Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

RECESSION

La récession généralisée de l'économie capitaliste internationale

· Inprecor (première série) n° 16-17, 16 janvier 1975 · p. 3-16 · 9 063 mots

Économie mondiale Allemagne Japon et Corée

850.000 800.000 750.000 700, 000 650.000 600.000 550. 000

L'économie capitaliste internationale connaît actuellement sa première récession généralisée depuis la deuxième guerre mondiale. C'est la première récession qui frappe simultanément toutes les grandes puissances impérialistes. Si elle surprend tous ceux qui, dans les milieux bourgeois et petit-bourgeois ainsi qu'au sein du mouvement ouvrier, avaient porté foi aux affirmations selon lesquelles les gouvernements du Capital, dotés des techniques néo-keynésiennes, seraient dorénavant en mesure de "contrôler le cycle", elle a été prévue et annoncée presqu'à date exacte par notre mouvement. Les thèses sur "La nouvelle montée de la révolution mondiale", adoptées par le 9ème Congrès Mondial de la IVème Internationale en avril 1969, affirmaient ce qui suit concernant la longue période d'expansion d'après-guerre de l'économie capitaliste internationale : " Cette analyse débouchait sur trois conclusions: d'abord, que les moteurs principaux de cette longue période d'expansion allaient s'épuiser progressivement, provoquant du même fait une aggravation de plus en plus nette de la concurrence inter-impérialiste ; ensuite, que l'appli. cation délibérée des techniques keynésiennes la anti-crise accentuerait l'inflation universelle et l'érosion permanente du pouvoir d'achat des monnaies, ce qui finirait par provoquer une récession crise très grave du système monétaire international ; enfin, que ces deux facteurs pris conjointement allaient multiplier les récessions généralisée partielles et qu'on s'orienterait vers une récession généralisée l'économie impérialiste, certes, différente grande crise de 1929-32 de tant par son ampleur que par sa durée, mais qui frapperait néanmoins tous les pays impérialistes et dépasserait largement l'ampleur des récessions des 20 dernièinternationale nées. Deux de ces conclusions se sont déjà vérifiées ; la troisième s'annonce pour le début des années soixante-dix". (Quatrième Internationale, 27ème année, N° 37, mai 1969, p. 19). E.MANDEL Quatre ans plus tard, la résolution politique générale adoptée au 10ème Congrès Mondial de la IVème Internationale en février 1974, précisait ce qui suit : "La récessions de 1969-71 a frappé la majorité des pays impérialistes, fût-ce à des degres divers et sans simultanéité prononcée. Une nouvelle expansion accélérée de la production lu a succédé à partir de 1972, sauf en Italie. Mas il s'agit d'un boom inflationniste typique, marqué par une accélération, inquiétante pour le capital, des processus inflationnistes, et par une flambée de fièvre spéculative, notamment en ce qui concerne les cours des matières preinières, le prix de l'or et celui de la propriété immobilière. Comme prévu, ce boom inflationniste n'a été que de courte durée, et la récession qui lui succédera, en 1974 ou 1975, sera d'au-

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Vente des autos aux USA

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tant plus synchronisée que la haute conjoncture de 1972-73 a, elle aussi, entraîné pratiquement tous les pays impérialistes dans son sillage". ( Quatrième Internationale, N° 16/17, nouvelle série, juillet-août 1974, p. 8). L'ampleur de la récession Au quatrième trimestre de l'année 1974, la production industrielle et (ou) le produit national brut sont en recul dans tous les grands pays impérialistes, comme il ressort du tableau que voici :

Production industrielle au 4ème trimestre 1974 Japon - 2.6% USA - 2.5% Grande Bretagne- 1. 5% RFA - 1.5% Italie - 1.2% France - 1 % Canada - 0.5% Les exceptions à la règle ne concernent que quelques petits pays européens, tels la Norvège, la Finlande, l'Autriche, la Suisse et la Suède. Chacun de ces pays présente cependant un cas particulier qui permet d'effectuer des pronostics sur sa situation exceptionnelle. Celle de la Norvège semble déterminée par l'afflux exceptionnel de capitaux et de projets d'investissen ents suscités par le pétrole de la mer du Nord. Celle de la Finlande dépend d'une incidence plus grande de ses exportations vers les économies non-capitalistes des Etats ouvriers bureaucratisés. sont donc, à la rigueur, les plus susceptibles d'échapper à la récession généralisée pour des raisons non conjoncturelles. Par contre, le cas de la Suède, de la Suisse et de l'Autriche est celui de pays sur-spécialisés dans leur commerce extérieur, soit par le type des produits exportés, soit par son orientation géographique (intégration étroite de l'économie autrichienne et de l'économie ouest-allemande). Cela leur donne une marge de manoeuvre supérieu re, pour peu que la récession généralisée soit de courte durée et que l'économie de la RFA en pâtisse moins que les autres grandes puissances impérialistes. Si ces deux conditions se remplissent, ces trois petits pays l'auront, cette fois-ci encore, échappé belle. Sinon, ils entreront, eux aussi, en récession. Au recul généralisé de la production industrielle des pays impérialistes ne correspond pas encore une chute absolue du volume du commerce mondial (valeur à prix fixes, éliminant les effets de la hausse des prix sur le marché mondial). Mais il y a déjà une décélération très nette de la croissance des exportations internationales. Celles-ci avaient connu depuis 20 ans une expansion plus rapide que celle de la production industrielle. Entre 1953 et 1963, le volume de la production industrielle des pays capitalistes augmenta de 62%, alors que leurs exportations s'accrurent en volume de 82%. Entre 1963 et 1972, leur production industrielle augmenta de 65% et leurs exportations de 111%. Si, en 1974-75, leur production décline de 2-4%, il est possible que leurs exportations augmentent encore de 2-3%. Mais si la récession se prolonge et s'approfondit, et surtout si la guerre commerciale s'aggrave et le système monétaire international se détraque davantage, il n'est pas exclu que le volume du commerce mondial diminuera même de manière absolue (en faisant abstraction des échanges entre pays non-capitalistes). Il est frappant de constater le décalage entre la réduction encore modeste de la production industrielle et l'ampleur déjà considérable du chômage. Lors de la récession de 1969-71 on avait compté 10 millions de chômeurs dans les pays impérialistes. Au début de l'hiver 197475, le chômage se situe autour de 15 millions, si l'on englobe les chômeurs partiels, avec, en gros, la répartition géographique suivante :

7.5 millions de chômeurs aux Etats-Unis; 1.5 million de chômeurs en Italie; 1 million de chômeurs au Japon; 1 million de chômeurs en Allemagne Fédérale; près d'un million de chômeurs en France; près d'un million de chômeurs en GrandeBretagne; 1 million de chômeurs dans les petits pays impérialistes d'Europe ( surtout Bénélux: Danemark et Espagne); 1 million de chômeurs pour l'ensemble du Canada, de l'Australie et de la Nouvelle Zélande. Ces chiffres peuvent encore s'enfler partout au début de 1975. Puis ils suivront la courbe de la politique anti-cyclique des gouvernements que nous analyserons plus loin. Le fait que le chômage soit beaucoup plus prononcé que la chute de la production s'explique essentiellement par deux facteurs :

L'activité industrielle des pays impérialistes reste fortement empreinte de la 3ème révolution technologique, c'est-à-dire de l'introduction de techniques de production semi-automatique ou automatique. Il s'en suit une augmentation rapide de la productivité physique du travail, surtout en Europe capitaliste et au Japon ( les EtatsUnis avaient connu le même phénomène pendant une phase précédente; les sources d'augmentation de la productivité ont commencé à s'y tarir).

