POUDRIERE olsT9ne
Nous publions ci-dessous l'éditorial du numéro 30 (ler février 1975) de COMBATE, organe central de la LCR-ETA (VI) organisation sympathisante de la IVème Internationale en EspaDepuis la grève générale du Il décembre dernier en Euzkadi, le mouvement ouvrier de tout l'Etat espagnol est entré dans une étape décisive de sa lutte contre la dictature et les patrons. Depuis lors, la préparation d'une grève générale est devenue l'objectif de tous les combats qui secouent la péninsule et la seule solution à même de faire avancer tout le mouvement jusqu'à la conquête de ses justes revendications. Naturellement, la dictature et les patrons, conscients de la confiance croissante de la classe ouvrière en ses propres forces, se préparent à affronter l'offensive des luttes actuelles avec les seuls moyens dont ils disposent : le renforcement de la répression, l'occupation des entreprises, les licenciements massifs... De cette façon, ils tentent de diviser le mouvement, de l'épuiser dans des combats partiels et de lui faire payer ainsi le prix de la crise économique en l'obligeant à négocier dans le cadre de la "légalité" d'un régime décrépi. C'est donc une épreuve de forces entre les deux classes fondamentales de la société espagnole qui se prépare ; et l'héroique grève générale de Navarre constitue la meilleure démonstration de la volonté de la classe ouvrière d'affronter cette épreuve de force avec ses propres méthodes, celle de l'auto-organisation indépendante de toute collaboration avec la bourgeoisie, celle de la conquête de la rue face à l'occupation policière, approfondissant en même temps parmi de nombreux militants la conscience de la nécessité du renversement révolutiohnaire de la dictature. Si la grève générale de Navarre en solidarité avec les mineurs de Potasas et les 1.500 travailleurs licenciés représente l'exemple le plus clair de la volonté de combattre de tout le prolétariat, cet exemple n'est en aucune mesure isolé. La grève générale de Tolosa, les luttes des travailleurs
ESPAGNE janvier 1975
LA
de plusieurs entreprises de Vizcaya et de Guipuzcoa marquent également les progrès du mouvement ouvrier en Euzkadi depuis le ll décembre. Mais l'Euzkadi n'est pas seule cette fois. A Barcelone les nouvelles attaques du patronat et du gouvernement contre les ouvriers de la SEAT ne se sont pas immédiatement heurtées à une solidarité ouvrière capable d'empêcher l'occupation de l'entreprise par la police et d'imposer la réintégration de tous les licenciés ainsi que la libération de tous les emprisonnés. Cependant, les luttes d'Hispano, de Cumbre, de Lavis, de Saenger, les débrayages de solidarité de diverses entreprises, dans différentes branches et régions, les assemblées dans les banlieues populaires, les manifestations urbaines, le soutien des étudiants et d'autres secteurs de la population, montrent clairement que la combativité ouvrière continue de s'intensifier et que l'organisation de la grève générale est la tâche de l'heure. A Saragosse la grève générale, le 1l janvier dernier, des travailleurs de la métallurgie; en Galicie, la lutte des ouvriers d'Astano et la solidarité avec Pillado et ses camarades, accusés, dans le procès que la dictature prépare, d'appartenir au comité de grève qui organisa la lutte de mars 1972 au Ferrol; dans les Asturies, la lutte des travailleurs de Duro-Felguera, d'Astilleros et d'autres entreprises; à Madrid celle des travailleurs de CITESA-ITT; à Lerida, Tarragone, Séville, Valence, Cadix, Valladolid... Et dans toutes ces luttes une même protestation contre l'inflation et le chômage, des méthodes qui se répandent chaque fois davantage parmi les travailleurs; celle de l'auto-organisation face au "syndicat" vertical; celle de l'organisation -toujours très spontanée - - de piquets de propagande et de protection des manifestations face à l'occupation policière des usines, des banlieues et des villes ... Sur tous ces aspects, la nécessité de progresser se fait chaque fois plus pressante pour empêcher que la classe ouvrière ne cède du terrain devant les attaques lancées par la dictature et le patronat. Le 20 janvier, la sinistre et sanguinaire Garde Civile a ajouté un nom à la lis-
ESPAGNE te déjà longue des crimes commis ces dernières années par la dictature assassine : le jour même où l'université de Madrid commémorait par des assemblées la mort aux mains de la police en 1969 d'Enrique Ruano, le jour même où était jugé un étudiant de Valladolid que la police avait tenté d'assassiner en décembre 1973, un autre travailleur , Victor Manuel Elexpe, tombait à Bilbao sous les balles de la Garde Civile alors qu'il distribuait des tracts de solidarité avec la grève générale de Pampelune.
