Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ALLEMAGNE

Un tournant pour la classe ouvrière ?

· Inprecor (première série) n° 23, 10 avril 1975 · p. 8-13 · 4 305 mots

Allemagne Syndicalisme

un

tournant

pour la.

Au cours des dernières semaines, la "sécurité interne" et la "lutte contre le terrorisme" sont devenues les thèmes principaux de la presse bourgeoise et de la tribune parlementaire en République fédérale allemande. Le prétexte pour cette campagne fut fourni par l'enlèvement de Lorenz, président de la CDU ( ChristlichDemokratische Union), prétendument réalisé par un groupe anarchiste. La bourgeoisie allemande a pu lier cette nouvelle campagne "antiterroriste'' à sa campagne précédente, très efficace, lors de la chasse aux sorcières contre la Rote Armee Fraktion (RAF -- Fraction Armée Rouge), et lors de la grève de la faim des prisonniers de la RAF (au cours de laquelle un camarade, Holger Meins, mourut). Au cours des dernières semaines, la droite a gagné du terrain en Allemagne occidentale. a imposé la "sécurité interne" comme thème numéro 1 à l'opinion publique, bien que ce problème ne soit absolument pas le plus essentiel pour les larges masses. Les questions centrales du chômage, de la réduction des horaires et des fermetures d'entreprises ont été, avec succès, rejetées à l'arrière-plan. Quatre points centraux La situation actuelle de la lutte des classes en Allemagne fédérale peut être résumée en quatre points centraux (pour une analyse globale de la situation, voir "La Fin de la Stabilité Allemande", INPRECOR N° 5-6, 3 août 1974) : (1) Le gouvernement social-démocrate du chancelier Helmut Schmidt s'est montré un instrument idéal pour la bourgeoisie dans les condi-

WINFRIED WOLF tions actuelles de la lutte des classes. (2) Les défaites enregistrées par le SPD (Sozialdemokratische Partei Deutschlands -- Parti Social-Démocrate d'Allemagne) lors des élections législatives ont continué à se manifester au cours de 1974 et au début de 1975. Dans leur ensemble les résultats des élections reflètent le fait que, tandis que le SPD conserve une base électorale dans la classe ouvrière, une certaine partie de la classe ouvrière et des couches moyennes désillusionnées se détournent de la social-démocratie. (3) Au cours de 1974 et du début de 1975, la lutte ouverte entre le Capital et le Travail est restée très limitée ( à l'exception de la grève des employés des services publics au prin -temps). En même temps, les patrons réussirent à imposer leur stratégie visant à faire supporter les coûts de la crise aux travailleurs. (4) La perspective est celle d'un approfondissement de la lutte de classes, en particulier en automne 1975. Cette perspective commence déjà à se concrétiser dans les premières luttes des secteurs périphériques de la classe ouvrière et dans une série d'usines particulièrement touchées par la crise. L'impression première que l'on retire d'une analyse de la situation en Allemagne fédérale (surtout si on la fait à travers les mass media bourgeois) semble contredire cette perspective d'approfondissement de la lutte des classes. Les tendances vers l' "Etat fort", représentées avant tout par Franz Josef Strauss, dirigeant de la CSU (Christlich-Soziale Union -Union Chrétienne Sociale, le parti bavarois lié à la CDU) et le soutien qu'il rencontre dans la fraction parlementaire de la CDU-CSU, se