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Si la productivité augmente de 5%, il faut une augmentation de la production de même ampleur pour maintenir le volume de l'emploi productif, toutes choses restant égales par ailleurs. Une chute de la production de 2%, accompagnée d'un accroissement de la productivité de 4%, donne un taux de chômage de 6%.

Pour reconstituer l'armée de réserve industrielle pendant la longue période d'expansion d'après-guerre, le Capital avait incorporé dáns la masse des salariés un grand nombre de femmes mariées, de jeunes et de travailleurs immigrés, mal payés, utilisés marginalement et expulsés plus rapidement du processus de production dès qu'il y a retournement de la conjoncture Rien d'étonnant à ce que les taux de chômage dans ces trois catégories de prolétaires soient beaucoup plus élevés que chez les travailleurs "autochtones" masculins, pères de famille... La place de la récession généralisée dans l'histoire du capitalisme La récession généralisée sera la plus grave d'après-guerre, précisément parce qu'elle est généralisée, La désynchronisation du cycle industriel dans la période 1948-68 avait réduit l'ampleur des récessions. Une chute de la production et de la demande interne des pays frap-

LA RECESSION GENERALISEE SERA LA PLUS GRAVE DEPUIS LA GUERRE pés par la récession ( par exemple USA 1960, Japon 1965 ou Allemagne 1966-67) était chaque fois compensée par une expansion des exportations vers les pays qui échappèrent à la crise. Cette fois-ci, au contraire, la synchronisation internationale des mouvements conjoncturels, dans les principaux pays impérialistes, amplifie le mouvement de recul de l'activité économique. Cette synchronisation n'est pas un facteur accidentel. Elle résulte elle-même de transformations économiques plus profondes qui se sont produites au cours de la longue période d'expansion qui lui a précédé. L'internationalisation de la production a fait de nouv eaux bonds en avant, marqués par des avances de la division internationale du travail au sein de l'ensemble des pays impérialistes. Du point de vue de l'organisation du capital cela se traduit par l'essor des firmes multinationales qui font produire la plus-value simultanément dans un grand nombre de pays, non seulement dans la sphère des matières premières, mais aussi dans celle de l'industrie manufacturée.Cette internationalisation de la production (qui, en régime capitaliste, doit prendre la forme d'une concentration et centralisation internationales du capital plus avancées) contrecarre inévitablement les tentatives d'Etats impérialistes "nationaux"' d'appliquer une politique "anti-cyclique" limitée aux frontières nationales.

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La principale méthode avec laquelle les gouvernements bourgeois ont cherché à freiner les crises de surproduction après 1945 (empêcher l'éclatement de ces crises, ils n'en sont pas plus capables que par le passé), ce fut l'expansion du crédit, c'est-à-dire de la monnaie scripturale, c'est-à-dire de l'inflation. Chaque gou -vernement bourgeois a pu appliquer "sa" propre politique du crédit, avec des phases successives d'expansion et de contraction, reliées de manière "souple" aux fluctuations du marché mondial à travers leurs incidences sur la balance des paiements des pays en question. Mais à partir du moment où l'inflation s'est accélérée dans tous les pays impérialistes -- résultat inévitable de 25 années de techniques "anti-cycliques" essentiellement inflationnistes -- et où l'écroulement du système monétaire international a conduit au régime des taux de change flottants, c'est-à-dire à l'impossibilité de brusques dévaluations fortes pour augmenter les exportations, tous les gouvernements ont été obligés par la concurrence inter-impérialiste à appliquer une politique anti-inflationniste simultanément. De là une nouvelle impulsion à la synchronisation internationale du cycle industriel. Finalement, dans la mesure même où la longue phase d'expansion d'après-guerre touchait à sa fin, où les principaux moteurs de l'expansion commencèrent à s'épuiser, où la croissance de la production à long terme devait se ralentir, les contradictions de l'économie capitaliste s'affirmèrent plus graves, à la fois au sein de chaque pays impérialiste et entre ces pays mutuellement (ainsi qu'entre eux et les pays semi-coloniaux). Les phases de "boom" deviennent plus courtes et plus artificielles ( celle de 1972-73 dans une grande partie spéculative). Les phases de stagnation, voire de récession, commencent à se prolonger. Cela facilite évidemment la synchronisation. Des récessions qui durent 6 mois se chevaucheront moins facilement dans une douzaine de pays à la fois que des récessions qui durent 2 ans. La récession généralisée exprime donc de manière résumée le retournement de l' "onde longue expansive" (qui a duré aux Etats-Unis de 1940 à 1966 en Europe capitaliste et au Japon de 1945 à 1966). Nous avions prédit ce retournement dès 1964 (1). Nous lui avons consacré notre dernier livre "Der SpätKapitalismus", rédigé en 1970 en allemand, qui paraitra en 1975 en français et en anglais. Certes, si la nouvelle "onde longue" ne connait guère la fièvre de croissance des années 50 et 60, cela ne signifie point qu'elle sera marquée par un déclin ou une stagnation ininterrompus (1) E. Mandel: L'Apogée du Néo-Capitalisme

Get ses Lendemains, in Les Temps Modernes, août-septembre 1964.

de la production et de l'emploi. Le mouvement cyclique continuera à y opérer. Mais elle est marquée par une succession de phases de croissance plus courtes et moins rapides, et de phases de contraction plus longues et plus marquées que pendant le quart de siècle précédent. Surtout, ce qui remonte à la surface, symbolisé par Mai 68 en France, par le "mai rampant" en Italie, par la remontée des luttes ouvrières en Europe à laquelle se joindra demain une remontée similaire au Japon et en Amérique du Nord, c'est une crise sociale d'ensemble, une crise des rapports de production capitalistes, une crise de tous les rapports bourgeois, qui accentue et aggrave les effets des fluctuations conjoncturelles de l'économie, et qui reçoit à son tour de nouveaux stimulants de ces fluctuations.

Une crise classique de

surproduction... La récession généralisée de 1974-75 est une crise classique de surproduction. Il faut le souligner d'autant plus catégoriquement que beaucoup de milieux s'efforcent, pour les besoins d'une cause qui n'est pas purement idéologique, de mettre la récession généralisée sur le dos des "sheiks du pétrole", voire... des syndicats. Le caractère classique de la récession actuelle éclate surtout lorsqu'on prend en considération ces deux traits qui dominent l'évolution conjoncturelle à plus long terme :

La récession actuelle est l'aboutissement d'une phase typique de déclin du taux de profit. Ce taux est nettement antérieur au renchérissement prononcé du pétrole après la "guerre du Kippour". Voici quelques données qui le démontrent:

Taux de profit (après défalcation des gains de réappréciation de stocks) sur avoirs nets des sociétés industrielles et commerciales en Grande-Bretagne année avant impôts après impôts

1950-54 16.5% 6.7%

1955-59 14.7% 7.0%

1960-64 13.0% 7.0%

1965-69 11.7% 5.3%

1968 11.6% 5.2% 1969 11.1% 4.7% 1970 9.7% 4.1%

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aux Etats-Unis avant impôts année

16.2%

1948-50

14.3%

1951-55

1956-60

12.2%

1961-65

14.1%

1966-70

12.9%

9.1%

1970

1971

9.6%

1972

9.9%

10.5%

1973

Pour l'Allemagne occidentale, les experts calculent un déclin des revenus bruts des entreprises ( moins de "traitements d'entrepreneurs"

fictifs), divisés par les avoirs nets de ces entreprises, d'environ 20% entre 1960 et 1968 (année de reprise économique, avec une forte remontée des profits après la récession 1966-67) et de nouveau de 25% entre 1968 et 1973 (2).

