du bonapartisme le déclin mexicain
ALFONSO RIOS La situation politique mexicaine sera marquée en 1975 par la bataille pour la succession du président Echeverria. Le système politique mexicain n'est pas un système totalitaire, mais il a des caractéristiques anti-démocratiques qui le rappro chent d'une dictature totalitaire. La façade "démocratico-parlementaire", avec le jeu politique de "quatre partis", cache en réalité la domination unique du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI - - Partido Revolucionario Institucional) qui, en plus d'être un appareil de contrôle des masses travailleuses, agit comme agence électorale du gouvernement, sur le Congrès et sur la vie politique officielle. Fonctionnant comme seul ciment effectif de la politique nationale, le PRI reflète en son sein les divisions qui se produisent dans le secteur dominant, au sein de la classe au pouvoir. C'est au cours de la cinquième année de chaque mandat présidentiel (de six années) que se déchaînent les luttes des divers groupes qui aspirent, au sein du gouvernement PRI, à la succession présidentielle. Si l'on tient compte du fait que le candidat du PRI sera le prochain président (comme cela est le cas depuis 1920), l'attitude des groupes au pouvoir est tout à fait normale : c'est en 1975, deux ans avant la succession réelle qui s'opérera en décembre 1976, que sera désigné le sucesseur d'Echeverria. Les particularités de ce mécanisme politique, produit de la domination historique, depuis plus de 50 ans, du bonapartisme mexicain, colncident, dans ce cas, avec l'aggravation de la récession économique mondiale et ses effets sur la crise politique toujours plus profonde de la société impérialiste. Ainsi la situation d'affaiblissement et de déclin du système bonapartiste mexicain, évidente depuis au moins 15 ans et qui, depuis la fin de la décade passée a atteint un point critique, s'est pleinement conjuguée, en 1974, avec la crise politique impérialiste. De façon paradoxale, cette conjoncture a permis de rénover quelque peu l'édifice politique officiel usé en revenant aux thèmes populistes les plus chers, de trouver une occasion propice, au niveau international, pour se renforcer. En effet, les principales caractéristiques du bonapartisme mexicain, de ses origines jusqu'à ses périodes les plus triomphalistes, a été son "anti-impérialisme". Cette position politique adoptée par le gouvernement mexicain n'est que le reflet de la situation objective dans laquelle il s'est trouvé depuis 1920, comme élément faisant l'équilibre entre d'une part, les forces impérialistes et leurs puissants alliés bourgeois locaux et, d'autre part, le prolétariat mexicain, de la campagne et de la ville. Les consèquences du déclin de l'hégémonie des USA
En 1974, après avoir connu diverses difficultés, le projet de Echeverria, l' "ouverture démocratique", parut se renforcer après avoir été attaqué par les forces capitalistes les plus conservatrices ( les groupes de province, mis à part ceux de Monterrey). Le Mexique est, parmi les trois principaux pays d'Amérique Latine, celui qui a le plus ressenti
la pénétration et l'agressivité de l'impérialisme yankee. Si le gouvernement bonapartiste mexi-. cain a été sensible à quelque pression populaire au long de son histoire, ce fut à la pression antiimpérialiste. Au cours des années 50 et 60, le gouvernement a en grande partie négligé ses devoirs dans ce domaine. A cette époque, même les gouvernements traditionnellement aussi pro-impérialistes que les gouvernements brésilien et argentin avaient pris leurs distances par rapport à l'impérialisme yankee. Echeverria essaya donc de rattraper le temps perdu. Comme il a toujours agi depuis 1920, de façon opportuniste et à courte vue, le gouvernement a profité de la situation de crise de l'hégémonie nord-américaine sur le continent, très visible dèjà en 1971-72. Mais l'étape "anti-impérialiste" actuelle ne correspond pas seulement, comme auparavant, à la pression des luttes ouvrières et aux tentatives de la bourgeoisie naissante de les utiliser, mais était liée à la politique d'expansion du marché pour les produits de la bourgeoisie industrielle mexicaine qui; avec la brésilienne et l'argentine, est apparue, au cours des dernières décades, comme une puissance régionale secondaire (ce qui a amené certains marxistes latino-américains à parler assez rapidement de "sous-impérialisme"). On a vu, de cette façon, que le nouveau tournant de Echeverria se voulait une tentative délibérée de