Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

POLOGNE

Les managers « socialistes »

Inprecor (première série) n° 22, 27 mars 1975 · p. 19-23 · 3 164 mots

Pologne Syndicalisme

2. LES MANA(

"SOCIALIST

" Dans l'industrie, les chefs comme les subordonnés sont d'accord avec le système qui implique que des ordres soient exécutés, et trouvent parfaitement normal qu'un directeur général ait dans son bureau des portes tapis - sées avec du cuir et un fauteuil luxueux, un directeur de département, un simple bureau et un fauteuil ordinaire, le contrematre seulement une chaise derrière une cloison et l'ou - vrier un simple tabouret"'.

A. K. Wroblewski

L'Echelle Inclinée

Polityka, 5/1/1974

A quoi sert le conseil des travailleurs?

Dans l'industrie, la hiérarchie rigide, la règle de la "direction unique", c'est-à-dire la prise de toutes les décisions importantes par le directeur-en-chef, et sur sa responsabilité personnelle - - tout cela n'est pas nouveau dans les pays de l'Est en général, et en Pologne en particulier.

FERS

ES"

La loi, c'est vrai, prévoir aussi une possibilité d'intervention des "conseils des travailleurs de l'entreprise" dans la gestion de leur lieu de travail. Les "conseils des travailleurs" sont nés à la suite des évènements de 1956 et ont été conçus alors comme un organisme d'autogestion ouvrière. L'apparition notamment dans les cercles proches de l'hebdomadaire de l'intelligentsia de gauche Po Prostu) des mots d'ordre du type "tout le pouvoir aux conseils ouvriers" a été d'ailleurs une des raisons principales du coup de frein donné par la bureaucratie en 1957 au processus de dégel et de radicalisation entamé en 1956. Le rôle des "conseils des travailleurs" est devenu, dans la logique de la politique de Gomulka après 1957, purement formel. Ils furent du reste intégrés en 1958 dans les "Conférences de l'Autonomie Ouvrière" qui encadraient dans chaque entreprise le conseil par le comité syndical et l'instance de base du parti.

Page 20

Une des revendications des ouvriers révoltés des ports de la Baltique en 1971 a été l'élection démocratique des conseils des travail -leurs et la reconnaissance du pouvoir qui leur est accordé par la loi. La réponse des bu -reaucrates (cette fois-ci l'équipe de Gierek) a été claire. Une fois la grève terminée, de nombreux travailleurs combatifs ont été éloignés des chantiers et dispersés à travers la Pologne, afin d'éviter une reconstitution, même embryonnaire, de structures d'autogestion ouvrière (voir à ce sujet l'article Gierek Face aux Travailleurs, Inprecor N° 10). Le débat ouvert par l'hebdomadaire Polityka en 1973, sur le rôle des conseils des travailleurs, a révélé que les conseils se limitent en général à entériner les décisions de la direction. Les membres des conseils sont dans leur très grande majorité des administrateurs et des cadres. Cette situation se "justifie" par le rôle (purement formel évidemment) du conseil dans l'acceptation du plan

Questions Les conseils des travailleurs sont nécessaires parce que : (1) Ils ont une influence sur les problèmes sociaux des travailleurs 2) Ils défendent les ouvriers (3) Ils s'occupent de la production (4) Ils aident la direction La tâche de contrôle de la gestion de l'entreprise n'a même pas été mentionnée, malgré le fait que, selon la loi, elle doit être le rôle. principal des conseils... Il est intéressant de souligner que la majorité des cadres qui se sont exprimés (contrairement aux ouvriers) voit dans l'aide à la direction, sous formes diverses, la tâche principale du conseil des travailleurs. Certains articles ( par exemple W. Piotr, Zycie Gospodarcze, 7/10/1971; T. Kurczynski, U. Wojciechowa, Zycie Gospodarcze, 14/11/1973) poussent cette idée encore plus loin et proposent aux conseils des travailleurs de veiller à la discipline du travail et même... d'organiser des licenciements des travailleurs "nuisibles' -. tout cela en colla -boration étroite avec la direction. Dans ces conditions, la direction, et en particulier le directeur en chef, a un pouvoir presque absolu dans "son"entreprise. Très fréquemment, les organisations des travailleurs (les syndicats, les conseils des travailleurs)