• La récession actuelle est marquée par une sous-utilisation prononcée de la capacité de production dans le principal pays impérialiste, les

Etats-Unis, comme il ressort du tableau sui-

Production de l'industrie manufacturière en % de la capacité installée aux Etats-

Unis:

1966: 92%

1967:87.9%

1969: 86.5%

1970:78%

1972: 78.6% 1973: 83%

(2) Sources : Grande-Bretagne : Andre Glyn & p. 66. Etats-Unis : William D. Nordhaus :

The Falling Share Of Profits, p. 180 in:

A. M. Okun and L. Perry (ed.) : Brookings l'Allemagne occidentale : Sachverstandigenrat zur Begutachtung der gesamtwirts chaftlichen Entwicklung : Jahresgutachten 1974,

Bonn, 1974.

Pays moyenne

1960-65

1.3%

USA

Japon

6.2%

3.6%

G. B.

2.8%

RFA

3.8%

Italie

4.9%

Taux de profit (après élimination des gains de réappréciation de stocks) sur le capital des sociétés non financières après impôts

8.6%

6.4%

6.2%

8.3%

7.7%

5.3%

5.7%

5.6%

5.4%

1968: 87.7%

1971: 75%

1974: 78%

(4ème trimestre)

Bob Sutcliffe : Bristish Capitalism, Workers

And The Profit Squeeze, Penguin Books 1972,

Papers on Economic Activity, N°1, 1974, The

Brookings Institution, Washingion D. C. Pour

1968 1969

1970

4, 2%

5,1%

5,9%

5.5%

5,2 %

7.6%

4.8%

5.4%

6.4%

1.6%

3.4%

1.9%

4.8%

5.3%

6.4%

5.0%

1.3%

2.6% actuelle en tant que crise de surproduction.

..mais avec ses particularités pe pas à cette règle.

d'être soulignées.

l'accélération de l'inflation (l'incidence sur passe pas 2% dans les pays impérialistes !)

sont sans équivoques :

Taux annuels d'augmentation des prix à la consommation, d'après_les statistiques officielles

1971

1972 1973

1.3%

3.3% 6.2% 10.2% 11.6%

6.3%

4.3% 11,7% 23.0% 23,4%

9.5% 7.0% 9.2% 14.2% 17.0%

5.3% 5.5% 6.9% 7.3%

5.5% 5.9% 7.3% 12.5% 14.6%

5.0%

5.5% 10.8% 14.8% 20.8%

Cette détérioration à long terme est d'autant plus prononcée qu'il faut tenir compte de l'énorme ampleur de la production américaine, gaspillée à des fins militaires ou para-militaires. Il en résulte une non-utilisation quasi-permanente à des fins civiles productives de près d'un tiers de la capacité de production. On ne pourrait pas mieux exprimer la source de la crise Dans l'histoire du capitalisme, chaque crise de surproduction combine des traits généraux, relevant des contradictions fondamentales du mode de production capitaliste, et des traits particuliers qui résultent du moment historique précis dans lequel elle se situe au sein du développement de ce mode de production. La récession économique générale de 1973-74 n'échapDeux particularités de cette récession méritent De l'inflation permanente stimulant l'activité capitaliste on est passé, par le biais de l'accélération de cette inflation, à la stagflation en 1970-71, puis à la slumpflation en 1974-75. L'inflation et la hausse des prix se maintiennent en plein recul de l'activité productive et d'accroissement du chômage, Les données sur celle-ci de la hausse du prix du pétrole ne dé-

1974 1974 (ler se- (3ème trimestre mestre)__. 7.0%

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L'inflation est nourrie par l'effet cumulatif de plus de trois décennies de pratiques inflationnistes. Elle est amplifiée par la spéculation débridée des années 1972-73 (sur l'or, les terrains, les bâtiments, les diamants, les bijoux et objets d'art, et surtout les matières premières, c'est-à-dire toutes les "valeurs réelles" et "valeurs refuges" qui s'apprécient d'autant plus que la monnaie de papier se déprécie). Elle est renforcée par les "prix administrés" imposés par les monopoles. Elle est accentuée par les dépenses militaires colossales qui ne cessent d'augmenter et auxquelles toute la socié-

Aux Etats-Unis dollars courants) Année Produit national Dette pubrut: A blique: B 1946 208.5 269.4 1950 284.8 239.4 1955 398.0 269.8 1960 503.7 301.0 1965 684.9 367.6 1969 932.1 380.0 1973 fin 1.294.9 + 600.0 1974 fin + 1.335.0 1660.0 Par ailleurs la récession est accompagnée de quelques goulots d'étranglement particuliers. Des phénomènes de pénurie sectorielle colncident avec la surabondance générale de marchandises. Pareille coincidence se produit communément la veille ou au début d'une crise de surproduction. Celle-ci commence toujours par éclater dans quelques secteurs, et se répand graduellement à l'ensemble, ou à la plupart des secteurs de production. Ainsi la récession a débuté en 1974 dans le secteur de l'automobile et dans celui de la construction. Elle s'est étendue au secteur du textile, à celui de la viande, à celui de l'électro-ménager et des matériaux de construction (verre, briques, ciment), pour atteindre finalement la pétro-chimie. L'acier fut rare jusqu'à la fin de l'été 1974; maintenant la récession frappe la sidérurgie. La même remarque s'applique au bois. Le secteur des machines-outils, celui du charbon, celui du pétrole, et celui des céréales et de quelques autres produits alimentaires se trouvent encore en situation de bonne conjoncture. Mais le sucre vient de connattre un retournement de conjoncture particulièrement spectaculaire (chute de prix de 30% en l'espace de quelques semaines). • Les ventes de pétrole diminuent en volume. Celles des machines-outils peuvent diminuer, aussi, pour peu que la récession généralisée se maintienne. Déjà les commandes en télécommunication, qu'on croyait té bourgeoise s'est accoutumée (il est significatif que parmi les innombrables dénonciations des "responsables de l'inflation"', les 50 milliards de dollars de dépenses militaires des pays capitalistes ne sont jamais mentionnés ! ). Mais sa cause première est incontestablement l'inflation du crédit au secteur privé, c'est-àdire des prêts bancaires, de la monnaie scripturale, qui a été le support essentiel du "boom" précédent. L'économie occidentale a flotté vers l'expansion sur une mer de dettes, dont l'incidence cumulative a dû forcément accélérer l'inflation: en milliards de

Dettes pri- B en C en % vées: C % de A de A

153.4 129.4% 73.6%

276.8 84.0% 97.2%

392.2 67.8% 98.5%

566.1 59.7% 112.4%

870.4 53.7% 127.1% 1.247,3 40.8% 133.8% 1.800.o 46.3% 138.9% + 2.000.0 +50% + 150.0% en expansion continue, sont en baisse en Europe et au Japon. Il n'y a guère que le secteur des céréales, où la famine dans plusieurs zônes clés des pays semi-coloniaux maintiendra sans doute la situation de pénurie pendant toute la durée de la récession. Rien n'indique mieux le caractère irrationnel et inhumain du système capitaliste que le fait que des millions d'hommes, de femmes et d'enfants sont gravement sous-alimentés et risquent de mourir de faim, alors que d'énormes ressources en machines, en matières premières et en main-d'oeuvre restent inutilisées, avec lesquelles on pourrait produire les tracteurs, les engrais, les canaux d'irrigation, les pompes électriques, pour accroftre rapidement la production de vivres et nourrir les affamés. Il n'y a pas encore une inflation galopante

