Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PORTUGAL

Réponse de la LCI au pacte du MFA

Inprecor (première série) n° 24, 24 avril 1975 · p. 9-11 · 1 817 mots

Portugal

PORTUGAL réponse de la LCI au pacte du MFA

Nous publions ci-dessous la réponse faite par la LCI ( Liga Comunista Internacionalista -Ligue Communiste Internationaliste, organisation sympathisante de la IVème Internationale au Portugal) à la plate-forme proposée par le MFA ( Mouvement des Forces Armées). Ce texte a été publié sous la forme d'une petiSuite aux contacts pris par le MFA avec les différents partis légalisés, il nous fut demandée notre opinion sur le pacte proposé aux partis Parce que nous considérons que ces questions concernent tous les travailleurs, parce que nous considérons que le mouvement ouvrier dans son ensemble doit débattre de tous ces problèmes, nous ne pouvons garder notre position et notre réponse secrètes. Les organisations ouvrières et révolutionnaires ne peuvent pas discuter ces questions à l'insue des travailleurs. Cela reviendrait à renoncer à défendre leurs intérêts, à abandonner la lutte pour le renforcement de la capacité offensive des masses laborieuses et pour la rupture avec toutes les illusions réformistes qui dominent aujourd'hui. Pour cette raison, nous lançons un appel à tous les travailleurs afin qu'ils exigent des organisations ouvrières qu'elles rendent publics leurs positions et tous les compromis qu'elles ont éventuellement acceptés. Quant à nous, depuis longtemps nous avons choi-

Nous ne renoncerons jamais à impulser la mobilisation des travailleurs, seule façon d'imposer, contre les attaques patronales, la réponse ouvrière à la crise du capitalisme et de préparer la voie pour la Révolution sociaLa Ligue Communiste Internationaliste fut contactée par le Conseil de la Révolution afin de se prononcer sur une "plate-forme publique"

Conférence de presse de la LCI te brochure et diffusé à des milliers d'exemplaires. Dans le prochain numéro d'INPRECOR nous ferons le bilan des élections qui doivent se tenir le 25 avril et des mesures prises dans le domaine économique par le Conseil de la Révolution. qui devait établir un accord entre le MFA et "les partis qui sont engagés dans l'application des principes du programme du MFA et dans l'approfondissement et la consolidation des conquêtes démocratiques déjà obtenues". Dans la proposition du MFA on souligne qu'il "faut tenir compte de la situation résultant de l'écrasement du coup contre-révolutionnaire du 11 mars", que cette plate-forme "doit rendre possible la continuation de la révolution économique et sociale initiée le 25 avril dans un cadre respectant un pluralisme politique compatible avec la voie socialisante", enfin que "les Forces Armées seront le garant et le moteur du processus révolutionnaire conduisant à la construction d'une véritable démocratie économique, politique et sociale!' Une observation préalable s'impose. que la LCI, ainsi que d'autres organisations ouvrières et révolutionnaires, soient contactées par le Conseil de la Révolution pour signer un "pacte" est objectivement le produit d'un rapport de forces issu des mobilisations anti-capitalistes de masses contre la réaction capitaliste et du renforcement des organisations révolutionnaires. Ainsi s'imposa la reconnaissance de toutes les organisations comme composantes à part entière du mouvement de masse qui mit en déroute le coup réaction-

