Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

INDOCHINE

Soutien total jusqu'à la victoire finale !

· Inprecor (première série) n° 24, 24 avril 1975 · p. 3-8 · 4 532 mots

Indochine États-Unis Chine

avril 1975, L• La IVème Internationale salue les très grandes victoires emportées, ces derniers mois, par les peuples d'Indochine. Elles revêtent une importance exceptionnelle, tant dans l'évolution de la situation régionale qu'à l'échelle mondiale. Avec la libération de Phnom Penh et l'éclatement de la crise générale du régime fantoche salgonnais, après l'effondrement de ses forces au centre-Vietnam, la lutte des travailleurs indochinois entre dans une nouvelle phase : celle où la victoire finale d'un long combat révolutionnaire contre le colonialisme français et japonais, contre l'impérialisme américain, devient d'une immédiate actualité. La débâcle impérialiste enregistrée au Cambodge comme au Vietnam a de profondes répercussions internationales. Elle sanctionne l'échec ultime d'une politique d'intervention dans laquelle les gouvernements US successifs avaient engagés toute leur autorité et tous leurs moyens, et met crûment en lumière la crise de direction politique qui frappe aujourd'hui l'impérialisme. Les victoires des combattants révolutionnaires indochinois accentuent la modification des rapports de forces entre les classes à l'échelle mondiaLa portée considérable de ce dernier tournant • dans l'histoire de la Révolution indochinoise est due à la nature du processus révolutionnaire en cours qui met en cause les bases de la domination capitaliste et néo-colonialiste au Vietnam; à la profonde interaction qui lie entre elles les luttes menées dans les trois pays d'Indochine et qui a engagé les peuples cambodgien, laotien et vietnamien dans un même combat; à

JUSQU'A

Déclaration

du Secrétariat Unifié

de la Quatrième Internationale,

l'enjeu international qu'a représenté et que représente encore la guerre d'Indochine. La forme revêtue par la déroute des forces fantoches au Sud-Vietnam, sur les Hauts-Plateaux, dans les provinces septentrionales et le long des provinces côtières du centre éclaire d'une lumière crue les causes de l'échec de l'impérialisme US et la nature du processus révolutionnaire qu'il a tenté d'écraser, Le Gouvernement Révolutionnaire Provisoire (GRP) n'a pas déclenché - - en janvier comme en mars 1975 -- d'offensive générale comparable à celle du Têt 1968 ou du printemps 1972. Au contraire, avant que Thieu ne décide l'abandon des capitales provinciales de Kontum et Pleiku, les Forces Armées Populaires de Libération (FAPL) n'avaient engagés que des moyens militaires limités et, depuis, leur progression s'est faite sans grand combat avant la bataille de XuanLoc dans la région salgonnaise. Le potentiel militaire de l'armée fantoche, maitresse de l'air, restait largement supérieur à celui des forces révolutionnaires, L'armée fantoche n'était, malgré la réduction relative de l'aide US, à court ni de carburant, ni de munitions, ni de pièces de rechange, C'est dire combien les raisons invoquées officiellement à Salgon comme à Washington pour justifier sa retraite sont mensongères. L'effondrement brutal de la moitié de l'armée fantoche n'est que le reflet du pourrissement interne du régime salgonnais et de l'évolution progressive des rapports de forces politiques et sociaux au Sud-Vietnam, La cause profonde de l'actuelle débâcle impérialiste est à recher-