lier son projet à la bourgeoisie mexicaine, en lui promettant les profits substantiels qui découleraient du futur réalignement des forces économiques latino-américaines, continentales. Il s'agissait d'enlever à l'impérialisme une partie de la plus-value qu'il retirait ou, pour le moins, de négocier avec lui un accord plus favorable. La "zone d'influenlui un accord plus favorable. La "zone d'influque le Mexique disputerait aux USA serait xique, l'alliance de pays comme le Venezuela est primordiale. Afin de réaliser ces objectifs, Echeverria fit un voyage l'année passée. Son itinéraire comprenait : l'Argentine, le Brésil, le Pérou, l'Equateur, le Venezuela, Panama et la Jamaique. Echeverria essaya concrètement de mettre sa politique en pratique en cherchant un appui pour sa "Charte de Devoirs et Droits Economiques" présentée par son gouvernement aux Nations-Unies et la promotion de projets "multinationaux latino-américains". Jusqu'ici ces efforts ont réussi à recueillir l'approbation écrasante de la "Charte" par 120 nations à l'Assemblée Générale de l'ONU à la fin de l'année dernière. Cependant, cette victoire diplomatique ne s'est pas traduite dans la pratique économique par des gains substantiels, comme on pouvait s'y attendre après l'abstention significative ou l'opposition ouverte à cette "Charte" de la part des pays impérialistes, les Etats-Unis en tête. Au niveau pratique, les efforts d'Echeverria visant à construire des entreprises multinationales avec les "pays frères" n'ont pas reçu un grand écho de la part des bourgeoisies plus fortes qui auraient pu accepter l'offre. En effet, les bourgeoisies argentine et brésilienne ont leurs propres intérêts et zones d'influence qu'elles ne désirent absolument pas partager avec la bourgeoisie mexicaine. De plus, l'apparition du Venezuela comme puissance financière du fait des 10 milliards de dollars que ce pays a reçu de la vente du pétrole en 1974, a érigé un nouvel obstacle sur la voie "latino-américaine" de Echeverria. Malgré les insinuations de Echeverria, le président du Venezuela, Carlos Andres Pérez n'a pas accepté le Mexique dans le Pacte Andin, Selon lui les pétrodollars vénézuéliens y dominent et ce pays projette de devenir le quatrième centre "sous-impérialiste" du continent. Seule la Jamalque a répondu à l'appel de Echeverria. Trois entreprises multinationales se sont installées dans cette fle, qui transformeront l'aluminium local, avec un capital d'environ 500 millions de dollars d'origine mexicaine et jamaicaine. Quoi qu'il en soit, le résultat limité des manoeuvres de Echeverria représente de fait une concurrence pour l'impérialisme. Cette concurrence ne s'est pas concrétisée et est encore loin de le faire, dans l'"organisme de consultation et de coopération économique permanent, complémentaire d'autres organismes existant déjà, ayant des fonctions et des zones d'opération qui répondent réellement et efficacement à leurs aspirations et besoins communs", une sorte de Communauté Economique latino-américaine, que Echeverria a présenté avant tout au président vénézuélien qui l'a acceptée avec plaisir (bien que ce soit seulement pour la réaliser concrètement dans le cadre du Pacte Andin). Mais les vents ne sont pas favorables aux desseins impérialistes. On a vu ainsi comment ces manoeuvres qui n'ont pas réussi ont provoqué la réponse dure et aggressive du gouvernement Ford-Kissinger.
Les limites de l'anti-imperialisme
bourgeois Cette attaque de l'impérialisme, fondée sur des faits concrets et indiscutables comme les liens de dépendance financière et industrielle -- encore plus étroits aujourd'hui que dans les années 60 -de l'économie mexicaine par rapport à l'économie yankee, a évidemment été motivée par la découverte des couches pétrolifères de Chiapas et Tabasco dans le sud-est du pays. Cet évènement qui s'est produit à la fin de l'année passée secoua le monde officiel car elle colncidait en plein avec la "crise du pétrole". Tant l'impérialisme que le gouvernement mexicain, chacun pour des raisons distinctes, ont essayé de cacher les véritables données de la découverte. Chaque partie a cherché à profiter selon ses intérêts de cette découverte. Certains organismes pétroliers de New York parlèrent d'une couche "aussi riche que celle du Golfe Persique". Au contraire, Echeverria déclara que de telles affirmations n'étaient que des formules visant à faire baisser le prix du pétrole, ce que le gouvernement du Mexique ne voulait pas et ce à quoi il s'opposerait même.
