Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

GRANDE-BRETAGNE

La chute libre

· Inprecor (première série) n° 16-17, 16 janvier 1975 · p. 17-21 · 4 027 mots

Grande-Bretagne Économie mondiale Syndicalisme

LA

CHUTE

LIBRE

B. SUTCLIFFE

1. l'étendue de la récession

Dans toute la période après-guerre, la GrandeBretagne a été, parmi les principaux pays impérialistes, celui qui a eu le moins de succès en terme de croissance de la production et de la productivité. C'est pourquoi la récession actuelle, qui débuta au début 1973, après un court boom de 6 mois, est moins dramatique, par rapport aux années précédentes, pour la GrandeBretagne, qu'elle ne l'est pour le Japon et les Etats-Unis par exemple. La récession est, néanmoins, assez prononcée. En mars 1973, près d'une année d'expansion rapide de la production industrielle prit fint brusquement. Depuis lors, la production mensuelle total a stagné, sauf durant la période de la semaine de travail de trois jours, de décembre 1973 à mars 1974 imposée par le gouvernement en réponse à la grève du zèle des mineurs (appelée "work to rule" : les mineurs n'acceptaient de travailler que si toutes les nesures de sécurité prévues par le règlement étaient effectivement appliquées -- INPRECOR). La production industrielle n'a pas retrouvé le niveau d'avant la grève des mineurs. Le produit national brut pour l'année 1974 sera probablement inférieur de 2% par rapport à celui de 1973. Cependant, un certain nombre de branches industrielles connaissent une récession plus aigue. La plus importante, bien sûr, est l'industrie automobile. La production de véhicules à moteur est tombée d'environ 20% par rapport à 1973. La production d'acier a baissé de 16% par rapport à 1973. Les autres industries par -ticulièrement touchées sont le bois de construction, les meubles, les briques, le ciment et les textiles, spécialement les fibres artificielles à base de pétrole. De plus, l'agriculture (particulièrement l'élevage) a connu une crise croissante due à la hausse des coûts des produits alimentaires, et

SHOP LANGLEY ceci réduit drastiquement l'achat de nouveau bétail. La probabilité d'une intensification de la récession de la production, indépendamment de ce qui arrive à l'économie capitaliste au niveau international, apparait dans la baisse sévère des commandes dans la plupart des principales industries. Au cours des 12 derniers mois -- période pour laquelle nous disposons de chiffres -- ces commandes ont baissé de 15% pour les industries textiles et vestimentaires, de 90% dans la construction navale et de près de 40% dans le bâtiment. Le chiffre officiel des chômeurs n'a pas encore atteint les niveaux auxquels on pourrait s'attendre dans une telle récession. Le niveau de chômage a continué à baisser jusqu'à la fin de 1973. Depuis il a atteint en octobre 1974 le chiffre de 622. 000 en Grande-Bretagne et de 22,000 en Irlande du Nord. Ceci représente 2,7% de la force de travail, comparé à 2.2% à la fin 1973. Mais on assiste aussi à une sérieuse baisse dans le nombre des postes de travail non remplis. Le chômage aurait certainement déjà augmenté plus vite si n'existait une crainte réelle des capitalistes face aux occupations militantes d'usines qui se sont développées à une vitesse extraordinaire en Grande-Bretagne au cours des quatre dernières années, en réponse au chomage. En conséquence, spécialement dans les industries les plus frappées par la récession, la réduction des heures de travail a été bien plus largement appliquée. 2. la baisse de l'accumulation du capital

Le déclin de la productivité du travail, mis en évidence par la combinaison d'une stagnation ou d'une chute de la production et de la croissance du chômage, est, en partie, le résultat

