Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

JAPON

La crise politique du régime bourgeois

Inprecor (première série) n° 23, 10 avril 1975 · p. 14-20 · 4 084 mots

Japon et Corée Syndicalisme Chine Stalinisme

Interview du camarade Sakai, membre du Bureau Politique de la Ligue Communiste RévoINPRECOR. - Peux-tu nous expliquer la signification du changement de cabinet ministériel qui s'est produit à la fin de l'année dernière ? SAKAI. - C'est le 26 novembre que Kakuei Tanaka, l'ancien premier ministre, donnait sa démission. Une dizaine de jours plus tard, Takeo Miki était choisi par le Parti Libéral Démocrate - - dont il prenait alors la présidence -- comme nouveau premier ministre. Miki formait son gouvernement le 9 décembre. Ce changement gouvernemental a une signification très importante dans l'actuelle situation japonaise. Tanaka représentait la volonté de poursuivre la politique expansionniste qui avait présidé, auparavant, au développement du capitalisme japonais. Il avait élaboré pour ce faire un plan de refonte de la structure économique du Japon, avec notamment la multiplication des voies ferroviaires ultra-rapides (voir Quatrième Internationale, N° 14, 15 avril15 mai 1974). Le gouvernement Miki, lui, abandonne cette politique expansionniste. Le changement est aussi perceptible dans le domaine politique. Quand Tanaka fut élu, il bénéficiait d'une large popularité parmi une population mystifiée. Il dirigeait l'une des fractions les plus importantes du PLD (Parti Libéral-Démocrate). Miki,

LA CRISE

lutionnaire (section japonaise de la IVème Internationale). par contre, ne représente pas un courant traditionnellement dominant dans le parti bour -geois japonais. Il était le porte-parole d'une fraction très minoritaire. Que le PLD ait dû nommer Miki comme premier ministre est symptômatique de la désagrégation des rapports entretenus par le PLD et le gouvernement avec les masses japonaises. C'est en fait le signe le plus clair de la crise de direction bourgeoise au Japon. Le cabinet Tanaka aura été le dernier des gouvernements bourgeois traditionnels. Le passage au gouvernement Miki représente une rupture profonde par rapport au mode traditionnel de domination politique bourgeoise au Japon, rupture qui reflète l'évolution de la situation générale du capitalisme japonais et l'aggravation de la crise du Parti Libéral Démocrate, seul parti bourgeois gouvernemental japonais. INPRECOR. - Peux-tu préciser les causes et la nature de cette rupture ? SAKAI. - La bourgeoisie japonaise se voit aujourd'hui confrontée à trois problèmes essentiels: - le changement qui s'est opéré dans la situation générale de l'Asie de l'est;

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- la changement intervenu dans la situation économique japonaise;

