Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

CAP-VERT

Le Cap-Vert face à l'indépendance

· Inprecor (première série) n° 23, 10 avril 1975 · p. 21-25 · 3 191 mots

Portugal Syndicalisme

Si la Guinée Bissau est aujourd'hui indépendante, les Iles du Cap Vert ne le sont encore que sur le papier. Pendant un certain temps, le gouvernement portugais a fait pression pour que soit représenté dans le futur Etat un groupe fantoche constitué par quelques notabilités, l'UPCV (Union des Populations du Cap Vert) qui est prêt à accepter les principes spinolistes sur l'Afrique "lusitanienne" Les évènements du 28 septembre au Portúgal ont eu pour conséquence de faire disparattre Spinola et ses prétentions sur le Cap Vert. L'archipel sera indépendant le 5 juillet et, en attendant, un gouvernement de transition est mis en place en parité entre portugais et PAIGC ( Parti Africain pour la Libération de la Guinée et des

C. GABRIEL Iles du Cap Vert). Conformément au point de vue du PAIGC, le processus en cours inclut les élections générales d'une Assemblée Nationale Constituante. A l'heure de la dernière phase du colonialisme, deux préoccupations principales animent la direction du PAIGC : son implantation politique et le processus d'unification avec la Guinée Bissau. Nous verrons plus loin en quoi ces deux questions recouvrent les débats sur la révolution guinéenne et cap verdienne dans son ensemble.

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CAP VERT La structure sociale Pour toute une série de raisons objectives, la lutte armée ne s'est pas développée au Cap Vert (terrain peu propice, répression, faible population, émigration, etc.). A partir de ces conditions difficiles le PAIGC a longtemps tâtonné sur la stratégie à adopter pour la libération de l'archipel : préparation d'un débarquement militaire, mobilisation clandestine, etc.. Devant de telles conditions, le parti s'est très difficilement implanté avant le 25 avril. Mais ce fait est absolument lié à la composition sociale des Iles et aux réponses stratégiques qui en découlent. La structure sociale des Iles du Cap Vert est plus différenciée que celle des campagnes guinéennes (voir INPRECOR N°14/15). On y distingue une classe de propriétaires fonciers locaux, une multitude de petits exploitants semi-prolétarisés et les métayers qui représentent l'essentiel de la paysannerie. Sur 36.309 exploitations agricoles, 10.937 sont exploitées par leurs propriétaires, 8.385 sont en fermage et 16. 987 en métayage (chiffres d'avant le 25 avril 1974). A cela s'ajoute un nombre important de salariés agricoles sur les grandes exploitations, le gros et le petit commerce, la petite-bourgeoisie de fonction et d'encadrement, un infime prolétariat industriel et un très fort lumpen né dans le giron de la pourriture coLe gros du prolétariat cap-verdien est émigré, principalement au Portugal où l'on compte plusieurs dizaines de milliers de travailleurs cap-verdiens. Une telle formation sociale rend encore plus hasardeuses les explications du PAIGC sur la Guinée, selon lesquelles les différenciations sociales sont "'insuffisantes" pour parler de luttes de classes. Or, le PAIGC, porteur d'une conception multiclassiste, en appela pêle-mêle aux "travailleurs de la campagne et des villes, étudiants, propriétaires, avocats, fonctionnaires et employés de commerce, médecins, ingénieurs, instituteurs et professeurs de lycée... ". L'affirmation symbolique que la "terre est à ceux qui la travaillent' était noyée dans un appel à "tous les hauts fonctionnaires, commerçants et agriculteurs aisés" qui ont "le devoir (?) de servir notre peuple,. le cap-verdien humble, anonyme, notre frère" (appel à la lutte armée au Cap Vert; premiers mois de 1969). Plus récemment, dans le Rapport sur la Situation du Cap Vert, présenté par le PAIGC à l'ONU en mars 1974, aucune allusion n'est faite à la question d'une éventuelle redistribution des terres après l'indépendance.