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sont renforcés. Le gouvernement de coalition entre le SPD et le FDP ( Freie Demokratische Partei -- Parti Démocrate Libéral), sous la pression de la droite, s'éloigne encore plus de son "programme de réformes" et fait tout ce qui est possible pour construire les instruments de la répression bourgeoise et pour utiliser des mesures répressives contre la gauche radicale. Néanmoins, cette première impression est superticielle. Elle ne tient pas compte de la situation spécifique qui fournit le terrain pour le développement des tendances droitières actuelles. Et elle ne tient pas compte de facteurs qu'il faut prendre en considération pour esquisser une perspective dans cette situation contradictoire, facteurs tels que le poids global accru de la classe ouvrière et des syndicats depuis 1969, l'accumulation d'expériences importantes au cours de la période de montée des luttes allant de 1969 au début de 1974, et les expériences importantes qu'a fait la classe ouvrière au cours des derniers mois, malgré le calme de la lutte de classe. La crise économique Il n'est pas nécessaire de faire ici une analyse détaillée de la crise du capitalisme ouest-allemand (pour cela, voir "La Force Relative du Capitalisme Allemand"', INPRECOR N° 16-17, 16 janvier 1975). Les points essentiels sont les suivants: - Comme l'article mentionné ci-dessus le prévoyait, la crise économique s'est pour -suivie dans les premiers mois de 1975. Elle s'est approfondie dans certains secteurs et, dans l'ensemble, s'est généralisée. Le programme conjoncturel de 2 milliards de DM du gouvernement fédéral s'est jusqu'ici montré inefficace. Le taux de croissance économique pour le premier quart de 1975 est négatif. - La crise internationale qui se maintient et s'approfondit est le facteur essentiel qui détermine la persistance de la crise dans l'industrie automobile ouest-allemande et a freiné certaines branches économiques tournées vers l'exportation, et qui n'avaient pas été touchées auparavant, comme la sidérurgie, la chimie et le matériel électrique. (Le DIW, Institut Allemand de Recherche Economique, parle, le 18 mars 1975, des "dimensions dramatiques" des empiètements dans les commandes étrangères). - Avec l'adoption du budget fédéral de 1975 par le parlement le 21 mars 1975, le gouvernement a donné un exemple frappant du cercle vicieux dans lequel la politique bourgeoise se trouve enfermée dans la période actuelle : la politique gouvernementale de relance par le biais d'un accroissement des dépenses d'Etat va simultanément entrainer une politique d'accroissement de la dette publique et de l'inflation (un taux de croissance annuelle de la dette publique de 12% combiné à une stagnation probable du Produit National Brut et des dettes supplémentaires de 22. 800 millions de DM accumulées par le biais des emprunts). - D'après les chiffres officiels, le nombre des chômeurs était de 1.2 million à la fin de février; plus de 900. 000 travailleurs avaient connu une réduction d'horaire, Ces chiffres devaient rester les mêmes pour le mois de mars. En même temps, la fermeture de quelques entreprises importantes est prévue, en particulier l'usine VW-Audi-NSU de Neckar -sulm, qui frappera 10. 000 ouvriers directement et 30.000 indirectement. Il est également prévu de fermer l'usine Volkswagen de Bruxelles). Ce bref résumé de la situation économique est très important pour comprendre l'état de la lutte des classes en Allemagne occidentale, en particulier sa stagnation en 1974 et au début de 1975. La stagnation de la lutte des classes Malgré ses premières expériences faites dans la période 1969-73, la classe ouvrière allemande n'était pas préparée pour la nouvelle situation créée par la crise de 1974-75. Le chômage massif et les fermetures d'entreprises nécessitent des réponses et des formes de lutte différentes de celles de la période précédente. Il faut également ajouter à cela les faits sui- Cette crise se développe sous un gouvernement social-démocrate, c'est-à-dire un gouvernement dirigé par le parti qui est envore vu par la majorité de la classe ouvrière ouest-allemande comme son représentant politique. - Le gouvernement social-démocrate et la bureaucratie syndicale ont travaillé ensemble aussi étroitement que possible afin d'étouffer toute lutte potentielle et de faire passer les accords de salaires désirés par

Parallèlement, la bureaucratie syndicale étrangla tout initiative oppositionnelle en réduisant encore plus la démocratie - Les patrons sont intervenus de façon centralisée dans la bataille contractuelle par l'intermédiaire de leurs organisations de classe; dès le départ, ils avaient une stratégie claire, contrairement aux syndicats. Aujourd'hui, ont peut tirer un bilan : la direction syndicale a totalement capitulé devant l'offensive patronale. Etant donné leur subordination totale à la logique de la recherche de solutions bourgeoises à la crise, les dirigeants syndicaux ont dû reculer pas à pas et accepter à chaque fois des contrats basés

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RFA sur les "orientations salariales" fournies par les "experts". Même s'il est reconnu que cette direction, ou une partie de celle-ci (comme c'est le cas pour Steinkühler, dirigeant du syndicat des métallos du Bade-Wurtemberg) était prête à lutter jusqu'à un certain point, en particulier dans la dernière phase, toute lutte dans ces conditions était vouée à l'échec dès le départ : la direction syndicale n'avait pas préparé la classe ouvrière pour ces luttes. Les différentes étapes de la capitulation de la direction syndicale furent le contrat de l'automne 1974 dans la sidérurgie, le contrat de l'industrie du bâtiment, ravagée par la crise, les contrats de l'industrie métallurgique et finalement les contrats des services publics. (Le contrat de la sidérurgie revêtit une certaine importance car, dans cette branche industrielle qui, à l'époque, connaissait encore une 1e rum le patin des prote.