- un début de transformation profonde de la structure politique au Japon. En ce qui _concerne la situation économique, le Japon est sorti de la période de croissance très rapide qui caractérisa la décennie précédente. Il est entré dans une période de croissance lente, et toute la situation économique est dominée par cette baisse qualitative du rythme de croissance. Pour la première fois depuis 1945, le Japon a enregistré en 1974 une récession effective. brut a baissé, en termes réels, de 1,8% selon les derniers chiffres. Je ne veux pas dire par là que nous entrons dans une période de déclin, mais de croissance lente assuréEn ce qui concerne la situation régionale, l'équilibre antérieur est rompu. Il reposait notamment sur la présence militaire et politique de l'impérialisme américain en Asie de l'Est (Sud-est asiatique et extrême-orient). L'impérialisme japonais est militairement très faible. Son intervention régionale s'est combinée avec celle des USA, en assumant essentiellement une présence économique et financière. La crise de domination US en Asie de l'Est - - illustrée par la réorientation de la diplomatie américaine à l'égard de la République Populaire de Chine et les progrès de la révolution indochinoise -- contribue à mettre en déséquilibre et l'impérialisme japonais et les régimes de dictature de la région. Ceci est aggravé par la crise économique elle-même, ce qui explique, par exemple, les difficultés qui sont apparues dans les rapports, pourtant étroits, que Tokyo entretient avec Séoul. C'est la combinaison des changements opérés dans la situation économique et dans la situation internationale qui provoque un début de modification fondamentale de la structure politique japonaise. Après la guerre de Corée (au moins), les gouvernements japonais ont été ceux d'un parti, le PLD, unique parti bourgeois gouvernemental. C'est autour de ce parti et de cette forme de gouvernement que le système politique japonais a trouvé une certaine stabilité du milieu des années 50 aux années 68/70, C'est là une des caractéristiques essentielles de la démocratie bourgeoise japonaise, Cette structure est entrée en crise, en crise politique, A tel point que l'on peut dire que le gouvernement Miki est le dernier des gouvernements_mono-partis. Aujourd'hui il y a, jusque dans les milieux dirigeants, des débats sur un futur "gouvernement de coalition". En fait on discute déjà de quel gouvernement de coalition on aurait besoin : avec le Parti Socialiste Démocratique (scission de droite de la social-démocratie), avec le parti petit-bourgeois bouddhiste Komei ou avec une par -tie du Parti Socialiste. INPRECOR. - Tu as donné comme exemple des changements intervenus dans la situation régionale les difficultés qui sont apparues entre Tokyo et Séoul. Peux-tu expliquer plus précisément l'interaction qui existe entre l'évolution de la situation en Corée du Sud et au Japon ? SAKAI. - L'actuelle situation en Corée a d'importantes implications au Japon, On ne peut, en fait, analyser séparément la situation dans chaque pays, vu l'ampleur des relations mutuelles qui les lient. Le régime sud-coréen de Park Chun Yee s'est fondé sur des données internationales clés : la domination militaire et politique US dans la région et l'intervention économique de l'impérialisme japonais. Seule la présence régionale de l'impérialisme US a en effet permis à Park de museler toute expression populaire de la volonté des masses de voir se réaliser la réunification de la Corée et de promouvoir une sévère et massive répression, Le régime Park était un élément du système impérialiste visant à isoler la République Populaire de Chine et la République Populaire de Corée (nord). De même, il est un de ceux qui a envoyé des troupes au Sud-Vietnam, troupes qui ont gagné une sévère réputation de férocité dans la politique de terreur. Le régime Park Chun Yee, enfin, s'est construit en relation directe et étroite avec Tokyo, C'est en 1965 que les relations entre les deux pays furent formellement normalisées et c'est après 1968 que les exportations de capitaux japonais atteignirent une telle ampleur qu'ils transformèrent l'économie sud-coréenne en une économie directement dépendante de l'impéMilitairement et politiquement, le régime Park dépendait des USA, économiquement du Japon, Le tournant imposé à Washington par les succès de la révolution indochinoise impliquait la reconnaissance de la République Populaire de Chine. Les japonais firent de même et recherchèrent, avec les USA, des rapports de "coexistence pacifique à trois", entre la Chine, l'URSS et les USA. Cette orientation nouvelle portait évidemment un rude coup au régime sud-coréen, Il dut tenter de réajuster sa politique alors même que les masses en Corée du Sud, percevant la faiblesse de l'impérialisme US -- c'est-à-dire de l'arrière international du régime - - ont commencé à

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japon bonner En 1972, 73, 74, les jeunes, avant tout les étudiants et les intellectuels, ont engagé une campagne importante contre le régime et pour la réunification ( voir INPRECOR N° 11 du 11 octobre 1974). Park dut engager simultanément une politique de répression interne et de réorientation en matière internationale. Son représentant fut, en effet obligé de publier un communiqué commun avec celui de la République Démocratique sur la question même de la réunification qui faisait l'objet des manifestations interdites au Sud. La répression menée par la police secrète (KCIA) s'accentua avec l'enlèvement au Japon même de l'ancien candidat aux élections présidentielles Kim Dae Jung en août 1973 et son transfert forcé en Corée du Sud. De même, deux japonais, un journaliste et un enseignant, étaient arrêtés à Séoul, capitale de la Corée du Sud, accusés de soutenir l'opposition au régime. Enfin, un attentat manqué contre le dictateur Park fut réalisé le 15 août par un coréen résidant habituellement au Japon : Mun Se Kwang. Des manifestations anti-japonaises furent alors organisées par le gouvernement à Séoul. Le mouvement de masse se développant, les exigences de la répression politique imposèrent aux deux gouvernements en cause une dégradation de leurs rapports, dégradation qu'ils ne souhaitaient pas. En même temps, au Japon, les résidants coréens (il s'agit d'une immigration souvent permanente d'environ un million de personnes -- INPRECOR) commençaient à se mobiliser après l'enlèvement de Kim Dae Jung, en soutien au mouvement d'opposition en Corée du Sud. En retour, enfin, cette mobilisation de la communauté coréenne immigrée a directement influé sur le développement de mouvements de masse au Japon même. On voit comment, du fait même de l'interpénétration des régimes et des communautés coréens et japonais, le mouvement d'opposition à la dictature Park est devenu l'un des facteurs permanents qui contribuent à modeler le visage politique du Japon. Ceci est une donnée nouvelle et très importante de la situation, même si elle est encore embryonnaire. Le gouvernement japonais ne pouvait, dans ces conditions, continuer à soutenir trop ou-

