Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

GUATEMALA

La longue marche des Indiens guatémaltèques

· Inprecor n° 99, 13 avril 1981 · p. 27 · 1 073 mots

Amérique centrale Inde et Asie du Sud Syndicalisme

L à un stade relativement limité dans le cadre du sous-déve-

E développement industriel du Guatemala s'est maintenu

! loppement et de la dépendance vis-à-vis du système impérialiste. Il a principalement été cantonné, jusqu'à présent, dans la production de biens de consommation (industrie alimentaire et textile, usines de montage). La classe ouvrière guatémaltèque, bien que numériquement réduite, et malgré le développement qu'elle a pu connaître avec la tentative — avortée — de constitution du Marché commun centro-américain (1), a lutté depuis des décennies, sur le terrain syndical, contre une législation du travail particulièrement restrictive en ce qui concerne les procédures de reconnaissance légale des syndicats et le droit de grè-

Malgré la création de toutes pièces de syndicats jaunes, malgré les licenciements et les assassinats de cadres syndicaux, l'année 1976 a vu la remontée des luttes de masse de la classe ouvrière urbaine et des mineurs culminer avec la constitution du Comité national d'unité syndicale (CNUS), regroupant l'essentiel des organisations de masse de type syndical indépendantes du régime, autour des ouvriers industriels. Cette Confédération a été l'élément moteur de la fondation en 1979 du Front démocratique contre la répression (FDCR), qui regroupe, en plus des organisations liées au CNUS, des organisations chrétiennes, le mouvement étudiant et ses diverses organisations, les mouvements des habitants des bidonvilles et deux petites formations social-démocrates, le Parti social-démocrate (PSD) et le Front d'unité révolutionnaire (FUR).

Un important travail d'organisation de secteurs significatifs de la paysannerie - passant souvent par le canal des communautés chrétiennes de base — a débouché sur la constutution en 1978 du Comité d'unité paysanne (CUC) qui a réussi à mener, en février 1980, une grève de 70000 travailleurs agricoles saisonniers, les cuadrilleros (2) des grandes plantations (café, canne à sucre et coton) de la côte Sud.

A la suite de la nouvelle montée du mouvement de masse ouvrier, paysan, étudiant, des habitants des bidonvilles, à l'échelle de tout le pays, s'échelonnant sur plusieurs années et tendant chaque fois plus à se combiner, la répression criminelle des organismes de répression, officiels et paralléles (3), a repris et s'est entendue sur une échelle plus importante que jamais.

S'il est possible d'évaluer à quelque 75000 les victimes de la terreur blanche au Guatemala, depuis la chute du gouvernement nationaliste bourgeois de Jacobo Arbenz en 1954, en y comptabilisant les 8000 victimes, essentiellement paysannes, de la campagne d'anéantissement des guérillas de 1966-1968, il faut savoir que la répression la plus sanglante demeure la règle dans le pays. Le Guatemala est sans doute le seul pays au monde à ne détenir effectivement aucun prisonnier politique, et pour cause. Les opposants au régime militaire sont systématiquement abattus ; sur l'éventail politique, cela va de la droite de la Démocratie chrétiennne jusqu'à l'extrême gauche, tandis que du point de vue des forces sociales, ce sont avant tout les paysans, indiens ou métis, qui sont atteint par cette politique de contrôle de la population qui va parfois jusqu'à prendre les aspects d'un véritable génocide.

C'est dans ce cadre qu'il faut comprendre le poids important des organisations ouvrières et révolutionnaires qui se sont reconstituées à la suite de la défaite subie par les forces révolutionnaires à la fin des années 1960. Parmi

GUATEMALA ces organisations qui ont commencé se reconstruire en dépasser les erreurs militaristes de la guérilla de ces années-là, il faut souligner le rôle joué depuis plusieurs années par les révolutionnaires de l'EGP (Armée de guérilla des pauvres) qui ont lutté dans la pratique contre toutes les conceptions à résonnances racistes, que ce soient celles qui abandonnent la lutte des paysans indiens à leur arriération culturelle supposée, dans l'attente du renforcement de la classe ouvrière industrielle, ou celles qui ont fait des Indiens et de leur « indianité » la référence absolue et quasi-mythique de ce qui était révolutionnaire au Guatemala, et de ce qui ne l'était pas (4).

C'est ainsi, sur de fermes bases de classe, que les militants de l'EGP luttent depuis des années pour l'unité de tous les exploités et opprimés de la campagne - qu'ils soient indiens ou métis (ladinos) —, pour l'unité des travailleurs des villes et des campagnes, pour l'unité des organisations se réclamant de la révolution socialiste et de la lutte armée (5). Les succès que cette organisation a remportés dans sa construction, et particulièrement dans ces secteurs des paysans pauvres indiens, renvoient à une analyse de la formation sociale guatémaltèque qui donne toute sa place à ces populations indiennes qui, toutes ensembles, constituent la majorité de la population du pays et la force de travail essentielle de l'économie agro-exportatrice qui reste le secteur déterminant du Guatemala jusqu'aujourd'hui.

Le texte que nous publions ci-dessous est traduit du numéro 4 de la revue de l'EGP, Companero, publiée en jan-

1981. Nous comptons publier ultérieurement dans ces mêmes colonnes d'Inprecor d'autres articles sur le Guatemala, ce pays-clef (6) pour l'avenir de l'Amérique centrale.

6 avril 1981 1. Sur la question du développement et du blocage de la construction du Marché commun centro-américain (MCCA), lire Ricardo Ramirez, dirigeant révolutionnaire guatémaltèque. « La guerre Honduras-Salvador (1969) et ses répercussions en Amérique centrale », dans Quatrième Internationale, numéro spécial sur l'Amérique latine, juin 1970, et la revue Tricontinental publiée à La Havane, 1970.

2. Les cuadrilleros, sont les paysans indiens organisés en cuadrillas, équipes employées par un intermédiaire qui les loue aux grands propriétaires de la côte Sud à l'époque des récoltes.

3. L'armée, la police secrète Oudicial), la policia militar ambulante, la guardia de hacienda (sorte de police fiscale), le comando seis, le peloton modelo, la police régionale et nationale, font partie des quelque 13 corps de répression officiels, qui agissent également sous le couvert des sigles des organisations terroristes d'extrême droite : MANO, Escadron de la mort, Ojo por Ojo (Oeil pour Oeil), ESA, FUA. NOA, Rosa purpura...

4. Cf. Jean-Loup Herbert, Indianité et lutte de classe, UGE, 10/18, Paris, 1975, pour une logique politique conduisant à l'affrontement entre Indiens et métis.

5. Une coordination a été mise en place en 1980 entre les quatre organisations suivantes : EGP. FAR (Forces armées rebelles), ORPA (Organisation révolutionnaire du peuple en armes) et l'aile majoritaire du PGT (Parti guatémaltèque du travail — le parti communiste).

6. En France, l'activité de popularisation des luttes des travailleurs guatémaltèques est menée par le Collectif Guatemala, 67, rue du Théatre, 75015 Paris. dont les initiatives s'associent le plus souvent à la campagne de solidarité avec le Salvador.

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