Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DANEMARK

Les travailleurs demandent la démission du gouvernement

Inprecor (première série) n° 14-15, 12 décembre 1974 · p. 45-47 · 1 338 mots

Syndicalisme Économie mondiale

coIns

Le 26 novembre dernier, une grande partie de la ville de Copenhague résonnait du mot d'odre " Hartling dehors ! Hartling dehors ! '. Les 120. 000 travailleurs qui s'étaient rassemblés devant le Parlement pour protester contre le haut niveau de chômage et la politique économique du gouvernement, le clamaient sans cesse. Et Hartling est à la tête du gouvernement libéral. La manifestation du 26 novembre est la plus importante que le Danemark ait connu depuis 1956, à l'époque où 200. 000 travailleurs descendirent dans la rue pour protester contre la mise en viguéur par le gouvernement socialdémocrate d'un accord salarial que les travail-

DUVERNEMENT

leurs avaient rejeté. Cette fois, les travailleurs vinrent de tout le pays, quittant leur ville parfois très tôt le matin pour arriver au rassemblement devant le Parlement à 15 heures. A Copenhague ce sont plus de 25.000 ouvriers qui débrayèrent pour défiler à travers la ville en cortèges d'usine ou de syndicat convergeant vers le point de rassemblement. Pendant plus de deux heures les manifestants restèrent sous la pluie à écouter les discours des dirigeants syndicaux et des représentants des partis ouvriers. L'action du 26 novembre était préparée depuis longtemps. Elle avait été lancée par les ou-

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DANEMARK vriers du batiment de Copenhague, Aarhus et Odense, ainsi que par le Arbejdernes Faellesorganisation, l'union générale des syndicats

Derrière cette initiative se trouvait le Fordmandsinitiativet (Initiative des Présidents), regroupement des dirigeants syndicaux locaux dominée par la fraction du Parti Communiste danois, qui voyait dans la manifestation un moyen de déborder les sociaux-démocrates. Le rassemblement du 26 novembre est la troisième démonstration, cette année, de la combativité ouvrière. En mai dernier, 200.000 travailleurs se mirent en grève contre une réforme des impôts proposée par le gouvernement ( voir INPRECOR N° 4 du 18 juillet) et en octobre, plus de 35. 000 travailleurs lancèrent des grèves de solidarité avec 400 ouvriers condamnés à une amende par le Tribunal du Travail, pour avoir participé à des grèves "illégales", (voir INPRECOR N° 11, du 31 octobre). Les racines de la politique anti-ouvrière du gouvernement se trouvent dans la récession, la pire que l'économie danoise ait connu depuis les années 30. En raison de la faiblesse structurelle de l'économie danoise, la crise est ressentie de façon extrêmement aigue. Tout au long des années 60, le gouvernement danois a connu des problèmes avec le déficit croissant de la balance des paiements. Ces problèmes se trouvèrent brusquement accentués avec l'augmentation rapide du prix du pétrole, car le Danemark dépend du pétrole à 90% de sa consommation totale d'énergie. Contrairement aux autres pays scandinaves, le Danemark ne produit rien de particulièrement recherché sur le marché mondial, et cette situation a entramné une baisse de 20% des termes de l'échange pour les capitalistes danois au cours des dix derniers mois. Ceci signifie, en retour, une position concurrentielle considérablement affaiblie des industries danoises d'exportation, problème qui ne peut maintenant être résolu que par une politique extrêmement rude contre la classe ouvrière. Pris entre des coûts de production rapidement croissants et une concurrence intensifiée sur le marché mondial, les capitalistes danois ont répondu "non" à toute demande d'augmentation des salaires. La politique gouvernementale s'est exclusivement employée à stimuler les entreprises exportatrices, sans chercher à intervenir sur les effets de la récession dans les industries produisant pour la consommation nationale. En fait, des coupures importantes ont été faites dans les dépenses publiques. Une vague massive de licenciements ( à la cadence de 4000 par semaine ces trois derniers mois) et un taux de chômage de 8% de la main d'oeuvre recensée en ont résulté. Dans certaines industries, comme celle de la construction, le chômage 12%. En outre, le gouvernement a menacé de prendre une autre mesure contre les travailleurs lors de la prochaine période de négociations salariales, en imposant les soi-disant