Le PAIGC et le mouvement de masse La situation actuelle doit donc se lire sur le triptyque de la ligne politique nationaliste du PAIGC, de la situation économique catastrophique de l'archipel menacé en permanence par la famine, et des élans spontanés du mouvement des masses. A la suite du 25 avril 1974, le PAIGC a été confronté à la nécessité impérative de bâtir rapidement une hégémonie politique face aux courants droitiers spinolistes dont l'arme idéologique préférée était la dénonciation de l' "impérialisme guinéen" dans l'archipel. De toute évidence, le PAIGC a obtenu une victoire sur ce terrain en imposant à l'armée portugaise la cessation des activités subversives de ces groupuscules. Aujourd'hui, bien qu'inégale, l'hégémonie du PAIGC sur la vie politique du pays est un fait accompli. L'ile de Santiago est particulièrement bien contrôlée et constitue le noyau autour duquel s'organise la vie du parti dans tout l'archipel. Certaines fles comme Sao Vincente, où le PAIGC semble moins organisé, bénéficient en contre-partie d'une montée plus importante du mouvement de masse en rapport avec les problèmes sociaux qui s'y posent. mouvement a pris les formes les plus diverses selon les iles : à Santiago, occupation des terres, à Santo Nicolau, occupation de la douane et de la police, à Santo Antao, occupation des locaux de l'administrateur qui furent transformés en crêche, à Sao Vincente, occupation d'une radio privée, etc.. Dans ce cadre les rapports entre le PAIGC et les portugais au sein du gouvernement de coalition sont déterminés par les rapports entre le PAIGC et le mouvement de masse. che-t-il à renforcer les mobilisations, à les politiser, à leur fournir des objectifs stratêgiques anti-capitalistes ou bien au contraire à "instrumentaliser" ce mouvement pour l'utiliser tactiquement face aux portugais en conservant l'idée de la "réconciliation nationale" ? Il semble bien que la direction du PAIGC ait choisi cette seconde attitude. Majoritairement, elle refuse de s'opposer à la mobilisation car la construction du rapport de forces qu'elle recherche avant le 5 juillet 1975 ne peut s'obtenir que par une profonde implantation populaire du parti. Mais, majoritairement aussi, elle ne donne à cette mobilisation qu'un sens restreint : "soutenir le parti". C'est ainsi qu'à l'aéroport de Sal, c'est sur proposition du parti que s'est organisé le contrôle populaire sur les voyageurs pour prévenir la fuite des devises. C'est encore sur proposition du parti que la radio de Sao Vincente a été occupée et que les dockers y organisèrent des piquets de vigilance. Mais lorsque les travailleurs de l'usine de construction mécanique

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voulurent se mettre en grève, la direction du PAIGC leur demanda d'y renoncer car le gouvernement ne pourrait assumer la demande d'augmentation de salaires. En effet, le colonialisme avait établi de curieux contrats entre l'Etat et le patron de cette entreprise. d'augmentation accordée aux ouvriers, il était prévu que ce n'était pas le patron, mais les finances publiques qui fourniraient la masse salariale supplémentaire. L'attitude du parti ne fut pas de dénoncer ce contrat, d'ouvrir les livres de compte et de nationaliser l'entreprise si le patron refusait de payer. Il préféra garantir la "réconciliation nationale" en faisant avorter la grève. Sur la question agraire aussi, se sont établis des rapports contradictoires entre le mouvement de masse et la direction du PAIGC. Alors

Dernière minute: Six nuits de couvre-feu ont permis au PAIGC de briser une tentative de putsch de la part d'un groupe d'anciens officiers de commandos africains, de Manuel

Gardete, ancien député guinéen, et Fernando

Luna, ancien président de l' Assemblée législative de la Guinée coloniale.

