S. JABER L'article du camarade Jon Rothschild, paru dans INPRECOR N° 13 du 28 novembre et intitulé "Le tournant de l'OLP" appelle quelques remarques. La thèse principale de l'article -- contrairement à ce que pourrait indiquer son titre -- est d'affirmer la"continuité politique fondamentale dans l'orientation de la direction de l'OLP" nuité politique que la lecture de l'article permet de comprendre comme continuité programmatique. L'axe de cette continuité, toujours selon l'article, est le programme de l'"Etat démocratique et lalc en Palestine". Outre le fait qu'il ignore l'aspect national de la question juive en Palestine, nous avons traditionnellement critiqué ce programme de deux points de vue complémentaires : (1) celui de la révolution permanente, dans la mesure où ce programme créé des illusions sur la possibilité de libérer la Palestine sous une direction bourgeoise démocratique; (2) celui de la révolution arabe, dans la mesure où le même programme crée des illusions sur la possibilité de libérer la Palestine par les seules forces du peuple palestinien. Cette critique ne signifie en aucune façon - - et
Nous publions ci-dessous trois arti de Libération de la Palestine. Le au sujet d'un premier article sur l' cle est une réponse à ces comment d'une analyse faite dans le numéro nal publié tous les deux mois par 1 la région de l'Orient arabe. c'est ici la source de la confusion que commettent certains secteurs de notre mouvement, malgré le fait qu'il s'agit d'un aspect élémentaire du trotskysme -- que les revendications démocratiques et lalques n'ont point de valeur dans la lutte contre le sionisme. Bien au contraire, elles sont très importantes pour la lutte de nos camarades à l'intérieur d'Israel. Mais, précisément, le programme "démocratique" n'a aucune valeur mobilisatrice à l'extérieur d'Israel : il ne fait que coiffer d'illusions le but réellement mobilisateur, celui de la libération de la Palestine, c'est-à-dire la destruction de l'Etat sioniste et le rétablissement du peuple arabe palestinien dans ses droits nationaux légitimes. Or le programme fondamental de Fatah, de l'OLP, du FPLP, etc., dont découlent leurs noms mêmes, était celui de la libération de la Palestine, et non pas celui de l'Etat démocratique et laic qui est surtout destiné à la consommation extérieure ( à l'ONU par exemple!). C'est ce que n'a pas vu le camarade Rothschild qui va jusqu'à affirmer dans son article que "les dirigeants du Fatah considéraient la lutte contre l'Etat sioniste fondamentalement comme une lutte visant à éliminer de
stine
NDE L'OLP.
traitant de l'évolution de l'Organisation nier article fait quelques commentaires P publié dans INPRECOR; le second artis; le troisième article est une traduction anvier-février 1975 de Al-Mounadel, jourilitants de la IVeme Internationale dans la Palestine une des forces sociales arriérées qui avaient déjà été éliminées de pays comme l'Egypte, la Syrie et l'Irak...", ce qui est une aberration totale. Le but de la lutte du Fatah n'était nullement de "démocratiser et de séculariser la Palestine de la même façon que l'Egypte avait eté démocratisée et sécularisée par la révolution nassérienne...". Il était d'abord et avant tout de libérer la Palestine, de la même façon que l'Algérie fut libérée. C'est tout l'aspect national domi nant de la lutte palestinienne que le camarade Rothschild passe sous silence. Ainsi, le tournant de l'OLP est bien plus radical que ce que la lecture de l'article du camarade Rothschild permet de croire : il est vrai que le but final n'est pas abandonné; il est maintenu, mais dans la même mesure que le but communiste est maintenu par les partis staliniens, c'est-à-dire qu'il est abandonné en pratique et de plus en plus en théorie. La direction de l'OLP tente de faire croire que l'Etat palestinien qu'elle s'efforce d'obtenir sert le but de la libération de la Palestine; en fait, cet Etat naissant dans le cadre de la "solution pacifique" et donc