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du déclin de l'accumulation du capital qui est lié à la crise économique. Au cours de l'année passée, les investissements privés fixes ont baissé de près de 10% et les investissements publics ont maintenu leur chute continuelle commencée dès 1968. La légère hausse des investissement dans les industries de transformation, notée dans la première moitié de 1974, a été annulée par une nouvelle baisse au cours du troisième trimestre de cette année. Ces investissements sont, au total, inférieurs à ce qu'ils étaient en 1970. La baisse des investissements publics découlent de la crise financière à long terme des industries nationalisées qui est issue, elle-même, de l'utilisation de prix ' non-économiques" permettant aux industries nationalisées de subventionner le secteur capitaliste privé et d'agir en tant que régulateur temporaire de l'inflation. Toutes les industries nationalisées, à part l'acier, ont fonctionné avec une perte énorme que le gouvernement travailliste s'engage maintenant à compenser. Un élément de dépense qui stimule la demande dans l'économie est tombé bien plus rapidement que les investissements; il s'agit de la construction. Le taux de construction de nouvelles maisons est tombé de près de 20% depuis 1973. Mais, ce qui est plus important, c'est que le taux de nouvelles commandes de maisons enregistrées par les entrepreneurs est tombé de moitié, ce qui entratne un nombre croissance de chômeurs et de faillites dans l'industrie du bâtiment. Les dépenses des consommateurs montrent également des signes clairs de récession. Les ventes de détail sont restées presque stationnaires depuis la fin de 1972 et on peut s'attendre à ce que la récente baisse des salaires réels dont nous parlerons plus bas les fasse diminuer

Bien sûr, une des industries qui a déjà connu une baisse importante des ventes est l'industrie automobile : elles ont baissé de 20% de 1973 à 1974. Le niveau actuel de consommation n'est maintenu qu'au prix d'une chute de l'épargne personnelle qui est passée de 11% du revenu disponible en 1973 à 9% en 1974. 3. la balance des paiements En ce qui concerne les effets sur les dépenses, l'économie britannique est encore dans une période de "árôle de guerre", car aucun effort sérieux n'a encore été fait par le gouvernement pour redresser le très important déficit de la balance des paiements. Cette situation est en partie la conséquence de la crise du pétrole. Il reste vrai qu'une large partie des capitaux pays producteurs de pétrole continuent à converger vers Londres et, ainsi, la nécessité de redresser le déficit peut être reculée, au moins à courtterme. Même ainsi, le gouvernement britannique a été obligé d'emprunter directement des sommes énormes à des pays comme l'Iran et sur le marché de l'eurodollar. Le problème est très grave parce que le déficit britannique ne consiste pas seulement en coûts plus élevés pour le pétrole, mais également d'un déficit énorme pour le reste de son commerce datant de la mi-1972, avant la crise du pétrole. On estime le déficit total actuel à environ £ 4 milliards en 1974, dont environ 2.4 milliards viennent de la hausse du pétrole. L'élimination du déficit, sans compter la partie due au pétrole, impliquerait une réduction de 5% de la consommation totale. En conséquence, le déficit de la balance des paiements exprime simplement les pressions extrêmement fortes vers une récession plus profonde qui marquent encore la situation britannique. 4. le déficit budgétaire Une même situation latente apparait, sous une forme différente, dans l'importance des déficits du gouvernement central et des gouvernements locaux. Le déficit du secteur public est passé de £ 2. 525 millions en 1972/73 à £ 4.497 millions en 1973/74, et on l'estime à environ £ 6.300 millions pour 1974/75. C'est uniquement en imprimant du papier monnaie pour couvrir ces déficits gigantesques que l'on freine actuellement le développement d'une récession encore plus profonde. Les autorités 1ocales, qui ne peuvent pas imprimer du papier monnaie sont entrées dans un état de crise extrêmement grave, et il en résulte des réductions toujours plus grandes, particulièrement pour l'éducation, mais également dans tous les domaines qui sont du ressort de ces autorités locales (transports, hôpitaux, etc.). La crise a été repoussée en novembre 1974 grâce à un prêt très important du gouvernement central. 5. l'inflation Ces énormes déficits sont étroitement liés au taux d'inflation. Le déficit du gouvernement central est apparu en partie en résultat des efforts désespérés faits par l'Etat pour freiner l'inflation, en accordant les subventions et les prêts nécessaires pour couvrir les déficits des industries nationalisées et des budgets locaux. Et les déficits des autorités locales découlent des hausses rapides des coûts auxquelles elles doivent faire face pour faire fonctionner tous leurs services. Le taux d'inflation en Grande-Bretagne est maintenant d'environ 18% par an. Mise à part une courte baisse due à une réduction de la TVA en juillet dernier, ce taux a augmenté plus ou moins de façon ininterrompue depuis 1972. L'ef-

