Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

GUINEE BISSAU

Où en est la révolution guinéenne ?

· Inprecor (première série) n° 14-15, 12 décembre 1974 · p. 37-45 · 6 008 mots

Portugal

où en est la révolution quinéenne?

Invités dans un groupe de militants ayant participé au soutien aux mouvements de libération, trois camarades du Front Communiste Révolutionnaire se sont rendus en septembre en Guinée Bissau à l'occasion de la proclamation de l'indépendance. Deux d'entre eux font ici le point sur une série de questions (1). La situation économique L'état dans lequel les portugais ont laissé le pays est catastrophique. La Guinée indépendante est un pays mutilé par 10 années de guerre, mais surtout profondément marqué dans ses structures économiques et sociales par plusieurs siècles de colonialisme. La société guinéenne possède toutes les caractéristiques d'une économie sous-développée et dépendante : économie principalement agricole tournée vers la métropole coloniale (monoculture d'exportation), sous-développement industriel, faiblesse du niveau de vie des populations, analphabétisme, manque de cadres nationaux, importance du chômage... - Une économie à dominante agricole tournée vers la satisfaction des besoins de la métropole coloniale. Contrairement aux autres colonies ( Angola, Mozambique) où la présence d'énormes richesses ( pétrole, diamant, fer, etc.) a forcé le colonialisme portugais, limité dans ses possibilités d'investissements, à céder le pas aux firmes impérialistes pour l'exploitation des ressources économiques, la Guinée est

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Au centre, le commandant Rires, entouré des négociateurs restée, en quelque sorte, la chasse gardée du Portugal. La C. U. F. ( Compagnie União Fabril, liée à la famille Melo) associée aux gros intérêts privés portugais tenait un monopole virtuel sur le commerce d'export-import, soit indépendamment, soit par l'intermédiaire de ses compagnies associées, et règnait ainsi en maitre sur l'économie guinéenne orientée vers les besoins de la métropole. Cette compagnie possédiat sa propre flotte; ses industries secondaires, et plusieurs milliers d'employés. A travers elle, le colonialisme portugais s'est contenté d'un pillage des ressources agricoles du pays (riz, arachides, bois,) et n'a pas entrepris un début, même limité, d'industrialisation locale.

L'exploitation du paysan guinéen s'est faite à travers le mécanisme monétaire des impôts et des prix d'achat des produits agricoles, sous la forme d'une économie de comptoirs, sans s'attaquer directement à la propriété collective ( villageoise) de la terre. La population rurale était obligée de cultiver "au comptant" pour une exportation à

Cette culture pour l'exportation a fait une sérieuse brèche dans l'économie domestique, aggravant la pauvreté et la sous-alimentation des paysans. La période de guerre, tout en réduisant le champ d'exploittion colonial (extension des zones libérées), a renforcé le caractère de dépendance des zones d'économie coloniale ( notamment les centres urbains) par rapport à la métropole,

Le problème qui se pose aujourdhui au PAIGC est d'homogénéiser l'économie tout en rompant le lien de dépendance avec la métropole coloniale.

du PAIGC lors des négociations avec les autorités portugaises. - La faiblesse du niveau de vie des populations rurales. L'effet conjugué de la monoculture d'exportation et de l'extension rapide des zones libérées a fortement diminué la production des cultures rizières et provoqué un véritable blocus alimentaire des zones contrôlées par les portugais. Ainsi, à partir de 1969 les portugais en furent réduits à importer des milliers de tonnes de riz pour nourrir leurs troupes et la population urbaine. Leur départ aujourd'hui pose le problème crucial de l'alimentation des populations urbaines incapables d'auto-subsistance. Alors que dans les zones libérées, l'alimentation de la population a été planifiée, un début de pénurie se fait sentir dans les villes (huiles, sucre, et bientôt riz). Ceci oblige le PAIGC à importer du riz nécessaire à l'alimentation de ces populations et à envisager rapidement un développement de la productivité agricole. D'autre part, l'obligation de cultiver l'arachide et l'imposition ont entrainé un endettement et un appauvrissement des paysans. Ce processus de paupérisation a provoqué un début de lumpen-prolétarisation des paysans au contact du marché colonial urbain, mais a surtout favorisé la mobilisation de la paysannerie dans les rangs du PAIGC. - La faiblesse du niveau de développement des forces productives et l'état du sous-développement industriel. L'activité économique des villes se limite donc à l'activité commerciale et industrielle liée à l'exploitation coloniale ( activités portuaires, export-import, scierie, usine de décorticage

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RECIT DE VOYAGE

L'accueil du PAIGC ( Parti Africain pour l'Indépendance de la Guinée et du Cap Vert)

a été très fraternel. Les militants du PAIGC n'ont jamais ménagé leurs efforts pour nous guider, nous aider, nous transporter. C'est ainsi, disent-ils, qu'ils remercient tous ceux qui ont organisé le soutien à leur lutte de libération à travers le monde.