de la garantie de la sécurité de l'Etat sioniste et de sa reconnaissance de facto par les Etats arabes, est en pleine contradiction avec la lutte de libération nationale du peuple arabe palestinien : il implique l'arrêt de la lutte armée palestinienne, aspect fondamental de cette lutte de libération. Il ne s'agit donc pas d'un simple changement de forme de lutte, mais bien d'une trahison de fait du but final (en quoi nous retrouvons l'unité dialectique de la forme et du contenu). Le camarade Rothschild en arrive à écrire : "Dans le passé, les dirigeants du Fatah pensaient que, dans les conditions du Moyen-Orient, ce but ne pourrait être atteint que par la guerre populaire. Ils croient maintenant qu'on peut l'atteindre par une évolution pacifique en commençant par l'établissement d'un Etat palestinien sur la rive occidentale du Jourdain". Il est évident, en fait, que ce ne sont pas les "croyances"' de ces dirigeants qui ont changé mais bien plutôt leurs objectifs ; et ce tournant est le résultat d'une transformation classique entre toutes pour les trotskystes : la dégénérescence bureaucratique de la résistance palestinienne, devenue "appareil d'Etat sans Etat en quête d'un Etat aux moindres frais"' - après que la balance de son jeu d'équilibre bonapartiste ( de la direction s'entend) ait été modifiée. Cette analyse marxiste nécessaire du tournant de l'OLP est absente de l'article du camarade Rothschild. Nous n'en dirons pas plus, ce sujet étant abor• dé dans un article de Al-mounadel reproduit dans ce numéro d'INPRECOR. Une dernière remarque pour conclure : le camarade Rothschild termine son article par un pronostic-alternative plutôt sombre : nouvelle conflagration ou écrasement de l'avant-garde de la révolution arabe. Il s'agit là d'une interprétation erronée de la "solution pacifique" : même si nous considérons l'avant-garde palestinienne comme avant-garde de la révolution arabe (ce qui est, pour le moins, discutable), l'Etat palestinien ne signifiera pas son écrasement, mais bien plutôt la création de meilleures conditions pour son développement : regroupement des palestiniens et donc de l'avant-garde palestinienne; fin du pou-
OLP voir mystificateur de la direction de l'OLP et donc de son emprise sur une partie des masses; structuration sociale inter-palestinienne et donc cristallisation des luttes de classes, etc.. Il n'y aura pas d'écrasement significatif dans la mesure où le rapport des forces ne peut qu'inciter les opposants à la réserve, et d'ailleurs, tout affrontement (limité) ne pourra qu'alimenter la lutte future au sein de l'Etat palestinien. ce sens, comme l'affirme Al-mounadel, la création d'un Etat palestinien ne fera qu'ajouter un gouvernement de plus à ceux que la révolution arabe aura à abattre !
UNE REPONSE
J.ROTHSCHILD ser les ouvriers et les paysans dans l'ensemble de la région arabe. En effet, nous sommes également d'accord sur les aspects essentiels de la faiblesse du programme de l'OLP : qu'il crée des illusions sur la possibilité de libérer la Palestine sous une direction démocratique bourgeoise et qu'il présente la possibilité de libérer la Palestine avec les seules forces du peuple palesti-
Je pourrais ajouter ici que l'article de Al-Mounadel décrivant la dégénérescence bureaucratique de la direction de la résistance souligne le processus concret de transformation de la direction de la résistance - - les causes matérielles de cette transformation et le mécanisme par lequel elle s'est opérée. Où se trouve donc le désaccord, si désaccord il y a ? Le camarade Jaber décrit le but fondamental ( précédent) des organisations de la résistance comme étant la libération de la Palestine plutôt que la construction d'un Etat palestinien démocratique et lalc, ceci n'étant, selon lui, qu'un slogan destiné exclusivement à la consommation externe. Il y a certainement quelque chose de vrai là-dedans. Mais cela ne me semble pas être l'entière vérité. La libération de la Palestine si-