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cher dans l'approfondissement du processus révolutionnaire après la signature des Accords de Paris du 27 janvier 1973. L'arrêt de l'escalade aérienne sur l'Indochine comme le retrait du corps expéditionnaire US sanctionnaient l'échec de la stratégie américaine antérieure. Ils ne signifiaient certes pas abandon de la politique contre-révolutionnaire US dans cette région mais réduction de ses objectifs et de ses moyens. "Un tel retrait ne (garantirait) pas en lui-même la victoire de la révolution permanente au Vietnam du Sud. lement que le processus de cette révolution (peut) se développer avec une ingérence contrerévolutionnaire réduite, mais pas nulle", déclarait la résolution adoptée par le Comité Exécutif International de la IVème Internationale en décembre 1972. Les victoires actuellement enregistrées par les forces révolutionnaires montrent qu'elles ont su profiter de cette situation nouvelle. L'échec de Thieu et de son maitre impérialiste est d'abord politique et social avant d'être militaire. A Salgon, la crise économique favorise la relance des luttes revendicatives, limitées du fait de l'ampleur de la répression, mais néanmoins très importantes dans la désagrégation de la base du régime. La gravité de cette répression n'a pas pu empêcher le développement de mouvements de lutte pour la libération des prisonniers politiques, la restauration des libertés démocratiques et le retour à la paix. L'extension de l'opposition urbaine au pouvoir fantoche a été telle qu'elle a provoqué un profond clivage au sein du régime lui-même entre ceux qui voulaient la démission préventive de Thieu et ceux qui la craignaient. Pendant ce temps, les zones libérées, gées du gros des bombardements malgré les opérations d'"empiètements" lancées par l'armée safgonnaise, connaissaient une reconstruction économique et une accélération de la réforme agraire. Une classe sociale a été éliminée dans les campagnes libérées, celle des grands propriétaires terriens, alors que les conditions politiques et sociales ne permettent pas, actuellement, la constitution d'une classe dominante de paysans capitalistes. Grâce à cela, les zones libérées ont commencé à jouer un rôle stimulant dans la crise politique qui secouait les villes contrôlées par le régime fantoche où règnaient une inflation galopante et un chômage dramatique. Tels étaient les axes sur lesquels nous pensions que l' "offensive révolutionnaire des masses laborieuses au Sud-Vietnam"' allait se développer, dans la résolution de décembre 1972 qui en tirait la conclusion que " sous les effets combinés des processus" ainsi décrits, devait s'opérer "à la ville comme à la campagne la désintégration des appareils militaires et administratifs fantoches". C'est cela qui s'est produit et qui confirme une nouvelle fois que la puissance de la révolution indochi-

L'ambassadeur US quittant Phnom Penh le drapeau sous le bras noise vient de la combinaison des luttes sociales, politiques et militaires, d'une lutte de libération nationale et d'un processus de révolution sociale, c'est-à-dire de la dynamique de révolution permanente;

• La puissance de la révolution indochinoise ne tient pas qu'à cette combinaison, mais aussi à sa dimension régionale. L'offensive de 1953-54 qui devait aboutir à la très grande victoire de Diem Bien Phu avait déjà articulé étroitement la lutte au Vietnam et au Laos. Cette fois-ci, après la constitution de la République Démocratique du Vietnam et l'entrée des masses cambodgiennes dans le front révolutionnaire indochinois, la révolution indochinoise a pris une envergure nouvelle. C'étaient les succès enregistrés par le FUNK au Cambodge après le coup d'Etat de 1970 et par le Neo Lao Haksat au Laos après l'intervention américanosaigonnaise de 1971 qui avaient préparée l'offensive du printemps 1972 au Sud-Vietnam. C'était la signature des Accords de Paris sur le Vietnam en janvier 1973 qui avait amenée la signature , un mois plus tard, de ceux de Vientiane puis l'arrêt, le 15 août, des bombardements massifs sur le Cambodge -- arrêt imposé de même par l'extraordinaire résistance victorieuse des combattants cambodgiens. La zone libérée du Sud-Vietnam pouvait s'adosser plus fermement à l'Etat ouvrier nord-vietnamien qui lui assurait aide économique à la reconstruction, aide militaire face aux empiètements salgonnais et aide culturelle. Cette fois-ci, l'incapacité de Washington à répondre à la fermeture du Mékong - - par où passaient 80% du ravitaillement de Phnom Penh -- en janvier 1975 et à briser l'encercle-