Nous avons ainsi pu accéder à leurs bases extérieures de Ligionchor ( Sénégal) et de Koundara (Guinée Conakry). Nous avons pu assister à la passation des pouvoirs entre portugais et combattants du PAIGC à Frain. Nous avons eu tous les moyens d'étudier la situation dans les deux principales villes, Bissau et Bafata.

Nous avons , enfin, pu rencontrer Luis Cabral, et d'autres dirigeants du Parti au Boé oriental, région vidée de sa population par la guerre et où le PAIGC cherche aujourd'hui à recréer une vie économique et à réimplanter des paysans. du riz, huileries), à une activité liée à l'alimentation du marché colonial intérieur (commerce de détail, usines de bières, etc.), à une activité administrative et tertiaire ( généralement encadrée par l'armée coloniale) et à une activité marginale liée à la présence coloniale (petits métiers, prostitution...). L'activité industrielle y est donc réduite au strict minimum (traitement et transformation des produits alimentaires). Toute la consommation de produits manufacturés, qui a d'ailleurs été relancée par Spinola dans les villes pour s'attacher les populations urbaines, provenait des impar tations principalement destinées, d'ailleurs, aux colons et militaires portugais et à la petite bourgeoisie urbaine. - Une économie désarticulée. La spécificité de l'exploitation coloniale portugaise en Guinée Bissau et le développement victorieux de la lutte de libération nationale (extension rapide des zones libérées) ont donc marqué d'une double empreinte l'économie guinéenne. Cette double réalité économique s'identifie à l'antinomie ville-campagne, laquelle recoupe grossièrement la structure sociale du pays. Les nécessités de la guerre coloniale (présence d'un important contingent militaire) et l'économie de traite ont engendré la formation d'une économie parasitaire liée à l'existence d'un marché militaire. Dans les centres urbains cela a provoqué un gonflement artificiel du secteur commercial et d'une petite-bourgeoisie affairiste et commerçante. Cependant, le monopole de la C. U. F. sur le commerce de gros et l'import-export et l'existence d'un petit colonat portugais accaparant les petites entreprises de traitement de produits agricoles ont cantonné cette petite-bourgeoisie guinéenne (le plus souvent d'ailleurs métisse ou libanaise) dans un rôle d'intermédiaire dans le circuit commercial (petit commerce intérieur). L'économie des centres urbains est donc directement liée à la présence coloniale et à l'exploitation de la paysannerie guinéenne. D'un autre côté, le développement victorieux de la lutte de libération nationale, tout en marginalisant le secteur d'économie coloniale (blocus alimentaire) a permis le développement dans les zones libérées d'une économie agricole fondée sur des rapports nouveaux. Pour jeter les fondements d'une économie nouvelle dans les zones libérées, le PAIGC s'est attaché à redresser les effets néfastes de la monoculture d'exportation imposée par les colons (en développant les cultures vivrières), à commencer à construire les bases d'une accumulation sociale permettant des échanges commericaux en vue de satisfaire les besoins en produits de première nécessité (excédant alimentaire exporté contre des produits manufacturés sur la base du troc avec monopole du commerce extérieur) et, enfin, à développer des nouveaux rapports de production (forme primitive de coopération agricole). C'est cette double réalité économique et sociale qui caractérise aujourd'hui la Guinée Bissau. D'un côté, dans les centres urbains, une économie coloniale parasitaire et monétaire qui a accentué le processus de différenction sociale , de l'autre, une économie agricole communautaire dont les échanges fondés sur le troc ont bloqué, dans la période précédente, le processus de différenciation sociale dans les campagnes. Le problème fondamental qui se pose aujourd'hui est l'homogénéisation économique, politique et sociale de ces deux secteurs. Ce processus nécessite une augmentation de la production agricole ( seule base d'une accumulation dans ce pays) et un contrôle étroit du commerce privé ( au niveau des prix comme de la nature des importations) pour éviter l'enrichissement des commerçants là travers le marché noir ou la spéculation sur les prix des produits). D'un autre côté, l'introduction de la monnaie dans les zones libérées crée les bases objectives pour le développement d'une accumulation privée et donc pour la désorganisation des rapports coopératifs de production. La paysannerie guinéenne est socialement très peu différenciée, cependant l'apparition de la monnaie et le développement de la productivité agricole peuvent, à partir des vieilles structures féodales, favoriser l'apparition de cumulards et accentuer la différenciation sociale. - Une infrastructure matérielle liée aux besoins du colonialisme. La spécificité de la domination coloniale du Portugal, le sous-développement industriel

