Le premier congrès national du Groupe Communiste Internationaliste ( Grupo Comunista Internacionalista), organisation sympathisante de la IVème Internationale au Mexique, s'est tenu à la mi-décembre 1974. Environ 150 délégués se sont réunis pendant 4 jours pour discuter des points à l'ordre du jour du congrès qui étaient principalement les suivants : les problèmes de la construction du parti marxiste-révolutionnaire au Mexique; la tactique à suivre pour maintenir l'unité de la IVème Internationale au Mexique ( à savoir les problèmes et perspectives de la fusion avec la Liga Socialista -Ligue Socialiste--, autre organisation sympathisante de la IVème Internationale au Mexique) et les problèmes et les tâches des marxistes-révolutionnaires dans le mouvement ouvrier qui commence à se réveiller. Deux tendances sont apparues au cours de la discussion pré-congressuelle et ont présenté des documents et des résolutions sur tous les points de discussion du congrès. Au cours du débat démocratique qui précéda le congrès 7 bulletins inté -rieurs, contenant plus de 15 documents de discussion furent publiés. La discussion se développa durant 6 mois ce qui permit aux délégués de venir au congrès avec la plus grande clarté sur les points en discussion, sur les réelles divergences et lés points d'accord réels. La tendance I obtint la majorité avec 60% des votes. Le nouveau comité central reflète le mieux possible les votes reçus par les tendances au congrès. Ainsi, la jeune organisation qu'est le GCI a montré aussi bien à la vieille gauche stalinienne qu'aux nouveaux militants sceptiques face aux normes léninistes, la possibilité concrète d'organiser un débat de tendances ( qui fut parfois très dur), de venir au congrès avec des positions clairement définies et de déterminer une majorité sur la base de la discussion démocratique et des décisions finales et, enfin, de continuer à fonctionner de façon centralisée au sein d'une même organisation. Cette démonstration pratique de ce que peut être le centralisme démocratique léniniste n'est pas le moindre acquis qu'aient fait les camarades du GCI dans ce congrès pour la gauche mexicaine dans son ensemble. Cette démonstration pratique du fonctionnement léniniste que le GCI a appris au sein de la IVème Internationale, dont il est organisation sym pathisante, pèse déjà dans le débat actuel dans la gauche : pour la première fois dans la nouvelle gau. che mexicaine (disons depuis 30 ans), on a vu que le débat de tendances, libre et mené de façon démocratique, n'a pas amené à une scission, mais, au contraire, au renforcement et à la maturation du noyau du parti marxiste-révolutionnaire qu'est Depuis sa naissance en 1968 le GCI a marqué un changement qualitatif de l'histoire du trotskysme mexicain. A la différence des trotskystes du début des années 60, le GCI a réussi à tisser des liens avec l'avant-garde naturelle et spontanée sans laquelle il n'est pas possible de construire le parti. Sans le moindre triomphalisme nous pouvons dire que le congrès de décembre passé a été la preuve la plus claire de cet enracinement so -cial et national que le GCI a réussi à réaliser au cours des six premières années de son existence, du renforcement et de la consolidation irréversibles du trotskysme au Mexique. Les délégués venant de Basse Californie, de Oaxaca, de Guerrero, de Chihuahua, de Monterrey, de Colima, de Morelos de Puebla, de Sonora, de l'Etat de Mexico et du District Fédéral firent la démonstration concrète de cette réussite. Depuis sa première conférence générale de mai 1971, le GCI n'avait pas réalisé une réunion aussi importante et représentative. Et ceci même en tenant compte du Congrès International qui se tint au début de 1974 pour préparer le Xème Congrès Mondial de la IVème Internationale. L'organisation de ce premier congrès national était urgente. Après 3 années et demie d'expériences importantes d'"accumulation de cadres", de renforcement du projet théorique et de pénétration de l'idéologie marxiste-révolutionnaire dans l'avant-garde née à la fin des années 60, le GCI pouvait faire (il devait faire !) un bilan. Son travail propagandiste, sa participation par l'intermédiaire de ses cadres, à différentes luttes, avant tout étudiantes, permirent, dès 1973, la préparation de ce congrès. Sa réalisation fut retardée pour différentes raisons, parmi lesquelles la situation actuelle de la IVème Internationale, au sein de laquelle deux tendances principales débattent la stratégie et la tactique à appliquer en pratique. Ce débat a entralné, au Mexique, une scission du GCI, scission qui donna naissance à la Liga Socialista. Le premier congrès du GCI devait aborder sérieusement ce Après une discussion très approfondie sur ce point, le congrès a adopté la résolution suivante : "Le Congrès accepte le processus de fusions avec la Liga Socialista, sur la base du développement d'un travail en commun entre les deux organisations. De même, il accepte l'élection d'une commission du GCI qui, avec une commission de la LS, formera une commission paritaire qui sera chargée d'organiser les travaux précédents la fusion, processus qui, de la part du GCI, s'orientera sur la base des résolutions de ce congrès". On a préparé, par cette décision, la construction à court terme de la section mexicaine de la IVème Internationale, qui résultera de l'unification du GCI et de la LS, à savoir les deux organisations de la IVème Internationale au Mexique. Le congrès du GCI a ainsi marqué une réelle étape vers la conjugaison du projet marxiste-révolutionnaire et du processus même de la lutte des classes. De ce point de vue, le premier congrès du GCI était étroitement lié aux problèmes soulignés par le 9ème et le 10ème Congrès Mondiaux de la IVème Internationale. De fait, d'une certaine manière, on ne peut l'expliquer sans une com-