En économie capitaliste "normale", un retour -nement de la conjoncture exprimant la surproduction généralisée de marchandises, la surcapitalisation de l'économie, c'est-à-dire le fait que la masse totale de la plus-value produite ne permet plus d'assurer un rendement "satisfaisant" à l'ensemble des capitaux disponibles, se traduit toujours par des chutes de prix. Le fait qu'il y a inflation "rampante" ou "généra-

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+

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lisée" n'empêche pas que ces chutes de prix se produisent. Sa caractéristique, c'est l'augmentation continue du niveau général des prix. Mais toute une série de prix (ceux sur lesquels les monopoles ont le moins de prise, dans les domaines où la concurrence s'exrrce de manière plus libre) commencent à baisser.

tous les prix s'élèvent sans cesse (bien que pas nécessairement au même rythme. La loi de la valeur continue à règner par ce biais là !). La monnaie totalement dépréciée reste constam-

Londres

New York

Toronto

Tokyo

Hong Kong

Paris

Bruxelles

Francfort

Amsterdam 171.9

Milan

Stockholm

Tel fut ensuite le prix de terrains dans quelques pays où la spéculation immobilière avait sévi de la manière la plus débridée. Ainsi, en Grande-Bretagne, en été 1974, les prix des terrains à bâtir descendirent de 40% par rapport au niveau de l'été 1973, entratnant dans leur chute mainte compagnie immobilière ou de crédit immobilier.

Finalement, tel est également le cas de la plupart des matières premières, comme il ressort du tableau suivant :

Index des matières premières de

The Economist alimentaires : 19 déc. 1973 par rapport à mi-déc.

fibres :

métaux:

divers:

alimentaires : 1l déc. 1974 par rapport à mi-déc.

fibres:

métaux :

Certains cours ont baissé bien plus fortement que ces moyennes. A la mi-décembre 1974, le cuivre était coté 60% plus bas qu'à son sommet

Par contre, dans un climat d'inflation galopante,

Indices des cours des actions en Bourse (3)

1973 plus haut plus bas

509.5

305.9

1051.7

788.3

200.4

237.9

422.5

284.7

1775.0

423.9

98.9

70.7

112.8

142. 3

120.7

85.0 90

113.3

147.3

98.3

389.5

297.2 à bâtir, du moins

72

+ 38.5%

+ 66.3%

+ 90.8%

+ 92.7%

+ 32. 5%

73

- 36.2%

- 36.9%

Allemagne en 1923, ou à la fin de la guerre, ainsi qu'à la veille voire depuis 1931.

1974 plus haut plus bas

339.3

150.4

161.1

577.6

891.7

150.6

228.8

153.3

342.5

252.0

481.9

150.1

163.3

47.8

85.1

131.5

84.2

609.2

520.0

561.4

140.8

94.6

106,1

154. 2

87.0

410.6

303.3 né.

Même le prix du pétrole peut baisser. Il est à une longue chute des ventes, si le nombre des vendeurs est élevé et leurs intérêts sont divergents.

l'Algérie) et les pays peu peuplés qui peuvent saoudite et les sultanats du Golfe) ces divergences sont évidentes...

Economist , 93.2 de l'ancien indice égalant ment en circulation. Personne ne veut plus la détenir. Tout le monde l'échange sans cesse contre des marchandises. Tel fut le climat en

You au lendemain de la "libération'' dans les pays jadis occupés par les naAujourd'hui dans les pays impérialistes, nous ne connaissons pas encore un climat d'inflation galopante. Certains prix continuent à baisser. Tel fut d'apord le cas des cours des actions en bourse, qui connaissent leur pire dépression depuis 1940, niveau au 18 déc. 1974 603.5 282.4 49.4 87.8 87.8 304.8 en avril 1974. Le caoutchouc, frappé fortement par la crise de l'industrie automobile, a souffert une chute de prix de l'ordre de 52%, le coton de -l'ordre de 57%, le zinc de l'ordre de 45%, Et ce mouvement de déclin est loin d'être termiconnu que les cartels de vente ne résistent pas

Entre les pays exportateurs qui désirent dans l'immédiat le maximum de rentrées ( comme l'Iraq, le Nigéria, l'Indonésie, se permettre de restreindre sans cesse la production ( comme le Kuweit, la Lybie, l'Arabie (3) The Economist Nos du 22 décembre 1973 et du 21 décembre 1974. L'index allemand fut modifié entre le 29 juin et le 6 juillet par The 609.2 du nouveau. Le minimum de 1974 se situe donc aux alentours de 79.5 de l'ancien indi-

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Les perspectives de la récession La récession sera-t-elle de durée moyenne (disons jusqu'au troisième ou quatrième trimestre 1975), ou sera-t-elle de durée longue? Beaucoup dépend à ce propos de la politique des gouvernements, c'est-à-dire de leur décision politique : renfloueront-ils ou ne renfloueront-ils pas : telle est la question cruciale. Abandonnée à sa logique interne, toute crise de surproduction a tendance à s'aggraver par mouvement cumulatif. Cela reste vrai aujourd'hui à l'époque du capitalisme en déclin, comme ce fut le cas avant la seconde ou avant la première guerre mondiale. Dans le Traité d'Economie Marxiste (Editions 10/18 en 4 volumes, p. 250 du 3ème volume), nous signalions les effets suivants des neuf premiers mois de la récession de 1957-58, fort comparables à ceux des neuf premiers mois de la crise de 1929-32 :