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de la Guinée, la présence d'un colonat européen peu nombreux, le faible niveau général de développement des forces productives ont réduit à sa plus simple expression l'infrastructure mise en place par le colonialisme portugais. A cela s'ajoute encore les destructions survenues pendant la guerre coloniale. Un réseau routier composé de quelques routes goudronnées (autour de Bissau) et de pistes plus ou moins praticables suivant la saison dont bon nombre furent interdites pendant la guerre parce qu'elles étaient minées. Un réseau maritime limité à quelques embarcations, des bacs, un port à Bissau. Un aéroport à Bissau et quelques pistes de fortune autour des principaux camps retranchés portugais. Un réseau sanitaire concentré autour de l'hôpital de Bissau et quelques postes sanitaires dans des garnisons isolées, avec des médecins militaires rapatriés aujourd'hui. Un réseau scolaire comprenant essentiellement le lycée de Bissau et quelques écoles dans les plus grandes villes. ( Les professeurs étaient soit des militaires portugais, soit des pères de missions catholiques). Une radio nationale alimentée par des générateurs électriques totalement vétustes. C'est le mince bilan de l'infrastructure mise en place par plusieurs siècles de colonisation. Il est évident que la reconstruction économique du pays va être rendue plus difficile par l'état du réseau routier qui a subi de gros dégâts pendant la lutte de libération. Mais la concentration dans Bissau du réseau sanitaire et scolaire pose le problème de la décentralisation permettant de couvrir également l'ensemble des populations rurales. Ceci éclaire de manière concrète la question du manque de cadres en Guinée.. - Le manque de cadres.

Ladministration coloniale était entièrement aux mains des militaires, ne laissant qu'une place étroite à une petite-bourgeoisie de fonction, sans avenir et sans réelle qualification ( cadre moyen dans le service public ou dans les bureaux de la C. U.F.). Dans le domaine médical par exemple, il y avait 80 médecins en Guinée Bissau dont 40 dans la capitale ( pour 80. 000 habitants sur 600.000 dans le pays; il est vrai que près de la moitié de la population était dans les zones contrôlées par le PAIGC). La quasi totalité était des médecins militaires portugais qui aujourd'hui ont quitté la Guinée. C'est ainsi qu'à la veille de la reconnaissance officielle de l'indépendance de la Guinée, un responsable du PAIGC nous expliquait qu'il ne disposait que de 4 médecins portugais localisés à Bissau, dont plusieurs ayant largement collaborés avec le pouvoir colonial et ne bénéficiant pas de la confiance du Parti. Or, le PAIGC ne compte que quelques médecins dans ses rangs, dont des médecins étrangers volontaires ( un certain nombre d'étudiants en médecine sont encore en formation à l'étranger) et quelques dizaines d'infirmiers, d'aides médicales, etc. Le principal problème est donc de trouver l'aide nécessaire pour faire fonctionner l'infrastructure hospitalière et assurer une assistance médicale minimum aux populations paysannes très dispersées sur le territoire. Il s'agit aussi (et ceci est une nécessité politique) d'assurer la couverture sanitaire des populations contrôlées jusqu'à récemment par les portugais et qui avaient bénéficié, à partir de 1968, dans le cadre de la politique démagogique de Spinola, d'une certaine assistance médicale de la part des médecins militaires portugais. Déjà les hôpitaux des frontières prennent place à l'intérieur, mais pour règler cette question le nouvel Etat de Guinée-Bissau sera obligé de faire appel à la coopération technique internationale et aux cadres guinéens immigrés n'ayant pas participé directement à la lutte. Ce qui est nécessaire pour le domaine médical l'est également dans le domaine scolaire et technique en général. Ce besoin de cadres va poser au PAIGC des problèmes importants (moyen de contrôle politique sur les cadres, salaires, accords de coopération avec les Etats capitalistes, aide des pays socialistes), qui ne peuvent être règlés que par des choix économiques et politiques décisifs. Les embryons de réponse qu'avancent les camarades du PAIGC laissent malheureusement assez mal augurer de l'avenir de ce problème. Mais le point fondamental est que le problème des cadres permet au PAIGC de justifier aux yeux des masses sa stratégie d'investissement de l'appareil d'Etat colonial. Loin de détruire l'appareil de l'Etat colonial, le PAIGC se contente de l'investir en plaçant des militants à la tête de l'administration, de la Radio, de la Police, des services publics, tout en gardant les appareils forgés par le colonialisme. l'apathie des masses urbaines et les illusions frontistes du PAIGC lui interdisent de développer une stratégie permettant à terme la mobilisation des masses travailleuses des villes pour l'instauration d'une structure de pouvoir démocratique. La reconstruction économique du pays va être rendue très difficile par l'état dans lequel se trouve l'économie guinéenne et le faible niveau général de développement des forces productives. Les militants du PAIGC affirment d'ailleurs que la reconstruction sera une bataille plus dure à mener que la lutte armée, et qu'elle sera fondée sur des choix politiques préalables. Lorsque nous avons discuté avec des militants du PAIGC à tous les niveaux, c'est sur ces choix politiques fondamentaux que le débat à toujours porté. Aujourd'hui, leur préoccupation principale est la partici-