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PORTUGAL De même il est impossible de laisser de côté un autre type de considération. La fonction objective de ce "pacte" -- dans la mesure où il est proposé non seulement aux organisations de travailleurs, dont le rôle fut fondamental et décisif pour écraser la tentative réactionnaire et pour imposer et défendre les mesures de nationalisation des banques et des assurances, mais aussi aux partis de la droite capitaliste, de même qu'aux réactionnaires et fascistes du CDS - - ne peut être qu'autre que de chercher à voiler, au travers d'un accord entre les organisations bourgeoises et ouvrières les contradictions qui, sur la scène sociale et politique, opposent les intérêts irréconciliables des exploiteurs et des exploités. Les organisations ouvrières révolutionnaires -- c'est-à-dire celles qui, en tous moments, défendent de façon intransigeante les intérêts immédiats des travailleurs et leurs intérêts historiques : la suppression de l'exploitation capitaliste et de la domination politique bourgeoise - - ne peuvent accepter des compromis historiques ou des pactes avec des forces de la réaction capitaliste. Au contraire, elles doivent combattre pour l'indépendance et l'unité du mouvement des travailleurs en lutte, pour renforcer le front unique de la classe ouvrière, comme unique moyen d'obtenir le ralliement à son camp des forces sociales pouvant s'identifier à ses objectifs de libération face à la domination de la bourgeoisie exploiteuse. Seule l'únification des rangs de la classe ouvrière et de ses organisations syndicales et politiques rend possible la défense, la consolidation et l'élargissement des droits et conquêtes économiques, sociales et politiques des masses ouvrières et empêche, en même temps, que les "couches moyennes" deviennent l'objet de manipulation par les forces réactionnaires du Capital. En outre, seule cette unification permet de regrouper autour d'un projet d'émancipation cohérent toutes les forces progressistes disposées à lutter pour la liquidation du capitalisme et pour la construction du socialisme. Ce qui a été dit suffit à expliquer pourquoi la LCI a renoncé à souscrire au "pacte" proposé par le Conseil de la Révolution. En effet, les implications de ce pacte - - la perpétuation d'une politique de collaboration de classe entre les partis ouvriers réformistes et les partis bourgeois -- prouvent déjà (au travers du lourd bilan que constituent l'aggravation des conditions de vie et d'emploi des masses laborieuses, les limitations de leurs conquêtes sociales et politiques, les manoeuvres de sabotage économique et les tentatives réactionnaires) qu'une telle voie est incompatible avec la défense des droits et des conquêtes des masses ouvrières, Les leçons du ll mars, la participation du grand Capital et de secteurs de l'armée à la tentative réactionnaire, la nature et l'extension de la riposte des travailleurs avec ou sans uniforme, les puissantes manifestations de masse exigeant la sortie des ministres capitalistes du gouvernement ainsi que les mesures de nationalisation imposées par la mobilisation, tout cela prouve : (a) que le grand Capital, la réaction capitaliste, ne désarment pas, qu'ils sont disposés à lancer de nouvelles attaques contre les droits et les conquêtes des travailleurs et qu'ils mettront à profit toute trêve, tout pacte avec les partis ouvriers réformistes pour la préparation de nouvelles tentatives réactionnaires; (b) qu'il est nécessaire de reconnaitre que le secret de la déroute de la réaction réside dans l'alliance étroite entre la lutte des travailleurs dans les entreprises et dans la rue et la lutte des soldats dans les casernes, qui refusèrent d'être enrôlés dans des opérations putschistes et permirent d'isoler les officiers réactionnaires; (c) que toutes les mesures de limitation du pouvoir économique et politique du grand Capital "conduisant à la construction d'une vraie démocratie, économique, politique et sociale" peuvent seulement être (et l'ont déià été !) imposées par la pression des masses ouvrières, par leur organisation indépendante, par leur combativité et par l'élévation de leur conscience politique; (d) que ces mesures ne peuvent être le fruit que d'un approfondissement du combat anticapitaliste des masses et que ce seront les travailleurs, leurs luttes et leur organisation autonome qui seront le seul et vrai "garant et moteur du procès révolutionnaire"; (e) en conclusion , ce ne sera pas au travers de la collaboration avec la bourgeoisie et ses partis - - qui, objectivement et subjectivement, préparèrent le terrain économique et politique au coup du 11 mars (PPD et CDS par exemple) -- qu'il sera possible de prendre de nouvelles mesures contre le pouvoir économique des capitalistes eux-mêmes. Ce but sera atteint par les mesures que les travailleurs exigeront : nationalisations des grandes entreprises industrielles et agricoles, nationalisation du commerce extérieur, du commerce de gros, réforme agraire (remettant le produit de la terre à ceux qui la travaillent), établissement du contrôle ouvrier sur la production et le commerce capitalistes. Dès lors, seul un gouvernement des travailleurs, un gouvernement des organisations et partis ouvriers, reposant sur la mobilisation

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76 rue antoine dansaert 1000 bruxelles, belgique - et l'organisation permanente des masses ouvrières, pourra combattre efficacement la réaction et préparer les conditions pour l'abolition de l'exploitation capitaliste et la construction du socialisme. L'expérience du 1l mars et de ce qui suivit démontre d'une part, aux travailleurs et aux forces révolutionnaires qu'il n'est pas possible de léguer aux Forces Armées et au MFA "le rôle de garant et moteur du processus révolutionnaire" - - comme le revendique le MFA dans son pacte - - et, d'autre part, que ce ne sera pas dans la conclusion de tels accords que nous devons rechercher "la consolidation et l'élargissement des conqutes démocratiques déjà acquises". Finalement, cela prouve que les partis vraiment "intéressés à une telle consolidation et un tel élargissement" sont ceux qui se situent sur le terrain de l'unité et de l'indépendance de la lutte des travailleurs pour la révolution socialiste et qui ne pratiquent pas la politique de collaboration de classe.

finalement, de fournir notre Il importe plus, position de principe, par rapport à un compromis principiel qui est exigé de nous, que de discuter de la logique interne de la plateforme constitutionnelle proposée par le MFA. Mais nous ne voudrions pas passer à côté d'un point concret : le rôle prédominant de centre de décision politique dans la structure constitutionnelle du pays que jouent le MFA et le Conseil de la Révolution, du moins selon le projet d'accord du MEA. Quelles que soient les intentions des auteurs du projet d'institutionnalisation, quelle que soit la signification que les éléments progressistes du MFA attribuent à l'institutionnalisation, le résultat d'un tel processus (dans la mesure où il présuppose ab-

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sentes ou escamote les contradictions qui opposent les intérêts irréconciliables de la bourgeoisie et du prolétariat et envisage les conquêtes de la classe ouvrière et de ses organisations au travers d'une collaboration avec la bourgeoisie sous la tutelle du MFA) ne peut qu'être le suivant, à plus ou moins longue échéance : la reconnaissance de fait par le MFA du regroupement et de la recomposition de la réaction capitaliste, dès lors le renforcement institutionnel de la droite au niveau de l'appareil gouvernemental peut lui permettre d'utiliser cette situation pour limiter chaque fois plus les conquêtes des travailleurs et bloquer le processus révolutionnaire. Ainsi, au moment où nous refusons de signer un tel pacte avec les partis politiques capitalistes, nous adressons un appel aux éléments progressistes du MFA : - afin qu'ils renforcent leur adhésion au mouvement anti-capitaliste des travailleurs; - qu'ils passent dans le camp formé par l'alliance des ouvriers et des soldats et, de cette façon, ne s'opposent pas dans les casernes aux organisations autonomes des soldats, à leurs droits démocratiques de réunion, de discussion et de syndicalisation; - qu'ils refusent de réprimer les luttes des travailleurs dans les entreprises et dans la rue; - qu'ils combattent toute nouvelle tentative de la réaction de lancer, à partir des Forces armées ou en dehors d'elles, une attaque contre les droits et les conquêtes des masses laborieuses. 4 avril 1975 lan: 70ff, 45 fs, 600fb,$17

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