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miki ne

représente

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dans le parti

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vertement Séoul. Et Park Chun Hee avait un besoin urgent d'appui économique de la part de la bourgeoisie japonaise. Il a donc assoupli sa politique en relachant les deux japonais arrêtés et en libérant, fin 1974, début

1975, un certain nombre de prisonniers politiques dont le poète Kim Chi Ha, sous la pression directe du mouvement de masse, il faut le souligner. Tokyo et Séoul ont pu, dans ce contexte, réduire leurs contradictions tactiques et redévelopper ouvertement le soutien économique et politique à Park Chun Hee.

La situation reste néanmoins très critique pour le régime coréen. Kim Chi Ha, les dirigeants étudiants et les autres prisonniers politiques libérés font une campagne active contre

Park et dénoncent vigoureusement les tortures que la KCIA leur a fait subir en prison.

Le potentiel de mobilisation de l'opposition au régime est énorme, et touche en effet jusqu'aux soldats. Park cherchera à manoeuvrer. Néanmoins, il est possible qu'aient lieu durant l'année qui vient, d'importantes explosions sociales et politiques des masses sud-coréennes.

Dans ce cas, l'impact en sera très grand au

Japon. Le coup serait dur pour la bourgeoi-

, sie japonaise.

Ceci est un exemple de comment la politique néo-coloniale adoptée par le capitalisme japonais durant cette dernière décennie est aujourd'hui mise en cause par la nouvelle montée des luttes en Asie du Sud-est et en extrême-orient. INPRECOR. - Revenons à la crise politique gouvernementale du Japon. Tu as montré comment les milieux dirigeants se posaient le problème d'un gouvernement de coalition. Mais cette situation doit peser aussi sur les formations d'opposition et notamment ouvrières, Qu'en est-il ? SAKAI, - Il faut d'abord rappeler la structure du mouvement ouvrier japonais. Il y a deux grandes fédérations syndicales nationales. Le Domei, de droite, essentiellement fondé sur les grandes entreprises du secteur privé; et le Sohyo, réformiste de gauche, principalement implanté dans le secteur public (chemin de fer, postes, téléphones et télégraphes, enseignement...). Le Parti Socialiste Démocratique est lié au Domei. Le Parti Socialiste tient largement l'appareil syndical du Sohyo. Par contre il ne possède pas d'appareil de parti qui lui soit propre. Le Parti Communiste japonais (PCJ), lui, représente une minorité assez importante du Sohyo. En plus, il bénéficie d'un important appareil national pour mener ses campagnes électorales et parlementaires. Le Parti Social Démocratique (PSD) est très minoritaire au Parlement une dizaine de sièges) et est très faible politiquement. Le PS, lui, a une centaine de députés, soit environ 10 fois plus que le PCJ. Le PS est le parti qui a l'influence parlementaire majoritaire du point de vue du mouvement ouvrier. Mais le PS est aussi divisé par de profondes luttes de tendances. Deux courants principaux émergent au sein du PS et de sa jeunesse en ce qui concerne la composition d'un futur gouvernement de coalition. La fraction Kyokai d'abord ( la Société Socialiste). De tendance kautskyste, elle est dominante dans l'appreil syndical, notamment dans les postes et les chemins de fer. Cette bureaucratie syndicale est soumise à la pression directe des travailleurs du rang dans le secteur public. Ils luttent contre le PCJ au sein des syndicats mais, en même temps sont prêts à accepter le front uni avec

La fraction Kyokai est sensible à la conception qu'a Moscou du "marxisme-léninisme". Contre la fraction Kyokai, un bloc s'est constitué qui forme l'embryon d'une possible ten-

