TCHECOSLOVAQUIE Une des affirmations préférées du gouvernement tchécoslovaque à l'ombre des chars soviétique est qu'il ne doit sa victoire sur les "opportunistes" et autres "révisionnistes'' qu'à l'emploi exclusifs de moyens qui appartiennent au domaine de la persuasion politique. Sans même parler de l'armée d'occupation soviétique qui, avec encore aujourd'hui près de 100.000 soldats, représente un argument tout à fait décisif, il reste de nombreux autres moyens qui permettent aux puissants de garder leur pouvoir. Si le nombre des emprisonnés et des condamnés témoigne de leur efficacité, la manière dont l'appareil de répression essaie de se débarasser des gêneurs est tout aussi significative. Ainsi, tel est le cas d'Ivan Dejmal, âgé de 28 ans, qui est aujourd'hui en prison et en danger. Il est vrai que ce n'est pas la pre -mière fois puisque la machine se mit en route contre lui dès 1970. Cette année-là, peu de temps avant d'avoir terminé ses études à l'Ecole Supérieure d'Agriculture, il fut arrêté et inculpé pour appartenance au Mouvement de la Jeunesse Révolutionnaire. de ceux que le gouvernement tchécoslovaque appela "le groupe trotskyste Petr Uhl et Cie" devait ouvrir la série des procès de la normalisation. Comme tous ses coinculpés, Dejmal resta en détention préventive un an et demi dans d'incroyables conditions, ce qui ne l'empêcha pas de se conduire avec courage face à toutes les pressions psychologiques et physiques des magistrats instructeurs de
Il s'agissait, pour ces derniers, de prouver que le MJR avait pour but de "créer des crises politiques", et, pour cela, la presse tchécoslovaque, reprise en main par les normalisateurs, ne lésina pas sur les moyens et la propagande, allant même jusqu'à affirmer que, "comme Trotsky, ses héritiers ( c'est-à-dire les inculpés - - Inprecor) reçoivent des subventions qui se chiffrent par millions, qui dépassent les possibilités
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Ivan Dejmal
des individus, et dont le FBI et la CIA doivent bien avoir connaissance!!. Devant ses juges, Dejmal fit tout pour ne pas se rendre complice de la farce préfabriquée qu constituait son procès. Sa conduite provoqua une telle colère des organes de répression, qu'à l'expiration de sa peine de 2 ans d'emprisonnement, et malgré sa mauvaise condition physique, (il a eu des ennuis biliaires et souffre des suites d'une jaunisse), Ivan Djemal fut appelé au service militaire. Sortant de prison, il n'était pas un militaire comme les autres, mais un "politique" qu'il fallait garder à l'oeil en permanence. Entravé à chaque pas par des interdictions de toutes sortes, entouré à chaque moment par une nuée de mouchards, Ivan Djemal n'y tint plus et durant l'été 1974, fit une tentative de suicide. La pression psychologique, sciemment orchestrée par la police secrète, semblait avoir atteint son but. Après quelques semaines de "traitement" dans le département psychiatrique de l'hôpital militaire de Prague (où les conditions sont à peu près identiques à celles d'une prison), Ivan Djemal fut renvoyé à son unité. Il ne fallut qu'une semaine à la police secrète pour le ramener en prison. Avec cette fois, en guise d'inculpation, un motif susceptible de l'y retenir 3 ans : atteinte au moral des troupes. L'acharnement de la police contre Sejmal s'explique aisément lorsque l'on sait qu'il est, avec une trentaine d'anciens prisonniers politiques de la normalisation, l'un des signataires du courageux manifeste de solidarité aux travailleurs et démocrates chiliens ( voir INPRECOR N° 9, 3 octobre 1974). Ce manifeste, largement diffusé dans la presse internationale, distribué même clandestinement au Chili, critique violerament les auiorités tchécoslovaques, dont l'inquiétude officielle et hypocrite pour les victimes de la répression au Chili n'est pas contra-
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dictoire avec "le dynamisme du commerce entre la junte chilienne et la tchécoslovaquie, ain -si qu'avec le refus de la Tchécoslovaquie d'offrir l'asile aux réfugiés chiliens". Le manifeste conclut en affirmant que les véritables amis de la résistance chilienne sont ceux qui ont été réprimés par le régime pour avoir agi en accord avec leurs convictions socialistes... en Tchécoslovaquie. Ce manifeste n'a bien sûr pas été publié par la presse officielle tchécoslovaque; par contre, il a attiré sur ses signataires les foudres de la police secrète qui n'a pas tardé à arrêter quatre d'entre eux. Bien que toujours poursuivis, trois sont aujourd'hui en liberté provisoire. Seul Dejmal reste en prison. Aux dernières nouvelles, le procès aurait débuté début février, puis aurait été suspendu. Il devrait reprendre incessamment et se terminer par une lourde condamnation.
Mais plus que la condamnation elle-même, ce qui est à craindre par dessus tout c'est la pression psychologique des méthodes policières face auxquelles Ivan Dejmal, seul, va se retrouver. Sans la solidarité de l'opinion publique progressiste et démocratique, l'espoir de sauver la vie de Ivan Dejmal est faible. Très faible. Après tout, ce ne serait pas le premier prisonnier politique des années 70 à avoir, en se suicidant, "choisi la liberté' tout en restant en Tchécoslovaquie! IL FAUT LE SAUVER ! LIBERTE POUR IVAN DEJMAL! SOLIDARITE AVEC TOUS LES PRISONNIERS POLITIQUES DE TCHECOSLOVAQUIE!
Tibor Sereti 5 mars 1975