La découverte des couches pétrolifères de Chiapas et de Tabasco rendait possible selon PEMEX -le monopole étatique de l'exploitation pétrolière -- l'auto-approvisionnement en pétrole brut, à savoir la fin de certaines importations qui se faisaient jusqu'ici et, y compris, une augmentation des exportations. Au niveau de la balance des paiements, sans en aucune façon équilibrer le montant astronomique de la dette extérieure (2.500 millions de dollars de déficit de la balance des paiements en 1974 et une dette de plus de 15 milliards de dollars pour 1974 également), on pourrait neutraliser quelque peu la détérioration impressionnante des comptes nationaux. Les groupes politiques au pouvoir les plus enclins à suivre de façon conséquente le cours ouvert par
Echeverria, en particulier le secrétaire du secteur nationalisé, Horacio Flores de la Peña, dont dépend PEMEX, commencèrent à défendre l'idée de l'entrée du Mexique dans l'Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP ), et commencèrent même à prendre des initiatives dans ce sens. Echeverria déclara publiquement que le Mexique n'entrerait pas dans l'OPEP. Lors de l'entrevue du président Ford et du président
Echeverria, en présence de Kissinger, le secrétaire Flores dé la Peña parla ouvertement de l'entrée du Mexique dans l'OPEP. Il semble que cette position politique était trop extrême et le secrétaire Flores de la Peña se vit obligé de renoncer peu après à son poste ministériel " sous de fortes pressions" selon sa propre déclaration. Le cas de la démission de Flores de la Peña en décembre dernier signala emphatiquement les limites jusqu'où Echeverria était disposé à aller dans son opposition au gouvernement des Etats-Unis et, également, montra les limites réelles de l'anti-impérialisme bourgeois du gouvernement mexicain. En ce qui concerne l'impérialisme américain, il est évident que ce qui l'intéresse, c'est d'éviter le plus possible l'union des bourgeoisies latino-américaines. Dans une situation où les groupes dirigeants arabes ont montré comment on pouvait profiter des contradictions inter-impérialistes, la possibilité d'une entente latino-américaine n'est pas une utopie, ce qui ne signifie absolument pas que cette possibilité puisse se concrétiser à court terme. Ce qui est certain, c'est que cette possibilité joue dès aujourd'hui dans la politique des deux côtés : du côté impérialiste et du côté latino-américain. L'agressivité de Carlos Andrés Pérez est assez genante pour Washington qui voit en lui le principal représentant de la politique de l'OPEP sur le continent (l'Equateur étant un simple pion du Vene zuela). Il est évident que Kissinger n'aurait pas vu d'un très bon oeil le renforcement de la position aggressive du Venezuela grâce à l'appui explicite et objectif'de Echeverria. Le front ouvert par le gouvernement de Pérez se serait renforcé qualitativement avec l'entrée à ses côtés d'un des trois pays les plus importants d'Amérique Latine. Ces limites de l'anti-impérialisme de Echeverria, surmontées en pratique par le gouvernement du Venezuela, sont liées à la situation financière différente des deux gouvernements. Le Venezuela, après l'Arabie saoudite et l'Iran, est le pays qui a reçu le plus de pétro-dollars en 1974. Il constitue le principal fournisseur étranger du marché américain. Le gouvernement de Carlos Andrés Pérez dispose d'un montant énorme de pétro-dollars pour manoeuvre, et les problèmes du Venezuela, sans les sous-estimer, ne touchent qu'une population de 15 millions d'habitants. En échange, le Mexique, avec 55 millions d'habitants, voit crottre ses problèmes géographiquement et est lié aux agences de crédit internationales, les agences nord-américaines, par la chaîne d'or de la troisième dette nationale la plus importante de toute l'économie capitaliste, après le Brésil et Les limites indiscutables qui marquent la politique actuelle de Echeverria entrainent les oscillations et les zigzags auxquels nous avons assisté au cours de ses manoeuvres internationales. Cette opposition est apparue à l'occasion de l'adoption de la nouvelle Loi sur le Commerce Extérieur des Etats-Unis. Et ses limites sont également apparues. A la différence des gouvernements du Venezuela, de l'Equateur, du Pérou et de la Colombie, le gouvernement de Echeverria a exprimé avec une grande prudence son opposition à cette nouvelle loi qui attaque les intérêts commerciaux les plus élémentaires des secteurs bourgeois producteurs de matières premières sur le continent. Le secrétaire des Affaires Etrangères, Rabasa, alla à Washington "négocier" et "parler clairement" avec Kissinger. C'est-à-dire que, entrant dans le jeu nord-américain qui vise à diviser les pays latino-américains les plus forts, le gouvernement de Echeverria aspire à devenir le "médiateur" entre les parties les plus extrêmes. Comme l'a souligné la presse libérale, cette position est contradictoire avec celle exprimée par le gouvernement mexicain en tant qu'auteur et signataire de la Charte des Droits et Devoirs Economiques, dont de nombreux articles sont ouvertement violés par la nouvelle loi adoptée par le Congrès des USA. Au lieu de réagir duEcheverria a été le premier, au moment des prises de position, à montrer qu'il ne