Dans INPRECOR 14/15 nous écrivions : "Pour ce qui est des militaires, ils ont été désar - més et disséminés dans leurs villages d'origine. La paie qu'on leur a donnée jusqu'à décembre constitue un petit capital qui leur permettra de redémarrer les cultures. C'est cependans une force contre-révolutionnaire potentielle qu'il ne faut pas négliger!' Face à ces dangers nous opposions à la "réconciliation nationale' du PAIGC une analyse de classe de la société urbaine guinéenne et la qu'un projet de réforme agraire est toujours

Sont amorcé un mouvement d'occupation des terres avec mise en place de comités élus en répartissant les différentes foncPeu à peu, par endroits, se développe le refus de payer le métayage aux Morgados (gros propriétaires). Le PAIGC, à l'évidence, a appuyé et même dirigé ces mouvements. Il a déclenché un début d'épuration en appelant à l'emprisonnement de certains réactionnaires. C'est ainsi qu'Almeida Henriques, portugais, a eu ses terres bananières (la SACOFIL) dans la région de Santa Cruz (Santiago) occupées, avant d'être jeté en prison. Mais le mouvement de masse ne s'arrête guère en chemin et un certain Jorge Querido, gros propriétaire et ancien dirigeant du PAIGC avant le 25 avril, a da sa sauvegarde à l'intervention de la direction nationale. Enfin, dans certains endroits comme l'Orgaos

(Santiago) les masses paysannes sont encore très retardataires et imposent une approche souple aux militants du PAIGC. Il manque à tout cela une politique cohérente , s'appuyant sur un corps de mots d'ordre de réforme agraire visant à associer les masses paysannes misérables à une révolution sociale. En l'absence de cette finalité, la politique du parti, tant sur la question agraire que sur la question du développement économique, reste empirique, motivée par des raisons tactiques et très souvent hétérogènes, selon les "sensibilités" 10cales des structures. L'aide économique Face à la situation économique catastrophique, la direction du PAIGC a dû s'atteler à une double tâche : tentative de coup d'état à bissau. nécessité d'une mobilisation populaire sur des objectifs anti-capitalistes. Rien ne serre de cacher aux masses que la petite-bourgeoisie collaboratrice reste une force sociale réactionnaire pour une longue période, au risque de ne plus trouver les masses dans la rue au jour des affrontements contre la réaction, Et pourtant, tout cela semble étonner Victor Maria Sande qui déclare le 24 mars à Dakar : "Lorsque le PAIGC prit possession en septembre et octobre des zones qui n'étaient pas encore sous son contrôle, il a décidé dans le sens d'une réconciliation nationale, de ne pas pratiquer une politique générale d'épuration et d'exclure les représailles. Une telle politique ne va pas, à la longue (?), sans créer quelques problèmes... - un plan d'urgence d'aide financière et alimentaire; - un plan à moyen terme d'industrialisation, Le Portugal est fort réticent à aider le Cap Vert alors que sa balance des paiements est déjà démesurément déséquilibrée et le sens de la tournée internationale de Sylvinio Daluz a été de diversifier les aides et de frapper un peu à toutes les portes. Il reste à déterminer les implications qu'aura cette aide sur l'autonomie du futur régime capverdien. L'aide alimentaire des pays impérialistes est connue pour être rapidement une arme efficace utilisée à des fins de domination économique et politique. On pourrait ainsi citer le directeur du programme Food for Peace (Nourriture pour la Paix) qui déclarait que l' "arrivée d'avions américains chargés de vivres après le désastre du tremblement de terre au Chili en 1960, fit plus pour les relations entre le Chili et les Etats-Unis que

