Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

SRI LANKA

La crise de la coalition au pouvoir

Inprecor (première série) n° 19, 13 février 1975 · p. 32 · 910 mots

Inde et Asie du Sud Syndicalisme

Editeur responsable : René Groslambert, 34 rue Nothomb, 1040 Bruxelles

SRI LANKAla crise de la coalition au pouvoir

Une fois de plus, Sri Lanka est secoué par une crise économique, sociale et politique des plus graves. L'évolution des prix sur le marché mondial a frappé son économie d'une manière exceptionnelle. Le coût de ses importations n'a cessé d'augmenter , alors que les prix de ses principaux produits d'exportation connaissent une baisse prononcée. Le chômage s'accroit sans cesse, à la ville comme à la campagne, accompagné d'une inflation galopante. vie qui, il y a une décennie, dépassait de loin celui du sous-continent indien, est tombé au niveau de l'Inde et même en-dessous de ce niveau. Des familles de travailleurs des plantations sont en train de mourir littéralement de faim. Dans ces conditions, la popularité du gouvernement de coalition qui unit le parti "libéral"-bour -geois de Mme Bandaranaike, le LSSP socialdémocrate (qui rompit avec le trostkysme pour entrer dans un gouvernement de coalition avec la bourgeoisie) et le PC pro-Moscou, est en baisse constante. Déjà fortement secouées par la répression sanglante qu'il déclencha en 1971 contre l'organisation de masse de la jeunesse révolutionnaire de l'ile ( voir INPRECOR N° 18 sur la condamnation à la prison à perpétuité qu'il vient d'infliger au camarade Wijeweera, le dirigeant du JVP), les assises populaires de ce gouvernement sont encore davantage sapées par la misère croissante qui s'installe dans les masses. C'est l'UNP (United National Party - - Parti National Unifié), le parti bourgeois conservateur, qui a cherché à profiter le premier de cette impopularité de la coalition au pouvoir. Il a pu prendre l'offensive parce que, à l'exception du syndicat Ceylon Mercantile Union, et des groupes d'extrême-gauche, largement minoritaires dans la classe, le mouvement ouvrier était paralysé par l'association des dirigeants de ses organi. sations de masse au gouvernement. L'UNP réclame des élections parlementaires en 1975. Il gagne des voix et des sièges à chaque élection partielle et se voit déjà revenir au pouvoir. Mais à l'occasion de la proclamation de la nouvelle constitution républicaine en 1972, le gouvernement de coalition avait retardé les élections législatives jusqu'en 1977 et il affirme vouloir s'en tenir à cette date, malgré ses échecs répétés aux élections partielles. L'UNP ayant déclenché une campagne d'agitation de rue contre cette décision la coalition l'a accusé d'être fasciste. L'agitation anti-fasciste se combinant avec l'aggravation de la situation économique et sociale a pourtant provoqué des tensions au sein du gouvernement. Craignant un regroupement politique des principales forces bourgeoises SLFP - UNP ( SLFP : Sri Lanka

Freedom Party - - Parti de la Liberté de Sri Lanka, parti de Mme Bandaranaike) et une offensive généralisée contre l'ensemble du mouvement ouvrier, même réformiste, les dirigeants du LSSP ont commencé à mobiliser leur organi-

Ils affirment vouloir éviter un "deuxième Chili" au Sri Lanka. On peut penser que cette politique en reste une de pression sur le partenaire bourgeois de la coalition, et non de rupture de la coalition avec la bourgeoisie. Néanmoins, Mme Bandaranaike a réagi avec beaucoup de mauvaise humeur. Lors de la célébration du 40ème anniversaire du LSSP en décembre 1974, ce parti avait voulu organisé une grande manifestation de rue à Colombo. Mme Bandaranaike a interdit la manifestation. Les dirigeants syndicaux du LSSP ont décidé de passer outre. Le gouvernement a alors décrété le couvre-feu en plein jour. Les dirigeants du LSSP ont reculé. Depuis lors cependant, le ton monte. L'entrainement et les marches des jeunesses LSSP ont été interdits par le gouvernement. Le fils du premier ministre, Anura Bandaranaike, a accusé le LSSP de vouloir organiser une "insurrection armée" sur le modèle de celle que le gouvernement avait attribuée au JVP pour justifier la répression de 1971. La coalition semble sur le point de se rompre. Mais les dirigeants du LSSP continuent à demander simplement de "meilleures consultations entre les partenaires gouvernementaux". Les enchères montent du fait de l'entrée en scène de la classe ouvrière. Le mécontentement des travailleurs a été chaque fois de nouveau dévié vers des protestations purement platoniques par les dirigeants syndicaux inféodés à la coalition gouvernementale. Les syndicats dirigés par le LSSP et le PC ont avancé dès 1973 une programme en 28 points, réclamant notamment une augmentation immédiate des salaires de 75 roupies par mois pour tous les travailleurs, l'échelle mobile des salaires, la nationalisation des banques, de l'industrie textile et des plantations de thé et de caoutchouc. Mais ils ont jusqu'ici refusé d'engager un véritable combat pour ce pro-. Sous la pression de la misère croissante et du mécontentement de plus en plus explosif des masses, ils furent cependant obligés d'annoncer une grève générale de 24 heures pour le 31 janvier 1975. Cette annonce a servi de point de cristallisation pour tout le mouvement ouvrier de l'ile. Les deux syndicats des ouvriers des plantations ont décidé de participer à la grève avec leurs revendications propres, notamment une solution immédiate pour le grave problème de la famine qui règne dans les plantations. Le CMU a décidé de participer à la grève. Tous les syndicats de l'enseignement en ont fait autant. La grève générale risque donc d'être plus qu'un simple geste d'avertissement et de pression sur Mme Bandaranaike tel que l'entendent les dirigeants réformistes. Reste à voir si le SLFP et l'ensemble de la bourgeoisie ne s'apprêtent pas à engager à cette occasion une épreuve de force avec le mouvement ouvrier dans son ensemble, qui pourrait radicalement changer la situation politique dans l'ile. 28 janvier 1975

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