considérait la Charte que comme un morceau de papier, alors qu'il prétendait y engager son honneur et sa politique. La lettre que Echeverria a envoyé au président Carlos Andrés Pérez n'efface pas l'ambiguité du secrétaire Rabasa. Elle l'accroit même et montre les dilemnes de la bourgeoisie et de son Etat au Mexique. Evidemment Echeverria est désireux d'entretenir des relations spéciales avec le gouvernement vénézuélien, mais il ne veut pas perdre ses vieilles "relations spéciales" avec les Etats-Unis. C'est la raison pour laquelle Echeverria ne se décida pas à boycotter la réunion des ministres latino-américains avec Kissinger qui doit avoir lieu à Buenos Aires. Il réitère en même temps à Pérez son accord total avec la "défense des intérêts latino-américains". Mais il n'accepte pas
encore en pratique le boycot de Pérez et, ainsi, à vouloir faire le gateau et le manger en même temps, Echeverria a perdu une opportunité claire de devenir le "porte-drapeau de l'Amérique Latine". Le gouvernement vénézuélien l'a largement dépassé et même l'OEA ( Organisation des Etats Américains) répond aux exigences de Caracas. Le changement de 1975 Le projet d'ouverture entre, en 1975, dans une étape bien plus complexe et difficile. Au cours des quatre dernières années, il a cherché à se consolider. Mais aujourd'hui, alors qu'il a atteint relativement son objectif, son principal intérêt est de prolonger cette orientation politique durant le prochain mandat présidentiel. Le débat aux sommets du gouvernement et de la bourgeoisie se déroule précisément autour de ces questions : continuera-t-on ou non une politique de concurrence face à l'impérialisme ? La bourgeoisie mexicaine est-elle disposée à aller plus loin dans la confrontation politique avec la nouvelle équipe Ford-Kissinger ? Et avant tout, il faut répondre à la question-clé suivante : quelle sera la réaction du peuple mexicain, quelque soit le chemin choisi ? En effet, le Mexique, à la différence d'autres pays d'Amérique Latine, en particulier du Venezuela, n'assistera pas à une montée originale de populisme anti-impérialiste de caractère petit-bourgeois et bourgeois, et si Echeverria réussit à imposer pour le prochain mandat présidentiel son orientation réformiste bourgeoise, les dangers de débordements populaires sont plus réels que dans n'importe quel pays d'Amérique Latine à l'heure actuelle. Pour comprendre à fond la raison de cette usure profonde du projet populiste mexicain il est nécessaire de rappeler quelques points essentiels. En effet, la succession présidentielle qui se joue cette année se produit après que le pays ait traversé une période - - commencée en 1968 -- de profondes transformations dans les rapports de classe. Il faut ajouter à cela la situation économi que dangereuse du système capitaliste international qui aggrave les conditions économiques complexes du pays. Le choix qui se présente en 1975 n'est pas facile, bien qu'il existe assez de raisons de poids qui font supposer que la balance penchera du côté de la continuation du style de gouvernement d' "ouverture" plutôt que vers une solution d' "Etat à la Diaz Ordaz", c'est-à-dire un gouvernement qui, dans son penchant pour la bourgeoisie, oublie les compromis élémentaires que le gouvernement bonapartiste a contracté depuis des décades. Bien sûr, on peut avoir des surprises, comme cela s'est précisément passé avec Echeverria que l'on considérait il y a six ans comme le fidèle successeur de son chef Diaz Ordaz et qui fut le promoteur de l'actuelle "ouverture démocratique". Mais comme on l'a vu au cours de ce gouvernement d'"ouverture" et les gouvernements sud-américains semblables à celui d'Echeverria, en particulier le gouvernement argentin, il existe toujours des marges de manoeuvre importantes pour les groupes réformistes, surtout vu l'absence d'opposition du prolétariat. Le cas récent de l'assassinat d'un vieux militant communiste dans les caves de la police de la ville de Mexico est significatif. En effet nous assistons là à une stratégie bien planifiée, et pas trop maladroite, qui présente les mécanismes quotidiens de la répression politique contre les révolutionnaires et les communistes comme une "provocation" (de la part de qui ? on ne sait pas). Le professeur Hilario Medina, ayant milité plus le Parti Communiste mexicain (PCM), fut retrouvé mort, apparemment "pendu" dans sa cellule après plusieurs jours d'interrogatoire par la police mexicaine. Il avait été arrêté sous prétexte qu'il entretenait des relations avec des émigrés guatémaltèques. L'opinion publique démocratique est mise en alerte par ce type de "suicides" qui arrivent fréquemment dans les prisons politiques du régime. Le professeur Medina, d'après tous les indices, est mort par suite des tortures auxquelles il fut