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pation de l'ensemble des classes sociales à la phase de "reconstruction nationale". Car, comme l'affirme Aristides Pereira secrétaire général du PAIGC), l'Etat de Guinée Bissau " sera essentiellement démocratique et garantira la participation de toutes les couches sociales sans distinction de couleur, religion et sexe dans la gestion des affaires de l'Etat". (Le Monde, 6 août 1974). La nature spécifique de la formation sociale guinéenne et le faible niveau de développement des forces productives déterminent la ligne politique frontiste du Parti. Le PAIGC reste imprégné de l'histoire de sa propre lutte de libération et de ses origines petites-bourgeoises. Le passage à la lutte armée (et la mobilisation de la paysannerie) a constitué dans un premier temps un arrachement des cadres à leur milieu social d'origine, ainsi qu'une rupture radicale avec le nationalisme réformiste traditionnel. A partir de ce point le développement de la lutte dans le cadre d'une formation sociale particulière (paysannerie pour laquelle ne se pose pas le problème de la terre et où la différenciation sociale est peu accentuée) a limité l'appréhension de la lutte des classes par le PAIGC à l'aire restreinte des zones libérées. C'est en partie cette détermination par rapport à la seule paysannerie des zones libérées qui est à l'origine des illusions multi-classistes du Parti, qui sont encouragées par la faiblesse politique des cadres, par la faiblesse du travail de mobilisation dans les centres urbains et par l'isolement politique par rapport à l'acquis historique du mouvement ouvrier internationale. La non prise en considération de la réalité des rapports de classes dans les villes explique l'impossibilité du PAIGC à avancer des mots d'ordre anti-capitalistes et à y développer une mobilisation de masse; elle lui interdit aussi de formuler des axes clairs pour la mobilisation au Cap Vert où la formation sociale est plus complexe, Toutefois, la faiblesse quantitative du prolétariat face à la masse paysanne ne suffit pas pour affirmer que la lutte des classes est secondaire. Il existe une petite-bourgeoisie affairiste et commerçante dans les centres urbains et l'introduction de la monnaie peut favoriser l'apparition de cumulards dans les campagnes. Face à cette situation sociale, les conceptions multoclassistes du PAIGC trouvent une base sociale pour se concrétiser. Pedro Pires affirme que le retour du Parti dans les centres urbains "ira renforcer la participation de la petite-bourgeoisie dans le processus de développement. Aujourd'hui nous comptons sur beaucoup d'étudiants et de fonctionnaires publics" (Expresso, 14 septembre 1974). C'est la politique des bras tendus à la petite-bourgeoisie. De même, Luis Cabral nous affirmait au Boé oriental que le besoin de cadres nécessitait qu'on attrinue à ces derniers un statut économique privilégié ("tout ce qui est nécessaire pour qu'ils acceptent de travailler en Guinée"').

Et lorsque nous nous étonnions que le PAIGO envisage déjà de telles différenciations sociales, cette même pérsonne nous répondait que cela était inévitable et que 'nos paysans comprendraient la nécessité de telles inégalités sociales". Ces conceptions se doublent d'une vision économiste et techniciste des problèmes. Ainsi, l'Etat et l'administration seraient des instruments neutres, au-dessus des divisions sociales, pouvant être l'expression de "toutes les couches sociales" suivant la formule de Pereira. De la même manière lorsque l'on pose la question du contrôle politique nécessaire sur les cadres qui vont bénéficier d'un haut niveau de vie, on nous répond qu'il 'ne faut pas mêler technique et politique" ( Nino Veira). Le corollaire du pragmatisme du PAIGC est une vision "moraliste' de la lutte contre le néo-colonialisme. Ce point de vue est entretenu d'une part par une vision opportuniste des rapports entre les classes et, d'autre part, une croyance quasi mystique dans l'efficacité des principes du Parti comme rempart insurmontable contre toute déviation. Ainsi lorsque nous demandions quelle serait la position du Parti face à un conflit social entre les travailleurs d'une entreprise et leur patron, la réponétait que cela serai limpossible car toutes les classes devaient lutter la reconstruction nationale. Cela traduit l'existence d'un terrain favorable au sein du PAIGC pour une déviation nationaliste droitière. D'autant plus que l'apolitisme entraine un suivisme massif par rapport à la direction du Parti. Nous avons pu observer, lors de discussions avec des militants, une confiance sentimentale envers les directions "car elles ne feront pas de compromis et resteront fidèles aux principes du Parti". Notre but n'est pas de juger l'honnêteté d'une direction qui a prouvé, à travers 15 ans de lutte , son courage militant, mais de faire comprendre que, face aux investissements étrangers, par exemple, le PAIGC devra jouer très serré. Le suivisme n'est généralement pas un ciment solide pour un parti. D'autant plus que, comme le disait Cabral, le PAIGC est plutôt un mouvement qu'un parti. Ceci ne pouvant aller qu'en croissant puisque chacun, y compris la chefferie foula, colala, se réclame du parti. D'ailleurs Luis Cabral définissait le PAIGO comme "un large front de libération nationale. Tous ceux qui combattent dans nos forces armées sont membres du Parti. Vivre dans nos régions libérées, c'est pratiquement etre du Parti. L'avant-garde de celui-ci ce sont les cadres éprouvés". (La nouvelle revue internationale, septembre 1971, p. 95). Face aux éléments objectifs tendant à hypothéquer l'avenir de la révolution guinéenne (manque de cadres, faiblesse du prolétariat, poids de la petite-bourgeoisie urbaine, impréparation politique du PAIGC) et face aux conceptions multiclassistes et économistes de la direction du PAIGC, seule l'élaboration d'un programme anti-capitaliste permettant le développement de la mobilisation autonome des

