Un entretien avec le commandant Alejandro Montenegro,
ELSALVADOR gro que nous publions ci-dessous a été redisé au Sane-
VENTRETIEN avec le commandant Aleiandro Montene.
dor au cours de la dernière semaine du mois de février.
Cet entretien a duré en fait deux heures, il a porté sur le déroulement concret de l'offensive du 10 janvier, la préparation de la prochaine offensive et les tentatives de médiation en cours, à l'initiative de la social-démocratie internationale, entre la Junte et la DRU (Direction révolutionnaire unifiée).
INPRECOR : - Quels ont été les acquis les plus importants de l'offensive du 10 janvier ?
Alejandro Montenegro : - tout, il faut souligner que cela a été notre première grande expérience militaire dans le pays. Auparavant, le peuple en général, et la gauche avec lui, avaient remis en cause l'Etat bourgeois à plusieurs reprises, mais jamais comme au cours de journée du 10 janvier ce dernier n'avait été soumis à une telle pression militaire pour le mettre à bas.
Deuxièmement, il faut souligner que cette pression militaire n'aurait jamais pu être mise en œuvre sans la coordination des 5 armées (1). Il y a eu coordination au niveau de l'organisme de direction conjointe où l'on a décidé du jour et de l'heure. On y a même supervisé les plans tactiques et organisé les communications entre les commandements opérationnels. En certains endroits, il y a même eu combinaison des forces de notre organisation avec celles d'autres organisations, sous commandement unique.
- Et, du point de vue militaire, quelles ont été les expériences concrètes accumulées au cours de cette offensive ?
- L'expérience a été différente suivant les fronts, de même que les formes prises par la guerre varient selon les conditions. C'est sur le front occidental, principalement à Santa Ana et Chauchaupo, que nous avons eu le plus haut niveau de participation des masses, et même le développement d'activités de type insurrectionnel. Dans ces localités, l'activité militaire est parvenue à dégager un espace politique qui a permis aux masses de participer : des barricades furent construites, les gens aidaient les combattants comme ils le pouvaient, et nombreux furent ceux qui se sont intégrés aux milices.
Sur le front que nous nommons
« para-central », San Vicente, Cabanas et
Zacatecoluca, comme sur le front oriental - Morazan - et dans le département membre de l'état-major conjoint du FMLN
PRS (Partido de la générale lancée le major conjoint du tion nationale). de Chalatenango, les combats se sont déroulés de manière différente. Dans ces zones, les affrontements ont acquis le caractère de combats entre forces régulières, nos forces se déplaçant dans des zones pratiquement libérées pour procéder, dans les villes, à l'attaque des casernes.
Ainsi, le 10 janvier, nos forces ont attaqué les garnisons de San Vicente, Zacatetoluca, Chalatenango, San Francisco Gotera et de bien d'autres endroits encore. Toutes ces localités avaient été transformées en places fortes par l'armée qui avait creusé des tranchées et installé des détachements à toutes les entrées, de sorte que, pour nous rendre maîtres de ces localités, il fallait briser ce cercle de défense, et c'est ce que nous avons fait. Cela a constitué pour nous une expérience de mouvements au niveau de pelotons et même de compagnies entières et, de ce point de vue, cela a constitué une expérience tout à fait importante.
Les combats qui se sont déroulés à La Gotera ont été pour nous les plus riches d'enseignements, en ce qui concerne l'affrontement avec l'ennemi. Les combats y ont été très durs, mais nous sommes d'avis que si nous avions pu tenir nos positions un jour de plus, la garnison de La Gotera serait tombée entre nos mains.
— Tu viens de dire que la plus importante incorporation des masses, et même le début du développement d'activités de type insurrectionnel, avaient été Nont entie gomple tale San Salvador -, cela n'a pas été le cas. Pour quelles raisons ?
- Il est vrai qu'à San Salvador cela n'a pas été le cas, ce qui aurait été une expérience fondamentale pour la populades combats, c'est vrai, dans le quartier de Mejicanos, ils ont duré presqu'un jour entier et le peuple y a participé dans une certaine mesure, mais Il faut reconnaître que, dans l'ensemble, il y en a eu peu.