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fet du code des prix, qui est en vigueur depuis 1973 et qui permet uniquement des augmentations de prix couvrant certains coûts reconnus, aura probablement été de limiter l'inflation qui se serait développée encore plus rapidement autrement. • Dans le budget de novembre 1974, ce code a été très assoupli. Cet assouplissement, ajouté à la récente hausse des coûts industriels, signifie qu'il est peu probable que l'inflation diminue dans un futur rapproché. Mais, de plus, la grave situation de la balance des paiements a commencé, une fois de plus, à se refléter dans le taux de change de la livre sterling qui est tombé de 4% entre août et décembre 1974; et ceci ne fera que stimuler encore plus la spirale inflationniste.

6. les profits

La récession de la production et le taux de l'inflation en Grande-Bretagne sont assez sérieux, mais ils ne sont pas exceptionnels par rapport aux autres pays impérialistes. Ce qui rend la crise britannique extrêmement grave c'est l'extraordinaire détérioration de la position économique du capital qui s'est opérée au cours des dix dernières années et qui s'est férocement accrue au cours des deux dernières années. Un des moyens les plus in.médiats pour la mesurer est de considérer la part des profits dans la valeur ajoutée des entreprises industrielles et commerciales. Celle-ci est tombée de 15% en 1964 à environ 10% en 1970. Elle est restée à ce niveau pendant 3 ans, ne tombant pas plus bas du fait du court boom de 1972/73 et grâce à la politique des revenus du gouvernement conservateur. Néanmoins en 1974, elle a de nouveau piqué du nez au premier trimestre, alors que l'imposition de la semaine de travail de 3 jours réduisit nettement la production, la part des profits fut négative; et, au second trimestre elle n'était remontée que de 4%. Ceci représente une chute des profits de 80% entre la première moitié de 1973 et la première moitié de 1974. Ces chiffres sont calculés en excluant la réappréciation des stocks profit non-réalisable découlant des effets de l'inflation qui fait augmenter la valeur des avoirs normaux sous forme de stocks de produits de base et de produits finis. Dans la situa tion actuelle, de grandes sections du capital britannique ne font aucun profit réalisable, même avant la déduction des impôts. Après la déduction des impôts la situation est encore pire, puisque, selon le système fiscal britannique, les impôts des sociétés doivent normalement être calculés sur la base des gains de capital non -éalisables inclus dans la réappréciation des stocks. Le brusque déclin de la rentabilité a été une des raisons qui a provoqué l'effondrement des liquidités disponibles qui a frappé de larges sections du capital britannique dans les derniers mois. Néanmoins, une grande partie de cet effondrement n'est pas le résultat de forces étrangères dont le capital serait une victime innocente, comme essaie de le faire croire la CBI (Confederation of British Industry -- Confédération de l'industrie Britannique, l'organisation patrunale), mais est l'effet d'une planification consciente, par les entreprises concernées, de la réduction de leurs liquidités, afin d'augmenter leurs profits dans une d'inflation. La période de la semaine de 3 jours, durant laquelle les salaires furent bien moins réduits que la production, représenta un poids énorme pour des entreprises qui avaient déjà choisi de réduire leurs liquidités, et se trouvaient obligées de faire encore plus d'emprunts à courtterme. C'est une des raisons pour lesquelles la provocation que représentait la déclaration de la semaine de 3 jours par Heath ne reçut pas un appui sincère du capital. L'absence de liquidités a créé une multiplication de faillites ou de quasi faillites. Le nombre de fermetures d'entreprises a augmenté de 15% en 1974. On trouve, parmi les entreprises qui ont été forcées de fermer complètement en 1974 : Court Line (agence de voyages organisés), G. Stibe ( machines à tricoter), la London Indemnity and General Insurance (assurances), la Nation Life (assurances). Parmi les entreprises qui ont été sauvées de la faillite par des injections de capitaux gouvernementaux, on trouve Ferranti (une importante entreprise d'appareillage électrique), Alfred Herbert ( importante entreprise de machines outils) et Aston Martin ( constructions de moteurs spécialisés). Et parmi les entreprises qui connaissent une situation de liquidités suffisamment précaire pour se sentir menacées, British Leyland et de nombreuses autres. La crise de liquidité est particulièrement sévère pour certaines sections du capital financier et des sociétés immobilières. Des rumeurs concernant des liquidations de compagnies d'assurances et de sociétés immobilières circulent presque quotidiennement à la Bourse et plusieurs d'entre elles se sont matérialisées. Des compagnies d'assurances et des sociétés immobilières assez importantes ont fait faillite; plusieurs banques "secondaires" ont été soumises à des opérations de sauvetage par les grosses banques, opérations organisées par la Banque d'Angleterre. Une de ces banques (la Triumph Investment Trust) a été liquidée. La plupart des banques frappées travaillaient sur le marché des eurodollars et ont été frappées par une brusque hausse des taux d'intérêts qu'elles devaient payer pour leurs dépôts, au cours du mouvement de semi-panique qui suivit l'effondrement de la Bank Herstatt en Allemagne de l'Ouest. Le signe indicateur le plus alarmant de l'aggravation de la santé économique du capital sont les récents mouvements sur le marché des valeurs. La valeur des actions est maintenant tombée en terme nominal de plus de 70% depuis