par l'entreprise. Dans les cas, très rares, où les conseils s'opposent à l'avis de la direction, il y a fréquemment une répression directe ou indirecte des "rebelles". Pour remédier à la transformation des "'conseils des travailleurs' en simples comités de spécialistes, J. Maziarski, l'auteur d'une enquête sur le rôle des conseils (Polityka, 19/9/1973) propose de supprimer le contrôle des conseils sur le plan. Il propose par contre aux conseils de se consacrer à la défense des travailleurs. (La défense des travailleurs c'est, théoriquement, le rôle des syndicats en Pologne, mais ce rôle, ils ne l'ont jamais pris en charge depuis l'abolition de l'ancien régime). Une enquête faite parmi les ouvriers et les cadres montre bien les différences dans la perception des tâches des conseils par les différents groupes.

Réponses des ouvriers des cadres et contremaitres 24. 6% 9.2% 50. 0% 16.1% 13.6% 27.6% 2.7% 12. 6% jouent un rôle de double oppression des ouvriers. (Il ne faut pas oublier que ces organismes sont, au même titre que les directions, gérés par les bureaucraties du parti). Dans les cas, très rares, d'un conflit entre les organisations dites représentatives des travailleurs et la direction, l'efficacité des conseils ou des syndicats ne dépasse pas, dans le meilleur des cas, les limites de la défense du travailleur individuel. Libre de beaucoup de contraintes inutiles, la "direction d'une personne" peut donc s'épa -nouir en Pologne... La force du PDG «socialiste» La caste des directeurs s'affirme de plus en plus comme une force réelle en Pologne. Il faut préciser qu'il ne s'agit pas ici des "technocrates" en général, c'est-à-dire de l'ensemble des ingénieurs et des cadres moyens des entreprises, mais uniquement d'une couche très restreinte de cadres supérieurs, étroitement liés d'ailleurs, et même partiellement

Page 21

assimilés, aux couches supérieures de la bureaucratie politique. Le petit ingénieur, quant à lui, même s'il peut parfois entretenir des illusions sur son rôle et ses possibilités, se rapproche en effet de plus en plus de la position du contremaitre. La force et l'autonomie de la couche des directeurs vont croissant. Dèjà en 1968, quand