préhension adéquate de ces deux congrès. Le 9ème congrès avait initié la transformation du mouvement de la IVème Internationale. montée puissante de la révolution mondiale qui commença en 1968, les tâches de construction de la direction marxiste-révolutionnaire s'étaient transformées. Ernest Mandel définissait ainsi le changement organisationnel qui présidait au 9ème congrès mondial : "La pénétration du marxisme-révolutionnaire jusqu'à la construction de partis révolutionnaires de masse n'est pas encore possible, ce sera la tâche de la prochaine étape. Mais à l'étape actuelle il est possible de construire des organisations d'avant-garde capables d'initiatives autonomes dans la lutte révolutionnaire. L'histoire démontrera que ces initiatives pourront exer cer une influence loin d'être négligeable sur le comportement, l'activité et le niveau de conscience des masses. plus larges. Dans ce sens, le 9ème Congrès Mondial est le congrès qui initie la transformation du mouvement trotskyste d'un groupe de propagande en une organisation de combat, capable de diriger effectivement les actions révolutionnaires d'avant-garde". (Revue IVème Internationale, Paris, juillet 1969). Au Mexique, le GCI, dont une délégation participa au 9ème Congrès Mondial, était un exemple typique de ce que Mandel décrivait : un groupe trotskyste lié à des éléments représentatifs de l'avant-garde mexicaine qui avait assuré sa place dans l'histoire révolutionnaire du pays en 1968. Mais le développement du GCI a été plus difficile que pour d'autres organisations de la IVème Internationale qui sont apparues (comme la Liga Comunista Revolucionaria-ETA VI en Espagne) ou se sont renforcées (comme la Ligue Communiste en France) dans la même période. Deux facteurs ont joué pour rendre plus difficile le développement du GCI. En premier lieu, l'absence de continuité collective, politique et organisationnelle du trotskysme au Mexique, et, en second lieu, les problèmes de la construction de la IVème Internationale en Amérique Latine, aggravés, en général par l'absence d'expérience et de tradition dans la lutte prolétarienne. En Amérique Latine le projet marxiste-révolutionnaire est confronté non seulement à l'ennemi traditionnel qu'est la bureaucratie ouvrière (le stalinisme et le réformisme de type social-démocrate), mais il doit également se battre contre l'influence insidieuse, dans de nombreux cas décisive, du populisme bourgeois et petit-bourgeois. A leur manière l'Argentine et le Mexique sont deux exemples de ce dernier phénomène. Au Mexique le GCI a dû affronter avec une très grande immaturité politique la domination quasi-absolue du réformisme stalinien et la politique démagogique du bonapartisme mexicain. Toute une série de facteurs objectifs et subjectifs ont fait que le GCI a dû commencer pratiquement à zéro, à l'exception d'un petit patrimoine politique et organisationnel, de caractère avant tout 'individuel. Depuis 1969 nous avons commencé à résoudre les tâches fondamentales du projet marxiste-révolutionnaire pratiquement inédites durant toute l'histoire de la gauche de ce siècle : caractérisation de la révolution mexicaine, du gouvernement qui en est issu, de la formation sociale actuelle, du "charrismo" • syndical, des tâches à accomplir en tenant compte des conditions spécifiques du GCI, groupe marxiste qui devait enraciner le plus rapidement possible le projet marxiste-révolutionnaire, par une action propagandis -te, ce qui avait pris, pour d'autres sections de la IVème Internationale, des années, sinon des décades; un groupe marxiste qui devait, en même temps, afin de ne pas courir le risque de s'isoler de l'avant-garde apparue en 1968, participer, dans la mesure de ses forces, aux actions que celle-ci entreprenait. Le congrès a fait un bilan positif de l'accomplissement de toutes ces tâches du noyau du parti. Il a fait un jugement sobre de son travail, en évitant la voie facile du triomphalisme. Mais le congrès a également constaté que la raison fondamentale pour laquelle un petit groupe de camarade dirigeants et militants du mouvement de 1968 a pu lancer, avec des chances de succès, cette entreprise énorme en octobre 1968 est que cette entreprise ne fut pas placée sous le signe d'un projet centriste de plus, mais se donnait comme perspective la construction de la section de la IVeme Internationale au Mexique. Le groupe de 15 camarades fondateurs du GCI savait que la meilleure façon de construire le parti national était de participer à la construction de l'Internationale révolutionnaire qui, aujourd'hui plus que jamais, doit déterminer tous les efforts du renouveau comLes résolutions adoptées sur la construction du par -ti révolutionnaire et sur la situation du mouvement ouvrier et les tâches des marxistes-révolutionnaires sont une base solide sur laquelle peut commencer la seconde phase de construction du parti . Le Comité Central élu par le congrès a été formé en accord avec les votes obtenus par les deux tendances. Une Commission de Contrôle a également été élue. Finalement, le congrès, dans sa déclaration d'ouverture lança un appel aux révolutionnaires mexicains pour qu'ils considèrent comme le leur le bilan positif de ses travaux.
L'EVOLUTI