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la mi-1972; une fois les ajustements dus à l'inflation opérés, cela représente une chute de l'ensemble du marché des valeurs de plus de 80% L' Arabie saoudite, par exemple, serait maintenant en mesure d'acheter assez d'actions pour contrôler toutes les sociétés quotées en bourse en Grande-Bretagne avec ses revenus de 6 mois de vente de pétrole ! 7. les salaires Le fait que cette détérioration ait progressé aussi rapidement montre combien les mesures prises jusqu'ici par les gouvernements conservateur et travailliste ont été tristement insuffisantes pour redresser la situation économique difficile du capital. Et ceci est dû au fait que ces gouvernements craignent les conséquences d'une confrontation avec la classe ouvrière, confrontation qui serait nécessaire pour imposer les solutions économiques qui s'imposent pour le capitalisme. Au contraire, les gouvernements conservateur et travailliste ont suivi une ligne de pression régulière contre les salaires et toute une série de mesures pour procurer des ressources économiques au capital à travers les mécanismes financiers de l'Etat. Les mouvements de lutte pour les salaires de la dernière période montrent combien la capacité de la classe ouvrière de résister à la pression continuelle sur ses revenus est limitée. Dans la période allant de 1964 à 1974, le salaire réel moyen net n'a augmenté que de 11%. En 1973 le niveau des salaires réels resta stationnaire et, en 1974 il a baissé d'environ 4%. L'abandon, en juillet 1974 par le gouvernement travailliste de la politique des revenus des conservateurs a entraîné, à court terme, une amélioration de l'évolution des salaires qui, en octobre, augmentèrent à un taux annuel de 23%.

Une partie de cette hausse, toutefois, était le résultat des augmentations données par les accords de compensation ( pour l'augmentation du coût de la vie, introduits durant la phase III de la politique des revenus des conservateurs et qui prirent fin en octobre). Il est encore trop tôt pour dire quelle proportion de ces compensations (qui représentent actuellement £ 4. 40 par semaine pour les 10 millions de travailleurs qui en bénéficient) sera incorporée dans les salaires de base en fonction des nouveaux accords.