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ment de la capitale cambodgienne a montré au régime Thieu et à son armée que les pouvoirs de l'impérialisme américain étaient bel et bien limités. En retour, l'effondrement de l'armée fantoche dans le centre-Vietnam a sonné le glas de ce qui fut le régime Lon Nol : aucun appui ne pouvait pu être espéré de Salgon. Les défaites accusées au Cambodge et au Sud-Vietnam par les régimes néo-coloniaux réduisent d'autant , enfin, la marge de manoeuvre de l'administration de Vientiane au Laos: la dissolution de l' "Assemblée nationale" fantoche, décidée il y a longtemps mais bloquée par la bourgeoisie, vient d'être effectivement décrétée. Cette interaction constante de la lutte des trois pays d'Indochine, cette extension de la révolution indochinoise relativement à ce qu'elle était lors de la première résistance contre les français, illustrent elles aussi la dynamique de la révolution permanente à l'oeuvre dans cette région. C'est dans ce cadre régional qu'il faut analyser les implications de la libération de Phnom Penh. Dernier pays à avoir été pleinement intégré à la révolution indochinoise, le Cambodge aura été le premier à être complètement libéré de l'agression impérialiste. , L'ampleur des succès emportés en 5 ans de guerre révolutionnaire dans ce pays de 7 millions d'habitants , malgré l'invasion américano-sud-vietnamienne de 1970 et la tentative de génocide aérien perpétrée par Washington en 1973, est exemplaire en ce qu'elle montre la force extraordinaire d'une lutte armée de libération et d'une révolution. L'humanité est redevable des sacrifices consentis par les travailleurs cambodgiens -comme de ceux des autres peuples d'Indochine -- dans leur combat contre le gendarme du monde capitaliste. Dix pour cent de la population auront trouvé la mort ou auront été grièvement blessés du fait de l'intervention impérialiste ! La chute finale, sans gloire et sans rémission du régime fantoche à Phnom Penh aura de profondes implications au Sud-Vietnam. On ne peut plus se cacher, maintenant, à Salgon, que l'impérialisme américain est prêt à abandonner ses créatures. La fuite des ressortissants américains de la région salgonnaise, après celle de l'ambassadeur John Gunter Dean de la capitale cambodgienne, peut donner un coup fatal au moral de ce qui reste de l'appareil fantoche au Sud-Vietnam. Par delà la reconnaissance de l'importance de la défaite impérialiste au Cambodge, l'analyse du régime qui nait de ces cinq ans de lutte est rendue plus difficile du fait de la faiblesse de l'information elle-même. On connait beaucoup moins bien l'ampleur des transformations opérées dans les zones libérées cambodgiennes ou l'histoire du mouvement communiste de ce pays qu'en ce qui concerne le Vietnam. Mais parce qu'il est partie intégrante de la révolution indochinoise, il est néanmoins possible de situer le processus révolutionnaire en cours au Cambodge. Une profonde réforme agraire a été réalisée dans les campagnes, analogue, malgré de réelles différences liées à la structure de la propriété agricole, à celle du Sud-Vietnam. La bourgeoisie cambodgienne (compradore) était organiquement liée à l'appareil militaire et étatique fantoche comme à la présence impérialiste, elle se voit donc brutaiement déracinée alors que des mobilisations populaires répétées ont eu lieu à Phnom Penh durant les dernières années. Dans le FUNK et le GRUNK, enfin, l'hégémonie politique est indiscutablement celle des "Khmers rouges" • dont les dirigeants viennent du mouvement communiste cambodgien. C'est l'actualité de la révolution socialiste qui s'affirme aujourd'hui au Cambodge ! La nature de la révolution cambodgienne n'est cependant pas encore définitivement tranchée. La consolidation d'un nouvel Etat ouvrier en Asie réclamera en effet une série de profondes mesures économiques, sociales et politiques. Surtout; le sort de la révolution cambodgienne est profondément lié à celui de la révolution indochinoise toute entière, et tout particulièrement au devenir de la révolution au Sud-Vietnam, Le combat révolutionnaire continue, il doit se conclure par la formation des Etats socialistes d'Indochine ! Ce dernier tournant dans l'histoire de la Révolution indochinoise sanctionne l'échec de la politique élaborée voilà deux ans par l'impérialisme américain : le "plan Kissinger". Cet échec stratégique fait suite à bien d'autres. L'engagement de l'impérialisme US dans la guerre du Vietnam date d'avant même les Accords de Genève de 1954. • Il voulait briser là le processus de la révolution asiatique et préparer la réouverture de la Chine à sa pénétration, C'était la politique du "containment and roll back" (contenir et refouler). Après la défaite du colonialisme français, il lui fallait d'abord consolider un régime fantoche au Sud-Vietnam, celui de Diem. La relance générale de la lutte armée en 1959-60 l'amena à commencer la "guerre locale". Malgré l'envoi de conseillers américains, le régime fantoche était au bord de l'effondrement complet en 1964. Washington décida alors l'envoi du corps expéditionnaire US - - qui débarqua à Da Nang aujourd'hui libérée -- et l'ouverture de l'escalade aérienne contre les zones libérées d'alors au Sud - - l'essentiel des campagnes -et la République Démocratique du Vietnam, profitant de la passivité criminelle des sovié-