La classe ouvrière n'oubliera pas ce nouveau crime! Unifier les combats actuels, les étendre à tout l'Etat espagnol n'est cependant pas une tâche qui puisse être laissée à la simple spontanéité du mouvement de masse. C'est pourquoi, depuis septembre dernier, la LCR-ETA (VI) a souligné la nécessité de préparer la grève générale et de la préparer à partir de l'unité d'action de toutes les organisations ouvrières, essentiellement des Commissions Ouvrières (C.O.), et de les doter d'objectifs communs à toute la classe ou -vrière et à tous les opprimés. Aujourd'hui, les luttes qui se sont développées favorisent le travail de ces organisations et en premier lieu des Commissions Ouvrières. En ce sens nous soutenons les initiatives de coordination du Comité Central de Grève, récemment constitué à Pampelune avec les C.O. de Catalogne, et nous estimons que la tâche immédiate doit être d'étendre l'accord à toutes les C.O. afin de fixer une date commune pour la convocation de la grève générale dans tout l'Etat espagnol. Pourtant la responsabilité de toute l'avant-garde ouvrière est énorme dans le moment présent. Face à l'intensification des attaques de la dictature et du patronat il faut énoncer clairement les objectifs et les formes de lutte et d'organisation requis pour que le mouvement ouvrier puisse porter un coup sérieux à ses ennemis. Les Assises Contre la Vie Chère convoquées dans une semaine et la promesse d'une grève générale pour début février faite par la Commission Ouvrière Nationale de Catalogne ne satisfont pas les exigences de la nécessaire offensive ouvrière et populaire. C'est pourquoi, face aux tentatives de limiter les objectifs de la classe ou vrière à une simple lutte contre la vie chère par des pétitions, face à ceux qui prétendent empêcher l'auto-organisation du mouvement pour le subordonner au cadre fixé par la Junte Démocratique, les révolutionnaires doivent opposer les objectifs et les méthodes que le mouvement de masse lui-même est en train de mettre à l'ordre du jour.
la
grève générale
est possible !
Quels sont les objectifs que l'avant-garde ouvrière doit populariser à l'heure actuelle ? Sans aucun doute, ni ceux qui se limitent à de simples revendications économiques, ni la revendication en faveur des libertés qui n'implique pas en même temps la liquidation totale de la dictature et la remise en question de la domination des grands capitalistes. Comme l'affirmaient nettement les Commissions Ouvrières de Navarre dans leur appel à la grève générale du 15 janvier : "Nous nous adressons clairement à l'ennemi, aux grands richards dont le butin est fait de notre argent, de nos terres, de nos usines et qui aujourd'hui dépendent et s'appuient sur un gouvernement de dictateurs endurcis, de fascistes dont un bras se tend pour saluer tandis que l'autre saisit le revolver pour noyer dans le sang, s'il le faut, la soif de liberté et de bonheur du Aujourd'hui les revendications ressenties par les masses -- réintégration de tous les licenciés et libération de tous les emprisonnés, libertés dé -mocratiques et syndicales, augmentation générale des salaires garantie par l'échelle mobile -ne peuvent être dissociées de celles qui commencent à être assumées par de larges secteurs en lutte, telles que la dissolution des corps de répression et des tribunaux d'exception, le châtiment des responsables des crimes franquistes, ou telles que la nationalisation sous contrôle ouvrier des entreprises en crise. Avancer vers la définition de plates-formes unitaires qui réunissent les revendications des différents secteurs populaires ( ouvriers, étudiants, petits commerçants, paysans...
est une arme de première importance dans le combat contre la dictature et le grand capital, dont la cohésion fondamentale face à la classe ouvrière est de plus en plus confirmée par les luttes actuelles. Comment lutter, comment organiser l'offensive de toute la classe pour la conquête de ses revendications ? La grève générale de Navarre a donné l'exemple le plus avancé de solidarité ouvrière et populaire et dans cette grève, les assemblées, les comités de grève, la constitution d'un comité central de grève où étaient représentés tous les secteurs en lutte, se sont révélés comme les meilleurs soutiens de ce combat, démontrant ainsi que la grève générale était la propriété de tous les travailleurs. Voici le chemin qu'il faut prendre dans toutes les localités et régions du pays, car il permet de faire participer tout le monde à l'organisation de la lutte, des manifestations, de la solidarité et permet d'éviter, après les défaites partielles que peut subir le mouvement, la démoralisation des militants qui furent les derniers à se mettre en lutte. La bataille pour une grève générale victorieuse contre la dictature et le patronat ne doit pas faire oublier qu'il faut dès maintenant pallier aux faiblesses du mouvement, qui, en dernier ressort, constituent la force essentielle sur laquelle s'appuie un régime décrépi. Sans avance vers la centralisation et la coordination des luttes à l'échelle de tout l'Etat espagnol, sans progrès sur la voie de l'action indépendante de toute collaboration avec la bourgeoisie et de l'auto-défense contre les forces de répression, le mouvement de masse peut tomber victime des pires illusions semées par le réformisme et, avec lui, subir les assauts sévères de la répression dictatoriale. La grève générale doit ouvrir la route à la préparation de l'attaque frontale que doit livrer la classe ouvrière, et qui doit culminer dans le renversement révolutionnaire de la dictature et dans la crise ouverte du pouvoir bourgeois. Dans ce processus, tous les révolutionnaires, toutes les organisations qui luttent pour la création d'un Front Unique Prolétarien, doivent jouer un rôle de premier plan pour éviter que le dénouement de cette bataille ne soit dévié ou canalisé vers la simple instauration d'une caricature de démocratie bourgeoise.
C'est le moment !
- Les Commissions Ouvrières doivent prendre la tête de la grève générale !