Dans la Dans la capitale, il aurait fallu
Alejandro Montenegro fait partie des fondateurs de TERP (Armée révolutionnaire du peuple) et il est membre de son état-major. Il est également membre du Comité central du revolucion salvadorena). Durant l'offensive 10 janvier dernier, il a fait partie de l'étatFMLN (Front Farabundo Marti de libéraconsolider nos positions et tenir l'ennemi en respect au moins pendant trois jours, ce qui aurait permis de créer les conditions pour le développement d'une situation insurrectionnelle. Ce qui s'est passé, c'est que nos forces étaient un peu trop faibles dans la capitale et que, de plus, elles n'ont pas été bien coordonnées.
- Pourtant, vous avez appelé à la grève générale, qui ne semble pas avoir été très largement suivie.
- Oui, mais il faut tout de même dire que l'appel à la grève générale a rencontré un certain écho dans un premier temps... Ce qui s'est passé, c'est que le côté militaire des choses n'a pas été au niveau de la situation. Mais, le premier jour, les gens ont participé à la grève générale.
Il y a eu, par exemple, des fonctionnaires qui ont mis hors d'état certaines installations téléphoniques, ou qui ont dé.
térioré des machines, puis qui s'en sont retournés chez eux... Mais, comme nos forces n'ont pas pu occuper le l'ennemi n'a eu aucune peine à briser la grève. Les entreprises ont été militarisées, de même que les bureaux ; les dirigeants syndicaux ont été arrêtés. Mais si l'activité militaire avait pu être poursuivie, et si cette activité militaire avait pu coincider avec l'appel à la grève générale, alors les deux aspects s'en seraient trouvés renfor-
Ce qu'il faut comprendre c'est que, dans notre pays, il n'est plus possible d'avancer le mot d'ordre de grève généra-
1. Les 5 armées dont parle le commandant Alejandro Montenegro sont celles de PArmée révolutionnaire du peuple (ERP), des Forces armées de la résistance nationale (FARN), des Forces populaires de libération Farabundo Marti (FPL), du Parti communiste salvadorien
(PCS) et du Parti révolutionnaire des travailleurs centro-américains (PRTC). Sur le processus d'unification de la direction révolutionnaire au Salvador, lire dans Inprecor, numéro 89, du 17 novembre 1980, Pierre Sylvain, « L'anniversaire du coup d'Etat militaire : un an de meurtres, d'exactions et de massacres ».
le sans disposer des forces militaires pour la garantir. Dans un endroit, ils arrêtent un camarade pour le jeter en prison, dans un autre ils s'emparent de quelqu'un pour l'assassiner, et maintenant les ouvriers nous disent que, s'il y a un appui militaire conséquent, alors ils iront à l'affrontement, mais que si ce dernier fait défaut, lennemi intervient immédiatement et massacre... Alors le peuple se trouve un peu le dos au mur. Ce qui veut dire que ce n'est pas la volonté de lutte qui a fait défaut, et que le jour où la capacité militaire existera et que la question de la grève générale se reposera, alors la participation populaire à la lutte sera impression-
- Cela constitue donc un des enseignements à prendre en compte dans la perspective d'une prochaine offensive. Pour en rester à la question des leçons de l'offensive, quels sont les progrès à réaliser pour une prochaine offensive, à la lumière de ce qui s'est passé au cours de cette journée du 10 janvier ?
- Je crois que le plus important est d'améliorer la coordination, fondamentalement au niveau tactique, de sorte que les opérations le plus importantes se déroulent simultanément tout le pays. Cela permettrait de briser la résistance de l'ennemi point par point et de le fixer, sans lui donner la latitude de concentrer ses forces en un point parce que nous n'avons pas attaqué ses forces là où elles se trouvaient avant d'être utilisées dans une concentration de forces. I faut approfondir cette question de la • ordination. Je crois que c'est la quesuun essentielle et toutes les forces qui composent le FMLN sont d'accord sur ce point.
- Existe-t-il encore des problèmes du point de vue de l'unité entre toutes les composantes du FMLN ?
