Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ESPAGNE

Sauvons la vie de Eva Forest et Antonio Durán

· Inprecor (première série) n° 14-15, 12 décembre 1974 · p. 48, 47 · 1 340 mots

État espagnol Syndicalisme

Déclaration du Bureau Politique de la LCR-ETA (VI).

Editeur responsable René Gorslambert, 34 rue Nothomb, 1030 - Bruxelles .

ESPAGNE

Sauvons la vie

de Eva Forest

Eva Forest et Antonio Duran vont bientôt être jugés, par le Conseil de Guerre qui s'occupera de l' "affaire Carrero". On atteindra ainsi le point culminant d'une des farces politiques les plus sinistres montées par la dictature dans toute son histoire. Le premier acte fut la campagne de propagande policière autour de l'attentat de la rue Correo. La BPS ( Brigade Politico-Social), avec la large collaboration des moyens d'information bourgeois et le silence complice de nombreuses organisations ouvrières, a présenté Eva et Duran comme responsables des faits. Nous savons aujourd'hui que tout cela n'était que des mensonges, de grossières calomnies lancées contre une poignée de militants et contre le PCE ( Parti Communiste Espagnol) et l'ETA Dans l'instruction ouverte contre Eva Forest et Antonio Duran, il n'est même pas question de l'attentat de la rue Correo. Dans leurs déclarations à la police, ni eux, ni aucun de leurs camarades n'ont reconnu la moindre participation à ces faits, et à l'exécution de Carrero. Ce n'est que sous la pression de terribles tortures physiques et morales - - qui ont affecté gravement la santé de ces camarades et en particulier de Duran --que la BPS a pu prouver l'existence de "refuges", c'est-à-dire d'instruments parfaitement légitimes pour protéger l'action révolutionnaire contre la répression d'une dictature tyrannique et sanguinaire. Mais qu'importe les preuves quand c'est l'armée franquiste qui est chargée d'administrer la "justice" -- cet instrument potentiel de guerre civile, cet instrument actif dans la guerre coloniale au Sahara espagnol, cet appareil d'encadrement, d'humiliation et de répression de la jeunesse espagnole -- , quand les lois, les juges et les tribunaux sont les auxiliaires de la répression des révolutionnaires, quand on contrôle et manipule impunément les moyens d'informations ? SOUS LA DICTATURE FRANQUISTE, LES PREUVES IMPORTENT PEU QUAND ELLES FREINENT L'ACTION POLITIQUE DE CETTE DICTATURE ! Et l'incorporation de Eva Forest et de Antonio Duran à l'instruction de l''affaire CARRERO"

et

est une action politique. Elle doit être jugée et combattue en tant que telle ! Mais si cette action politique a été possible, si les secteurs les plus réactionnaires de l'armée, la police, l'appareil franquiste, les bandes fascistes ont opéré cette inculpation absurde, c'est parce que la campagne autour de l'attentat de la rue Correo avait un deuxième acte, aux conséquences bien plus graves que le premier. Peu, bien peu de voix, et parmi celles-ci la nôtre, se sont élevées contre cette farce, en défense de toutes ses victimes. Nous disons de toutes et nous soulignons le mot toutes. L'absence totale de responsabilité du PCE dans ces faits a été affirmée et défendue par toutes les organisations ouvrières, qui se sont mises d'accord pour dénoncer cet aspect de la campagne de la dictature. Il faut les en féliciter. Mais en ce qui concerne la défense de l'ETA (V) -- dont la responsabilité dans les faits n'a jamais été prouvée et a été, finalement, démentie par cette organisation elle-même - - tout aussi nécessaire et justifiée que celle du PCE, il y eut beaucoup de réticences de la part de certaines organisations, quand ce ne fut pas le silence ou même des accusations implicites. Et pour ce qui est des principales victimes, celles qui ont souffert le plus directement et continuent à souffrir des effets de la campagne policière, seules deux ou trois organisations ont assumé la responsabilité et l'honneur de les défendre inconditionnellement face à la bourgeoisie, sans se laisser influencer par le climat que la police avait réussi à créer dans l'opinion publique contre elles, ne faisant que suivre un principe qui a orienté la solidarité ré•volutionnaire des communistes à toutes les époques : Face à la répression bourgeoise, un révolutionnaire a toujours raison ! Si , aujourd'hui, Eva Forest et Antonio Duran risquent leur vie dans l' "affaire Carrero" c'est parce que la solidarité avec eux a été insuffisante, parce que la dictature a pensé qu'ils étaient abandonnés, sans aucun appui. Ils ont à peine pu trouver un avocat pour les défendre! C'est pourquoi ils ont été choisis comme victi-