Le régime "réformiste" de Echeverria reçut une gifle en pleine figure. Quelle fut son nonciation la plus large possible de tels actes par des secteurs réformistes bourgeois et petits-bourgeois proches de lui et qu'il contrôle. ensuite annoncé une "enquête' sur le suicide. Ensuite, le président a nommé un représentant personnel devant la commission d'enquête, un député du PRI. Enfin, quelques uns des policiers liés à cette affaire ont été arrêtés sous l'accusation d'avoir volé des bijoux dans les maisons qu'ils occupèrent lors des arrestations effectuées en même temps que celle du Professeur Medina. Ce type de répression sélective et arbitraire obtient des résultats supérieurs à une répression anti-communiste ouverte. Malheureusement le PCM lui-même est tombé dans le piège tendu par le gouvernement, ce qui n'est pas surprenant vu que ce parti prépare depuis un an un tournant à droite. Mais le PCM n'est pas le seul à être tombé dans le piège du gouvernement. D'autres groupes de gauche ont également adopté l'argument de la "provocation" policière. En réalité, on peut faire une enquête et opérer tous les changements possibles dans la police mexicaine sur un simple signe du petit doigt du président. Il n'est pas logique de penser que l'on trouve dans la police mexicaine des "agents provocateurs" cachés, opposés à la politique d'Echeverria, encore moins si l'on tient compte que la victime était un communiste. Après tout, on a promis une enquête également après le 10 juin 1971 ; aujourd'hui le gouvernement n'est absolument pas à même de
présenter le moindre résultat, et on ne sait pas non plus où se trouvent les "faucons". ( 1) Ce qui est plus grave, c'est que la gauche mexicaine autour du PCM n'a pas la moindre expérience lui permettant de déterminer les actes de ce gouvernement bonapartiste, capable des plus grands zigzags. Au contraire, la gauche mexicaine sous l'influence stalinienne s'est traditionnellement faite l'interprète des "progressistes" du gouvernement et de la bourgeoisie mexicaine. Il est ainsi symptômatique du changement de la politique du PCM - - qui était si ultra et "anti-réformiste"en 1971-72 -de voir aujourd'hui des manifestes publics dans sa presse parlant de la "provocation" dont a été vicitme Medina. Tout indique qu'il n'est pas possible de laver le gouvernement de toute responsabilité dans ce crime, tout comme il y a quatre ans dans les assassinats du 10 juin 1971 et auparavant dans le massacre du 2 octobre
Et ceci, malgré les mesures "anti-impérialistes" et "positives" qu'il a mis en Le PCM et la gauche mexicaine traditionnelle ont en particulier subi la pression de l'attitude du gouvernement de Echeverria face au coup d'Etat militaire chilien en septembre 1973. Son attitude face à de nombreux réfugiés, la rupture des relations diplomatiques avec le gouvernement de Pinochet et sa politique qui se différenciait clairement des gouvernements les plus réactionnairès a valu au gouvernement de Echeverria un pres tige international. Prestige qui est sur le point de s'accroitre avec l'aide de la Commission d'En quête sur les Crimes de la Junte Chilienne qui se réunira dans la ville de Mexico dans les prochains jours. Cette réunion est d'inspiration soviétique et le PCM subit de fortes pressions pour se déclarer d'accord avec une politique qui satisfait le mieux les groupes de juristes et diplomates qui la composent. Les tiraillements et les flottements entre les groupes au pouvoir n'ont pas encore dépassé les limites du système bonapartiste mexicain. Tous les candidats à la succession de Echeverria se placent sous le signe du système bonapartiste. Aucun d'entre eux n'a un projet qualitativement différent. Les différents "pré-candidats" sont les suivants : Moya Palencia, secrétaire du gouvernement, le successeur le plus logique de Eche. verria vu que l'appareil politique le soutient; Lopez Portillo, secrétaire des Finances, étroitement lié au président; Cervantes del Rio, se(I) Le 10 juin 1971, il y eut un massacre au cours d'une manifestation de 10. 000 étudiants à Mexico. Il y eut des dizaines de morts. Les agresseurs, protégés par la police, étaient les "faucons"' , bande répressive para-militaire, liée à la police. Echeverria promit une enquête sur laquelle on ne sait toujours rien.
le 2 octobre 1968,
sur la place de
Tlatelolco, un rideau
de balles mit fin à
un phénomene
politique important
crétaire de la Présidence et, en tant que tel, le plus lié formellement à la haute magistrature, et Muñez Ledo, secrétaire du Travail, poste-clé pour le contrôle de l'appareil du syndicat vertical. Chaque candidat, en particulier Moya Palencia, s'identifie à des secteurs précis des intérêts capitalistes. Mais ils répondent tous aujourd'hui, plus ou moins bien, au projet d' "ouverture", Moya Palencia étant celui qui s'oriente le plus vers une position de changement de
cette politique d'"ouverture", c'est-à-dire qu'il est le plus lié aux secteurs bourgeois les plus conservateurs et les plus puissants. Dans ces tiraillements et flottements, les manoeuvres des candidats sont planifiées et soigneusement mises en pratique. Par exemple, le récent cas de la démission de Flores de la Peña, condidéré comme un véritable triomphe des secteurs pro-Moya Palencia, ne peut pas être isolé du contexte global. Avec cette méthode on ne verrait pas que auparavant, la politique populiste avait reçu une nouvelle impulsion avec la promotion du Département des Affaires Agricoles --un des bastions-clés de la politique d'ouverture s'identifiant avec Lopez Portillo et Cervantes del Rio - - au rang de Secrétariat d'Etat. Il faut également tenir compte des différents éléments qui déterminent la politique du gouvernement