- Il est évident qu'il y a des problèmes politiques. Aucune unité ne s'est jamais réalisée sans problème. Fondamentalement, ce qui est en discussion, ce sont les conceptions stratégiques, la question du facteur temps et la caractérisation de la guerre : la question de la guerre prolongée ou une formulation à plus court terme, mettant l'aspect insurrectionnel comme point central.
Quant à nous, nous sommes pour une formulation à court terme, non pas parce que nous serions spontanéistes, mais parce que les conditions existent et également parce qu'une prolongation extrême de la guerre favoriserait plutôt l'ennemi que nous-mêmes. Mais ces discussions se mènent d'une manière satisfaisante et elles n'ont pas constitué un obstacle au déroulement de la journée du 10 janvier.
- Maintenant que la Junte militaire et démocrate-chrétienne contrôle totalement l'ensemble de la presse, elle se livre à toute une campagne pour expliquer que les forces révolutionnaires sont en voie de liquidation, du fait qu'elles sont actuellement en train de se replier. Ne penses-tu pas qu'en relation avec le fait qu'on a pu penser dans un premier temps que l'offensive du 10 janvier était l'offensive finale, campagne ne finisse par avoir un certain impact au niveau des masses, sur leurs espoirs, leur état d'esprit, leur niveau de conscience, surtout du fait de l'impossibilité d'y répondre par une campagne de propagande massive ?
- Dans un premier temps, avons estimé que cela avait peut-être été le facteur qui a joué le rôle le plus négatif au niveau de l'ensemble de la population. Il faut également considérer que le peuple est un peu las de la répression et des massacres et qu'il aspire de ce fait à une solu-
De sorte que la propagande de l'ennemi joue effectivement un rôle-clef en ce moment, et notre propagande joue également un grand rôle pour contrebalancer son influence. Dans ce domaine, notre radio Venceremos est notre meilleure arme. Mais je crois qu'à l'heure actuelle, le peuple a compris ce qu'a signifié la journée du 10 janvier, malgré les interprétations erronées qui en ont été faites dans un premier temps. Ce sont tout spécialement les secteurs ouvriers, les syndicats et les paysans qui ont acquis la compréhension que nous allions maintenant vers
- Est-ce que cela veut dire qu'il existe maintenant un accord pour lancer une nouvelle offensive à une échéance plus ou moins rapprochée ?
- Oui, nous sommes en train de mettre au point la seconde offensive. Après la phase que nous vivons et que nous pourrions appeler de réorganisation réapprovisionnement logistique - ou encore de repli tactique →, ce qui
Guatemala Arcatao
SANTA ANA
Santa Barbara Rarbara SAN SALVADOR Comasagua • Santa Tecla OCEAN PACIFIQUE suivra, ce sera un nouveau mouvement d'offensive. De sorte qu'il nous revient maintena. i de discuter à fond et de nous
Personnellement, je calcule à l'échelle de quelques mois.
- Au niveau international, des initiatives de médiation ont été prises pour rechercher les termes d'un accord avec la Junte militaire et démocrate-chré-
Quel jugement portes-tu à ce Nous sommes d'avis qu'il faut poursuivre le développement de la guerre sur tous les plans. Il s'agit de disputer le pouvoir à l'ennemi sur tous les fronts pour nous efforcer de le briser et parvenir à une prise de pouvoir complète. Néanmoins, nous devons considérer la possibilité du dialogue, mais alors sur la base de son incidence sur la situation politique et militaire, en tant qu'organisation d'avant-garde. Ce qui veut dire qu'il ne s'agit pas pour nous d'une attitude de capitulation, mais d'un point de vue flexible. Il faut voir ce qu'ils proposent et analyser tout cela du point de vue de la conjoncture concrète. Nous sommes, quant à nous, d'avis que le FMLN doit adopter une telle attitude flexible et ne fermer à aucun moment toutes les portes. Je crois que le Front en est capable. Si nous nous enfermions dans un schéma préétabli, nous pourrions courir le risque, au lieu d'obtenir la victoire, de récolter la défaite... Propos recueillis par Ana Maria Hernandez,
San Salvador, dernière semaine du mois de février 1981.
Honduras
Chalatenango Suchitato
SAN MIGUEL
San Vincente
•Tres Calles .a Cayetara