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travailleurs et l'instauration d'un débat au sein du Parti sur ces thèmes, peut permettre d'éviter l'impasse d'une "voie non capitaliste" et de l' "Etat de démocratie nationale' en Guinée Bissau. Les villes et le poids de la petite-bourgeoisie "Quand une ville se libère elle-même, la fête s'installe. .. Mais une ville libérée grâce à l'intervention de forces extérieures passe généralement par une période de torpeur hébétée qui indique que la population s'interroge sur la conduite à tenir. C'est ce qui se passe à Bissau" ( B. Davidson, Le Monde Diplomatique; octobre 1974). En effet, aujourd'hui, la population urbaine est dans l'expectative. Il n'y a pas eu en Guinée, un réel mouvement des masses urbaines saluant l'accession à l'indépendance. Aucun phénomène de la spontanéité des masses ne témoigne d'une quelconque mobilisation. Rien de ce qui peut symboliser le colonialisme portugais n'a été attaqué ou détruit ( emblèmes, édifices, drapeaux le transfert des pouvoirs s'est fait en douceur. Cela montre la faible implantation du PAIGC dans les villes ( en partie due à la répression coloniale), de la faiblesse du prolétariat (il n'y a pas en Guinée l'équivalent du prolétariat industriel de l'Angola ou du Mozambique) et de l'isolement des masses urbaines par rapport à la lutte armée qui s'est menée principalement dans les campagnes. Un problème important à règler pour le PAIGC est celui de l'implantation dans les centres urbains où se trouvent les principales bases sociales de tout projet réactionnaire. - La petite-bourgeoisie affairiste et commerçante, composée surtout de métis et de libaqui s'est nourrie de l'exploitation coloniale (intermédiaire commercial) et du marché colonial local (commerce de détail), mais qui disposait d'une capacité d'accumulation limitée (blocage de la présence des colons portugais et du monopole de la C. U.F.). Bien qu'ayant collaboré avac le colonialisme portugais pendant la lutte, elle reprend aujourd'hui à son compte la thèse de l'indépendance nationale dans le cadre de laquelle elle espère prospérer. ( A Bafata, les seuls signes extérieurs de l'indépendance étaient le portrait de Amilcar Cabral dans tous les commerces de la ville). Le principal danger pour l'avenir de la révolution guinéenne réside justement dans le poids économique et social de cette petite-bourgeoisie dans la société. - La petite-bourgeoisie de fonction, comprenant les mercenaires noirs, des membres de l'ad -ministration ( chefs de poste, etc.) coloniale et des fonctionnaires. Pour ce qui est des militaires, ils ont été désarmés et disséminés dans leurs villages d'origine. La paie qu'on leur a donné jusqu'à décembre constitue un petit capital qui leur permettra de redémarrer les cultures. C'est cependant une force contrerévolutionnaire potentielle qu'il ne faut pas négliger. Quant aux membres de l'administration coloniale ils ont presque tous été reconduits dans leurs fonctions. Par la position privilégiée qu'elle a dans l'administration, cette petite-bourgeoisie de fonction peut espérer s'épanouir dans l'appareil d'Etat et y prendre un poids politique en renforçant les éléments les plus droitiers du PAIGC. - L'embryon de prolétariat se concentre principalement dans les activités commerciales et portuaires (dockers, pêcheurs, manoeuvres), dans le commerce de détail (petits employés), dans quelques entreprises para-agricoles (usines de décorticage du riz, zcierie, usine de bière), dans le bâtiment et les services (chauffeurs, nettoyage, garçons de salle des hôpitaux). Pendant la lutte de libération nationale le prolétariat urbain s'est troavé isolé face à la répression coloniale, ce qui a favorisé une certaine apathie excluant le développement de grèves ouvrières comme celles de Luanda ou de Lourenço Marques. - Le lumpen-prolétariat issu de la présence d'un marché colonial (cireurs, petits vendeurs, prostituées, chômeurs) et de la non stabilisation du prolétariat guinéen (travailleurs partiels), ainsi que de l'urbanisation (fuite devant la guerre). Les habitudes de consommation et l'oisiveté de ce lumpen qui vivait des retombées monétaires de la présence militaire en font pour une partie une couche susceptible de réactions contre-révolutionnaires. Cependant, la création d'emplois ( petites industries) ou le retour à la campagne, assurant une vie décente à tous, peuvent être des moyens de mobilisation efficaces. C'est cet objectif que se fixe d'ailleurs le PAIGC. La stratégie frontiste du PAIGC trouve dans

