Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ARGENTINE

Assassinat de notre camarade Pancho Carricaburu

Inprecor (première série) n° 20, 27 février 1975 · p. 30-31 · 953 mots

Argentine et Chili

ARGENTINE assassinat de notre

L'information que nous publions ci-dessous a été diffusée dans le journal de la Liga Comunista Revolucionaria (Ligue Communiste Révolutionnaire), organisation sympathisante de la IVème Internationale en Argentine. Le 20 décembre dernier, notre camarade "Pancho" Carricaburu fut assassiné par des agents de la Police fédérale. Ce nouvel assassinat, très douloureux pour notre organisa -tion -- quelques jours après la mort de nos camarades Mario Rodriguez et Adriana Drangosch-- eut lieu en plein centre de Buenos Aires, sur la place San Martin. La police essaya de présenter cet assassinat -- version diffusée par toute la presse bourgeoise - - come un incident de plus de la chronique criminelle qui se reproduit quotidiennement dans notre pays. Mentant effrontément, la police présenta notre camarade comme un voyou qui avait frappé et volé une vieille dame, suscitant ainsi la poursuite de la police et un affrontement confus au cours duquel il trouva la mort. Nous connaissons bien les méthodes de la police, non seulement envers les militants révolutionnaires mais également envers les délinquants de droit commun. Il n'y a qu'à rappeler la série d'assassinats sommaires. Il y a peu de mois, quand paraissait encore le quotidien Noticias, il soulignait chaque jour l'horrifiante statistique : 7, 10, 15 "délinquants" assassinés quotidiennement par une police qui se tirait toujours miraculeusement de ces prétendus "affrontements violents".

Place San Martin, le camarade "Pancho" était absolument sans arme et même la version policière reconnait qu'il fut arrêté par plusieurs agents. Il aurait beau avoir résisté, il est clair que la police a agi avec sa brutalité et son mépris traditionnels pour la vie de tout "suspect" (et, aujourd'hui, dans le pays, tout le peuple est, a priori, "suspect"'). Nous dénonçons l'assassinat du camarade Pancho comme un acte de plus de l'escalade répressive effrénée et comme un exemple supplémentaire des méthodes de la police. Il s'agit d'un assassinat effronté contre une personne désarmée, en plein centre de la capitale. Une vaste trajectoire militante Le camarade "'Pancho" était effectivement connu par les services de la Sécurité Fédérale à cause de son activité militante. Il commença à militer à l'âge de 16 ans quand il était encore lycéen. En 1962, à 18 ans, il entra à l'Université Nationale du Sud à Bahia Blanca, où, en tant qu'étudiant de Chimie, il fut rapidement reconnu comme dirigeant dans le milieu étudiant de cette ville. Dès le départ il manifesta une forte opposition à la politique réformiste et conciliatrice de coexistence pacifique défendue par le Parti Communiste. En 1963, il est élu président du Centre des Etudiants Ingénieurs de l'Université Nationale du Sud et, à partir de cette date, il participa en tant que délégué à différents congrès de la Fédération Universitaire Argentine (alors qu'elle était encore unifiée). A cette époque, il for-

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ma avec quelques camarades un groupe étudiant (Regroupement Réformiste Indépendant) en opposition à l'orientation du PC dans les Centres étudiants et influencé par la révolution cubaine, dont l'impact se faisait sentir alors très fortement dans le pays, comme dans toute l'Amérique Latine. Il participa activement aux mobilisations étudiantes d'opposition au coup d'Etat de Ongania en 1966. En 1967 son progrès politique dans la critique du stalinisme l'amena à adhérer au trotskysme et il entra dans le groupe Palabra Obrera. (Voix Ouvrière). Il milita dans le ecteur étudiant et ouvrier, car il était ouvrier cheminot. Il participa activement à la grève des cheminots de 1967 qui, avec la lutte des travailleurs du sucre et des ports, marqua l'opposition ouvrière à la dictature et à la politique anti-populaire de Krieger Vasena. Après la grève il fut licencié comme beaucoup d'autres travailleurs qui participèrent à cette lutte. En 1969, il participa aux mobilisations ouvrières et étudiantes de solidarité avec le Cordobazo à Bahia Blanca et il y joua un rôle d'avant-garde. A la mi69 il est arrêté et accusé de faire partie d'un groupe de guérilla qui envisageait d'assassiner le Ministre de l'Intérieur lors d'une visite à Bahia Blanca. Torturé, il passa 3 mois dans la prison de Villa Floresta, dans cette ville. Il fut remis en liberté provisoire C'est l'éclatement de la lutte de masse sous forme explosive, semi-insurrectionnelle, durant le Cordobazo qui posa, dans de larges secteurs de l'avant-garde et des secteurs radicalisés de la classe ouvrière et du mouvement étudiant, la question de l'actualité de la lutte armée en Argentine. C'est autour de cette question qu'il rompit avec Palabra

Obrera au début de 1970. Au cours de cette année, il continua à militer en tant qu'étudiant et ensuite en tant que professeur, dans les assemblées contre la dictature, dans les manifestations de rue, dans le département d'Economie Politique de l'Université, ce qui l'amena à être arrêté une seconde fois. Ses capacités politiques et intellectuelles l'amenèrent à former un groupe de professeurs marxistes qui réussit, dans le département d'Economie Politique, à imposer un plan d'étude marxiste, ce qui permit la politisation d'un noyau important d'étudiants qui adhérèrent à des organisations de la gauche révolutionnaire. A la fin 1972 le camarade Pancho rejoignit le courant d'opposition marxiste-révolutionnaire naissant qui allait donner lieu à la Fraction Rouge du PRT et plus tard à la Ligue Communiste Révolutionnaire, Sa solide formation trotskyste l'amena à jouer un rôle important et à assumer diverses responsabilités de direction dans notre organisation, Quinze années de militantisme révolutionnaire représentent une trajectoire exemplaire d'un intellectuel révolutionnaire intégré à la lutte de la classe ouvrière. Cette trajectoire est significative, pour notre organisation, de tout un processus de recomposition de l'avant-garde au cours duquel apparaissent les éléments et les opportunités qui permettront la formation du parti marxiste-révolutionnaire. Camarade Pancho, nous poursuivrons ta lutte pour le pouvoir ouvrier et pour le socialisme, pour la IVème Internationale ! Hasta la Victoria, Siempre !O

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