croissance, les arguments patronaux sur la baisse des commandes, le déclin des profits et les menaces de chômage n'étaient pas valables; la direction syndicale ne s'en soumit pas moins au diktat des patrons). Dans tous ces contrats, à l'exception de la sidérurgie, l'augmentation nominale des salaires se situa au-dessous de 7% Comme bien souvent dans le passé, le rôle central dans ces négociations salariales fut joué par l'industrie métallurgique et par la politique du gros syndicat des métallos, l'IG-Metall (Industrie-Gewerkschaft Metall), dirigé par Eugen Loderers, qui aime se vanter d'être le président d'un des principaux syndicats du monde capitaliste. Dans cette industrie, les patrons avaient une stratégie à trois faces qui entralna une défaite humiliante pour les syndicats, défaite qui pourrait avoir des conséquences significatives pour le futur. (1) En pratique, les patrons réussirent à atteindre leur but longtemps recherché d'un accord central. (Jusqu'ici, les syndicats avaient essayé, avec quelque succès, de mener une politique régionale et par branche, afin d'utiliser les variations dans la situation économique et dans la capacité de lutte des travailleurs à l'avantage de la classe ouvrière). l'unité des patrons de la métallurgie au niveau national, l'accord signé en Nordrheinwestfallen pour une augmentation de 6.8% fut imposé dans presque toutes les autres régions. Et ceci même dans les régions de l'Unterweser (Hamburg, Brème), où c'est habituellement l'industrie des docks qui donne l'exmple; industrie dont les commandes sont déjà placées pour l'année et dont les patrons auraient été parti culièrement frappés par une grève de la métallurgie dans la mesure où ils auraient été incapables de garantir les dates de livraison. Ceci représente une victoire politique pour les (2) Les termes du contrat (augmentation nominale des salaires de moins de 7%) signifient au minimum un blocage des salaires réels et, pour une grande partie de la classe ouvrière, une baisse des salaires réels, car au moment de la signature du contrat le taux d'inflation était de 6%, et il atteindra certainement 7% et plus dans la période à venir. C'est la première fois depuis longtemps que de tels accords sont signés pour de larges secteurs de la classe ouvrière. Il est remarquable, et sans précédent, que les syndicats aient dû abandonner totalement leurs revendications initiales d'une augmentation de 11% et signer un accord très proche des positions initiales des employeurs. Et ceci malgré le fait que les votes des membres "impartiaux" d'un conseil d'arbitrage devaient accorder un contrat comprenant une augmentation de 7% et des améliorations importantes, et malgré le fait que la direction syndicale ait organisé une grève d'avertissement de dernière minute en Nordrheinwestfallen, à laquelle des dizaines de milliers de travailleurs participèrent (en partie spontanément). Ceci représenta une importante victoire politique et économique pour les patrons, une victoire qui aura sans aucun doute des effets taires sur les taux de profit dans la situation actuelle de crise et de processus permanent de rationnalisation et de concentration. (3) Les employeurs ont réussi à bloquer les revendications qualitatives mises en avant par les syndicats, revendications que ces derniers ont tenté de faire passer depuis la conclusion d'un accord sur les conditions de travail en Nordbaden-Nordwürttemberg (l'"accord d'ensemble des salaires"). Dans les régions où ces accords étaient renouvelés, les résultats furent bien en-dessous Nordwürttemberg. Ceci a entratné une situation dangereuse dans laquelle les patrons du Baden-Wurtemberg menancent, pendant les luttes, de déplacer les usines dans une région où les conditions d'investissement du capital sont plus favorables pour les employeurs. Il y a d'autres aspects de la victoire des patrons : la revendication présentée par les syndicats pour l'abolition de la catégorie salariale N° 2 en Nordrheinwestfallen (classification qui sert en particulier à maintenir des bas salaires pour les femmes) fut rejetée et la compensation de formation très insuffisante pour les apprentis ne fut augmentée que de 6.8% (ce qui, en pratique, entraine une certaine détérioration). Cette victoire des patrons représente un important recul pour les luttes syndicales; dans la mesure où ces revendications (mises en avant avec des formules démagogiques mais efficaces comme l' "amélioration de la qualité de la vie", "pour des conditions de travail humaines") avaient un pouvoir explosif et

