a pas que les organisations patronales ou les partis politiques bourgeois à s'être mobilisés pour le dialogue, il y a aussi l'Eglise. Nombreux sont les archevêques et évêques qui ont dénoncé la violation des droits de l'homme par la junte, et surtout le système des enlève. ments, disparitions et les tortures.
Montrant une sensibilité lière à ces problèmes - et en l'absence de partis politiques organisés, de syndicats légaux et de toute vie politique autorisée - Eglise remplit le rôle de substitut d'organisation et de véhicule privilégié des protestations. temps, on peut noter l'affluence massive aux manifestations ou processions organisées par l'Eglise. Ainsi, lors de la procession de Lujan (pélérinage traditionnel où les pélerins parcourent les 25 km qui séparent Buenos Aires de Lujan), une foule énorme a accompagné cette manifestation. A sa tête, portant de grandes banderoles, il y avait « les folles de la Plaza de Mayo » (mères, épouses, filles, sœurs ou compagnes de qui, tous les jeudis se réunissent sur la Plaza de Mayo face au palais du gouvernement pour demander des nouvelles des disparus). Au cours de la messe, elles ont dénoncé le fait que, pour la seule ville de La Plata (capitale de la province de Buenos Aires)) et de ses banlieues Berisso (industrie frigorifique, viande congelée) et
(raffinage du pétrole), a déclaré qu'elle ne participerait pas au dialogue avec le gouvernement qu'Isabel Peron resterait prisonnière.
Non seulement cette sourde opposition s'exprime sur le territoire national, mais il devient maintenant de règle que les dirigeants bourgeois de l'opposition fassent de fréquents voyages à l'étranger, en particulier dans les capitales européennes, pour rechercher dès à présent l'appui de secteurs politiques, notamment la social-démocratie européenne, à ses plans. Cette remise en place des forces sur le
Get son expression politique à l'extérieur, n'en finit pas d'agir sur l'organisation des exilés politiques. Plus d'une fois, ces derniers accomodent leur lutte et leur dénonciation de la junte aux plans et la politique de la direction bourgeoise.
Mais les dirigeants bourgeois n'ont pas été les seuls à se préoccuper de tournées diplomatiques à l'extérieur. La bureaucratie syndicale n'a pas été en reste. Ainsi, Lorenzo Miguel, de la Fédération de la métallurgie, dirigeant des 62 organisations, est allé voir le pape pour lui demander - en son nom propre et en celui du mouvement ouvrier argentin - d'intervenir auprès de la junte, non pas comme on pourrait le penser pour que la répression cesse, pour connaître le sort des disparus, la liberté des prisonniers, etc., mais pour... qu'Isabel Peron soit libérée.
Ce processus de repli vers l'Eglise n'implique pas un retour à la religion des masses exploitées, mais bien plutôt l'utilisation de l'unique moyen d'expression légal à leur portée. Mais cela ne sera pas sans conséquences, tant pour la cohésion interne de l'Eglise, que dans le rôle que pourra jouer cette dernière pour contenir la conscience populaire dans le cadre du
Le rôle politique de l'Eglise est bien connu de tous, mais aujourd'hui elle peut constituer un point d'appui pour l'organisation de ce grand parti du centre dont rêve la junte, englobant une aile de la Démocratie chrétienne et un secteur du Péronisme. L'Eglise s'apprête à jouer un rôle très important dans l'institutionalisation de la dictature. L'attribution du Prix Nobel de la paix à Adolfo Perez Esquivel, connu pour son appartenance tholique, va dans ce sens de faire pression sur la junte pour qu'elle associe à ses plans les civils, et de peser dans la lutte interne des différents courants des forces
De même, cette récompense conforte l'Eglise dans son rôle d'instruments de défense des droits de l'homme.
cette manière, ceux qui exprimer la condamnation générale de la junte en réclamant le Nobel pour les mères de la Plaza de Mayo sont satisfaits, et en même temps on met les courants catholiques en tête des défenseurs des droits de l'homme et de la « paix sociale ». Les déclarations du Prix Nobel
nouvellement élu s'inscrivent dans cette nouvel apport à la perspective d'organisalogique. C'est
Jusqu'à présent, nous avons abordé les plans de la junte, leur signification, l'évolution de la situation économique, le dialogue. Mais la viabilité des plans de la bourgeoisie dépend des capacités de réorganisation de l'avant-garde ouvrière, de la reconquête des syndicats et leur organisation indépendante de l'Etat et des partis bourgeois.