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les centres urbains où il existe une petite-bourgeoisie importante matière à sa concrétisation. Il n'y a aucun effort pour développer des formes d'auto-organisation des masses urbaines. Or, dans les centres urbains le problème se pose d'emblée en termes de classe. Pour son implantation dans les villes le PAIGC a mis en place des "comités politico-administratifs" formés de militants. "Là où le besoin s'en fait sentir, ils intègrent en leur sein d'anciens fonctionnaires africains de l'administration coloniale" (Davidson, id.). Contrairement aux zones libérées où les comités de villages sont des organes démocratiques de décision collective (d'une unité de coopération et de production), ces comités de ville ne sont pas l'expression de l'auto-organisation des masses urbaines sur une base de classe. Ils ont par contre toutes les chances de se transformer en organes de gestion municipale. Seule l'organisation des travailleurs au niveau de leur unité de production ( usine, entreprise) ou de leurs quartiers, et leur fédération au niveau de la ville peut donner un contenu de classe différent à des "comités politico-administratifs" et permettre une mobilisation des masses urbaines. Cependant, cela ne semble pas être l'orientation actuelle du PAIGC. Ainsi, un problème important est le risque de jonction politique ou de coalition d'intérêts entre la petite-bourgeoisie urbaine ( de fonction, commerçante et affairiste) et l'appareil administratif de l'Etat et du Parti. L'osmose entre ces différents milieux est un élément que nous avons pu remarquer par endroit où s'amorce, avec la petite-bourgeoisie locale et des cadres du PAIGC une véritable petite élite locale. Sans une stratégie claire, le renforcement du pouvoir économique et politique de la petite-bourgeoisie urbaine et sa main mise à terme sur des organes de l'Etat et du Parti ( préparant ainsi l'introduction de rapports néo-coloniaux) apparait comme inéluctable, Aujourd'hui ce processus n'est pas à son terme, mais la définition d'une stratégie cohérente abandonnant les illusions multiclassistes donnera lieu à une bataille politique qui décidera de l'avenir de la révolution en Guinée. Les tendances à la bureaucratisation Il n'existe pas de bureaucratie constituée en tant que telle dans le PAIGC. Ceci pour plusieurs raisons. D'abord parce que les nécessités de la mobilisation des paysans ont obligé les cadres du Parti à se couper de leur couche sociale d'origine (petite-bourgeoisie) pour aller vivre au sein de la paysannerie. Ensuite, parce que les rapports entre les masses paysannes et le Parti étaient très étroits. La période de la lutte armée n'offrait pas les bases objectives permettant la formation d'une bureaucratie coupée des masses. De même, les rapports entre militants de base et cadres du Parti étaient fraternels. D'autant plus que le PAIGC a pris des mesures visant à limiter au minimum l'appareil extérieur du Parti (en faisant tourner les responsabilités et en obligeant les cadres à passer un certain temps à l'intérieur). Il ne s'est donc pas constitué un appareil bureaucratique extérieur à la lutte comme cela a pu être le cas pour le MPLA (Mouvement pour la Libération de l'Angola) par exemple ( qui, dans son dernier congrès, regroupait un grand nombre de "militants" complètement extérieurs à la lutte). Cependant, malgré cela, un certain nombre de problèmes se sont posés, comme celui des éléments des frontières qui "tardaient"' à retourner en Guinée après une mission à l'extérieur, ou le développement de petits potentats militaires dans certaines régions. Ce dernier problème fut posé au Congrès de 1964 du PAIGC qui réaffirma le principe suivant : "Nous ne sommes pas des militaires mais des militants armés"'. Déjà des risques de bureaucratisation se faisaient jour à travers le mode de fonctionnement et de recrutement du Parti. Le PAIGC se caractérise par un fonctionnement de type administratif dans lequel la division des tâches entratne une spécialisation et une concentration extrême du pouvoir de décision lié au faible fonctionnement politique du Parti. Ainsi, lorsqu'on demande à Pedro Pires, qui fut responsable des négociations avec le Portugal, quelle est la structure sociale de la Guinée, sa réponse est précédée de la mise en garde suivante : "Je ne suis pas un spécialiste. Je me suis plus destiné à l'aspect militaire de la lutte qu'à son aspect social...'' (Expreso, 14.9.74). Il va sans dire qu'un tel fonctionnement renforce le suivisme et l'apolitisme dans le Parti, d'autant plus que l'ouverture du Parti est très large : " Le Parti, chez nous, dit José Aranjo, commissaire d'Etat et membre du Comité Exécutif de la lutte, est un mouvement de libération nationale. Peut être militant iout homme âgé de 15 ans et qui veut lutter pour la totale libération de notre peuple. Il n'y a pas d'enquête idéologique. Dans cette phase de notre lutte, son recrutement est donc très large". (Afrique Asie , N° 66). Aujourd'hui le renforcement de ces tendances peut venir des éléments suivants : - concentration des décisions au niveau d'un nombre restreint d'individus, ce qui entratne le suivisme et la confiance aveugle en "la fidélité de la direction aux principes du PAIGC". De plus, avant le 25 avril ( et même depuis) seule une minorité de cadres pouvaient avoir une appréciation et une connaissance nationale de l'évolution de la situation. - Les risques d'autonomisation des membres de l'appareil d'Etat par rapport aux masses. En effet, aujourd'hui se développe un corps