qui ne s'est pas encore prononcé clairement pour uncandidat à la succession. La vaste trajectoire du bonapartisme mexicain Cette nouvelle situation qui se dessine sur la scène politique mexicaine est la source d'une série de nouveaux problèmes pour la bourgeoisie et son gouvernement. Il est nécessaire, à ce point, de résumer brièvement les faits politiques fondamentaux qui ont marqué la scène politique depuis 1968. Au cours de cette année-là se produisirent dans la ville de Mexico des évènements qui transformèrent substantiellement le panorama social du pays. Le gouvernement fut secoué par une crise et la société fut marquée, de façon indélébile, par le caractère démocratique, massif et indépendant des mobilisations de masse dans la capitale. Le spectre d'une répétition du Mai 68 français sur le sol mexicain hantait la bourgeoisie nationale. Après avoir tenté plusieurs formes de répression partielle, le gouvernement précédent de Diaz Ordaz déclencha une escalade de la violence répressive et opta pour un affrontement sanglant avec le mouvement. Le 2 octobre, sur la place de Tlatelolco, un rideau de balles mettait fin à un phénomène important de la vie politique mexicaine, que l'on pourrait appeler l'apparition, la consolidation et l'apogée du bonapartisme mexicain . Par-dessus plus de 500 cadavres s'ouvrait l'étape suivante de crise et d'usure du régime bonapartiste. Malgré le coup fantastique que représenta le massacre de la place de Tlatelolco, la période ouverte en 1968 ne s'est pas refermée. Après une année difficile en 1969, 1970 commença par un évènement très significatif. Les dizaines de prisonniers politiques enfermés à Lecumberri furent provoqués et furent sur le point d'être mas• sacrés délibérément au cours d'une "mutinerie" préparée par les autorités pour briser leur grève de la faim. Ce fait polarisa la tension générale du mouvement étudiant et de quelques autres secteurs de la population et fut l'expression de changements profonds. Malgré la répression d'octobre 1968, le gouvernement était convaincu qu'il ne pouvait pas se passer de ses méthodes populistes et démagogiques. Le successeur de Diaz Ordaz aurait comme objectif de revitaliser le régime. Le candidat Luis Echeverria commença sa campagne avec le leiv-motiv : il faut trouver une issue aux problèmes du pays, il faut unir de nouveau les mexicains, le gouvernement doit se revitaliser. Il commençait ainsi l' "ouverture démocratique". La première année du gouvernement Echeverria fut déterminée directement par la crise héritée de Diaz Ordaz. Le 10 juin, un nouveau massacre s'abattit sur le mouvement étudiant. Mais cette fois il fut réalisé avec beaucoup d' "intelligence'! A la différence de Tlatelolco, le gouvernement d'Echeverria utilisa dans le massacre de San Cosme des méthodes plus habiles, et "libérales". Il se lava les mains de toute responsabilité et il lui fut facile de tromper les larges masses sur le véritable caractère de la bande des "faucons", évidemment liée aux cercles officiels. Ces bandes criminelles, protégées par la police, armées de mitraillettes et d'autres instruments, avaient lancé un coup mortel à la manifestation de ce jour. Le régime de Echeverria utilisa la confusion provoquée par son cours libéralisant et ses actions répressives. Il liquida politiquement une série de politiciens qui s'identifiaient trop au président précédent, il lança un appel pour une grande manifestation de soutien au régime et, le plus surprenant, au lieu de donner un tour de vis à la répression, il consigna les policiers, il n'y eut pas d'arrestations de gauchistes ni d'étudiants et Echeverria promit, du balcon du palais présidentiel, une enquête sur
Le 10 juin date-clé pour le gouvernement, montra que le style de Echeverria serait différent de celui de Diaz Ordaz. Dans la pratique une main dure impitoyable frapperait également les opposants révolutionnaires. La répression se maintiendrait également, bien que plus mesurée, plus efficace, plus sélective, ayant toujours plus recours aux appareils para-militaires non-officiels, liés cependant aux cercles gouvernementaux, comme les "faucons". A la différence de Diaz Ordaz, Echeverria encouragea la réanimation de la vie politique dans les milieux bourgeois et petits-bourgeois, avant tout réfor -mistes, afin de regagner l'appui social perdu en 1968 et qui, à cette époque, semblait ne jamais devoir être récupéré. Echeverria commença à insister sur le fait que la "révolution mexicaine (sic) n'est pas seulement un concept vivant mais une réalité qui a connu des périodes d'accélération et des périodes de ralentissement... mais qui est en révision continuelle et en rénovation permanente". Le langage de Echeverria n'a pas changé et il insiste encore, comme il le fit le 29 novembre passé, sur le fait que "nous avons au Mexique une révolution encore à moitié à faire, qu'il faut beaucoup rectifier, qui a commis de nombreuses erreurs et hésitations, qui a dû laisser au bord de la route de nombreuses
