Cela fait maintenant plus d'un demi-siècle que le Guatemala exerce une espèce de fascination sur les visiteurs étrangers, qu'ils soient chercheurs, artistes, touristes ou hommes d'affaires. Les archéologues, les ethnologues et les linguistes ont découvert dans notre pays de vieilles cités mayas, des micro-sociétés aux traits culturels pré-colombiens, un laboratoire vivant de langues mayas. Les artistes ont été enchantés par les marchés hauts en couleurs de l'altiplano (les hauts-plateaux), avec leurs tissages d'une singulière beauté et leurs produits artisanaux.
Le touriste non informé a pu se distraire et se reposer au milieu de toute cette couleur locale indienne, sans se rendre compte de ce que dissimule cette mise en scène des agences de voyage. De nombreux jeunes, s'imaginant trouver chez les Indiens un paradis de simplicité et de silence, se sont installés dans les villages et les localités. Les hommes d'affaires, plus pragmatiques, y ont trouvé des conditions favorables à leurs investissements, dans le tourisme entre autres choses. Tous ces visiteurs ont rapporté dans leur pays des connaissances, une inspiration, des projets. Le touriste est reparti avec des anecdotes à raconter et les bras chargés de cadeaux, sans se rendre compte de ce que les agences de voyage lui ont fourni un produit frelaté, une vision dénaturée de la composante indienne du Guatemala.
Au cours de ces dernières années, néanmoins, les voyageurs les plus perspicaces sont rentrés dans leurs pays avec de multiples interrogations et préoccupations à propos de la population indienne du Guatemala, ses conditions de vie, son rôle, son avenir. Tout dernièrement, les hôtels des villes de Guatemala, Antigua, Panajachel, Huehuetenango, ont commencé à se vider de leurs touristes ; les archéologues et les autres chercheurs étrangers se sont faits plus rares ; les hommes d'affaires ont cessé d'investir dans le pays; les jeunes qui rêvaient de paix se sont rendus compte que les campagnes vivaient en état de guerre.
Il y a un an, le 31 janvier 1980, la presse du monde entier faisait ses premières pages de l'horrible massacre de 36 personnes à l'ambassade d'Espagne de Guatemala, transformée en brasier par les forces répressives du général Lucas Garcia. Sur ces 36 personnes, 27 effectuaient une occupation pacifique de l'ambassade comme ultime recours pour dénoncer devant le monde civilisé la répression en forme de génocide que l'armée était en train de pratiquer dans le nord-ouest du pays. Parmi ces personnes, il y avait 23 Indiens des groupes quiché, ixil et cakchiquel, tous paysans des régions dévastées par la soldatesque.
Au cours du mois de mai 1978, à Panzos, village situé à proximité des gisements de nickel exploités par la International Nickel Company (INCO), multinationale dont le siège central se trouve au Canada, plus de 100 indigènes kekchies avaient également été massacrés par l'armée sur la place publique, alors qu'ils protestaient contre le vol dont sont expulsés tous les jours de nouvelles familles paysannes de cette zone.
Ces deux événements récents ne constituent que deux exemples - ceux qui ont connu la plus grande publicité -des luttes dans lesquelles se sont lancés les Indiens du Guatemala, et de la riposte criminelle que toute expression de mécontentement reçoit de la part du gouvernement. Mais l'on a beaucoup moins parlé des arrêts de travail et des grèves des ouvriers agricoles et des coupeurs de canne, de ceux qui font la cueillette du café et du coton - en majorité des Indiens - qui réclament aux côtés des travailleurs non indiens le respect de leurs droits, qui s'organisent et se mobilisent pour lutter.
De même, on sait bien peu de choses à l'étranger des occupations temporaires de localités ou de domaines agricoles par des forces de guérilla des Indiens en.armes qui diffusent en langue quiché, ixil, mam, kanjobal et autres, les idées de la révolution guatémaltèque. On connaît beaucoup moins les combats que les guérille.
ros indiens livrent continuellement sur toute l'étendue du pays contre les troupes du gouvernement.
Que s'est-il passé, qu'est-ce qui est
BELMOPA
BELIZE
MEXIQUE
GUATEMALA
GUATEMALA
HONDURAS
EL SALVADOR cesan pacifiqu
en train de se passer ? Comment expliquer le contraste entre l'image faussement paisible d'un jour de marché sur la place de Chichicastenango, ou de quelqu'autre localité de l'altiplano, et celle de ces milliers de travailleurs de la canne - migrants des régions montagneuses du pays pour la plupart - réunis à un carrefour de chemins de la côte Sud, et réclamant, leur
CES MINORITES QUI SONT LA MAJORITE tants du Guatemala, il y en a quatre millions qui sont des Indiens, descendants des peuples qui ont habité le territoire du Guatemala à l'époque de la conquête espagnole, eux-mêmes descendants du tronc maya-quiché. En 1524, ces peuples, dont les plus nombreux étaient les Quichés, les machette à la main, un salaire plus juste ?