Trybuna Ludu (l'organe officiel du Parti Ouvrier Unifié de Pologne -POUP-) a publié un article critiquant des tendances "technocratiques" représentées par l'hebdomadaire populaire Polityka (qui, en effet, représente fréquemment les positions des technocrates), une délégation des directeurs est allée se plaindre devant le Comité Central du parti. L'existence même de cette délégation est significative. Evidemment il n'y a en Pologne, aucune organisation officielle regroupant les directeurs et les directeurs n'ont pas le moindre droit d'envoyer des délégations... Les directeurs polonais ont prouvé non seulement qu'ils sont capables de s'organiser rapidement pour défendre leurs intérêts de groupe, mais encore, leur intervention s'est avérée très efficace. L'auteur de l'article en question, Myslek, a été obligé de faire son autocritique publiquement. C'était la première manifestation de la force des directeurs; ilsse sont révélés être le seul groupe de pression qui se soit permis, en 1968, d'affronter le pouvoir. L'arrivée de Gierek au pouvoir en 1970 a encore renforcé la position de ces "chevaliers de l'industrie socialiste". Gierek lui-même est arrivé à son poste de premier secrétaire du POUP avec la réputation de celui qui, en Silésie (la région la plus industrialisée de Pologne; Gierek fut le secrétaire régional du parti en Silésie avant 1970), a su "vivre avec les technocrates". Gierek lui-même est personnellement lié aux technocrates. Il possède un diplôme d'ingénieur. Son fils est membre de l'Académie Polonaise des Sciences et professeur à l'Académie des Mines. Les "réformes"', ou plus exactement les changements de gestion introduits par Gierek, (à part quelques concessions au sujet des salaires, faites d'ailleurs aux seuls ouvriers des grandes entreprises industrielles - - on a peur d'eux), ont consisté principalement à augmenter le pouvoir des managers. Les changements administratifs dans la gestion des entreprises, le regroupement des entreprises selon les branches dans de grands ensembles industriels dotés d'un degré plus élevé d'autonomie (les WOG) -- tous ces changements ont donné plus de liberté de décision aux directeurs d'entreprises. Selon les nouvelles "règles du jeu", les directeurs peuvent décider eux-mêmes l'investissement d'une partie du profit de "leur" entreprise. Ils peuvent décider plus facilement quel type de marchandise sera produit. Une décision de 1973 a introduit l' "élasticité des prix" -- un système qui va permettre une certaine pression du marché sur les prix ( jusqu'à maintenant, fixés tous centralement par la Commission des Prix). Selon le nouveau système, les directeurs peuvent baisser le prix d'un nouveau produit en dessous du prix fixé par la commission centrale des prix, pour stimuler la vente des nouveaux produits. (Il ne faut pas oublier que le but visé par l'introduction des nouveaux produits est de "remplacer" des anciens produits de "qualité inférieure" mais meilleur marché. Même le prix "diminué" du nouveau produit est largement supérieur au prix du produit précédent qui, lui, disparait du marché. Ce système permet d'augmenter les prix sans toucher au blocage des prix officiel). L'élasticité des prix doit, selon la déclaration d'un haut fonctionnaire polonais, "permettre le développement de la concurrence, encourager le développement d'un marketing moderne, adapté à notre système d'économie socialiste, et apporter un soutien à toutes les forces de marketing qui sont en train d'être créées, dans l'industrie, dans le commerce et dans les services" (Interview avec E. Szymanski, directeur de la Division de commerce intérieur auprès de la Commission du Plan, Zycie Warszawy, 11/7/1974). Le directeur a, dans la pratique, fréquemment le droit de licencier des travailleurs. Ce droit n'est pas, jusqu'à maintenant, légalisé, Par contre, le nouveau code du travail, adopté récemment, après une longue opposition ouvrière qui a retardé pendant deux années son acceptation, permet au directeur de pénaliser des travailleurs pour ivresse durant les heures de travail et pour... arrêts de travail injustifiés ! Ce dernier "argument'' a servi par exemple, de justification, pour le licenciement d'Edward Baluga, le dirigeant des ouvriers révoltés des chantiers navals de Szczecin... Un des avantages non négligeables acquis par les directeurs à la suite des réformes de Gierek, c'est l'augmentation sensible de leurs primes, proportionnelle à l'augmentation des profits de l'entreprise. Les primes spéciales, distribuées aux travailleurs de l'entreprise qui a obtenu de bons résultats économiques sont calculées selon deux critères; la production "ajoutée" qui reflète l'augmentation de la production de l'entreprise et le pro-

Ces primes sont partagées parmi les travailleurs selon leur "rôle dans la création du surplus". Inutile d'ajouter que le rôle du directeur dans la création de ces profits est considéré comme prédominant... Par exemple dans deux cimenteries, Warta et Przyjan, où le nouveau système de primes a été introduit déjà à partir de 1971, le sur-

Page 22

plus de profits a été partagé entre les travailleurs selon un système de points fixés à partir de la contribution individuelle de chacun : le directeur a reçu 40 points, la femme de ménage 1. L'introduction du nouveau système de gestion ne se fait pas sans problème ni fric-