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représentaient une épine dans le flanc des patrons. De nouvelles luttes L'année passée représenta un tournant important dans le développement d'une nouvelle avant-garde dans la classe ouvrière et dans les usines. Il est encore difficile de déterminer quels changements et tournants concrets découleront de la combinaison entre la confrontation, la crise, le chômage, le gouvernement SPD et les échecs de la direction syndicale. Mais il est clair que cette période, comme celle qui commença en 1969, représente un changement significatif. Il existe déjà des signes concrets qui montrent combativité générale de la classe ouvrière n'a pas baissé et, de l'autre côté, que de nouvelles luttes et de nouvelles formes de lutte apparaissent. Le maintien d'une combativité générale de la classe ouvrière a été démontré par les mobilisations des métallos durant la grève d'avertissement en Nordrheinwestfallen (qui se développa dans les conditions défavorables d'une lutte salariale qui avait déjà en réalité été perdue et d'une tactique syndicale qui avait précédemment démobilisé les travailleurs), et par les mobilisations qui ont eu lieu dans des grandes entreprises frappées directement par des fermetures (VFW Focker et Salamander à Speyer, DVA-Druckerei à Stuttgart, travailleurs de l'automobile à Neckarsulm). En même temps, de nouvelles couches sont entrées en lutte : - Dans de nombreuses villes ouest-allemandes, on a assisté à des mobilisations des travailleurs immigrés contre leur double exploitation et contre le fait qu'ils sont les premiers à supporter les coûts de la crise;

la droite

a gagné

du

terrain...

- Des jeunes travailleurs et des apprentis qui ont terminé l'école mais qui n'ont pas trouvé de programmes de formation parce que les employeurs boycottent ces programmes. ont organisé des manifestations et ont fait pression sur les syndicats pour qu'ils organisent des manifestations, des actions de protestation, etc.. - On a assisté à des manifestations de chômeurs contre le chômage, Des professeurs et des étudiants universitaires en fin d'étude ont également participé à ces manifestations pour protester contre le blocage de l'embauche dans l'enseignement. - A la suite de l'interdiction de l'avortement (même dans les trois premiers mois de grossesse) décidée par la Cour Suprême, le mouvement des femmes a connu une nouvelle montée qui a donné lieu à de nombreuses manifestations et actions de protestation. - A Whyl, dans le Kaiserstuhl-Baden, la population a mené une lutte militante d'un mois contre les plans de construction d'une centrale nucléaire. Malgré une occupation massive par la police, le chantier de construction fut "repris" par plus de 10, 000 manifestants et est toujours sous leur contrôle, Un ordre d'un tribunal demandant l'arrêt des travaux marque la première victoire. Certaines luttes d'entreprises dans lesquelles la classe ouvrière a utilisé de nouvelles formes de lutte sont particulièrement significatives. Dans certains cas il s'agissait d'occupations symboliques des usines et, dans un cas, pour la première fois, on a assisté à une occupation d'usine organisée comme un moyen de lutte offensif contre les licenciements. A Erwitte bei Paderborn (en Westphallie) 150 travailleurs d'une entreprise de ciment occupèrent l'usine le 10 mars, après quoi 96 travailleurs furent