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CAP VERT n'importe quelle autre action américaine au cours des dernières années"'. Pour l'administration américaine. il y a une volonté constante et délibérée de se servir de l'aide alimentaire comme d'un moyen de pénétration commerciale.. "Ceux que nous assistons aujourd'hui seront nos clients demain" (Mac Govers, directeur en 61-62 du Food for Peace). Si le plan d'urgence est inévitable, si l'aide doit être demandée y compris au diable, il est tout de même tragique de voir la direction di PAIGC rappeler à satiété en même temps qu'elle est résolument (!) non alignée. Le "nonalignement' n'a jamais empêché les lois économiques du marché impérialiste de s'exercer sur toutes les contradictions d'une économie transitoire, au sortir du colonialisme et démunie d'un programme anti-capitaliste réel. La nation cap-verdienne, comme la nation guinéenne sont aujourd'hui l'enjeu des plus sordides chantages. Que ce soient les directions staliniennes ou les Etats impérialistes, chacun s'évertue à tirer bénéfice des difficultés du PAIGC pour bloquer tout processus de radicalisation. Les pays arabes producteurs de pétrole proposent des prêts à 1%... mais il leur faut connattre à l'avance le projet économique ou industriel qui en bénéficiera. D'autres propositions se succèdent, des USA, de la France, du Japon, de la RFA et même de l'Afrique du Sud... Pour Sao Vincente, les belges de Petrofina proposent une raffinerie, l' Etat recevant 10% de la production et devant en acheter 10 autres. Cet accord attend une signature mais il fut déjà conçu avant le 25 avril, avec le régime colonial ! Ce petit archipel continue à exacerber les appétits impérialistes. Sa situation géographique est de toute première importance pour l'OTAN. Mais l'enjeu dépasse de très loin le rôle stratégique de l'aéroport de Sal. En fait, dans le processus inégal des luttes de libération en Guinée Bissau et au Cap Vert, il est devenu évident que les derniers mois ont permis aux masses cap-verdiennes de brutalement rejoindre puis dépasser le niveau de mobilisation et surtout le niveau de conscience des masses guinéennes. Un tel retournement s'explique aussi bien par la structure sociale cap-verdienne que par l'apport essentiel d'une politisation rapide que la jeunesse cap-verdienne a acquise, notamment sa composante petite-bourgeoise intellectuelle passée par les universités du Portugal. Tout cela est bien différent de la Guinée où le parti a essentiellement encadré des masses paysannes hors des centres urbains. La question de l'unification Ce nouveau développement inégal du processus politique entre les deux pays, en renversant en quelque sorte la vapeur, confère à l'archipel du Cap Vert un rôle bien plus décisif que ne lui confère sa situation dans l'Océan Atlantique. Dès lors, ce sont les développements des luttes et les débats dans le parti au Cap Vert qui rejailliront sur la situation guinéenne et qui orienteront partiellement les déroulements propres des évènements dans ce pays. Ceci est tout à fait important pour aborder la ques -tion de l'unité Guinée-Cap Vert. Pendant tout un temps, la direction du PAIGO s'est contentée de justifier cet objectif avec le seul fait des liens objectifs entre les deux populations, notamment dans le processus de lutte conduit par le PAIGC. Tout cela est parfaitement vrai et doit constituer la principale argumentation. Cependant il ne suffit

Fondomate e pas de rappeler l'unité lusophone et l'unité

dans le parti pour répondre aux manoeuvres réactionnaires qui visent à exacerber les préjugés racistes entre les deux populations. Tout d'abord, force est de reconnaitre qu'une fraction importante de la petite-bourgeoisie des villes de Guinée est cap-verdienne et que l'exutoire raciste anti-cap-verdien contre lequel il est nécessaire de se battre recouvre partiellement, chez les populations misérables, une opposition envers les couches privilégiées. En contre-partie, il est grave d'ignorer la question nationale cap-verdienne. C'est pourquoi il est tout à fait positif que certains dirigeants du PAIGC aient depuis quelques mois affirmé publiquement l'existence de deux nations et leur droit à l'auto-détermination sur la question de l'unité. Seule la prise en considération des droits nationaux cap-verdiens sur la trame d'une éducation internationaliste des masses peut briser les tentatives de division de l'impérialisme. Ceci implique la prise en considération des intérêts des masses populaires cap-verdiennes et guinéennes et non plus de "toutes les classes et couches". L'unification ne doit plus permettre à un commerçant cap-verdien d'exploiter les travailleurs de Bissau. C'est bien d'une unification internationaliste des deux peuples en lutte dont nous voulons parler. Mais dans ce cas, il est possible qu'un paysan mandjaque du nord de la Guinée ne comprenne pas pourquoi on lui parle des intérêts communs qu'il a avec le paysan cap-verdien et qu'on oublie de lui parler de son "cousin" mandjaque vivant du côté sénégalais à 20 km de chez lui. Le PAIGC en donnant une réponse partielle à la question de l'unification évite le point des tâches stratégiques vis à vis de l'ensemble de la révolution africaine. Il faut se féliciter du processus d'unification de ces deux pays sans occulter l'essentiel : l'isolement de la révolution guinéenne ne s'arrête pas à cette étape et dépend des luttes de toute la région. C'est pourquoi il est parfaitement irresponsable