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tiques. L'offensive du Têt marquait l'échec de cette "guerre locale". L'impérialisme US acceptait, en conséquence, une première réduction - - au moins provisoire - - de ses objectifs: il ne comptait plus briser dans l'immédiat l'Etat ouvrier nord-vietnamien. Mais il concentrait alors l'essentiel de ses moyens pour casser les reins du Front National de Libéra-

Ce fut la "vietnamisation"', l'accélération de la politique d' "urbanisation forcée" un élan nouveau donné à la guerre aérienne. L'avortement de fait du coup d'Etat fomenté par la CIA au Cambodge en 1970 et de l'occupation de la piste Ho Chi Minh au Laos en 1971, comme l'offensive de printemps en 1972 au Sud- Vietnam ont provoqué l'abandon de cette politique. En signant les Accords de Paris sur le Vietnam l'impérialisme US renonçait dans l'immédiat à détruire le FNL, le FUNK et le Pathet Lao. Il n'en gardait pas moins trois objectifs clés : l'isolement de ces mouvements révolutionnaires dans les campagnes indochinoises par la consolidation de son pouvoir dans les villes, la mise en place d'une nouvelle ligne de défense autour du Mékong protégeant la Thatlande et l'atténuation maximale de l'écho mondial de ses défaites antérieures. Phnom Penh et les principales villes du Sud-Vietnam, à l'exception de Salgon, sont libérées. Des luttes sociales ont éclaté dans les centres urbains du Laos. La "ligne du Mékong"est brisée tandis que la Thallande connait un important développement de luttes sociales et une recrudescence des actions de guérilla. Et les deux premiers objectifs ne sont pas les seuls à avoir été mis en échec ces derniers mois. Il en est de même du dernier. L'eftondrement complet au Cambodge, encore partiel au Sud - Vietnam est venu si vite et si brutalement qu'il a rendu impossible le camouflage de la responsabilité et de la paralysie US dans la débâcle. Et la campagne d'intoxication effrénée orchestrée autour de la question des réfugiés et des orphelins vietnamiens ne pourra pas non plus cacher la réalité. Seuls ceux qui ont peur de devoir rendre compte de leurs activités de collaboration à l'entreprise impérialiste, les tortionnaires. officiers et policiers, les bourgeois, trafiquants et profiteurs de guerre fuient l'avance des forces du GRP. Les autres ne tentent que d'échapper aux combats ou aux réprésailles traditionnelles perpétrées par les forces fantoches à l'encontre des zones nouvellement libérées, bombardées ou transformées en "zones de tir libre". La majeure partie de la population - - y compris urbaine -- est restée dans les territoires libérés ces derniers mois ou y revient. Mieux, l'avance des forces révolutionnaires s'est accompagnée de soulèvements régionaux et d'actions de milices urbaines clandestines. Fin 74 le régime salgonnais a perdu ou abandonné environ 50% de ses postes militaires dans le delta du Mékong du seul fait de l'extension d'une guérilla populaire. En mars, la libération de la capitale provinciale de Ban Me Thuot fut le fait d'un millier de montagnards réputés pour leur appartenance au FULRO, une organisation créée de toutes pièces par la CIA ! En fait, la retraite des troupes salgonnaises fut précipitée par le soulèvement des minorités ethniques des Hauts - Plateaux. L'avance des forces du GRP le long de la plaine côtière du centre Vietnam, impulsée par l'effondrement de l'armée fantoche, s'est combinée avec d'importants ralliements de troupes de cette armée, l'action de milices populaires clandestines préalablement organisées dans les villes, et un certain nombre de mouvements insurrectionnels urbains. L'accueil populaire réservé au FUNK lors de la libération de Phnom Penh enfin, n'a pu être ignoré des agences de presse. Pour la première fois, l'impérialisme américain a été mis en échec alors qu'il avait directement et massivement engagé ses forces dans une guerre contre-révolutionnaire, et ce, par les populations de petits pays, pauvres et ruraux. Ce fait souligne à lui seul l'importance des récentes victoires de la révolution indochinoise.