personnes fatiguées, de nombreuses personnes qui croyaient que la révolution était déjà réalisée parce qu'elles étaient arrivées à des postes importants". Le cours en faveur d'une réédition de la politique d'"'unité nationale"' n'a pas puêtre imposé par Echeverria, tant pour des raisons subjectives qu'objectives. Du point de vue des raisons objectives les problèmes économiques et sociaux sont loin d'avoir été résolus et, au contraire, ils s'aggravent. Au niveau subjectif, un esprit toujours plus critique et perspicace quant aux termes réels du "contrat social" bonapartiste a commencé à se développer au sein de la population. Cette méfiance face au gouvernement ne s'est pas exprimée sous une forme révolutionnaire dans les larges masses de la population. Mais, dans les secteurs d'avant-garde elle s'exprime de façon plus consciente que jamais. Et, y compris dans les secteurs plus larges, un malaise continue à se manifester qui n'attend que le catalyseur qui permettra de le rendre conscient. La responsabilité de la gauche révolutionnaire La conjoncture politique mexicaine approche un de ses points culminants. 1975 sera une année très importante. L'économie du pays ressentira les effets de la récession généralisée. L'objectif central du budget de 1975, selon une déclaration du secrétaire des Finances, est "d'empêcher l'arrivée de la récession et freiner l'inflation", mesure qui n'est en aucune façon modeste. Si une formule capable de réaliser cela a été découverte au Mexique, les différents capitalistes seraient désireux de la connaître pour l'appliquer dans leurs pays respectifs. Les exportations mexicaines ne pourront pas s'accroître dans un monde qui connait les premières secousses d'une guerre commerciale entre les principaux marchés des produits mexicains. Si cette année la croissance du produit national est de 7% (ce qui n'est pas si facile à prévoir), ou si cette croissance se maintient au niveau qu'elle a connu ces dernières années, le déficit commercial du pays sera la plus grand de son histoire. Les marchés extérieurs des textiles mexicains se sont fermés, tout comme ceux des minerais. Et même l'avantage qui compta tant pour le développement des années 50 disparait rapidement : à savoir la capacité d'absorber des capitaux étran gers (non pas tant à cause des conditions internes que de la pénurie de liquidités internationales). guay, le Chili, etc.. Conscients des dangers, le gouvernement réagit, essaie de voir de quelles marges de maoeuvre il dispose, à quelles solutions il peut avoir recours. Le critère qui a déterminé l'évaluation de son budget pour 1975 est clair : développer les dépenses publiques dans les limites requises pour qu'elles ne soient pas une charge pour l'économie, mais que, au contraire, elles fonctionnent comme facteur anti-cyclique classique. Afin de fournir plus de ressources à l'Etat, le gouvernement propose l'adoption d'une "réforme fiscale" que tous les spécialistes considèrent comme un simple "ajustement", c'est-à-dire une charge fiscale minimale, et non une véritable transformation du système actuellement en vigueur. Ainsi, malgré l' "ajustement mentionné ci-dessus qui frappera avant tout les consommateurs des "classes moyennes" vu qu'il retombera sur la consommation de l'essence, le gouvernement devra avoir recours aux agences internationales pour demander un prêt de plus de 6 milliards de dollars, un chiffre astronomique qui élèvera encore l'endettement du pays. Cet endettement sera nécessaire pour financer les dépenses publiques de 1975 qui ont augmenté de près de 40% par rapport à 1974 afin d'affronter leurs tâches anti-récessionnistes. Ce sont les économistes bourgeois les p lus lucides qui soulignent le caractère inconséquent d'une telle politique. Mais Echeverria se rend parfaitement compte des problèmes énormes auxquels son gouvernement est confronté. Le 21 décembre passé, il déclara de façon significative : "L'important, maintenant, est que l'année qui commence, qui sera une année de crise généralisée, nous trouve unis sur l'essentiel en tant que mexicains, en tant que peuple. Et ceci doit également être compris par les partisans d'une société de consommation et ceux qui s'opposent à la solidarité sociale dans la direction de l'économie, parce qu'ils voient les effets de la récession et du chômage dans les pays capitalistes qu'ils prennent pour modèle" Un dirigeant bourgeois ne pouvait pas mieux parler ! Mais Echeverria annonça également un programme d' "unité nationale". Et la gauche qui veut bien l'entendre se prépare à suivre son appel. La gauche traditionnelle, liée au PCM, au lombardisme, au cardénisme, se prépare au tournant qui amènera sa cooptation dans le projet d' "'unité nationale" que nourrit Echeverria. De ce point de vue, l'alternative qu'il projette ne doit pas être considérée comme une simple manoeuvre conjoncturelle. Si l'appareil bonapartiste veut survivre, il doit approfondirle cours ouvert par Echeverria. Les représentants les plus lucides de l'administration actuelle le savent : Echeverria a sauvé l'appareil du désastre. Gomez Villanueva, le secrétaire récemment nommé de la Réforme Agraire, a déclaré dernièrement : "Si Echeverria n'avait pas ouvert la voie, le Mexique serait entré dans une étape de violence très dure et la paix dont nous avons joui pendant longtemps se serait dramatiquement brisée". A nouveau, les hauts financiers ont une idée plus claire sur le caractère de l'Etat que de nombreux "marxistes"'.