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RFA repris et un horaire réduit fut mis en place pour le reste des travailleurs. Les ouvriers élirent une direction de grève et discutèrent de la situation dans des assemblées hebdomadaires des grévistes. Ils demandèrent une annulation sans condition des licenciements et l'ouverture des livres de compte de l'entreprise. Les ouvriers réussirent également à établir des contacts avec d'autres entreprises se trouvant dans une situation similaire afin de briser l'isolement de leur lutte. Il faut souligner les deux facteurs suivants. Tout d'abord les secteurs clés de la classe ouvrière dans les centres de la lutte de classes et dans les grandes usines ne mènent pratiquement pas de lutte. Même dans les cas où les travailleurs sont directement frappés par les licenciements et les réductions d'horaires ou sont menacés de licenciements ou de réduction d'horaire, les mobilisations sont relativement difficiles (par exemple dans les usines Rollei Veitgländer/ Braunschweig, VW). Ensuite, les luttes actuelles sont menées en par -ticulier par des secteurs périphériques de la classe ouvrière (immigrés, jeunes), et les nouvelles formes de lutte dont nous avons par -lé se développent dans des petites usines en province. Ces développements correspondent à certaines caractéristiques qui étaient également apparues au cours de la vague de grèves sauvages de 1973; mais surtout, on peut tracer des parallèles avec des expériences d'autres pays européens. La social démocratie et les tendances à l'Etat fort Il ne fait aucun doute que la social-démocratie ouest-allemande a fait un tournant à droite sous la pression des patrons. Aussi surprenant que cela puisse paraltre pour de nombreuses personnes, l'explication est simple : dans une période de stagnation de la lutte de classe, la social-démocratie est tout à fait disposée à se plier à la stratégie des patrons. Au cours de la dernière année, cela a signifié deux choses des contrats salariaux peu élevés et la répression contre la gauche. Seule la mobilisation de la base électorale du SPD, la classe ouvrière, pourra produire des effets dans le parti social-démocrate, en partie sous forme d'un processus accru de différenciation interne. Cependant, la politique actuelle du gouvernement Schmidt annonce déjà les limites du recul droitier du SPD, limites qui sont établies par la volonté d'auto-préservation de la social-démocratie en tant que parti. On peut dire, dans l'ensemble, que dans toutes les élections partielles de 1974 et dans celles qui ont eu lieu en 1975, le SPD a essuyé de lourdes défaites (des pertes allant de 2 à 10%); de plus, ces défaites furent proportionnellement plus sévères dans les villes. (Dans certaines villes, Berlin Ouest par exemple, les défaites furent même proportionnellement plus sévères dans les circonscriptions ouvrières). Pour le moins, cela signifie que le soutien du SPD dans la classe ouvrière tend à diminuer (ceci s'exprima à la fois dans les abstentions et dans des votes pour les autres partis); dans certains cas on a même assisté à un large tournant de secteurs arriérés de la classe ouvrière vers la CDU - CSU. Le SPD a tout fait pour contribuer à accélérer ce processus, non seulement par sa politique pratique mais également par toute sa propagande. Le SPD n'a jamais désigné le véritable générateur de la crise, à savoir le système capitaliste du profit, et il a ainsi pu être désigné par la démagogie de droite comme étant lui-même le principal responsable de la crise. De plus, le SPD a fait tout ce qu'il pouvait pour détourner l'attention des travailleurs des menaces de licenciement dans les campagnes électorales et a, au contraire, repris le thème favori de la CDU-CSU : la "sécurité interne" et, en conséquence, les électeurs préférèrent voter pour la CDU-CSU qui offre de "meilleures garanties" pour la sécurité interne. L'enlèvement de Lorenz, président de la CDU de Berlin Ouest (pour lequel la participation de provocateurs ne peut pas encore être éliminée) fournit une excuse toute faite pour accentuer encore plus la répression. Dans toute la période précédente, à la fois dans la politique gouvernementale et dans le débat par -lementaire sur la "sécurité interne", il apparaissait clairement que, indépendamment des divergences (réelles ou feintes) entre le gouvernement et l'opposition, un accord existait sur la nécessité de renforcer la législation répressive ( avec, par exemple des restrictions sur les droits de manifester, et le droit de se défendre dans les tribunaux, interdiction de la "propagande en faveur de la terreur et de la violence"), sur l'extension des pouvoirs répressifs de l'Etat (la police, la garde-frontière fédérale, l'armée), et sur le fait que les gens devraient s'habituer aux raids brutaux et soudains du type de ceux organisés à Berlin Ouest après l'enlèvement de Lorenz. Dans sa polémique, la CSU alla jusqu'à parler d'un "climat " terroriste englobant toute la gauche, y compris des secteurs de la coalition gouvernementale (les ailes gauches du SPD - - les Jeunes Socialistes -- et du FDP -- les Jeunes Démocrates). Le SDP et le CDU-CSU utilisent des tactiques différentes dans ces circonstances. Le SPD et un secteur de la CDU insistent avant toutsur le fait que la "solidarité entre tous les démocrates" est nécessaire dans la situation actuelle. La majorité de la CDU-CSU rejette cette tactique "englobante" en faveur d'une tactique visant à rendre les "vilains" du SPD responsables. Dans ce but, l'aile droite de la Démocratie chrétienne, représentée par Strauss et la CSU, poursuit une tactique beaucoup plus dure qui, fondamentalement, vise