• Les échecs successifs des stratégies contre-révolutionnaires de l'impérialisme américain en Indochine face à la résistance et au combat héroiques des populations cambodgienne, laotienne et vietnamienne est, en effet, d'une importance capitale dans l'arène mondiale. Les raisons, les moyens et l'enjeu de l'intervention des Etats-Unis ont toujours été internationaux. Washington ne tentait pas de défendre en Indochine des investissements massifs dans le pays même. C'était l'ensemble des positions impérialistes dans le Sud-Est asiatique, voire sa capacité de défendre ces positions dans le monde entier, qui formaient l'enjeu de l'agression contre la révolution indochinoise. Celle-ci est devenue l'un des points de cristallisation des contradictions sociales et politiques internationales, la tranchée avancée du prolétariat mondial. La défaite impérialiste en Indochine n'est en conséquence pas due seulement au combat des peuples indochinois. La guerre américaine, par delà la révolution indochinoise, visait les Etats ouvriers. Elle aura amené les directions soviétique et chinoise à consentir une aide qui, malgré ses limites et ses fluctuations, aura joué un rôle décisif dans l'armement de la révolution. L'existence même de cette aide, comme ses carences dramatiques, justifie pleinement le mot d'ordre de front uni des Etats ouvriers en défense de la révolution indochinoise lancé par les marxistes-révolutionnaires dès les premières étapes de la seconde

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guerre d'Indochine. Il en est de même de l'organisation d'un soutien militant dans le monde impérialiste, à laquelle la IVème Internationale a pleinement participé. La défaite impérialiste en Indochine aura en effet aussi dépendu de l'émergence d'un mouvement international de solidarité avec la révolution indochinoise et de l'ampleur croissante du sentiment anti-guerre aux USA qui - - dans le contexte économique actuel - - impose des limites immédiates à la capacité d'intervention de Washington. En retour, la révolution indochinoise aura joué un rôle direct dans la formation de nouvelles générations révolutionnaires de par le monde qui échappent à l'emprise des bureaucraties ouvrières réformistes et staliniennes traditionnelles, dans la mise en lumière de l'affaiblissement stratégique de l'impérialisme le plus puissant et dans le déséquilibre du système monétaire international. La révolution indochinoise aura bel et bien fait le pont entre la vague révolutionnaire de l'après-guerre et celle que nous vivons aujourd'hui. L'une des clés du "plan Kissinger" postérieur à la signature des Accords de Paris était l'isolement des combattants indochinois au moyen d'ouvertures vers les bureaucraties soviétique et chinoise. L'impérialisme était obligé de reconnaitre la République Populaire de Chine. Il espérait utiliser le tournant opéré en conséquence dans la politique internationale chinoise. L'annonce du voyage de Nixon à Pékin, en juillet 1971, faite sans tenir compte des besoins de la révolution indochinoise, montra l'ampleur de ce tournant. Elle démobilisa une partie importante du mouvement anti-guerre aux USA et dans le monde en laissant croire qu'un règlement pacifique du conflit devenait possible. Elle indiqua aux combattants vietnamiens -- qui en dénoncèrent