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signer avec le régime sénégalais un communiqué dans lequel les deux parties "... considèrent qu'il n'y a pas de raison fondamentale (!) justifiant une politique internationale différente des deux pays, notamment sur le plan africain"'. Les deux pays étant "conscients des responsabilités qui leur incombent en ce qui concerne le maintien de la paix et de la sécurité, conformément aux principes des chartes des Nations Unies et de l'Organisation de l'Unité Africaine " (Bissau 9 janvier). Reste cependant à ne se faire aucune illusion sur les capacités de l'unité Guinée-Cap Vert dans le cadre d'un Etat nationaliste déjà marqué par les stigmates du bureaucratisme et dans lequel s'affrontent peu à peu les tendances les plus diverses. La question de l'unification est aussi d'une très grande importance pour stabiliser l'autorité de l'Etat bonapartiste qui se dessine. partie importante de la direction nationale du PAIGC étant d'origine cap-verdienne, sa crédibilité sur les masses urbaines de Guinée Bissau implique de briser les préjugés chauvins antiAu Cap Vert, il faudra définir le type d'armée mise en place, ainsi que la construction d'un mouvement syndical. La question des milices et de leur fonction ne sera réglée en dernière instance que par le rapport de force entre le mouvement de masse et les tentatives d'une direction hors du projet nationaliste qu'elle s'est fixé. Il en sera de même pour la question syndicale, en ce qui concerne l'indépendance des syndicats par rapport au parti et à l'Etat. Unifier la Guinée et le Cap Vert sera d'autant plus délicat pour la direction du PAIGC que les deux mouvements auront atteint des degrés différents d'organisation et d'autonomie vis à vis de l'appareil d'Etat. Il faudra choisir entre la contagion de l'un par l'autre ou la coercition pour faire reculer l'un au niveau de l'autre. La vie politique du PAIGC au Cap Vert ne peut qu'être très différente de celle que connait la Guinée Bissau. Les jeunes éléments petits-bourgeois passés par les universités portugaises dans lesquelles ils furent en contact avec la jeunesse révolutionnaire portugaise ont connu, grâce à cela, un élargissement important de leurs références politiques. Il leur faut concilier leur attachement et leur dévouement au nationalisme du PAIGC et leur recherche, dans le mouvement ouvrier, des réponses rationnelles aux questions politiques qu'ils se posent. Un tel besoin a, bien évidemment, par facilité, mené à une séduction pro-chinoise -- séduction de la petite-bourgeoisie pour les victoires de la révolution chinoise sur le sous-développement, Mais une telle voie, en laissant la partie belle aux conceptions gradualistes, ne s'affronte pas, mais s'adapte au nationalisme ambiant. Déjà apparaissent dans les bulletins du PAIGO dans l'archipel les mises en gardes "contre l'opportunisme de gauche et l'opportunisme de droite" ainsi que les longues dissertations qui expliquent que réclamer le pouvoir populaire ne peut que s'identifier au renforcement Il y aura des complots impérialistes contre la direction nationaliste cap-verdienne. Il y aura de multiples intrigues réactionnaires pour refaire basculer cet archipel dans le camp du néo-colonialisme. Mais se préparer à de telles épreuves ne passe pas par l'utilisation tactique du mouvement de masse, mais par son développement, sa politisation systématique, par la fin du mythe de la réconciliation nationale, par la formulation d'un programme anti-capitaliste dans le cadre d'une stratégie intégrée des luttes de classe dans toute la région. Mais le PAIGC s'est déjà fort engagé dans ce qu'il appelle son "non-alignement" et la diplomatie africaine tisse depuis de longs mois ses mailles, favorisant la ligne la plus dangereuse du nationalisme du PAIGC : l'opportunisme. Il est très important pour les marxistes-révolutionnaires de suivre la situation au Cap Vert et en Guinée Bissau car les problèmes qui y sont posés, comme par exemple la question de l'unification, doivent être au centre de notre propre stratégie politique dans ce continent. 8.2,1975

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