Qu' est-ce qui a pu transformer ainsi le taciturne semeur de mais des provinces du Quiché et de San Marcos en un combattant de ia guérilla plein de détermination ? Qu'est-ce qui a fait que les mains de la tranquille tisseuse ixil, mam ou kanjobal puissent prendre les armes et s'en servir contre ses oppresseurs ? Des quelque sept millions d'habi- Mames, les Cakchiqueles et les Kekchies, férenciant plus ou moins, et qui se disputaient entre eux le territoire et l'hégémonie sur les autres.
Les peuples mayas-quichés connaissaient à l'époque un processus de transformations et de conflits généralisés. Ils constituaient des groupes socialement et politiquement bien cultivateurs, connaissant l'architecture et l'astronomie, le calendrier maya qu'ils utilisaient en est la preuve. Ils disposaient de formes variées et complexes d'expression culturelle, articulées autour de la culture
La victoire militaire des Espagnols contre eux fut suivie de l'expropriation de leurs terres, de l'assujettissement de la population à des lois et à des institutions qui la réduisirent au servage, avec une religion et une culture qui lui furent imposées. La domination espagnole fut totale : militaire, économique, politique et idéologique. Les peuples mayas-quichés furent complètement mis sous le joug.
Dans un premier temps, réduits en esclavage, et la population indigène connut une baisse radicale de ses effectifs. Par la suite, ils furent soumis à d'autres formes d'exploitation. Les Indiens furent répartis entre les conquistadores, en même temps que les terres et le droit de tirer profit non seulement de la terre et des mines, mais également du travail des hommes, des femmes et des enfants. Ils furent obligés de payer de multiples tributs.
Tout au long des trois siècles qu'a duré la période coloniale, les Espagnols ont imposé des mesures de contrôle et de ségrégation qui ont augmenté la fragmentation de la population indienne, déjà divisée en groupes ethniques différents, disposant de leur propre langue et de leurs coutumes particulières. Ils regroupèrent les Indiens en de petites communautés, ce qu'on a appelé les « villages indiens », et ils ont obligé les habitants de chacune de ces communautés à porter des vêtements qui les distinguaient des autres. C'est-àdire qu'ils ont fractionné chaque groupe ethnique en de petites concentrations. Les Indiens ont donc été relégués là où on les y a obligés et ils ont été forcés à travailler sur les domaines des conquistadores, selon les besoins en main-d'œuvre de ces derniers.
C'est ainsi, avec le travail forcé des Indiens, qu'ont été édifiées les villes et qu'ont été construits les chemins, ponts et les aqueducs. Sur la base de ce système d'oppression et d'exploitation, et justifier, s'est développée la conception selon laquelle les Indiens seraient des êtres humains inférieurs, remplis de défauts et incapables de se gouverner eux-mêmes, en somme des gens qui ne pouvaient en aucune façon disposer des mêmes droits que les conquistadores. La fin du régime colonial espagnol, et l'Indépendance du Guatemala en 1821, n'ont entraîné aucun changement pour les Indiens, ils ont continué à être opprimés, exploités et à souffrir de la discrimination raciale.
processus d'accaparement de grandes extensions des meilleurs terres - les latifundios - et leur concentration entre les mains de quelques propriétaires, s'est accéléré avec la croissance des entreprises agricoles capitalistes qui sont ap-
Les Indiens en armes forment déjà des unités régulières de la guérilla. (DR) parues à partir de la révolution libérale de 1871. Pendant longtemps, les paysans indiens de l'altiplano, où il y avait encore de grandes réserves de terres, furent obliges par la loi a descendre vers les régions côtières à l'époque de la récolte du café. A mesure que la terre s'est faite rare, du fait des expropriations, de l'épuisement des sols et de la croissance numérique de la population indienne, les parcelles toujours plus exiguës devinrent insuffisantes pour assurer la subsistance des familles.
La misère et la nécessité remplacé. rent alors les lois et contraignirent les Indiens à rechercher des emplois temporaires dans les plantations de café. De nombreuses communautés s'y refusèrent pourtant, et, pour éviter de descendre travailler dans les grands domaines, commencèrent à défricher de nouvelles terres dans des régions boisées plus retirées encore, ou dans tout endroit qui s'y prétait, y compris les terrains escarpés. Au fur et à mesure que les terres disponibles s'amenuisaient, et que les besoins de la population indienne appauvrie augmentaient, ce furent alors les familles entières, avec les lemmes et les entants, qui ont tini par descendre dans les grandes plantations.