immédiatement la fonction dans le cadre de la "doctrine Nixon'' - - qu'ils ne pouvaient espérer un renforcement de la solidarité internationale pour mettre fin à l'escalade. C'est probablement là la raison majeure pour laquelle ils acceptèrent de ne plus faire du départ du régime salgonnais le préalable à tout accord, comme l'exigeaient les "7 points du GRP"' d'alors. Mais les victoires actuelles des masses indochinoises confirment et la position indépendante par rapport aux bureaucraties soviétique et chinoise adoptée par le Parti communiste vietnamien, comme par le FUNK et le Pathet Lao, et la possibilité d'un nouvel essor de la lutte de classe internationale malgré les efforts faits pour la freiner au moyen de ces ouvertures envers les bureaucraties soviétique et chinoise. Les premières conséquences du tournant enregistré de la révolution indochinoise ne se sont pas faites attendre. En Asie du Sud-Est d'abord où les régimes mis en place à l'heure de la guerre froide par l'impérialisme américain voient leur crise s'approfondir. C'est avant tout en Thailande que cela est visible, où le gouvernement de droite de Kukrit Pramoj réclame le retrait des bases US alors même que Pékin avait fait savoir récemment qu'il souhaitait leur maintien pour faire contrepoids à l'influence soviétique dans l'Océan indien, C'est aussi en Thallande que les guérillas connaissent actuellement un développement. Aux USA, où la crise du système de gouvernement, ouverte par l'intervention massive des américains en Indochine et soulignée par le scandale de Watergate, s'aggrave. En Europe capitaliste où l'inquiétude se manifeste dans les milieux gouvernementaux devant l'absence de direction politique de l'impérialisme américain, gendarme du monde capitaliste, et donc devant la crise de "leadership'' du monde dit "'libre", Le contrôle de Washington sur les Etats alliés et satellites s'affaiblit avec la baisse du "crédit'' américain et de la confiance en ses engagements. Le poids de la défaite indochinoise de l'impérialismeUS est d'autant plus lourd que la révolution indochinoise n'est plus le seul problème auquel il a à faire face, mais qu'elle se combine aujourd'hui avec la montée des luttes ouvrières en Europe occidentale, la crise sociale aux USA, l'affaiblissement de l'OTAN, l'échec de la diplomatie américaine au Proche-Orient,.. Il y a dix ans, Washington pouvait concentrer ses forces sur la seule Indochine, C'était le début de l'escalade militaire la plus féroce qui soit. Il y a dix ans le mouvement ouvrier vivait l'une de ses défaites les plus graves dans le Sud-Est asiatique avec l'écrasement sanglant du Parti communiste indonésien et le massacre d'au moins 500, 000 personnes. Trois ans plus tard, c'était le printemps de Prague; le Mai 68 français et l'offensive du Têt; année, symbolique s'il en fut, de la dialectique de la révolution mondiale, Aujourd'hui c'est à la recomposition générale des forces de la contre-révolution et de la révolution que nous assistons, Le soutien international doit s'affirmer en cette heure cruciale pour les révolutionnaires indochinois. Il ne s'agit pas seulement d'affirmer notre pleine solidarité avec les peuples d'Indochine, dans la victoire comme dans l'épreuve, et de dénoncer par là la campagne d'intoxication en cours sur la question des ré-