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de représentants de l'Etat (ambassadeurs, commissaires d'Etat à Bissau, etc.) qui n'entretient déjà plus les mêmes rapports avec les masses que durant la lutte armée. D'une part parce que le contrôle des masses paysannes sur leur activité est plus difficile (éloignement), d'autre part, parce que l'absence d'auto-organisation des masses urbaines ne permet pas un contrôle direct des travailleurs sur ces cadres. La lutte a formé un certain type de cadre, ayant des rapports étroits avec les masses; la "reconstruction nationale"' et l'investissement de l'appareil d'Etat colonial va en modeler d'autres. Déjà, dans les villes le fossé se creuse entre les soldats du PAIGC et les cadres en matière de niveau de vie. L'arrivée d'éléments jeunes qui n'ont pas connu la lutte, issus de la petite-bourgeoisie et n'ayant pas rompu avec elle (cadres émigrés, étudiants) va renforcer le poids de celle-ci au sein du Parti. - L'interpénétration entre les structures de l'Etat et du Parti ( cela a donné lieu à la théorie du Parti-Etat). Cette thèse contribue à dissoudre le Parti dans l'appareil et à renoncer à ses tâches d'avant-garde. Néanmoins, certains militants du PAIGC réaffirment la nécessité de transformation du PAIGC d'un mouvement en un réel parti d'avant-garde assumant des tâches de politisation des masses. Sur ce point aussi, le débat est ouvert au sein du PAIGC. Cependant, pour nous marxistes-révolutionnaires, la nécessité d'une organisation d'avant-garde politiquement homogène, armée d'orientations précises pour le développement de l'auto-organisation et de la mobilisation active des travailleurs urbains et ruraux est à l'ordre du jour en Gui-

Car la lutte contre le néo-colonialisme ne s'édifie pas automatiquement mais consciem"C'est le respect permanent et intransigeant des principes fondamentaux de l'unité africaine et anti-impérialiste qui a continué à inspirer la confiance des forces progressistes du monde en notre Parti et à garantir, en dernière analyse, l'aide politique, militaire, éconofinancière et diplomatique dont nous avons bénéficié pour faire avancer notre lutte. C'est pourquoi, depuis longtemps, la devise de notre Parti a toujours été unité et lutte". (A. Pereira, 23 septembre 1973, devant l'Assemblée Nationale Populaire). Cette conception de l'internationalisme ressemble plus à une conception petite-bourgeoise et utilitariste du pan-africanisme qu'à une claire compréhension de l'unité de la lutte des peuples du monde entier. Cette intransigeance sur les "principes fondamentaux de l'unité africaine et anti-impérialiste" doit-elle être appréciée à travers l'opportunisme de la "pratique diplomatique" du PAIGC, qui amena ses représentants du congrès du parti réactionnaire sénégal (UPS) à la conférence islamique de Lahore (aux côtés de l'Iran et de l'Arabie saoudite) en passant par des déclarations d'amitié à