Depuis lors, les paysans pauvres, les « minifundistes », n'ont pas d'autre solution - s'ils veulent survivre — que d'émigrer selon les saisons vers les régions côtières. C'est là un aspect de la relation nécessaire entre le latifundium et le minifundium, l'autre aspect étant le besoin qu'ont les grands propriétaires de pouvoir compter sur cette force de travail, et la nécessité que représente pour eux toute cette pauvreté. Ce système qui implique l'embauche d'une main-d'œuvre supplémentaire à l'époque des récoltes a aug menté la mobilité des Indiens, qui ont été obligés de se déplacer périodiquement vers les régions côtières. Ce phénomène, combiné au développement du commerce, a multiplié les contacts entre les différentes communautés et les divers groupes ethniques, ce qui a, à son tour, favorisé un plus grand rapprochement entre eux en tant qu Indiens.
Dans le cadre de ce processus de transformation capitaliste, les paysans indiens se sont transformés en salariés une partie de l'année, en semi-prolétaires. Ce semi-prolétariat rural qui augmente chaque année est évalué à au moins 650 000 familles indiennes. Il constitue la force de travail fondamentale de l'industrie agro-exportatrice qui est le facteur primordial de l'économie du pays.
LA SITUATION ACTUELLE
DES INDIENS En devenant ouvriers agricoles, les Indiens connaissent un nouveau genre de vie. Ils apprennent l'exploitation qui est bien différente de la misère qu'ils connaissent sur l'altiplano. Pour la première fois, ils travaillent pour quelqu'un d'autre, le propriétaire terrien, le patron, pour une paie toujours insuffisante. Dans le même temps, ils peuvent voir de leurs yeux les belles demeures des propriétaires (qui ont par ailleurs d'autres résidences en ville, dans la mesure où ils ne vivent pas sur leurs terres); ils peuvent voir les autos luxueuses, les avions privés, les machines. Les Indiens découvrent que l'argent qu'ils reçoivent en échange de leur travail ne suffit pas pour acheter les biens nécessaires à leur subsistance, aussi bien dans la grande propriété, où les rations alimentaires sont insuffisantes, qu'après dans leur
Ce maigre salaire permet moins de payer les dettes accumulées pour l'achat de médicaments, d'engrais ou de semences. Ils voient comme leur travail s'accompagne de mauvais traitements, de tromperies et d'abus dans l'assignation des tâches et dans le calcul du poids du produit récolté. Ils doivent supporter la surveillance constante et la violence des corps répressifs des patrons et du gouvernement. Ils se rendent compte de ce que cette exploitation est également le lot des ladinos (métis) pauvres qui, pareillement dépourvus de terres, comme journaliers sur les mêmes grands
Leur vision du monde se transforme, leur vision d'eux-mêmes et des autres se modifie à mesure qu'ils intègrent à leur vie de tous les jours une série d'éléments inconnus auparavant ou bien interprétés autrement. Jusqu'à leur notion du temps et de son utilisation qui en viennent à se modifier, dans la mesure où les longues heures dédiées au travail laissent peu de temps pour les rites religieux et les travaux artisanaux. Par ailleurs, l'artisanat tend désormais à s'inscrire dans le cadre des relations capitalistes, en se constituant en travail à domicile dépendant du capital commercial local, national et même multinational.
Dans les villages se développe un processus de prolétarisation. Des milliers d'Indiens des provinces proches de la capitale, Ciudad-Guatemala, à la recherche de revenus monétaires du fait du manque de terres, se rendent tous les jours ou plus sporadiquement à la ville pour rechercher à s'employer dans des travaux de peine, les uns pour un salaire fixe, les autres pour un contrat à durée déterminée. La majorité d'entre eux n'abandonne pas pour autant la vie paysanne, dans la mesure où ils reviennent régulièrement dans leur communauté, où certains membres de la famille continuent à cultiver une parcelle de terre qui leur appartient en propre ou qu'ils travaillent comme fermiers.
Le processus de prolétarisation de l'Indien est un processus violent, parsemé de ruptures et de souffrances. Il est doublement douloureux pour les Indiens parce qu'il s'accompagne de la discrimination raciale. De fait, nombreux sont les Indiens qui prennent conscience pour la première fois de la discrimination individuelle et collective à leur encontre. L'exploitation, en même temps qu'elle rapproche les groupes ethniques indigènes entre eux en tant qu'indigènes, les rapproche des travailleurs ladinos en tant que travailleurs.