Des articles ( par exemple Un Test pour les Directeurs, W• Grochala, Polityka, 16/9/1972) sont apparus dans la presse, dans lesquelson se plaint du manque d'initiative de certains directeurs, malgré les nouvelles possibilités qui s'ouvrent à eux. D'autres directeurs se plaignaient, au contraire, de l' "anachronisme' de certaines instances centrales et du surcroit d'intervention d'en haut dans les affaires, malgré les nouvelles directives. Mais à part les petits problèmes de cette période de transition, la plupart des directeurs ne se plaignent pas trop de la nouvelle augmentation de leur pouvoir. Comment être aimé Etre un bon directeur "socialiste" n'est pas une tâche facile. Pour aider les directeurs en détresse, Zycie Gospodarcze (principal hebdomadaire économique polonais) a publié en 1972 une longue série d'articles sur "l'art d'être directeur". Les articles ont utilisé comme matériel de base des recherches faites sur l'art du management en occident (notamment aux USA), et des recherches parallèles menées en Pologne et en URSS. tir des textes occidentaux, l'auteur de ces articles (W. Kozuch) a proposé une série de remèdes "classiques" : introduction d'un secrétariat de direction efficace; des adjoints de direction qualifiés; filtrage sévère des visiteurs et des coups de téléphone destinés au directeur, etc. . Il a ajouté également quelques propositions adaptées en particulier aux pays "socialistes" : décharge des directeurs pour les fonctions de liaison avec l'appareil du parti; limitation maximale de ses fonctions sociales; limitation de ses réunions avec les organisations du personnel (conseils, syndi-

En bref, ces articles proposent que le directeur (socialiste) ne s'occupe de rien d'autre que d'être un bon manager, comme il est de règle dans tous les pays industrialisés avancés. On a clairement l'impression, en lisant cette série d'articles, et beaucoup d'autres semblables, que l'on croit, en Pologne, que les problèmes économiques seront résolus miraculeusement si on arrive au modèle de gestion d'entreprises du type américain; et, avec un peu d'effort et quelques réformes administratives, on peut en effet y arriver. Les petites différences entre les deux systèmes économiques ne sont presque pas mentionnées...

Dans un article intitulé "Comment être aimé?" deux directeurs expliquent la pratique de l'art de la gestion (Zycie Ekonomiczne, 2/7/1972). Le principe est d'ailleurs simple : pour être aimé, il faut consulter de temps en temps ses subalternes. Il consulter trop souvent car les "travailleurs seront très contents et considéreront qu'ils participent à la gestion si le directeur demande leur avis avant chaque décision d'importance, relative aux problèmes d'organisation du travail et aux problèmes du personnel " (idem). Mais il ne faut pas se tromper : il s'agit ici d'un avis purement consultatif, destiné à améliorer les du personnel à l'égard du directeur, car "c'est une règle absolue que la décision doit être prise par le directeur seul, et c'est lui seulement qui est responable de cette décision" (idem). Le principe sacro -saint de la "direction personnelle" n'est pas entamé. Il vaut mieux être aimé - - mais on ne badine pas avec les responsabilités à l'intérieur de l'entreprise... L'échelle inclinée Les changements économiques survenus après 1970 ont contribué à doubler la proportion des salaires qui dépassent 5000 zloty par mois entre 1970 et 1972 (leur pourcentage a passé de 2.2% à 4.1%). 5000 zloty, ce n'est pas un salaire très exagéré (le SMIG à l'époque se situait autour de 1000 zloty), mais les statistiques officielles n'ont pas précisé jusqu'où vont les salaires de "plus de 5000 zloty". Un autre indice estl'écart entre les salaires les plus bas et les salaires les plus élevés; celui-ci a été en 1972 de l'ordre de ! à 7 entre les 2% de salaires les plus élevés et les 2% de salaires les plus bas. Et pour les 0.2% de salaires les plus élevés ? Il ne faut pas oublier que le salaire officiel est seulement une fraction des revenus des hauts fonctionnaires. Au salaire de base il faut ajouter de nombreuses primes, et des avantages matériels divers comme l'appartement de service, des voyages à l'étranger, etc.. Selon le sentiment populaire, la différence entre les salaires maximum et les salaires minimum est trop élevée. 85% des participants à une enquête de Polityka (29/5/1971) qui portait sur les salaires ont estimé que l'écart entre les salaires est trop élevé. Polityka essaye d'expliquer cette "erreur" populaire par un manque d'information sur les sa-

Selon eux, les gens s'imaginent qu'un directeur d'usine gagne plus de 100. 000 zloty par mois. 43% des participants dans cette même enquête se sont exprimés pour un salaire maximum de 8000 zloty. 10.8% ont estimé que le salaire maximum ne doit pas dépasser 4000 zloty (moins que le double du salaire moyen à l'époque) et 7.8% seulement ( parmi eux, une grande partie ayant une éducation supérieure) ont été d'accord avec les salaires maximum qui dépassent 15.000 zloty.