En effet, le bonapartisme est un régime "dur"', mais, au Mexique, pour survivre, il a besoin de l'appui de couches de la population qui le soutiennent dans son affrontement avec l'impérialisme. C'est ce qui lui donne ses traits de bonapartisme "sui generis" que Trotsky avait défini dans ses écrits sur le Mexique. Cependant la contradiction de ce régime apparait de plus en plus à nu. Elle réside dans le fait que, malgré son caractère bourgeois indéniable, ce régime a dû exproprier la bourgeoisie politiquement pour accomplir ses tâches. Après avoir pendant 50 ans réalisé les mesures nécessaires pour aider la bourgeoisie à se remettre des coups de la révolution de 1910, après lui avoir donné l'infrastructure nécessaire pour pouvoir effectuer l'accumulation du capital et avoir engendré en son sein des couches entières qui ont pénétré les secteurs les plus privilégiés de la population, il semble que le régime bonapartiste soit arrivé au bout du chemin, que la bourgeoisie qui s'est développée et renforcée sous sa protection veuille en finir avec lui et le remplacer par un autre. • Mais la bourgeoi sie n'est pas "'ingrate" avec le régime. Ce qui se passe, c'est que, d'une certaine façon, elle n'a jamais considéré ce régime comme "le sien" et , aujourd'hui qu'elle est plus forte, plus consciente, elle veut prendre directement les rennes du pouvoir. Ainsi, le régime de Echeverria a été attaqué par les secteurs les plus réactionnaires et les plus puissants, les plus liés à l'impérialisme américain. Mais, si la bourgeoisie renvoie le régime actuel qui ne répond plus du tout à une situation dans laquelle le capital s'est renforcé (et où la classe ouvrière s'est également renforcée), elle ne peut le remplacer que par une dictature encore "pire". En effet, on ne trouve dans les traditions historiques et politiques du pays aucun précédent qui permette de penser que la démocratie bourgeoise va fleurir à un moment où elle est en déclin dans tous les pays capitalistes avancés. Mais une dictature militaire n'est pas nécessaire à l'heure actuelle au Mexique car elle ne ferait qu'exacerber les contradictions existantes, et elle ne pourrait pas surgir indépendamment du régime lui-même. Ainsi la bourgeoisie doit payer pour sa naissance tardive et sa faiblesse politique tant prononcée. Un des prix qu'elle doit payer est que l'armée elle-même a été traditionnellement un des appuis du régime bonapartiste et , de fait, fut une de ses sources principales de personnel politique ( Obregon, Calles, etc.). Ainsi, malgré tout, la bourgeoisie doit continuer à développer ses plans dans le cadre du régime existant si elle ne veut pas provoquer une série de crises politiques qui dépasse les limites de sécurité. L'alternative de Echeverria est sans fondement. Echeverria aspire à rééditer les expériences cardénistes. Mais comme l'a dit Engels, les rééditions historiques sont des caricatures : il n'existe pas au Mexique les conditions pour réussir à forger un grand mouvement populiste avec les paysans et pour continuer à contenir la classe ouvrière dans le cadre de la bureaucratie syndicale. L'importance qu'a pour la solution d' "ouverture" la collaboration de la gauche, se reflète dans les efforts constants d'Echeverria pour apparaftre comme un dirigeant "tiers-mondiste". Il arrive à certains résultats. Aujourd'hui grâce à son attitude sur la question du Chili, il est l'allié naturel des forces libérales, qui voient dans son "anti-fascisme'' une issue à leurs problèmes, et sont désireuses d'être prises en considération dans le projet présenté par le président. La responsabilité de la gauche révolutionnaire au Mexique est très grande. Un cours ultra-gauche dans ces circonstances serait mortel, comme l'ont montré les exemples tragiques des groupes urbains qui ont eu recours à l'"action directe". Les centaines de militants emprisonnés sont une preuve de l'échec de leur ligne, aussi bien que du caractère superficiel de la position "démocratique' de Echeverria. Dans des circonstances différentes, la mort de Lucio Cabañas au cours d'un affrontement avec l'armée a également montré les limites d'un affrontement armé justifié avec l'Etat. Dans l'Etat de Guerrero, dans le sud, historiquement comme socialement, la paysannerie n'a pas beaucoup d'autre alternative que la lutte de guérilla. Mais la mort de Genaro Vasquez en 1972 et de Lucio Cabañas l'an passé ont porté des coups très durs à la conception spontanéiste d'une confrontation armée avec l'Etat, limitée à une région particulière, sans le moindre lien avec les autres régions et sans une stratégie d'implantation d'une organisation au niveau national. Tout l'hérolsme de ces paysans révolutionnaires, héritiers de Zapata, risque de n'être qu'un travail de Sysiphe, si leurs efforts révolutionnaires ne sont pas appuyés politiquement et organisationnellement dans les villes, par la classe ouvrière. Le récent congrès du Grupo Comunista Internacional (Groupe Communiste Révolutionnaire, organisation sympathisante de la IVème Internationale au Mexique) -- voir l'article dans ce numéro d'INPRECOR - - a lancé un appel à l'unité des forces révolutionnaires pour s'opposer à l'alternative frontiste que la bourgeoisie prépare. Il a proposé sans sectarisme une ligne de lutte de classe aux tendances syndicales qui apparais -sent indépendamment de la bureaucratie. Il a souligné la nécessité pour le mouvement révolutionnaire mexicain de dépasser ses limites nationalistes étroites pour s'unir dans l'entreprise de construction d'une organisation marxiste-révolutionnaire internationale, seule alternative qui garantisse les triomphes futurs du prolétariat.