Modifications d'activité économique, provoquées par les neuf premiers mois de crise aux Etats-Unis 1929-32 1957-58 Emploi nun agricole - 6.5% - 4.2% Produit national brut - 5.5% - 4.1% Production industrielle - 15.9% - 13.1% Volume ventes au détail - 6.1% - 5.1% Commandes de biens -26.5% -20.1% durables La situation dans les secteurs où l'actuelle crise a éclaté ne se présente guère de manière plus favorable qu'en 1957-58, loin s'en faut. On signale un taux de chômage de 25% à Détroit, centre de l'industrie automobile aux Etats-Unis. Le nombre de maisons d'habitation mises en chantier en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis est tombé de près de 50% en automne 1974 ( The Economist, 30 novembre 1974). La demande de certains produits pétro-chimiques a diminué de 20 à 30% au cours des derniers mois. Ce sont des pourcentages qui rappellent incontestablement 1929-32. Tout cela présuppose cependant que les gouver -nements bourgeois restent passifs. La récession, c'est précisément une crise de surproduction dont l'ampleur et la durée sont limitées par une injection de pouvoir d'achat inflationniste. S'il y a donc renflouement de l'économie par de telles injections au cours des mois qui viennent -- d'abord en Allemagne occidentale, puis aux Etats-Unis et au Japon --, l'économie capitaliste internationale évitera, cette fois encore, la dépression grave. Il est vrai qu'il faudra une dose massive d'inflation pour obtenir le redémarrage économique. Le mouvement cumulatif de l'inflation s'explique précisément par le fait qu'il faut, lors de chaque récession, de plus en plus d'inflation pour éviter la dépression grave, comme la récession de 1969-71 avec l'apparition de la stagflation l'avait confirmé de manière frappante. Comme il y a un décalage dans le temps entre le moment où la masse monétaires 'amplifiede manière accélérée et le moment où cela se traduit par une nouvelle flambée des prix, le scénario le plus probable est donc le suivant : desserrement de la politique de crédit au début de 1975; modération de l'inflation (qui sera cependant loin de disparaltre !) en 1975; redémarrage de l'économie ouest-allemande vers la fin de 1975 et de l'économie des USA un peu plus tard; nouvelle accélération grave de l'inflation en 1977 (ou peut-être plus tôt déjà), suivie d'une nouvelle récession qui risque d'être plus grave encore que la récession actuelle... Ce scénario est aussi le plus probable parce que l'existence de goulots d'étranglement dans le domaine alimentaire et énergétique (ainsi que pour quelques autres matières premières) va stimuler une activité fiévreuse d'investissements dans certains secteurs. La conversion des "pétro-doliars", de capitaux-argent placés à court terme en capitaux investis dans l'industrie, suscitera de même une demande supplémentaire de biens d'investissement. Tout cela peut nourrir une nouvelle relance de l'économie, de durée relativement courte, et, tarie à la source par la spéculation débridée, l'inflation accélérée, et un déclin à long terme du taux de profit industriel encore plus prononcé. En plus d'être conditionné par un choix politique du Grand Capital, ce scénario présuppose cependant que le système bancaire international, c'est-à-dire les mécanismes de crédit, tiennent le coup de la slumpflation . C'est vraisemblable, pour cette fois-ci encore. Ce n'est pas à 100% certain. La veille et au début de la récession généralisée une série de banqueroutes en cascade s'est produite dans le domaine des sociétés bancaires et financières : le krach de la Herstadt Bank à Cologne, de la Franklin Bank aux Etats-Unis et du groupe Sindona en Italie qui la dominait, l'effondrement des fringe banks et de quelques groupes financiers (le groupe Lyon; le groupe d'assurances Jessel, la London & County Securities; la Triumph Investment Trust) en Grande-Bretagne, de la International Credit Bank (banque israélienne établie à Genève), etc.. De nombreuses sociétés financières spécialisées dans la spéculation immobilière ont été également entramnées dans le même tourbillon. Il y eut la spectaculaire faillite du groupe Sofico en Espagne (la crise du tourisme se joignant à celle de l'immobilier !), suivant celle de deux des principaux groupes britanniques de l'immobilier et suivie de l'incapacité de la Continental Mortgage Investors aux USA à rembourser à la date prévue un prêt de 80 millions d'eurodollars avan-

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cé par un consortium de grandes banques européennes. Entre 1969 et 1972, quelques 6 milliards de parts de fonds de placement commun et immobilier avaient été vendues aux USA. Elles ont perdu maintenant 70% de leur valeur. Même une firme aussi solide que le Chase Manhattan Trust - - couvert par la Banque du même nom, c'est-à-dire par le groupe Rockefeller - - a vu le cours de ses parts s'effondrer de $ 70 à $ 4. Ajouter à cela le scandale du Churchill Forest au Canada, quelques banqueroutes industrielles retentissantes au Japon : Allemagne, GrandeBretagne , Italie, Etats - Unis, Canada, Espagne, Israël, Suisse; la ronde est décidément internationale. L'internationalisation beaucoup plus avancée de la production et du capital implique évidemment le risque de réactions en chaine, dès qu'il y a des krachs bancaires retentissants. Si une partie appréciable des clients bourgeois et petits-bourgeois se mettent à retirer simultanément leurs avoirs des banques -- c'est-à-dire s'il se produit une panique bancaire - - le système de crédit risque d'être paralysé. Dans ce cas la récession se transforme en dépression grave. La bourgeoisie internationale en est parfaitement consciente. Après le krach de la Herstadt Bank, gouverneurs des banques centrales et chefs des grandes banques de dépôt ont conclu un accord ferme de ne plus tolérer aucun effon -drement d'une banque de quelconque importance. Les difficultés de paiement de la Continental Mortgage Investors ont été colmatées par une intervention immédiate de financiers américains, qui lui ont fourni un prêt de plus de 150 millions de dollars. Les fringe banks anglaises ont été sauvées (jusqu'ici) par l'injection de sans doute plus de trois milliards de dollars par les grandes banques anglaises. Tout cela a empêché la panique. Tout cela peut l'empêcher, aussi longtemps que le trou à remplir n'est pas trop grand. Mais qu'arrivera-t-il si une des principales banques de dépôt entre en difficulté, si le déficit à éponger n'est plus de 50 ou 100 millions de dollars, mais de plusieurs milliards, entrainant des conséquences multiples de cette somme ? Déjà en Grande-Bretagne, les grandes banques de dépôt rechignent pour consacrer un quatrième milliard de dollars apparemment nécessaire pour sauver les "fringe banks" (The Times, 13/12/1974). Le système bancaire résistera-t-il à une telle épreuve ? Se produira-t-elle encore au cours de la prochaine ? Voilà le mystère qu'aucun économiste, qu'aucun ministre et qu'aucun entrepreneur ou banquier capitalistes ne pourront percer à jour. Voilà le nuage qui reste suspendu au-dessus de l'opération "renflouement". C'est un nuage de taille, à la mesure même de l'inflation, et qui ne pourra que grossir en fonction du renflouement.

Crise économique et crise sociale On pourrait rétorquer : mais la crise économique n'a-t-elle pas en elle-même une fonction objective à remplir pour le système capitaliste ? La poursuite d'une politique de restriction monétaire ne pourrait-elle pas "casser" l'inflation ? Un chômage massif n'aurait-il pas pour conséquence de peser leurdement sur les salaires, c'est-à-dire d'augmenter le taux de plus-value et donc le taux de profit ? L'élimination des affaires capitalistes moins solides et moins rentables par les banqueroutes provoquées par la crise n'est-elle pas salutaire pour le régime, dans la mesure où elle accroit la rentabilité d'ensemble du système ? La dévalorisation massive du capital permet justement le relèvement du taux de profit pour les capitaux survivants, et donc la reprise de l'accumulation. Pourquoi diable la bourgeoisie relancerait-elle dès lors l'économie à brève échéance ? Tout cela est parfaitement exact. Mais pour que la bourgeoisie se contente d'assister passive au mécanisme purement économique de la crise,il faut non seulement que ce mécanisme soit déclenché. Il faut encore qu'il ait des conditions sociales et politiques qui n'entrainent pas un prix par trop excessif pour une telle passivité. Or, ces conditions ne sont point données aujourd'hui. Ce qui rend la situation actuelle tellement grave pour le capitalisme, c'est la combinaison de la récession économique généralisée avec un niveau exceptionnellement élevé d'organisation, de force numérique, de combativité du prolétariat, avec une faiblesse politigue exceptionnellement prononcée du système bourgeois. Cette combinaison n'est pas forfuite. Elle est le résultat de toute l'évolution économique, sociale et politique à l'échelle mondiale du quart de siècle derrière nous. A l'échelle mondiale, les rapports de force se sont manifestement détériorés pour le Grand Capital. Dans les pays impérialistes, la longue période d'expansion a renforcé objectivement le poids et la force de la classe ouvrière. La remontée des luttes en Europe occidentale depuis Mai 68 a renforcé subjectivement la combativité et la conscience anti-capitaliste dans de nombreux pays. Nulle part, la bourgeoisie n'a été capable d'infliger à la classe ou -vrière des défaites telles qu'elle serait incapable de riposter devant une augmentation considérable du chômage. Dans ces conditions, la grande bourgeoisie estime, du moins dans ses secteurs décisifs, que 15 à 20 millions de chômeurs aux Etats-Unis, 5 millions de chômeurs en Allemagne occidentale, au Japon et en Italie, que 3 millions de chômeurs en France et en Grande-Bretagne provoqueraient immédiatement une crise sociale et politique d'une telle ampleur que la survie même du régime serait menacée à court terme. Voici la raison