Depuis la défaite de 1976, la classe ouvrière a dû battre en retraite. Elle a vu son avant-garde décimée, ses organisations de classe désarticulées, et elle a perdu ses conquêtes les plus fondamentales. Depuis maintenant près de cinq ans que dure es partiel alte cette dictature, la classe ouvrière a fait la preuve, sous des formes partielles et décentralisées, du maintien de sa capacité virtuelle de combat. Mais il est certain que, durant cette période, la classe ouvrière n'est pas encore parvenue à se remettre de la défaite qu'elle a subie ; elle n'est pas parvenue a récupérer ses organisations de masse, à mettre en avant une nouvelle avant-garde ou à faire émerger une direction alternative. Ce processus de réorganisation de la classe ouvrière ne se résoudra pas par le volontarisme politique, elle demandera un long et patient travail au sein de la classe et surtout la démonstration systématique par des luttes, même partielles, qu'il existe une nouvelle avant-garde qui s'affirme et se montre capable de développer les grandes expériences de masse qui restent marquées dans la conscience sociale des travailleurs. Il faudra surtout qu'elle soit capable d'offrir aux masses une alternative politique indépendante et crédible face aux plans de la bourgeoisie pour affronter la crise.
Devant l'ampleur et la complexité de cette tâche, la classe ouvrière ne fait pas encore figure de protagoniste face aux plans de la bourgeoisie et de la junte. Au contraire, c'est la bourgeoisie qui a pris l'initiative de discuter des plans de la junte, et sa marge de manœuvre dans ce débat est due, entre autres choses, à ce qu'elle compte bien que la classe ouvrière n'intervienne pas ou ne puisse pas intervenir.
Est-ce que cela veut dire que le mouvement ouvrier est désarticulé et qu'il n'a aucune force ? Non, la classe ouvrière existe et fait sentir sa présence dans mille et une petites actions revendicatives qui sont en elles-mêmes des limites objectives aux plans de la junte et de l'opposition bourgeoise. Mais elle ne constitue pas aujourd'hui un danger actuel pas plus qu'une alternative immé. diate.
La réorganisation de l'appareil de production entreprise par la junte a signifié, en plus de la répression, une désarticulation des centres névralgiques de concentration ouvrière traditionnels, un une contribution, un tion du « parti de l'ordre et de la paix ». LA RECONSTITUTION DE LA CGT ET LES PERSPECTIVES DU MOUVEMENT OUVRIER déplacement - y compris géographique -de secteurs importants de la classe, la remise en cause des conventions collectives, une différenciation des couches prolétariennes avec des conditions de vie très diverses, une déqualification des ouvriers professionnels et de nouveaux reclasse-
Elle signifie également un élargissement de l'éventail des salaires et leur très grande disparité suivant les lieux et le type de travail.
ceci rend plus difficile de formuler des réponses homogènes aux problèmes généraux. D'autre concentration dans les branches indusdynamiques liées au capital financier international (pétrochimie, aciéries...) et le démantèlement progressif des industries de consommation liées au marché intérieur, comme le développement de la technologie employée, ont eu pour conséquence une déprolétarisation de couches ouvrières traditionnelles, c'est-à-dire une perte du poids et de la concentration traditionnels de la classe ouvrière (passé de 82 à 67 % de la population active salariée).
Faute de perspectives politiques depuis l'échec du péronisme et en l'absence d'une autre alternative, à cause de la répression et du cours objectif du processus économique, la classe ouvrière n'a pu défendre les conquêtes de son organisation syndicale centralisée à l'échelle nationale. La junte a réussi à porter un coup très dur à la centralisation syndicale, en interdisant l'existence de la CGT comme confédération syndicale du troisième degré (5) et, surtout, en enlevant aux syndicats et à leur ancienne bureaucratie l'administration des œuvres sociales (Sécurité sociale).
Cela dit, il faut préciser que les syndicats existent et fonctionnent, et que tous n'ont pas subi l'« intervention » de l'Etat. La nouvelle loi sur les associations promulgée par la junte imposé la nécessité pour les syndicats accréditer leur juridiction (les secteurs d'activités syndicales qu'ils représentent) et qu'ils soumettent leurs statuts à un modèle-type rédigé par la junte. Conformement à ces dispositions, 400 syndicats sur plus de 2000 ont obtenu la renaissance de leur personnalité juridique.
Récemment, les syndicats de province — près d'une centaine — réunis en confédérations locales, ont exigé de la vieille direction syndicale, divisée en 3 branches, qu'elle s'unifie et reconstitue la CGT. La bureaucratie centrale a dû céder à cette pression et finir par reconstituer la CGT en unissant les groupes nommés « Commission nationale de travail », « Groupe des 25 », et « Groupe des 20 ». Chacun de ces regroupements correspondait aux tendances de la vieille bureaucratie syndicale et à des courants issus de la crise du péronisme et du mouvement ouvrier en général.