Tombalaye ou Hailé Selassié (à la 8ème Conférence des chefs d'Etat africains) ? Le terme de neutralisme positif utilisé par Pedro Pires pour définir la politique internationale de l'Etat de Guinée Bissau ne signifie-t-il pas une incompréhension profonde de la nature de la domination impérialiste et des Etats néocoloniaux ? La volonté d'indépendance par rapport aux pressions politiques éventuelles des pays du camp socialiste est une réaction saine; mais lorsqu'elle se traduit par un "neutralisme" qui fait abstraction de la nature des régimes néo-coloniaux et de leurs liens avec l'impérailisme et son marché économique international, elle apparait comme contradictoire avec l'internationalisme prolétarien. Car, à propos de l'unité africaine, le PAIGC devra fatre un choix : - soit un soutien clair aux mouvements révolutionnaires qui luttent contre le colonialisme et le néo-colonialisme; - soit une orientation vers des positions petites-bourgeoises de solidarité panafricaine, intégrant la Guinée dans un processus d'osmose des économies néo- coloniales par la Banque Africaine de Développement, l'Association de l'Afrique de l'Ouest et l'OUA ( Organisation de l'Unité Africaine). Il est évident que le développement de la Guinée ne peut pas être conçu dans un cadre national étroit. La Guinée aura donc nécessairement à passer des accords commerciaux avec des Etats néo-coloniaux qui l'entourent, par un compromis inévitable, Mais il convient d'analyser les termes politiques aui accompagnent ces accords. Lorsque Vasco Cabral, commissaire à l'économie et aux finances, explique qu'en Afrique même, l'Etat de Guinée appartient " à la C. D. E. A. O. ( Comité des Etats Africains de l'Ouest qui est en cours d'organisation et qui a pour but d'établir une indépendance économique par rapport aux autres pays"', on comprend que "l'intransigeance dans les principes" ne suffira pas au PAIGC pour éviter tous les pièges du néo-colonialisme. Car pour cela, les pays néo-coloniaux qui entourent la Guinée peuvent être une médiation de choix pour l'impérialisme. Lorsque Luis Cabral écrit à Houphouet Boigny pour souhaiter une "coopération active avec la Côte d'Ivoire", on peut se demander si c'est vraiment le terme à employer vis à vis de ce maillon fort du néo-colonialisme ? Aujourd'hui le PAIGC se réfugie derrière le "principe de la non ingérence dans les affaires intérieures" pour refuser de donner un point de vue sur la nature des régimes néocoloniaux. Mais demain, quand l'Etat de Guinée va devoir, dans sa presse ou à la Radio, prendre position sur les évènements de la politique internationale, quelle sera son attitude ? Comment rendrait-il compte d'évènements comme ceux de 1968 à Dakar ou ceux d'Ethiopie, alors qu'il entretient de bonnes relations avec les régimes de ces deux pays ?

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A la poussée de la révolution africaine, le PAIGC répondra-t-il par une snlidarité active avec les masses opprimées par les régimes néo-coloniaux ? Dans le cas d'une crise révolutionnaire dans la région, dans le cas où des militants révolutionnaires fuieraient la répression d'un fantoche néo-colonial quelconque, le PAIGC devra bien choisir entre la bourgeoisie africaine et les masses. Il serait utopique de parler de socialisme pour la Guinée avant que le pays n'ait atteint un développement économique minimum. Ceci non en fonction d'une conception économiste du passage au socialisme, mais à partir d'une vision lucide de l'état économique et social du pays. Comme nous avons pu le voir, aujourd'hui un certain nombre de compromis s'imposent au PAIGC à cause de la situation objective de la Guinée. Cependant, cela ne signifie pas n'importe quelle explication politique de ces compromis, ni l'affirmation que la lutte des classes est secondaire. Aujourd'hui la tâche principale des marxistes-révolutionnaires est d'analyser la nature de classe du nouvel Etat et d'apporter des éléments au débat qui s'ouvre dans le PAIGC sur l'alternative socialisme ou néo-colonialisme ? Parce qu'il ne fonde pas son pouvoir sur une mobilisation réelle des masses travailleuses urbaines, parce qu'il n'a pas détruit l'appareil d'Etat colonial des villes mais s'est contenté de l'investir, parce qu'il a appelé à la participation de toutes les classes à la gestion du pays, niant ainsi la réalité des antagonismes de classes en Guinée, le PAIGC délimite actuellement un régime nationaliste de gauche. Mais

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une multitude de contradictions vont peser sur ce mouvement hétérogène. La trajectoire que va suivre le nouvel Etat dépendra du rapport de forces entre les éléments favorables au bien-être d'une petite-bourgeoisie bureaucratique et les éléments conscients de l'impasse actuelle et qui choisiraient la mobilisation des masses sur une base anti-capitaliste. Nous avions déjà écrit, après le 25 avril, qu'une ligne de classe en pointillé traversait un mouvement comme le PAIGC. Peu à peu, cette ligne se précisera sur des questions aussi décisives que le choix entre une armée classique ou le développement de milices populaires, sur les compromis vis à vis de l'Afrique néocoloniale ou encore la démocratie dans les débats. Cependant, dans la phase actuelle ces expressions politiques ne présentent aucune résistance au raz de marée d'idéologie nationaliste. Mieux, elles s'y adapteront. Il reste donc à suivre l'émergence possible, au cours des futurs évènements, de courants authentiquement "lutte de classe" qui, s'appuyant sur les acquis de 15 ans de lutte chercheraient à remobiliser les masses guinéennes sur des objectifs anti-capitalistes avec une claire compréhension des implications régionales et internationalistes du processus révolutionnaire.

F. Cazal

C. Gabriel (1) Pour des raisons de place nous n'avons pas pu publier dans ce numéro d'INPRECOR le chapitre concernant la "question des Iles du Cap Vert". Nous y reviendrons dans un prochain numéro.

DANEMARK

TRAVAILLEURS

DEMANDENT

A DEMISSION DU

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