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fondamentale pour laquelle elle réagira très probablement comme lors de toutes les récessions précédentes, par des mesures massives de "renflouement" inflationniste de l'économie. Elle est parfaitement consciente des risques qu'elle court à plus long terme, en agissant ainsi. Mais elle n'a pas le choix. Entre une menace immédiate, et une menace d'ici 3 à 4 ans, elle doit forcément veiller au plus pressant. Tel est le dilemme, tel est le sort de toutes les classes condamnées par l'histoire. L'amplification de luttes ouvrières L'augmentation du chômage ne suffira-t-elle pas en elle-même pour modérer la combativité ouvrière, facilitant ainsi des choix plus "orthodoxes" pour la bourgeoisie ? Vu l'ampleur encore limitée du chômage, cette question mérite une réponse généralement négative. En fonction de tout le passé, de l'état de conscience du prolétariat et de l'évolution des rapports de force sociaux en cours, la variante la plus probable, c'est que la classe ouvrière aura tendance à refuser de payer le prix de la récession, comme elle avait tendance à refuser de payer le prix de l'inflation. On assistera donc à une flambée de luttes, au départ déiensives, contre les licenciements, les fermetures d'entrerprises, le chômage, combinées avec des luttes contre la hausse du coût de la vie, luttes qui tendront à se généraliser, qui déboucheront sur une série de revendications transitoires nettement anticapitalistes, et qui auront tendance à poser carrément la question du gouvernement, la question du pouvoir. Certes, il s'agit d'une tendance qui n'est pas universelle, comme elle ne résulte précisément pas des seules conditions économiques, mais encore de toute une série de facteurs subjectifs dégagés par l'évolution des années précédentes. En Allemagne Fédérale, le premier effet de la récession a été un déclin et non un regain de combativité ouvrière. La remontée des luttes ouvrières aux Etats-Unis est probable, elle a sans doute déjà commencé, mais est encore très lente et disparate. La reprise la transformera-t-elle à son tour en flambée ? Quelle sera la réaction des travailleurs japonais devant les tentatives du Grand Capital de leur imposer une politique des revenus ? Toutes ces questions doivent être résolues par les révolutionnaires et les militants ouvriers de chacun de ces pays, avant qu'un pronostic détaillé puisse être formulé à ce propos internationalement. Néanmoins, dans son ensemble, pour la plupart des pays d'Europe occidentale, l'Australie, le Canada, le Japon, il est vraisemblable que l'ampleur actuelle du chômage ne suffise pas pour "calmer", voire démobiliser la classe ouvrière, et que la récession exacerbera les luttes de classe. C'est du moins l'hypothèse sur laquelle se fonde également le Grand Capital. Nous n'avons aucune raison de douter du bien-fondé de ses analyses, pour autant que la récession ne dure pas trop longtemps et que les réactions des travailleurs soient rapides. Le risque principal, dans ces conditions, ce sont les manoeuvres bourgeoises, appuyées ou tolérées par les directions réformistes et néoréformistes, de fragmenter, de morceler les réactions ouvrières, de jouer de la peur du chômage pour "modérer" les revendications salariales; de réabsorber le refus du chômage en payant d'importantes primes de licenciement à ceux qui perdent leur emploi; de canaliser la volonté de changement politique radical des travailleurs vers des solutions réformistes ou de collaboration gouvernementale avec la bourgeoisie, qui sont compatibles avec le maintien du La riposte des révolutionnaires doit aller dans le sens d'un combat pour les revendications transitoires qui correspondent à la fois aux besoins les plus pressants des travailleurs et au besoin historique d'orienter leurs mobilisations dans un sens anti-capitaliste prononcé : réduction radicale de la semaine de travail ( semaine de 35 ou de 32 heures) sans réduction des salaires; échelle mobile intégrale et automatique des salaires; ouverture des livres de compte; nationalisation sans compensation et sous contrôle ouvrier des industries clés et des banques; nationalisation sans compensation et sous contrôle ouvrier de toutes les entreprises qui ferment ou qui sont sauvées par des subsides d'Etat de la banqueroute; gouvernement des travailleurs qui élabore un plan de développement de l'économie fondé sur la satisfaction des besoins des masses et garantissant le plein emploi. Laggravation de la concurrence inter. impérialiste La concurrence inter-impérialiste tend toujours à s'accentuer lorsque la conjoncture économique se détériore. C'est le moment où l' "égolsme sacré" prend le dessus. Chaque classe capitaliste "nationale" cherche avant tout à se sauver, en exportant ses difficultés et son chômage chez le voisin et concurrent. La bourgeoisie impérialiste des Etats-Unis avait perdu son hégémonie absolue sur le monde capitaliste, acquise en 1945, au cours des années 60, marquées par une remontée spectaculaire de l'impérialisme ouest-européen (avant tout ouest-allemand) et japonais. Vers la fin des années 60, elle a cherché à réagir, d'abord sur le plan monétaire. La dévaluation en cascade du dollar devait améliorer sa position sur le marché mondial. Puis l'accroissement du prix du pétrole lui est apparu au départ comme un excellent moyen de frapper ses con-

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(1) Au taux de conversion 2, 5 DM par dollar. Au taux de convercurrents européens et japonais, qui avaient joui d'un prix de l'énergie plus bas, mais qui dépendaient d'importations de pétrole à un titre beaucoup plus large que l'impérialisme américain. Incontestablement, au début de 1974, l'hégémonie de l'impérialisme américain semble mieux assurée que quelques années auparavant. En est-il de même aujourd'hui ? La moins que l'on puis -se dire c'est que la question n'est guère tranchée.