L'OPPRESSION ETHNIQUE
ET CULTURELLE Les frontières ethniques et culturelles qui existent entre les Indiens et les ladinos du Guatemala ne correspondent pas à des frontières proprement raciales, dans la mesure où le sang indien coule dans les veines de la majorité de la population guatémaltèque.
Au Guatemala, on nomme ladino les descendants des métis de l'époque coloniale, c'est-à-dire les enfants nés de l'union entre des Espagnols et des Indiennes. A cette époque, les métis furent également soumis à la discrimination des Espagnols et de leurs descendants criollos, c'est-à-dire des descendants des Espagnols nés en Amérique. Ultérieurement, furent considérés comme ladinos les Indiens qui adoptèrent la langue et les coutumes des Espagnols. La différence entre Indiens et ladinos tient done en grande partie à cette option culturelle. Est indien celui qui parle, s'habille et vit à la manière traditionnelle des Indiens, et celui qui, sans s'habiller ni vivre comme un Indien, se
culturelle et de la discrimination qui se bandon de leur culture comme résultat de considère lui-même comme tel. Est ladino celui qui parle l'espagnol, s'habille et vit à la manière occidentale, même s'il n'est pas — au sens de la biologie - le produit d'un métissage. Avec le temps, le racisme à l'encontre des Indiens a fini par taire partie de l'idéologie des ladinos. La culture indienne devint une culture subalterne, niée, méprisée, même par les ladinos pauvres et opprimes.
Cette contradiction ethnique et culturelle trouve son origine dans la relation de domination entre les conquistadores espagnols et les Indiens d'Amérique, elle a été renforcée par la suite par le mécanisme idéologique de la discrimination que les conquistadores ont mis en œuvre pour justifier leur oppression des Indiens. Aujourd'hui, le contenu raciste de cette contradiction s'est atténué quence de l'ampleur prise par le métissage.
Néanmoins, il demeure une contradiction ethnique et culturelle, résultant de ces vieux mécanismes idéologiques, alors que les formes mêmes de la domination se sont transformées. Par ailleurs, la frontière ethnique entre les Indiens et les ladinos ne correspond déjà plus à la structure de classe de la société guatémaltèque cela, l'actuel système d'exploitation tire profit de l'oppression sont développées à des époques antérieures au développement du capitalisme.
La culture des peuples indiens d'aujourd'hui est le produit de quatre siècles d'un mode de vie articulé autour de l'économie agraire communautaire de la culture du mais - et de son interaction avec le monde espagnol tout d'abord, puis avec l'univers ladino ensuite -, combiné dans un syncrétisme bien particulier à des élé-
LES INDIENS DANS LA GUERRE POPULAIRE L'Amérique centrale connaît depuis maintenant plusieurs années un processus de transformations révolutionnaires. révolution populaire sandiniste du Nicaragua constitue une conquête irréversible. Le peuple salvadorien livre désormais une guerre ouverte qui approche de ses moments décisifs. Au Honduras, les organisations populaires font entendre leur voix toujours plus vigoureusement. Le peuple panaméen est résolu à exiger le respect des traités concernant le Canal et à se libérer de la présence nord-américaine en plein cœur de son territoire. Le peuple du Costa Rica, au milieu d'une crise économique aiguë, lie ses propres luttes à celles de ses voisins et en est solidaire.
Au Guatemala, la guerre populaire révolutionnaire est en marche, et elle ne connaîtra pas de fin avant la chute du pouvoir des ennemis du peuple travailleur et l'édification des fondements d'une société plus juste.
Au milieu de ce processus révolutionnaire continu et ascendant, il y a une particularité qui distingue le Guatemala des autres pays d'Amérique centrale. Dans notre pays, il n'y a pas de révolution possible sans l'incorporation de la population indienne à la guerre, et sans son intéments de la culture occidentale, la religion chrétienne en particulier.