Page 23

Les "chevaliers d'industrie socialistes" n'ont pas de problèmes graves de subsistance. Leur salaire de base, qui n'est déjà pas particulièrement réduit, se voit gonflé largement, en particulier depuis l'introduction des réformes, par des primes et des avantages matériels divers. En plus, depuis l'introduction du "nouveau modèle de consommation socialiste" par Gierek, ils ont réussi à "légaliser" leur droit aux avantages matériels. Le nouveau modèle de consommation, qui a été introduit par le comité central du POUP (en juin 1974) dans le programme d'éducation des membres du parti, s'efforce d'expliquer et de justifier les avantages des biens de consommation durables ( la voiture, la maison individuelle, notamment) dans une société socialiste. Une campagne a été menée pour expliquer que les biens de consommation en question ne sont pas un signe d'attitudes petites-bourgeoises, mais au contraire, la preuve des mérites de l'heureux propriétaire de la villa et de la voiture, dans l'édification du socialisme. Selon la définition fréquemment répétée dans ce contexte, le socialisme c'est à chacun selon son travail; le fait que quelqu'un puisse se permettre d'avoir une belle maison individuelle prouve seulement qu'il a très bien travaillé ! Le projet initial du gouvernement Gierek quand il a lancé le nouveau modèle de consommation a été vraisemblablement de mobiliser une partie des travailleurs et des cadres inférieurs dans la perspective de biens de consommation durables qu'on peut acquérir au prix de longues années de privations et d'épargne, et leur faire oublier par ce moyen les problèmes quotidients qui commencent par le manque de viande et finissent avec l'analyse de la situation politique. Cette tactique a échoué pour le moment. Des problèmes très graves dans le bâtiment n'ont pas permis de construire une quantité significative de maisons individuelles. L'augmentation du prix du pétrole (le prix de l'essence en Pologne est aujourd'hui le plus élevé en Europe), a mis l'utilisation de la voiture en dehors des possibilités des ouvriers. Reste le rôle du "modèle de consommation" comme explication plausible de l'origine des voitures et des maisons individuelles chez ceux qui les possèdent aujourd'hui -- "ceux qui ont contribué le plus au développement du socialisme... Du reste, il ne s'agit pas seulement de biens de consommation durables : il y a aussi des "primes"' en devises ( pas uniquement pour ceux qui travaillent pour l'exportation), "primes" qui permettent aujourd'hui d'acheter quasiment tout, même les biens pratiquement inexistants sur le marché intérieur en Pologne. Il y a par exemple, les vacances annuelles en occident, car comme chacun sait, ce n'est qu'en occident qu'on peut se reposer véritablement ! Les théoriciens de la gestion en Pologne aiment parler d'une "structure svelte des entreprises". Les directeurs, eux, la trouvent encore insuffisamment svelte. Dans l'article l' Echelle Inclinée (cité au début de cet article), l'auteur explique qu' "à l'usine c'est comme à l'armée : avant tout on obéit aux ordres, on peut parler après". Un rêve pour les directeurs. Les "managers socialistes" en Pologne profitent aujourd'hui d'un pouvoir quasi-absolu dans leur domaine. Entre l'absence de toute organisation autonome des ouvriers, et les tentatives de rapprochement,de rachat et d'intégration par le gouvernement Gierek en quête d'alliés objectifs contre la classe ouvrière, leur position peut sembler très stable, Mais, contrairement à leurs collègues occidentaux, leur pouvoir n'est pas fondé sur des bases économiques solides. Leur place, qui découle du pouvoir politique des bureaucrates, est intimement liée à ceux-ci et souffre de toutes leurs faiblesses. Les tendances "égalitaristes" des masses, malgré les campagnes d'explication du pouvoir qui les critiquent comme étant "anti-socialistes", n'ont pas disparu et restent menaçantes. L'échelle en Pologne est inclinée et dépourvue d'un support solide. Elle risque de tomber avec un fort coup de vent...

Une erreur sur cette page ?