Exportations en milliards de dollars US (en taux annuels ) 1970 1973 tre 1974 USA 43.2 71.3 91.0 RFA 34.2 67.5 80.1 Japon 19.3 37 41.3 France 18.1 36.7 42.2 G. B. 19.3 30.5 32.7 Canada 16.8 26.3 29.5 Pays Bas 11.8 24.1 28.8 Belgique 11.6 22.5 24.6 Italie 13.2 22.2 25.0 sion 2. 4 DM par dollar, les exportations allemandes se siconversion 2.3 DM par dollar, de dollars, dépassant déjà les A ceux qui affirment que ces comparaisons souffrent d'une identification abusive des "'nombreux capitaux"' avec la "territorialité"', nous rétorquerons que la comparaison est tout aussi frappante, sinon plus frappante encore, si l'on compare la performance des grandes sociétés multinationales, qu'elles soient américaine, japonaises ou européennes. Il suffit de comparer la dynamique des exportations de capitaux et des initiatives industrielles de par le monde de ces trois catégories de "multinationales"' au cours de l'année 1974 pour s'en apercevoir. La raison n'en est guère mystérieuse. Le grand capital menopelistique américain est davantage frappé par la crise que le grand capital européen et_ Sur le plan monétaire, le projet de l'impérialisme US, de démonétariser l'or et d'institutionaliser définitivement le dollar inconvertible et dévalorisé comme base du système monétaire international par le truchement des DTS ( droits de tirage spéciaux), a moins de chances d'être accepté que par le passé. Plus l'inflation s'amplifie et se prolonge, et moins les propriétaires de marchandises et détenteurs de créances peuvent être obligés d'accepter des monnaies de papier inconvertibles, hors des frontières d'un Etat. Une monnaie de papier mondiale à cours

Sur le plan commercial, l'année 1974 a été marquée par une contre-offensive sensationnelle des exportations ouest-allemandes et japonaises, qui ont encore davantage réduit la part des produits américains sur le marché mondial (il faut y ajouter le fait que la tenue relativement bonne des exportations américaines est due en grande partie à l'augmentation des prix des matières premières -- vivres ! -- exportées par les USA). Pour la première fois dans l'histoire, les exportations ouest-allemandes seules ont dépassé celles des USA, comme il se dégage des chiffres que ler trimes - 2ème trimes - Juillet/ tre 1974 août 1974 101.2 93 91.2 93 (1) 55 52. 7 48.1 40.4 35.6 34.2 30.6 29 tuèreni au flux annuel de 96 milliards de dollars, au taux de au flux annuel de 100, 4 milliards exportations américaines. forcé présuppose en dernière analyse un Etat mondial, un gouvernement mondial, c'est-àdire la disparition de la concurrence interimpérialiste, c'est-à-dire le super-impérialisme. Nous en sommes plus éloignés que jamais. C'est sur le plan politico-militaire que la prédominance de l'impérialisme américain reste plus prononcée, non pas en fonction mais en contradiction avec son relatif déclin économique et financier. L'impuissance de la bourgeoisie européenne à réaliser un nouveau progrès de l'intégration financière et politique au sein du Marché Commun, à le transformer d'une confédération d'Etats en un Etat fédéral, consolide ce statu quo politique et lui coûte cher, du point de vue financier également. Ses contradictions internes s'en ressentent, comme d'ailleurs celles de l'impérialisme japonais. Des charges militaires supplémentaires risquent de lui être imposées. Elle risque de faire les frais de quelques modifications commerciales spectaculaires. Jetés dans la balance de l'autre côté de la récession plus grave aux USA, ces changements maintiennent en gros l'équilibre des forces en présence. Le monde capitaliste dans son ensemble, échappant au leadership américain sans pouvoir lui substituer une alliance fondée sur l'égalité en pouvoir américano-euro-nippone, ou une autre

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hégémonie de substitution, connait par conséquent une crise de direction politique encore plus nette qu'au cours des années précédentes.

Il n'y a point de signes qui font supposer qu'il y aura un changement décisif à ce propos, dans

Les pétro-dollars et les effets de la récession dans les pays sous-développés

L'effet de l'augmentation du prix du pétrole, et des revenus supplémentaires obtenus par les pays exportateurs de pétrole, sur la récession généralisée a été considérablement exagéré.

On a abusivement identifié le montant total des recettes supplémentaires obtenues par les exportateurs de pétrole à la somme des déficits de la balance des paiements des pays importateurs, oubliant qu'une partie non négligeable de ces recettes est placée à court terme (ou investie à plus long terme) dans les pays impérialistes importateurs eux-mêmes.

crée donc ni un problème de déficit de la balance des paiements, ni un problème de déflation de la demande globale. On peut au contraire considérer que le gonflement des euro-dollars, par l'afflux massif des pétro-dollars, a accru la masse monétaire et donc le phénomène inflationniste dans son ensemble, plutôt que d'avoir l'effet opposé.

Revenus des pays exportateurs de pétrole en 1974 (estimation en millions de $)

Arabie saoudite

29.500

21.000

Iran

Venezuela

10.600

Nigeria

9.232

9.000

Koweit

Libye

9.000

Irak

7.000

Abou Dhabi

5.300

5.000

Algérie

+110 milliards (5)

Répartition

Importations

50 milliards

Aide à des pays semi- coloniaux

4 milliards

Placés à court terme aux USA

12 milliards

(5)

Le Monde, 29.12.1974

Placés en euro-dollars sur le continent européen 20 milliards Placés en Grande Bretagne 18 milliards Investis 3 milliards Prêtés à des gouver -nements occidentaux ou des organismes interna -1onaux + 13 milliards Il est vrai que cette globalisation est quelque peu abusive, puisque déficits et boni ne se répartissent pas également entre toutes les puissances impérialistes. L'Allemagne occidentale pays du Benelux sont en boni. Le Japon a pu ré -duire de manière considérable son gros déficit de 1973 grâce à l'essor de ses exportations. Le déficit des USA, et surtout celui de la France, de la Grande-Bretagne et de l'Italie sont plus lourds de conséquences. Le problème de "recyclage" des "pétro-dollars" est donc, en dernière analyse, un problème de redistribution des placements à court et à long terine des exportateurs de pétrole entre les différents pays impérialistes, afin d'effacer ces distorsions par trop prononcées. La fin du boom des exportations japonaises et allemandes, prévisible en 1975, y contribuera vraisemblablernent à sa façon. A plus long terme, les "pétro-dollars" seront de moins en moins "volatiles". D'abord, parce qu'ils serviront en proportion croissante à l'investissement au sein des pays exportateurs eux-mêmes, qui connattront une industrialisation incontestable en fonction de ces capitaux supplémentaires (industrialisation s'entend dans le cadre d'un système social qui laissera, du moins dans les pays à large densité de population, une bonne partie de la population en dehors de la "prospérité économique", limitant donc le marché intérieur et sa propre base future, accentuant la dépendance technologique, et ne modifiant donc pas fondamentalement la nature semi-coloniale de ces pays). Ensuite parce que dans les pays impérialistes eux-mêmes, ils seront de plus en plus convertis de placements à court terme en investissements à long terme. Les déboires des avoirs en sterling et des dévaluations successives du dollar ont appris aux plus obtus des "sheiks du pétrole" (sans parler des exportateurs conseillés par des techniciens bourgeois et petits-bourgeois fort bien instruits en matière économique !) que les placements liquides sont un excellent moyen de perdre leur argent par tranches successives. Les placements à long terme, en les rendant solidaires du système impérialiste, et en les intégrant dans la bourgeoisie internationale, font confluer leur intérêt particulier avec l'intérêt global du Capital international. C'est dans cette direction qu'iront les choses, pour autant que les masses

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laborieuses des pays producteurs n'y mettent pas le holà. La récession généralisée de l'économie capitaliste internationale a frappé de manière différente les pays semi-coloniaux, selon qu'ils soient exportateurs de pétrole (et subsidiairement de quelques autres matières premières en hausse) ou non. La première catégorie peut échapper aux effets de la récession, pour peu que celle-ci ne dure pas trop longtemps et ne s'aggrave pas au point de faire crouler le prix du pétrole également. La deuxième catégorie a subi le sort le plus cruel depuis la fin du "boom de la guerre de Corée". Des pays comme l'Inde, le Bangla Desh, le Pakistan, la plupart des pays de l'Afrique orientale et équatoriale, plusieurs pays latino-américains déficitaires en pétrole, ont été frappés simultanément de quadruple façon : • La hausse du prix du pétrole a aggravé le déficit chronique de leur balance des paiements et absorbé une bonne partie, sinon l'entièreté, de l'"aide au tiers-monde" qu'ils reçoivent;

La hausse des prix des vivres et des engrais chimiques sur le marché mondial leur fait perdre plus de ressources ncore que la hausse du prix du pétrole. Le coût des importations de vivres et d'engrais des pays semi- coloniaux a augmenté de 5 milliards en 1973.