Le gouvernement vient de déclarer que, conformément à la loi sur les associations syndicales qu'il vient d'édicter, la nouvelle CGT verrait sa personnalité juridique reconnue (comme une association), mais pas sa personnalité syndicale. Cette distinction a beaucoup d'importance car elle signifie ne pas reconnaître à la nouvelle centrale sa représentativité au niveau national, mais de toute façon, la promesse de reconnaissance de la personnalité juridique représente déjà une grosse concession de la part de la junte.
Mais il faut indiquer toutes les limites de cette concession de la junte. Il ne s'agit pas d'un recul face à une offensive des travailleurs, mais de la nécessité de ne pas désarticuler totalement la vieille bureaucratie syndicale qui, jusqu'à maintenant, s'est montrée si utile pour maintenir les travailleurs dans les limites du régime. Par certains aspects et pour ouvrir le « dialogue », la junte a besoin d'un interlocuteur qualifié représentant le secteur déterminant de la société. La libération du bureaucrate syndical Lorenzo Miguel - qui agit de fait comme le dirigeant de ce regroupement - répond à cette nécessité de la junte. Ils sont bien conscients que, s'il faut rogner les ailes de la bureaucratie, celle-ci leur est pourtant bien utile. Il est déjà arrivé que des secteurs capitalistes, voulant affaiblir les grandes centrales syndicales en créant des syndicats maisons, ont facilité ainsi, dans la pratique, l'émergence et le développement de directions classistes qui ont pu profiter de l'affaiblissement de la bureaucratie pour prendre la direction d'importants secteurs de la classe. C'est ce qui s'est passé, entre autres, à Cordoba avec SITRAC-SITRAM. Frondizi, ex-président de la République, et l'un des plus lucides dirigeants de la bourgeoisie, a expliqué dans un document présenté à la junte : « Sur le fond, le changement de politique suppose la normalisation et la libéralisation de l'activité syndicale des ouvriers et des patrons. Dans le cas de l'organisation syndicale, il est nécessaire de retablir le principe de l'unité du mouvement ouvrier comme précondition pour un développement rationnel des relations de travail et comme précondition à l'unité nationale. » Et, pour plus de clarté, il a précisé : « Ce qui s'est produit récemment en Pologne est hautement instructif: un gouvernement comme celui de ce pays, qui se caractérise par une forte concentration du pouvoir, a pris en compte la revendication
5. Confédération du troisiéme degré, par cette formule sont désignées les centrales syndicales dans la mesure où les syndicats d'industrie de chaque ville se fédérent provincialement (premier dégré), se confédèrent nationalement (deuxiême degré), et se centralisent dans une confédération générale (troisiême degré). La CGT est une confédération générale du troisiême degré. Elle s'est vu refuser l'existence en tant que telle, d'un point de vue syndical, alors qu'on lui reconnait la personnalité juridique comme association de fait, mais sans les possibiLités d'un syndicat (à savoir d'appeler à la grève, etc).
et s'unifient selon leur volonté. En Argen- CGT va représenter un élément de réfédes ouvriers et a permis qu'ils s'organisent si nous voulons construire une société juste et en progrès constant, nous ne pouvons imposer le type de coercition que la Pologne a abandonné. » Ou, si l'on veut, le capitalisme a besoin, pour son développement, de compter sur une bureaucratie représentative pour dialoguer avec elle. Dans le climat de répression et de désarticulation de l'avant-garde ouvrière, la bureaucratie essayera de se présenter comme le représentant des travailleurs. Mais la reconstitution de la rence pour la centralisation nationale de l'énergie travailleurs. La nécessité pour le capitalisme d'« ouvrir le dialogue » et de permettre à son interlocuteur - la bureaucratie - de se réorganiser, favorise le processus de réorganisation de l'avant-garde. Dans la lutte pour reconquête des syndicats et la conquête des droits démocratiques et syndicaux perdus, les travailleurs pourront avancer dans le développement des structures d'auto-organisation qui permettront l'émergence d'une nouvelle avant-garde et d'une direction alternative indépendante.
Dans ses plans, la bourgeoisie compte sur la bureaucratie pour soumettre les travailleurs. Les travailleurs eux, doivent mettre à profit ce besoin de la bourgeoisie pour affirmer leur organisation indépendante.
A. HEREDIA 10 novembre 1980.