Il existe des différences de développement et de vigueur entre les cultures des différents groupes ethniques. Le sentiment d'identité lié dans un premier temps au groupe ethnique - la nationalité conquise : quiché, cakchiquel, mam ou tzutuhil — a trouvé plus tard son expression dans la communauté plus réduite : le « village indien » de l'époque de la colonie espagnole, Chichicastenango, Nahuala, Patzun. La vie capitaliste rompt désormais les barrières locales entre les communautés et fraie la voie au développement d'une solidarité, à une identification et à une affirmation de leur « indianité » au sens large, sans pour autant entamer l'identité particulière de chaque
Le parcours imposé par le système capitaliste aux groupes indigènes, d'une économie et d'un mode de vie paysans à la vente de leur force de travail en échange d'un salaire dans les exploitations agricoles ou les entreprises industrielles — en plus de l'assimilation toujours plus importante par leur culture de modes de vie et de coutumes des ladinos -, n'offre aux Indiens aucune sorte de perspective. Leur misère ira croissant, accompagnée de l'ala perte de leurs terres et de la destruction de leur vie communautaire. Et, ajouté à cela, la perpétuation de la discrimination raciale. La guerre populaire révolutionnaire et l'affirmation ethnique des Indiens au cours du développement de la guerre, constituent aujourd'hui la seule alternative possible et la solution future à la réalité ethnique et culturelle complexe de notre pays. gration de plein droit à la nouvelle société que les Indiens doivent contribuer à
Les vingt-deux groupes indiens du Guatemala constituent tous ensemble la majorité de la population. Mais, en plus, les Indiens sont le facteur fondamental dans la production de l'agriculture d'exportation (café, canne à sucre, coton), et dans la production alimentaire. Ils constituent le gros du semi-prolétariat rural. Leur rôle de producteurs de richesses confère aux Indiens une force et un droit : une force pour la guerre, un droit inalié nable de participer à la construction et à la direction de la nouvelle société.
Au Guatemala, les travailleurs indiens et ladinos se retrouvent ensemble dans la lutte contre le régime actuel. Les descendants des Mayas-Quichés, mes, exploités, réprimés et discrimines tout au long de plus de quatre siècles. après des centaines de rébellions et de soulèvement locaux sans perspectives et rapidement écrasés, se sont soulevés aujourd'hui pour lutter en faveur d'objectifs révolutionnaires clairement définis. Ce phénomène constitue l'élément fondamental de l'histoire présente du Guatemala. C'est la première fois que les Indiens adhèrent pleinement à un projet politique révolutionnaire qui tient compte de leurs revendications les plus profondes.
Les Indiens ne participent pas seulement à la guerre populaire révolutionnaire, ils y occupent la place principale qui leur revient. Ils sont les combattants et les cadres guérilleros des organisations révolutionnaires. C'est leur incorporation qui a permis le développement des conceptions, des méthodes et des formes d'organisation de la lutte révolutionnaire. C'est leur esprit combatif qui a eu pour résultat la croissance massive des organisations populaires et révolutionnaires.
Les Indiens luttent dans leurs localités, sur les grands domaines, dans les montagnes, menant à bien les tâches de la guerre conjointement à leurs camarades ladinos. Les actions militaires qui causent constamment d'importantes pertes à l'armée et aux autres corps de répression, les embuscades, les occupations de villages et de grandes propriétés, les attaques contre les postes militaires ennemis, sont menées par des unités militaires composées essentiellement d'Indiens qui s'appuient sur la population indienne de la zone où ils opè-
Cette présence indienne dans la révolutionnaire toutes ses formes — est un fait politique et militaire que l'actuel gouvernement, incapable, corrompu et criminel, ne peut plus nier ni contenir. Comprendre cette particularité du processus révolutionnaire guatémaltèque est fondamental pour saisir l'ampleur et la profondeur de la transformation révolutionnaire que vit actuellement le Guatemala.
Le système tire profit et reproduit aujourd'hui la discrimination contre les Indiens que les exploiteurs d'autres époques ont pratiquée et ont imposée à l'ensemble de la population comme idéologie dominante. Le système maintient l'idée de l'infériorité de l'Indien pour diviser et faire s'affronter entre eux les tra vailleurs indiens et ladinos, et pour perpétuer chez les Indiens une attitude soumise et résignée. C'est pour cela que l'élimination de l'oppression culturelle est un objectif central de la révolution et qu'elle n'est possible que dans le cadre d'un processus révolutionnaire. La révolution guatémaltèque donnera sa solution au double problème de l'exploitation et de l'oppres sion culturelle dont souffrent les groupes ethniques indiens, ou bien elle ne sera pas
De fait, le début de la solution réside dans la lutte révolutionnaire qui unit déjà les travailleurs indiens et ladinos autour des mêmes objectifs et qui les fait s'affronter au même ennemi. Et c'est dans le cours de la lutte révolutionnaire que les groupes ethniques indiens récupèreront leur identité propre, celle des Indiens révolutionnaires, frères de lutte dans la guerre des autres Indiens et des ladinos pauvres qui construiront la nouvelle so-
EGP (Ejercito guerrillero de los pobres)
Guatemala, Amérique centrale. Janvier 1981.