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JAPON dance de centre-gauche du PS. Les deux dirigeants de ce bloc sont Kozo Sasaki et Saburo Eda. Eda représente une aile ouvertement droitière du parti . Sasaki était l'un des dirigeants de la tendance gauche du PSJ, constituée contre Eda; il est pro-chinois. Mainteils font bloc pour s'opposer à une coalition avec le PCJ et recherchent la réalisation d'un gouvernement de centre-gauche. Il faut noter que Pékin avait soutenu le gouvernement Tanaka (ce qui fait que certains maoistes japonais ont refusé d'avancer des mots d'ordre pour son renversement) et souhaiterait aujourd'hui une coalition de centre-gauche entre le PLD, le Komei (bouddhiste) et le PS, en excluant le PCJ. Le bloc Eda-Sasaki est très faible dans le mouvement syndical du secteur public. Il cherche maintenant à développer son influence parmi la bureaucratie du mouvement syndical du secteur privé (c'est-à-dire parmi la droite de l'appareil syndical). La ligne du Parti Communiste, elle, est une orientation classique de front populaire. appelle à la constitution d'un gouvernement de coalition national démocratique. Le PCJ lutte en quelque sorte, par là, pour lui-même, face à l'exclusive jetée à son égard par le PSJ, le bloc Eda-Sasaki et le Komei. La proposition du PCJ est actuellement celle d'un gouvernement PC-PS-Komei-PSD. Mais il accepterait un pan d'un parti bourgeois dans sa soi-disant "coalition socialiste gouver -nementale". Voici la ligne générale du PCJ. Cette orientation doit se comprendre dans le cadre d'une ligne d'ensemble particulièrement droitière. Le PCJ a tiré l'enseignement du coup chilien de la façon suivante : c'est la "radicalisation" du Parti Socialiste chilien qui a provoqué l'armée. en conséquence de plus en plus à défendre l'ordre civil de la démocratie bourgeoise. Cette problématique domine l'ensemble de sa politique. En voilà des exemples : - Dans les syndicats, l'activité du PCJ se situe à droite de celle de la bureaucratie socialiste du Sohyo. Cette dernière est prête à organiser des luttes économiques alors que le PCJ est très hésitant à ce sujet. des dernières grèves de printemps (en 1974), la bureaucratie socialiste parlait de grève générale. Le PCJ, au même moment, cassait la grève des enseignants. Pour ce faire il expliquait que les enseignants ne sont pas des travailleurs comme les autres , qu'ils sont responsables devant les masses et qu'ils doivent tenir compte des enfants, des parents, des communautés et qu'ils ne peuvent grève comme cela. On ne peut imaginer ligne plus conservatrice! Elle est nouvelle pour le PCJ. Autre exemple : le PCJ mène aujourd'hui une campagne très violente à l'encontre de la

Ligue de Libération Buraku. (Les Buraku sont une couche de japonais qui fut artificiellement exclue du système de caste lors de sa formation dans le Japon pré-capitaliste. Ils sont regroupés dans les mêmes villages, confinés dans les mêmes travaux considérés comme "'impurs" par le bouddhisme, telle la tannerie, etc. ... Malgré la dissolution des castes et le fait qu'aucune différence ethnique ou religieuse ne les sépare des autres japonais, les Buraku restent une minorité fortement discriminée, opprimée et super-exploitée - - INPRECOR). Le mouvement Buraku a créé sa propre aile radicale et combative : la Ligue de Libération Buraku. Elle a multiplié les actions pendant 10 à 15 ans, essentiellement au niveau des localités, des municipalités, des "communautés" comme on dit au Japon. Ils ont notamment obtenu d'importantes concessions de la part de nombreuses municipalités. Le mouvement a gagné récemment un caractère militant. Et, depuis 2 ou 3 ans, le PCJ a engagé une activité constante pour le dénoncer. Le PCJ a divisé la Ligue à plusieurs reprises et a formé des blocs avec les courants bourgeois traditionnels au Japon contre elle. Il explique aujourd'hui que la Ligue est formée d'une bande d'aventuriers, qu'elle est un groupe violent et met en cause les gains qu'elle a enregistrés dans les municipalités. C'est cela qui a provoqué la rupture momentanée de la coalition municipale PC/PS à Tokyo derrière le gouverneur actuel de la capitale : Ryokichi Mi-

