La revue Praxis, qui fut pendant de longues années le centre de réflexion principal des marxistes yougoslaves, a été brutalement supprimée par la bureaucratie régnante. Ainsi se précise le cours plus répressif du régime yougoslave, de plus en plus tourné contre la gauche. Le revue Praxis fut publiée, à partir de 1965, par le département de philosophie de l'université de Zagreb. Parmi ses rédacteurs, il y a non seulement quelques uns des marxistes les plus doués du pays, mais encore de vieux combattants chevronnés du PC yougoslave qui s'étaient trouvés à l'avant-garde de la guerre des partisans pendant l'occupation nazie. Les rédacteurs de la revue étaient des partisans résolus de l'autogestion, des adversaires irréconciliables tant du centralisme bureaucratique à la stalinienne que des tendances pro-bourgeoises et pro-capitalistes. Ils avaient notamment combattu la renaissance du nationalisme croate, longtemps avant que les dirigeants de la Ligue Communiste Yougoslave ne daigna se préoccuper de ce phénomène. Mais les rédacteurs de Praxis refusaient d'être les apologistes inconditionnels de toutes les déformations, contraires aux intérêts des travailleurs et du socialisme, que le régime bureaucratique yougoslave avait suscitées ou tolérées. De même que les huit professeurs critiques de l'université de Beograd, licenciés Suite de la page 48 par les autorités en violation flagrante des principes de l'autogestion, ils dénoncèrent notamment les méfaits de l' "économie socialiste de marché", la montée de l'inégalité sociale et des privilèges matériels, les abus de pouvoir et la corruption de la bureaucratie régnante, le retour au chômage et l'affaiblissement de l'autogestion par suite du monopole du pouvoir dans les mains de la bureaucratie. C'est ce combat courageux que leur reproche le groupe au pouvoir. La revue Praxis, pas plus que les professeurs de Beograd, ne partage les positions trotskys-
Les accusations qui furent lancées contre elle à ce propos, au dernier Plenum du Comité Central de la LCY, étaient sans fondement. Les dirigeants de la LCY le savent parfaitement. Mais les marxistes-révolutionnaires, fidèles aux principes de la solidarité internationale prolétarienne et de la démocratie socialiste la plus large, appuyent et appuieront le combat des professeurs et étudiants de Beograd et de Zagreb contre toutes les violations de la légalité socialiste, contre tout retour aux mesures adminis -tratives et répressives pour trancher des débats idéologiques, contre toute suppression de courants politiques qui s'insèrent clairement dans la lutte pour la construction du socialisme. L'expérience de la revue Praxis confirme ce que la IVème Internationale ne cesse d'affirmer depuis des années. Une véritable autogestion ouvrière réclame l'exercice du pouvoir par les conseils ouvriers et leurs congrès, tant sur le plan politique que sur le plan économique, tant au niveau des entreprises qu'à celui des localités, des régions et du pays tout entier. Elle exige la démocratie socialiste la plus large et la fin de tout monopole du pouvoir entre les mains d'un seul groupe politique, qui ne peut être que la courroie de transmission des intérêts et des appétits de la bureaucratie privilégiée, fondamentalement hostile à l'autogestion.