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mes propices, c'est pourquoi leur vie est utilisée aujourd'hui comme monnaie d'échange entre les différentes fractions politiques de la bourgeoisie espagnole. On prétend aujourd'hui les transformer en protagonistes d'une "répasanglante pour l'exécution de Carrero, réparation réclamée et exigée par les secteurs politiques les plus réactionnaires, et, pour cela même, ceux qui s'identifient le plus avec l' "amiAbandonner ces camarades entre les mains de leurs assassins serait non seulement un crime mais également un encouragement à de nouveaux crimes, un encouragement à la répression, un renforcement de leur pouvoir et leur impunité. Et ce pouvoir renforcé finira par frapper tous ceux qui combattent la dictature, y compris ceux qui l'encouragent actuellement par leur siSi certains pensent que nous exagérons, que le de l' "affaire CARRERO" ne demandera pas la peine de mort pour Eva et Duran, ou que, s'il la demande, elle ne sera pas exécutée, qu'ils se rappellent Salvador Puig Antich ! Si certains croient que le danger de la peine de mort existe, mais qu'on peut l'éviter en rassemblant des signatures et des protestations, des pétitions, etc., qu'ils se rappellent Salvador Puig Antich. Si certains pensent que rien ne peut être fait, que si la dictature veut assassiner Eva Forest et Antonio Duran, elle le fera, qu'ils se rappellent Izko et de ses camarades ! Oui, il est possible de sauver la vie de Eva et de Antonio, nous pouvons y arriver. Mais, alors, chaque minute compte, il ne faut pas perdre une minute et organiser la campagne de solidarité nationale et internationale la plus large et la plus combative possible! Il faut dès maintenant organiser une lutte unitaire de tous les partis, toutes les organisations ouvrières, les organes d'avant-garde dans les usines, les universités, les instituts, les professions libérales, toutes les Commissions Ouvrières, reprenant le même mot d'ordre : A BAS LE JUGEMENT CARRERO !, luttons pour la LIBERTE POUR EVA FOREST ET ANTONIO DURAN !

une lutte permanente CONTRE LES CONSEILS DE GUERRE, truments les plus sanglants de la répression franquiste, le meilleur exemple du rôle joué par l'armée dans la dictature, la preuve la plus tangible du fait que le mouvement de masse ne peut espérer que la répression la plus brutale de l'arCONTRE LE T. O. P, rebaptisé "Tribunal Central de lo Penal' par cette nouvelle Loi Organique de la Justice "incarnation des principes du 18 juillet" d'après son auteur. CONTRE LES TRIBUNAUX DU TRAVAIL, CONTRE TOUT L'APPAREIL JUDICIAIRE REPRESSIF DU FRANQUISME : Pour la liberté des prisonniers politiques, pour la solidarité avec leurs luttes qui ouvrent la voie à la libération de Eva Forest et de Antonio Duran, pour le retour des exilés ! Ainsi, la lutte contre la répression prendra la place importante qui lui revient dans les luttes du mouvement de masse, de l'actuelle préparation à la grève générale jusqu'à la grève générale révolutionnaire qui renversera le franquisLa lutte pour sauver la vie de Eva Forest et Antonio Duran peut être, et doit être, un pas important dans ce sens. Le jugement Carrero est un nouveau défi lancé par la dictature à la classe ouvrière de notre pays. Relevons-le : Organisons la riposte, appelons à la solidarité internationale! La dictature pense : qui interviendra pour défendre ces "terroristes'"? Nous répondons, et nous répondrons par l'action: Nous, les ouvriers, les étudiants, les médecins, les professeurs, les instituteurs, les femmes ! Eva Forest et Antonio Duran sont nos camarades. Nous ne croyons pas à vos mensonges. Nous les avons vus à nos côtés, dans nos luttes. Nous les avons vus dans la grève de Pegaso en 1968, dans les luttes de solidarité avec la révolution vietnamienne, dans les grèves du bâtiment, dans la lutte contre le Conseil de Guerre de Burgos, il Ya 4 ans. Nous ne les abandonnerons pas ! A bas le jugement Carrero ! Liberté pour Eva Forest et Antonio Duran

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