8. le contrat social

Il est encore trop tôt pour dire quels sont les effets, sur les discussions salariales, du "conseil" donné aux négociateurs syndicaux par le Trade Union Congress (TUC) dans le cadre du "Contrat Social'' - - expression formelle des efforts du gouvernement travailliste et de la bureaucratie syndicale visant à imposer un contrôle des salaires non statutaire à la classe ouvrière. Il est donc conseillé que les revendications salariales ne devraient pas être présentées plus d'une fois par an, que l'augmentation demandée ne devrait pas dépasser le taux d'inflation de l'année précédente ou le taux d'inflation attendu pour l'année à venir, que si des compensations pour la hausse du coût de la vie ont été reçues, les revendications devraient être réduites en proportion. En outre, les revendications salariales devraient tenir compte des effets de la "progression à froid" des impôts sur les salaires augmentés nominalement. Mais les syndicats firent à ce sujet des déclarations qui pouvaient être prises dans les deux sens . D'autres revendications pourront être présentées dans le cas des travailleurs sous-payés, des femmes travailleuses et dans le cas d'accords sur la hausse de la productivité. Si ces règles étaient appliquées à la lettre, au moins la moitié des travailleurs demanderaient des baisses de salaire au cours de la période de l'accord -- des réductions significatives pour tous les travailleurs si le taux d'inflation devait s'accélérer. 9. les services sociaux La dégradation de la situation de la santé publique, de l'éducation nationale et du logement est encore plus grave que la baisse de la valeur réelle des salaires. Frappés par l'inflation et les taux d'intérêts qui augmentent rapidement (les autorités locales dépendent des prêts pour financer leurs dépenses, y compris pour l'enseignement), la plupart des secteurs des services sociaux sont également rongés par les réductions directes dans les dépenses de l'Etat. Se développant à un taux de 7% (en tenant compte de l'inflation) les dépenses publiques vont maintenant être réduites de 5% dans le cadre du nouveau budget du Chancelier de l'Echiquier, Denis Healey. Les réductions de £ 182 millions opérées par les conservateurs en 1973 dans les dépenses pour l'éducation nationale n'ont pas été restaurées. L'effondrement de l' "Etat providence" en Grande-Bretagne apparit dramatiquement dans la situation du logement. 18.2% des logements en Grande-Bretagne sont décrits comme "'impropres à l'habitation"'. La réalité qui se cache derrière cet euphémisme gouvernemental est que plus d'un million de familles vivent dans des taudis. La construction de logements (publique et privée) atteignit un chiffre total de 425. 855 en 1968. Celui-ci est tombé à 304.118 en 1973, et les chiffres publiés pour la première moitié de 1974 montrent une baisse probable de 100. 000 logements par rapport aux chiffres de 1973. Parallèlement, le prix des logements croft plus vite que l'inflation. Une maison d'occasion se vendait à un prix moyen de £ 4.946 en 1970. En 1974, ce chiffre est passé à £ 10.043. Face à cette profonde dégradation de la situation de l'assistance sociale, des sections de la clas-

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se ouvrière ont mené des actions pour protéger ces services publics. Récemment, des mineurs du Yorkshire, une des principales régions minières de Grande-Bretagne, ont fait grève pour l'augmentation des salaires des infirmières. Ils ont justifié leur action en expliquant qu'il s'agissait de protéger le système de la santé publique. Parallèlement, des travailleurs d'un hôpital refusèrent de s'occuper des malades privés durant des actions visant à obtenir des augmentations de salaires. Le large déclin de la qualité de la vie dans les centres urbains (changement des enseignants dans certains quartiers de Londres à un taux de 30%, de nombreux enfants de Glasgow n'ont reçu que trois jours d'éducation par semaine depuis plusieurs mois, plus de l million et demi de personnes à Londres n'ont pas de toilettes, d'eau chaude ou de salle de bain dans leur appartement) a stimulé la création de groupes d'action directe, comme les squatters, et les occupations d'immeubles inhabités, etc. Au-delà de la lutte immédiate contre la hausse du coût de la vie, la nécessité de protéger des éléments de l' "Etat providence"' contre la "rationalisation gouvernementale" risque de s'approfondir et de devenir un thème important des luttes de classe à venir. Depuis plusieurs mois, une partie importante de l'énergie de la direction du Parti Travailliste et des membres dirigeants de la bureaucratie syndicale a été consacrée à promouvoir la forme de contrôle des salaires que représente le Contrat Social et à prédire un chômage massif s'il n'était pas appliqué. De nombreux dirigeants syndicaux qui étaient considérés, au cours des dernières années, comme la "gauche" du mouvement syndical ont également participé à cette campagne. Jack Jones, du Transport and General Workers Union (Syndicat des transports), par exemple, dans le cadre de cette propagande pour le Contrat Social, appelle les travailleurs à ne pas avancer de revendications salariales qui mettent les entreprises concernées en difficulté financière. Etant donné que la CBI affirme maintenant que le capital britaniique ne peut même pas se permettre d'accorder les niveaux salariaux prévus par le Contrat Social, cela signifie certainement que Jones est prêt à proposer des revendications salariales encore plus réduites. Le TUC s'est également associé à la campagne de la CBI pour des profits plus élevés et a, en conséquence, accueilli chaleureusement le budget du ministre Healey, en novembre 1974 qui, sous différentes formes, dstribue, sans la moindre condition, environ £ 2.500 millions au capital. Ce cadeau s'est opéré tout d'abord en supprimant les impôts sur les profits basés sur les ré évaluations de stock ; deuxièmement en assouplissant le Code des Prix sur la question des coûts autorisés, ce qui permet des augmentations de prix superieures; et, troisièmement en réunissant, par le canal des banques un fond de un milliard de livres, que le gouvernement pourra utiliser à moyen terme pour financer le capital.