Cela faisait 8 ans que cette coalition Sa rupture signifiait la victoire quasi-certaine aux prochaines élections pour les conservateurs. Il aura fallu l'intervention du dirigeant du PS français, François Mitterrand, lors de son passage au Japon il y a trois semaines, pour recoller les morceaux ! Sans résoudre le fond du problème. Enfin, le PCJ accepte dans son programme gouvernemental le maintien des Forces d'Auto-défense derrière lesquelles la bourgeoisie recompose son armée, disloquée après la défaite de la seconde guerre mondiale. Au fond, face à la crise économique et sociale, et face aux difficultés financières conséquentes des municipalités, le PCJ demande aux masses d'accepter une rationalisation de l'économie capitaliste pour ne pas mettre en danger l'unité nationale de la population. Ce sont bel et bien les leçons les plus droitières du Chili que le PCJ a tirées! Il représente un véritable et grave obstacle à l'approfondissement des luttes de classes au Japon. INPRECOR. - Comment se présente, cette année, la prochaine campagne de lutte sur les réajustements salariaux de printemps ?

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SAKAI. - En 1974, l'inflation était la question clé pour la classe ouvrière japonaise. Et l'année dernière nous avions assisté à une grève générale de fait de plusieurs millions de travailleurs (voir INPRECOR N° 7 du 5 septembre 1974). Aujourd'hui à cette question s'ajoute celle de la récession économique. Le chômage devient massif. Selon les chiffres officiels eux-mêmes, il atteint le million et le dépasse même (pour mars il devrait atteindre 1.270.000) - - soit environ 20% de la population active. Ces chiffres masquent un très grand sous-emploi. dicaux avancent les chiffres de 2 millions de chômeurs complets et de 2 à 4 millions de chômeurs partiels. Licenciements et réduction d'horaire touchent avant tout les femmes, les travailleurs des moyennes entreprises et les travailleurs temporaires des grandes entreprises (dans lesquels nombres d'ouvriers bénéficient du principe d' "emploi à vie"). Les heures supplémentaires sont supprimées, ce qui porte un rude coup à un salaire déjà mangé par l'inLa bourgeoisie mène une campagne très dure contre les mobilisations à venir pour la défense des salaires. Et le PCJ bloque violemment le développement des luttes économiques. Les directions syndicales traditionnelles n'offrent pas de solution à ce problème. Dans la classe ouvrière, la tendance générale est à l'augmentation de la combativité. Mais elle manque de direction alternative nationale , indépendante du PC, du PS ou du PSD. Or, les pressions de la bourgeoisie pour faire accepter les conditions d'une rentabilisation capitaliste de l'économie à l'appareil syndical et au PCJ ont réussi. Le Sohyo prépare un congrès spécial pour discuter les luttes de printemps. Il y a peu de chance que la bureaucratie soit parfaitement unie ! Il nous faut aider au développement des luttes sans compromis à l'encontre de la banqueroute des directions bureaucratiques traditionnelles et à l'encontre de la ligne de front populaire du PCJ. Il faut dégager une tendance indépendante. Nous pouvons prévoir que la droite syndicale sera mise de plus en plus en difficultés, y compris dans le secteur retardataire, le secteur privé. Il nous faut donc préparer une intervention dans ce secteur Il est délicat de vouloir prévoir ce que sera la prochaine campagne de printemps. ce qu'il faut noter c'est qu'elle marquera l'ouverture d'une nouvelle période de luttes ou -vrières, dominée par la nouvelle situation économique nationale et internationale. dans ce contexte qu'il faut comprendre l'évolution à droite des directions traditionnelles et l'importance que revêt la lutte contre l'orientation du PCJ et pour le dégagement d'une tendance indépendante de lutte de classe durant les 2 ou 3 prochaines années. La différenciation politique au sein de la classe ou -vrière va s'accélérer. En fait, c'est probablement dans une période de regroupement et de recomposition du mouvement ouvrier que nous entrons. Nous devons y intervenir de façon active, politique et internationaliste, non seulement en vue de constituer cette tendance nationale de lutte de classe mais pour lier étroitement le combat des travailleurs japonais à la lutte menée dans toute la région contre l'impérialisme japonais, INPRECOR, - Pour terminer, peux-tu nous préciser le travail que la section japonaise de la IVème Internationale développe aujourd'hui? SAKAI. - Il est impossible de décrire l'ensemble de nos activités, aujourd'hui fort multi-

