Sous la pression du Kremlin, la direction Stanislaw Kania du Parti ouvrier unifié polonais (POUP), gravement rappelée à l'ordre lors de la réunion à Moscou au début du mois de mars, a visiblement durci son attitude à l'égard du mouvement de masse au cours de ces derniers jours.
5 membres du syndicat « Solidarité » travaillant à l'hôpital de la milice (police) de Lodz, ont été sommairement licenciés pour avoir dénoncé le fait que, sur 10 kg de jambon parvenant à l'hôpital, le directeur en prélevait la moitié pour son usage personnel.
Adam Michnik et Jacek Kuron, deux des principaux conseillers de «« Solidarité », ont été inculpés pour constitution d'association illicite et calomnies contre l'Etat, convoqués à la police, puis laissés en liberté provisoire, mais avec l'obligation de se présenter deux fois par semaine au commissariat.
Un dirigeant de la grève des étudiants de Varsovie a été arrêté et passé à tabac par la police, de meme que 2 activistes de « Solidarité » a Stargard, près de Szezecin.
Un dirigeant de « Solidarité » de
Wroelaw, le camarade Zielinski, a été passé à tabac jusqu'à ce que mort s'en suive. Il est aussi question d'enlèvements de membres de « Solidarité » par la police.
A tout cela s'ajoute une provocation politique manifeste, la constitution d'une association appelée « Union patriotique Grunwald » qui, le dimanche 8 mars, a tenu une réunion de 600 personnes au cours de laquelle des discours d'une tonalité ouvertement antisémites ont été prononcés, et le KOR violemment attaqué. Il semble peu contestable que des membres du POUP aient été engagés dans la convocation de cette réunion (Le Monde, 10 mars 1981) ; il s'agit sans doute de militants de la fraction du général Moezar.
La réaction des travailleurs a été immédiate et radicale. A Lodz, proclamation de l'état de préparation de la grève générale par le MKZ local, pour arracher la réintégration du personnel hospitalier licencié.
A Radom et aux chantiers de réparation navale de Gdansk, préparation de la grève générale pour faire cesser la répression contre le KOR. Des centaines de lettres de protestation collective sont parvenues a « Solidarité » pour s'opposer a la répression contre le KOR.
Les marges de manœuvres pour de nouveaux compromis semblent s'amenuiser de plus en plus.