Tribune, le groupe de "gauche" au sein du Parti Travailliste , a réagi face à la crise financière du capitalisme et au danger de récession en niant leur existence. Et cette position, tout autant que l'appel de la droite à réduire les salaires dans l'intérêt de la rentabilité du capital, peut servir à préparer des réductions rapides et sévères du niveau de vie des travailleurs dans la mesure où ces derniers ne peuvent pas se préparer à riposter à une crise dont ils ne croient pas l'existence, La bureaucratie a rencontré, jusqu'à récemment, quelques succès dans l'application du Contrat Social : de nombreux accords salariaux assez bas ont été réalisés. Lors de la conférence annuelle du TUC, la tiède opposition au Contrat Social dirigée par le Amalgamated Union of Engineering Workers (syndicat de la métallurgie) s'est volontairement tue après un appel démagogique de Len Murray, secrétaire général du TUC; et un mouvement au sein de ce syndicat, visant à mettre en avant une revendication salariale qui brisait le Contrat Social, a été battu en faveur d'une vague formule sur une "revendication substantielle". Dans la dernière période; toutefois, les travailleurs ont commencé à faire quelques brèches : la série de grèves combatives en Ecosse, en octobre et novembre, que les bureaucrates n'ont pas réussi à contrôler, entrainèrent des augmentations de salaires assez élevées. Et le vote des mineurs, en novembre dernier, rejetta l'accord de productivité du National Coal Board (direction des mines nationalisées) ouvrant la voie à une autre augmentation de salaire importante et non liée à l'augmentation de la productivité. Les dirigeants du gouvernement travailliste pensent, face à l'approfondissement de la récession, que le chômage est un danger plus grand que l'inflation et, dans les réunions internationales, ils se battent contre les politiques déflatior -nistes. A l'intérieur du pays, le gouvernement est prêt à voir s'accroftre rapidement son déficit budgétaire dû aux subventions pour les produits alimentaires, les subventions aux industries nationalisées et les énormes cadeaux faits au capital sous forme d'injections de fonds. Sa politique n'est pas aussi expansionniste qu'elle apparait. Les subventions aux industries nationalisées doivent rapidement cesser et il est fort probable que les injections de fonds dans les entreprises n'entraineront pas une hausse des investissements permettant ainsi de sortir de la situation de récession car on voit, de l'autre côté, le gouvernement faire tout ce qui est en son pouvoir pour freiner la consommation par le contrôle des salaires sous le Contrat Social. Ces injections de fonds éviteront peut-être quelques faillites à court terme, mais elles seront probablement utilisées par le capital pour réduire ses dettes plutôt que pour financer des investissements. Elles ne permettront donc probablement pas de réduire la pression récessionniste croissante qui a été soulignée, une fois de plus, en décembre, par une hausse énorme des stocks industriels.O

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