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à l'établissement d'un Etat fort. La logique de la pensée de Strauss est la suivante : (1) "J'ai personnellement défendu le point de vue que nous ne sommes qu'au début de la crise. Je pense que la ruine des finances de l'Etat se poursuit sans cesse... L'effondrement de l'économie nationale se développe petit à petit, les petites et moyennes entreprises étant frappées les plus fortement"'. (2) "La crise doit s'approfondir à un point tel que la solution que nous considérons nécessaire pour en sortir puisse commencer à être appliquée sur une base psychologique meilleure que celle qui existe aujourd'hui. La plupart des gens vivent encore au-dessus de leurs moyens. Ils ne sont pas encore sérieusement prêts à se serrer la ceinture". "Il n'y a pas la moindre différence entre les gangsters criminels et les gangsters politiques. Ce sont tous des hors-la-loi. Et si nous comprenons cela et nettoyons proprement, aucun d'eux n'osera ouvrir la bouche en Allemagne pour le reste du siècle". (3) "La tactique correcte aujourd'hui consiste en des mises en accusation et en des avertissements, mais pas à donner une formule concrète. Il vaut mieux avoir une forte infla -tion et un fort taux de chômage, il vaut mieux permettre l'effondrement des finances de l'Etat que d'appliquer ce que nous considérons être la formule nécessaire... Les choses doivent s'aggraver substantiellement avant que l'on puisse espérer recueillir une audience pour nos conceptions, nos avertissements, nos propositions" Ces extraits du "discours de Sonthofener" qui est depuis devenu fameux (ou infâme !) montrent que Strauss est capable d'offrir une perspective claire à la classe qu'il représente. (Le discours fut prononcé lors d'une réunion fermée des députés de la CSU, mais son contenu fut rendu public par une indiscrétion). Ils montrent aussi qu'il évalue de façon réaliste l'état actuel des rapports de forces d'ensemble dans la société et propose , en conséquence, une tactique qui consiste à faire des critiques destructives et ensuite à attendre. Strauss sait que le temps n'est pas encore venu pour l'établissement d'un "Etat fort'' avec un exécutif fort, qui muselerait l'opposition parlementaire bourgeoise, qui développerait une dure répression contre la gauche révolutionnaire (incluant l'interdiction des organisations) et, surtout, imposerait une limite palpable aux droits syndicaux. De plus, il veut rester dans les rangs comme candidat à la chancellerie et, s'il doit bientôt se retrouver à la tête d'un gouvernement fédéral, il doit donc jouer un rôle qu'il n'aime pas en fait. Bien que les rapports de force d'ensemble représentent un obstacle sur la voie de l'établissement d'un Etat fort, il est clair que la situation actuelle représente une menace pour la gauche révolutionnaire, qui est encore dans l'ensemble isolée de la classe ouvrière. Les perspectives En se basant sur l'analyse précédente et sur le changement des rapports de forces en faveur de la classe ouvrière depuis 1969, on peut énumérer les perspectives suivantes pour la période à venir : - A court terme, la stagnation des luttes dans les secteurs clés de la classe ouvrière se pour -suivra. Il pourra y avoir des exceptions à cette règle dans le cas de travailleurs dont les emplois sont concrètement menacés (VW -Audi-NSU à Neckarsulm par exemple). Les manifestations du ler mai montreront dans quelle mesure la nouvelle situation a permis la prise de conscience de la nécessité de réponses militantes parmi des secteurs importants de la classe ouvrière. - Si la stabilisation économique attendue s'étend jusqu'à la fin de l'été, on peut s'attendre à des luttes sur une plus grande échelle en automne. A ce moment, partant sur une position de force, les travailleurs essaieront de rattrapper les insuffisances des contrats - Contrairement à 1969, la bureaucratie syndicale sera prête pour certaines de ces luttes et, dans certaines circonstances, discutera rapidement de ces luttes dans les syndicats. Bien que. cela implique un danger de canalisation de ces luttes, cela signifie également une nouvelle rupture entre la politique du gouvernement social-démocrate et la politique de la direction syndicale.

Jusque là, le développement de nouvelles luttes et de nouvelles formes de lutte continue-

Cela peut contribuer de façon significative à entraîner de nouvelles couches dans les luttes, si l'isolement de ces luttes est brisé. - Au sein de la social-démocratie, on assistera à un renforcement des tendances poursuivant une politique démagogique de confrontation de classe, pas sous forme de luttes concrètes entre le travail et le capital, mais plutôt sous la forme de manipulations d'évènements, de débats, etc.. Le SPD a déjà commencé dans cette direction en utilisant le discours de Strauss. De ce point de vue, il est possible que les pertes électorales du SPD dans les élections à venir en Nordrheinwestfallen - - le principal Etat d'Allemagne, avec la plus forte base ou -vrière - - seront relativement faibles. Pour les marxistes-révolutionnaires dans la situation actuelle, il est très important d'utiliser toutes les possibilités offertes par cette situation de "tournant'' dans la classe ouvrière, pour intervenir dans les luttes de classes actuelles et pour préparer les luttes à venir.

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