Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BELGIQUE

Glaverbel : une grève exemplaire des verriers

Inprecor (première série) n° 20, 27 février 1975 · p. 28-29 · 1 114 mots

Syndicalisme Belgique France

nouvelles mouvement ouvrier et de l'internationale Notre camarade André Henry, délégué principal de Glaverbel demande des comptes à Riboud, PDG de BSN lors de l'occupation du siège de la multinationale du verre à Paris le 17 février. Depuis le 16 janvier 1975, 600 travailleurs de l'usine de Glaverbel à Gilly (Charleroi) sont en grève avec occupation de l'usine pour lutter contre la menace de fermeture annoncée par le patron : le trust multinational français B.S. N. qui, avec le trust multinational français Saint Gobain et le trust britannique Pilkington, contrôle toute l'industrie verrière européenne. Cette grève tenace, qui en est à sa cinquième semaine, et qui oppose 600 travailleurs à un trust hyper-puissant, expoitant au total 73. 000 ouvriers et employés dans le monde, est exemplaire par de nombreux aspects : - elle est dirigée démocratiquement par les travailleurs eux-mêmes. Ceux-ci ont élu un comité de grève réunissant 2 à 3 grévistes élus par les travailleurs de chaque secteur, révocables à tout instant par les assemblées de base et tenus derapporter régulièrement devant les assemblées générales; - elle intègre la démocratie ouvrière la plus large avec le souci de conserver la structure syndicale permanente. Le dirigeant du comité de grève, le camarade André Henry est en

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même temps délégué principal du syndicat FGTB ( Fédération Générale des Travailleurs de Belgique - - la principale centrale syndicale de Belgique) dans l'usine. - elle a réussi à déclencher un vaste mouvement de sdlidarité englobant tout le mouve -ment syndical de la région de Charleroi. Le 21 janvier, un congrès extraordinaire interprofessionnel de la FGTB de Charleroi, réunissant 500 délégués représentant des dizaines de milliers de travailleurs accepte, sous la poussée de la base, de faire de la non-fermeture de Glaverbel-Gilly un préalable à toute négociation inter-professionnelle avec le patronat et décide d'organiser des manifestations de solidarité. L'autre centrale syndicale, la CSC ( Centrale Syndicale Chrétienne) est également associée au mouvement de solidarité; - l'organisation de la solidarité n'est pas laissée dans les seules mains des directions syn-

Des comités de solidarité sont créés dans de nombreuses villes belges, des contacts établis avec les travailleurs de nombreuses usines, la solidarité agissante forgée avec les ouvriers d'une autre usine wallonne soulevée contre la menace de fermeture, ceux des Cristalleries du Val St Lambert près de Liège; une délégation de Glaverbel-Gilly participe à la manifestation de 5. 000 travailleurs liègeois, qui protestent contre les menaces de fermeture du Val; - la conscience du fait que les travailleurs de Glaverbel-Gilly ne réussiront pas à tenir seuls

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face à un trust multinational puissant est largement répandue. Un premier effort visant à étendre la lutte est fait avec la tentative de faire déclencher dès le 17 février une grève générale de tous les sièges wallons de Glaverbel qui dépendent du trust BSN; - les revendications avancées, qui reflètent le haut niveau de conscience de classe des travailleurs de Glaverbel-Gilly, sont aperçues par des secteurs croissants de la classe ouvrière wallonne et flamande comme la riposte la plus efficace à la récession économique : refus de toute fermeture ou licenciement; réduction immédiate de la semaine de travail à 35 heures ou moins, sans réduction des salaires, pour assurer que tous conservent leur emploi; en cas de refus du patronat de maintenir l'entreprise, nationalisation immédiate de celle-ci sous contrôle ouvrier; - les manoeuvres patronales, relativement faciles en verrerie vu la possibilité du patron de mettre tout le monde en "chômage technique" pendant longtemps si le four s'éteint, sont déjouées par une tactique audacieuse, Les travailleurs maintiennent le fonctionnement du four et la production dans l'usine occupée, puis, à partir du 10 février, commencent à vendre la production pour alimenter la caisse de grève, appliquant ainsi l'exemple de la grève de LIP à Besançon en France; dès le 23 a lieu la première "paie sauvage": - la nécessité d'étendre la lutte à l'échelle européenne est constamment soulignée. Des contacts avec les syndicats des travailleurs du verre sont d'abord pris en France. Des tentatives sont faites pour étendre ces contacts à l'Allemagne Fédérale, la GrandeBretagne, l'Italie, les Pays-Bas. Une action commune syndicale franco-belge (FGTB, CSC, CGT, CFDT) réunit plus d'un millier d'ouvriers du verre le 17 février dans la banlieue parisienne, qui occupent le siège du trust BSN. Le camarade André Henry croise le fer devant les travailleurs avec le "grand patron" de BSN, Riboud, scène que la télévision belge retransmettra le soir même. Une action commune des syndicats et des travailleurs de tous les pays européens, exploités par un même trust, est indispensable pour déjouer la stratégie internationale des "multinationales". Cette action ne doit pas seulement se situer au niveau des sommets syndicaux, mais encore à celui des délégués de base et des travailleurs du rang. Ceux-ci doivent acquérir le réflexe de se contacter et de se concerter immédiatement, dès qu'une menace pèse sur un quelconque groupe de travailleurs, dans un quelconque pays concer né, ou dès qu'une action ouvrière est envisagée quelque part contre un trust multinational. La presse internationale a présenté la manifestation du 17 février 1975 à Paris comme la première action ouvrière directe à l'échelle européenne, contre un trust multinational. A strictement parler cela n'est pas exact, Il y eut déjà une manifestation franco-suisse à La Chaux-de-Fonds, en solidarité avec la grève de LIP, puis l'occupation conjointe d'usines néerlandaise et allemande du trust chimique AKZO pour faire retirer la menace de licenciement de 6. 500 ouvriers dans 4 pays. Il reste vrai que la manifestation européenne des ouvriers du verre du 17 février (à laquelle participèrent également quelques allemands), par la manière dont elle a été conçue et organisée, marque une nouvelle étape dans la création d'un dispositif de combat ouvrier à l'échelle européenne, contre les trusts multinationaux et ce, malgré ses dimensions encore fort modestes. La Ligue Révolutionnaire des Travailleurs, section belge de la IVème Internationale, dont le camarade André Henry, délégué principal de Glaverbel-Gilly, est un militant dirigeant, a été constamment sur la brèche pour amplifier l'appui et la solidarité à la grève des ouvriers du verre. Elle a publié un dossier (Livre Noir) sur les dessous économiques de la menace de fermeture de l'usine de Gilly, dossier qui a connu un écho très large dans la presse et l'opinion publique belge. Elle a largement contribué à la mise en place et à l'extension des comités de solidarité et a organisé de nombreuses réunions publiques à cette fin. A l'occasion de la manifestation internationale de Paris, la LRT a publié avec nos camarades français de la Ligue Communiste Révolutionnaire, un numéro commun de La Gauche-Rood-Rouge sur la lutte des verriers contre BSN. C

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