De même, en ce qui concerne les toutes dernières actions que nous avons menées : j'étais hors du Japon ! On peut néanmoins donner une idée des principaux thèmes d'intervention qui sont les nôtres, étant donné que j'ai donné des exemples de notre activité dans les entreprises et les analyses des résultats de notre campagne électorale dans mon précédent interview à INPRECOR (Voir INPRECOR N° 7 du 5 septembre 1974). Nous venons de tenir une conférence d'unification des trois organisations de jeunesse qui existaient auparavant (étudiante, lycéenne et de jeunes travailleurs). C'était la conférence de fondation de la Ligue des Jeunesses Communistes (voir l'article dans ce numéro d'INPRECOR). Nous préparons également la formation d'une nouvelle organisation socialiste de femmes, Les militants et militantes de notre mouvement font un travail constant et croissant en direction des femmes travailleuses comme des ménagères de condition populaire, dans les localités et les syndicats, pour unifier leur lutte dans un même front de classe, Nous avons développé une importante activité de solidarité envers le mouvement contre la dictature de Park en Corée du Sud. Et nous avons commencé un travail de solidarité envers les combats menés par les populations du Sud-est asiatique contre les régimes néo-coloniaux (INPRECOR N° 8, du 19 septembre 1974). Nous participons notamment au Centre d'Information sur les Prisonniers Politiques en Asie, tout en poursuivant notre propre travail anti-impérialiste dans l'est asiatique. De même, nous manifestons concrètement

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JAPON notre solidarité avec le mouvement Buraku, notamment autour du procès du jeune Buraku, Mr Kazuo Ishikawa, victime d'une justice discriminatoire et condamné à mort, puis à l'emprisonnement à vie. Des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées le 31 octobre autour de la cour de justice où avait lieu le procès. Le PCJ, pour sa part, tenait son propre meeting, fort petit, et a refusé de se joindre au grand rassemblement à cause du rôle qu'y jouait la Ligue de Libération Buraku ! Nous continuons aussi notre activité de solidarité envers les paysans de Sanrizuka en lutte depuis une dizaine d'années contre la construction du nouvel aéroport international de Tokyo (Voir INPRECOR N° 7). Le 10 octobre, à l'appel de l'Union des Paysans de Sanrizuka, 5.000 personnes se réunirent à proximité de l'aéroport. Nous avons emmené là environ 900 militants, soit le plus important contingent d'organisation. Ce rassemblement fut un succès; sa fonction était de préparer les prochaines et prévisibles confrontations qui auraient lieu quand le gouvernement tenterait d'abattre la tour - - construite sur la terre des paysans - - qui interdit l'usage de l'aéroport aux avions. Certains de nos militants furent arrêtés lors de la manifestation qui suivit le rassemblement. Nous avons maintenant d'excellentes relations, fraternelles, avec l'Union des Paysans de Sanrizuka. Nous sommes aussi impliqués dans une activité anti-militariste, autour, notamment, du procès engagé par deux soldats chassés, avec trois autres, de l'armée pour leur dénonciation de l'occupation militaire US et japonaise d'Okinawa (res de l'archipel Ryukyu où les américains ont bâti une immense base). Ils font appel contre cette décision pour pouvoir revenir travailler dans les casernes. Cette campagne ne se limite pas à une propagande anti-militariste, elle touche aussi des secteurs syndicaux et mobilise des travailleurs. De façon générale, notre situation est aujourd'hui objectivement favorable. A la fin des années 60, il y avait près d'une dizaine de groupes d'extrême-gauche. Mais durant les années 71-73 l'explosion de luttes étudiantes s'est éteinte et l'activité de nombreux autres groupes a fait de même ou a décru de façon notable. Certaines parmi les plus importantes organisations concernées par ce processus sont maintenant engagées dans des guerres intestines et physiques les "uchigcha", qui ont déjà fait de nombreuses victimes. Nous pouvons dire que nous sommes la seule organisation d'extrême-gauche implantée nationalement et qui ait une fonction politique réelle dans l'actuelle situation. C'est le résultat d'un processus de dégénérescence de l'extrême-gauche japonaise auquel nous avons su échapper. Nous sommes en position de tenter de gagner une hégémonie politique dans l'extrême-gauche dans les 2 ou 3 ans à venir. En même temps, ce processus de développement de notre organisation doit être mené de façon internationaliste. C'est pourquoi nous multiplierons nos efforts pour participer pleinement à la construction de la IVème Internationale. Paris le 10 mars 1975

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