Il augmentera sans doute de la même somme en 1974. Le coût de leurs importations de pétrole n'a augmenté que de 1.2 milliard en

1973 et augmentera au maximum de 7 milliards en 1974;

L'effondrement des cours des matières premières, la réduction du volume de leurs exportations industrielles par suite des effets de la récession, diminueront leurs ressources en devises au même moment où leurs dépenses augmentent considérablement;

L'effet cumulé de tous ces facteurs provoque une régression de la productivité du travail dans l'agriculture, combinée dans plusieurs cas avec une régression de la production abainsi qu'une stagnation sinon un recul de la production industrielle (impossibilité d'importer toutes les matières premières nécessaires; déclin de la demande sur le marché intérieur; déclin des exportations, etc.). Pour le sous-continent indien, c'est la catastrophe, suivant celle des pays du Sahel. Elle peut se répéter dans d'autres zônes semi-coloniales. Récession économique et crise de déclin du capitalisme La récession généralisée de l'économie capitaliste internationale confirme de manière frappante la justesse de l'analyse marxiste-révolutionnaire de la nature non-capitaliste de l'économie non seulement de l'URSS, mais de tous les Etats ouvriers de l'Europe orientale, de Cuba, de la République de Chine et de la Corée du Nord et du Vietnam du Nord. Alors que la récession entraîne tous les pays capitalistes, impérialistes et semi-coloniaux, fat-ce à des degrés divers et avec une intensité différente, les pays à économie non-capitaliste échappent à ses effets globaux. Ils connaltront en 1974 et en 1975 la poursuite de leur croissance régulière, qui apparaitra d'autant plus prononcée qu'elle s'opposera à la stagnation ou au recul de la production de tous les pays impérialistes. Une économie planifiée, fondée sur la propriémination de la classe bourgeoise propriétaire de ressources économiques importantes, peut assurer une croissance économique continue, même compte tenu des énormes gaspillages et déséquilibres provoqués par une gestion bureaucratique irrationnelle. La supériorité des rapports de propriété issus du renversement du capitalisme dans ces pays se manifeste une fois de plus en dépit de tous les sceptiques et les myopes. Mais la récession économique capitaliste confirme également le caractère utopique petit-bourgeois de la thèse de la possibilité de parachever la "construction du socialisme dans un seul pays". Les Etats ouvriers bureaucratisés -- sociétés de transition entre le capitalisme et le socialisme -- ne sont pas et ne peuvent être à l'abri des répercussions de graves fluctuations sur le marché mondial. Le caractère socialement différent de leur économie, le monopole du commerce extérieur, les protègent efficacement contre la menace d'être entrainés dans la récession, Mais rien ne peut empêcher la conjoncture économique internationale d'avoir des répercussions au sein de leur économie. Nous n'insistons pas davantage, d'autres études paraissant dans ce numéro d'INPRECOR étant consacrées à ce sujet. La récession généralisée porte un coup grave à toutes les illusions néo-rétormistes et néogradualistes sur les capacités infinies d'''adaptation' du régime capitaliste. Elle confirme ce que notre mouvement n'a cessé de proclamer même pendant les années de l'expansion la plus forte. Le léopard n'a pas perdu ses taches. Le capitalisme est toujours le capitalisme. Ses contradictions internes restent insolvables. Si l'on veut éviter le retour au chômage, aux récessions de plus en plus graves, à l'inflation galopante, à la famine qui s'étend dans les semi-colonies, à la misère qui peut réapparaltre sur grande échelle dans les pays capitalistes également, on ne peut se contenter de tentatives de mieux faire fonctionner l'économie de marché, ou de rêves sans fondement d'instaurer une "économie mixte". Il faut renverser le régime capitaliste et l'Etat bourgeois. Il faut établir le pouvoir des travailleurs ( et dans les pays semi-coloniaux, des travailleurs et des paysans pauvres).

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Par une alchimie dont le marxisme avait depuis longtemps démonté les rouages, l'idéologie dominante suit comme une ombre l'évolution objective, anticipant quelquefois même sur elle. Après la décennie optimiste de "la croissance assurée", voici venue les heures pessimistes de la "croissance zéro", de la "'crise irrévocable de la civilisation technicienne'. Nous rejetons l'un et l'autre de ces mythes, faits à l'iInage d'une classe dominante en déclin. La croissance ininterrompue est impossible en régime capitaliste, qui porte en lui le cycle économique comme le nuage porte l'orage. La croissance capitaliste est toujours croissance déséquilibrée et déséquilibrante. il y a toajours combinaison de développement et de sous-développement, accroissement de l'inégalité sociale, sur le plan national et international, en fonction même d'une telle croissance. Mais cela n'est pas da au caractère maléfique de la science ou de la technique. Cela ne peut être effacé par un retour malthusien aux formes de production pri -mitives, qui condamnerait des milliards d'êtres humains à la misère. La cause du mal c'est la valeur d'échange devenue autonome, c'est l'enrichissement devenu le but de l'activité économique, c'est le profit de l'entreprise prise séparément, devenu critère et finalité de la croissance, c'est-à-dire la propriété privée et la concurrence, c'est-àdire l'économie marchande et le capitalisme. Toutes les catastrophes, y compris les voies irrationnelles et inhumaines dans lesquelles la technologie s'est fourvoyée, viennent de cette base sociale et d'elle seulement. Elles peuvent être évitées si le régime du profit est aboli, les travailleurs gèrent eux-mêmes leurs entreprises de manière planifiée, si la croissance

SVET nolo est régularisée et soumise aux impératifs de la satisfaction des besoins prioritaires de tous les habitants du globe. La récession généralisée de l'économie capitaliste confirme que le système est malade, qu'il est historiquement en agonie. Mais nous savons qu'agonie ne signifie pas disparition automatique, que la crise économique ne produit pas par elle-même une révolution sociale victorieuse. La récession généralisée a éclaté dans un contexte historique infiniment plus favorable au prolétariat que celui de 1929-32. Mais si la crise de la direction révolutionnaire n'est pas résolue; si le parti révolutionnaire des travailleurs n'est pas construit à temps; si la conscience de classe des masses laborieuses ne se hisse pas à la hauteur des exigences historiques; si les contradictions économiques deviennent de plus en plus explosives, alors, il est possible que la bourgeoisie impérialiste ait, d'ici quelques années, une seconde fois recours aux "remèdes! avec lesquels elle "résolut"' la crise des années trente. Elle chercherait alors à infliger une défaite très lourde à la classe ouvrière, à relever le taux de profit grâce à la surexploitation des travailleurs stabilisée par un "Etat fort'' sinon une dictature féroce. Elle se relancerait dans la course à la guerre. Ce serait des "remèdes" infiniment plus catastrophiques à l'époque des armes nucléaires et biologiques qu'ils ne le furent déjà à l'époque de Hitler. La récession généralisée nous rappelle ainsi l'actualité brûlante du dilemme :. socialisme ou barbarie. 31 décembre 1974

-idiadogari

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