"solutions zero" ( c'est-à-dire des contrats stipulant qu'aucune augmentation de salaires ne serait accordée), si elles n'étaient pas établies d'un commun accord. Et ceci alors que le taux annuel d'inflation s'élève à 18% ! C'est ce développement qui a poussé les ouvriers danois à des luttes de classes militantes et même à des manifestations politiques de masse exigeant le départ du gouvernement. Au sein du mouvement ouvrier, la crise économique et la réponse des travailleurs ont aussi des répercussions importantes, qui ont posé une question de vie ou de mort à la socialdémocratie. La social-démocratie est le premer parti gouvernemental depuis la seconde guerre mondiale, et les dirigeants sociaux-démocrates sont devenus si séniles qu'ils ont même du mal à comprendre ce qui se passe. Jusqu'à présent, ils ont maintenu leurs positions droitières en dépit du tournant à gauche des travailleurs. Ils invoquent encore publiquement une politique des revenus et demandent aux travailleurs de se serrer la ceinture pour sauver l'économie. Ceci fut clairement exprimé même durant la manifestation du 26 octobre. Anker Jorgensen, président du parti social-démocrate, qui représentait son parti au rassemblement, fut hué par les travailleurs d'un bout à l'autre de son discours. Et ce n'est pas étonnant ! Il dit aux 120. 000 travailleurs que "c'était très bien de manifester, mais qu'il ne fallait pas manifester pour manifester. Une politique sérieuse est aussi nécessaire", ce qui veut dire une politique des revenus mise en oeuvre par un gouvernement social-démocrate. Ces paroles, venant d'un "homme d'Etat du mouvement ouvrier", furent accueillies avec la dérision qu'elles méritaient. La politique des sociaux-démocrates vise probablement à la constitution d'un gouvernement de coalition où ils figureraient avec le présent parti gouvernemental et, éventuellement, la Gauche Radicale, autre parti bourgeois. Etant donné les présents développements dans la classe ouvrière, cette politique met en danger la position traditionnellement hégémonique de la social-démocratie dans le mouvement ouvrier. Si les sociaux-démocrates continuent à suivre leur cour actuel, il est probable que cette position sera perdue. Les deux autres grands partis ouvriers, le SF (Socialistikt Folkeparti - - Parti Socialiste Populaire) et surtout le Parti Communiste, gagnent rapidement du terrain. Bien que ces deux partis aient une politique purement réformiste, ils sont perçus par des couches de plus en plus larges de travailleurs comme des dirigeants effectifs des luttes. Parce que ce sont eux qui ont créé les organes d'opposition dans les syndicats et pris l'initiative des ripostes ouvrières aux attaques de la bourgeoisie contre les salaires réels et l'emploi. Le processus de recomposition du mouvement ouvrier va très probablement s'accélérer dans les mois à venir. Les négociations salariales nationales débutent en janvier. Si la bureau-

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cratie social-démocrate répond à la pression des exigences patronales ou accepte que le gouvernement intervienne pour mettre en oeuvre les "solutions zero", le SF et le PC marqueront encore des points. Déjà, plusieurs syndicats locaux contrôlés par le PC et le Formandsinitiativet ( Initiative des Présidents) ont menacé d'appeler à une grève générale contre toute intervention gouvernementale dans les négociations salariales. La façon dont les travailleurs ont répondu au message d'Anker Jorgensen ( dirigeant du P.S.) le 26 novembre indique qu'un tel appel rencontrerait une réponse massive. Au moment où nous allons sous pressse nous apprenons que le gouvernement danois a appelé à de nouvelles élections le 9 janvier 1975. jours après la manifestation du 26 novembre, le (suite de la page 32)

gouvernement présenta un plan au parlement pour imposer un blocage total des salaires et des prix, une réduction des réajustements salariaux pour les travailleurs, et un frein à la hausse des divi-

Après avoir vu la réaction de la classe ouvrière, les dirigeants sociaux-démocrates et syndicalistes ont décidé de se prononcer contre ce plan. Le SF et le PC s'y sont également opposés. Le gouvernement a utilisé cette opposition à son plan pour organiser de nouvelles élections avant que ce plan ne soit soumis au vote au parlement. On peut considérer cela comme un résultat direct des protestations massives de la classe ouvrière qui ont obligé les sociaux-démocrates a prendre position contre la politique des revenus et l'intervention d'Etat proposées, même si ils avaient eux-mêmes précédemment demandé de telles solutions. Avançons ainsi vers la formation d'un Front Unique Contre la Répression pour commencer

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