Il s'agit de rester aux côtés des combattants indochinois dans une lutte qui n'est pas encore terminée. L'impérialisme américain maintient un pont aérien vers Saigon; le général Brown annonce la préparation d'une réintervention, la flotte US se concentre au large des côtes indochinoises; Ford réclame un milliard de dollars pour ses fantoches et parle de l'envoi de troupes US sous prétexte de "protéger les vies américaines", Il semble peu probable que les USA engagent longuement à nouveau les troupes d'infanterie et aviation dans le conflit. Mais ils continuent à porter la res-

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ponsabilité des souffrances actuelles des peuples d'Indochine et peuvent vouloir montrer à la face du monde ce qu'il en coûte de remettre en cause la paix américaine en menant de graves opérations de rétorsion. A cela nous devons être prêts. Comme nous devons être prêts à de nouvelles manoeuvres politiques de l'impérialisme. Washington peut décider demain de faire ce qu'il avait refusé il y a six mois - - malgré la demande pressante de l'opposition de droite salgonnaise - - en tentant de mettre en place un "régime Thieu sans Thieu", de façon à garder un contrôle minimum de la situation. Cette opération qu'il jugeait trop risquée alors devrait évidemment être tentée dans une situation très dégradée, après l'extension des zones libérées qui couvrent maintenant 75% du territoire et comprennent environ 50% de la population; alors que le poids spécifique du GRP s'est brusquement accru et que la crise interne du régime fantoche s'est dramatiquement aggravée; à l'heure, enfin, de la libération de Phnom Penh et du discrédit américain. Dans ces conditions, le remplacement de Thieu pourrait accélérer la tendance à la décomposition de l'appareil fantoche au lieu de le renforcer. C'est pourquoi, malgré la débâcle, il n'a pas été réalisé, encore. C'est dans ce contexte que la mise sur pied éventuelle, en application des Accords de Paris, d'un gouvernement de coalition à Salgon devrait être considérée. Comme l'affirmait la résolution du CEI de 1972 : "Il est de notre devoir d'expliquer clairement qu'il n'y a pas de 'concorde nationale' possible au Vietnam ou ailleurs, entre des classes exploiteuses et des classes exploitées. La IVème Internationale est et reste opposée aux gouvernements de coalition avec la bourgeoisie, quel que soit le contenu concret de ces gouvernements. Même lorsque des ministres bourgeois d'un tel gouvernement sont les otages d'un pouvoir d'Etat de fait prolétarien, leur présence ne facilite pas la conclusion du processus de prise du pouvoir et ne peut pas ne pas désorienter la conscience de classe du prolétariat. Mais cette opposition de principe à tout gouvernement de coalition avec la bourgeoisie ne nous autorise pas pour autant à définir chacun de ces gouvernements comme équivalant automatiquement à un gouvernement de front populaire, qui stabilise et défend le pouvoir économique et l'Etat des classes possédantes" (''Quatrième Internationale"', N° 6, nouvelle série, marsavril 1973). Au contraire, en cas de désagrégation complète des forces fantoches, à l'image de ce qui s'est passé à Hué, Da Nang, etc., un tel gouvernement , dit de coalition, ne serait qu'un organe de transition entre l'entrée du GRP à Salgon et la mise en place d'une nouvelle administration révolutionnaire. Dans le cas où cette désagrégation ne serait pas complète, la dualité de pouvoir ouverte dominerait alors la région salgonnaise et le gouvernement de coalition ne saurait interrompre durablement le processus de lutte de libération nationale et de révolution sociale en cours. La victoire militaire des forces du GRP sur les fantoches à Salgon ne garantirait certes pas en elle-même la transcroissance socialiste de la révolution au Sud-Vietnam qui dépendra - - pour être consolidée dans les villes - - d'une série de mesures sociales, politiques et économiques. Mais le processus de révolution permanente aura des conditions très favorables de développement, le renversement des organes de pouvoir fantoche et la dissolution des partis réactionnaires dans les villes nouvellement libérées en étant une indication. Enfin, vu le degré d'organisation des masses urbaines, les limites qui lui a été imposées par la répression et les traditions héritées en ce domaine de l'internationale stalinisée par le PCV, il est peu probable que les formes de pouvoir prolétarien qui nattront dans les villes soient exemptes de graves déformations bureaucratiques. C'est en cela notamment que les formes de gouvernement de coalition (même si les ministres bourgeois n'étaient que de simples otâges) peuvent peser négativement sur le développement de la conscience de classe des ouvriers et des masses vietnamiennes. La victoire de la révolution au Sud-Vietnam et l'enclanchement d'un processus de réunification avec l'Etat ouvrier du Nord, posera néanmoins des problèmes nouveaux à l'ensemble de la révolution indochinoise aussi bien dans les domaines de la reconstruction économique que dans celui de l'organisation sociale et politique. Face à la poursuite de l'intervention militaire et politique de l'impérialisme US en Indochine, le mouvement de solidarité internationale doit affirmer sa solidarité la plus totale avec les luttes des peuples indochinois; dénoncer lacampagne d'intoxication orchestrée par l'impérialisme à partir du sort des réfugiés; exiger la reconnaissance immédiate du GRP et du GRUNK, le retrait de la flotte US des eaux indochinoises, l'arrêt du pont aérien en direction de Salgon, la cessatjon de toute ingérence impérialiste. Voilà trente ans que les peuples d'Indochine ont engagé un long combat contre le colonialisme, puis l'impérialisme. Ils auront da faire face à la plus grave des entreprises contre-révolutionnaires dans des conditions d'isolement relatif parfois dramatiques. Ils auront payé un tribut très lourd à la lutte de l'humanité pour sa libération. A l'heure où la victoire déterminante contre l'impérialisme US et ses instruments est possible, la solidarité doit s'imposer. Pour interdire à Washington tout acte criminel de rétorsion. Pour que la victoire des peuples d'Indochine soit celle des travailleurs du monde entier.

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