Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ANGOLA

Vers quelle indépendance ?

· Inprecor (première série) n° 24, 24 avril 1975 · p. 12-19 · 5 138 mots

Afrique australe Portugal Syndicalisme

E. CAZALS Certes, un long chemin a été parcouru depuis juin dernier quand Spinola pouvait encore affirmer : "Nous faisons tout pour que la paix revienne dans l'outre-mer portugais". lors, la mobilisation des masses travailleuses d'Angola et du Mozambique a balayé son projet de fédération néo-coloniale. En Angola, alors même que le "processus de décolonisation" semblait bloqué du fait de l'ampleur des intérêts impérialistes en jeu, de la division des mouvements nationalistes et des tentatives putschistes des colons blancs, on assistait rapidement à la 'réconciliation" spectaculaire des mouvements de libération, à la signature des accords de Alvor avec le gouvernement portugais et à l'installation d'un gouvernement de transition quadripartite (avec les représentants des trois mouvements nationalistes et du Portugal) chargé d'administrer le pays jusqu'à l'indépendance prévue pour novembre 1975. Mais, au-delà des déclarations "publicitaires" des dirigeants portugais sur leur "réelle volonté de décoloniser", les garanties s'accumulent pour permettre à l'impérialisme de garder sa main-mise sur toute l'Afrique australe. Car l'enjeu des luttes en Angola déborde largement le cadre des frontières de ce pays. Et c'est bien de la défense des intérêts généraux de l'impérialisme dans la région qu'il s'agit lorsque le "socialo-réaliste" Mario Soares souhaite que s'établissent "des rapports amicaux et normaux entre Lisbonne et Kinshasa"... car "il y a 2000 km de frontière commune entre le Zalre et l'Angola". C'est ce qui s'appelle "passer la main", en assurant les meilleures conditions au programme néo-colonial. Et la politique extérieure de la Chine, qui, en vertu de la "lutte contre les deux superpuissances" fait de l'URSS son ennemi principal et appuie le jeu trouble de Mobutu en envoyant ses conseillers militaires encadrer le FNLA (Front National de Libération de l'Angola), y contribue bien autant que les lences complices des réformistes portugais sur l'avenir des investissements portugais et impérialistes en Angola. Les «grandes manoeuvres» de l'impérialisme L'accélération récente du "processus de décolonisation" en Angola et au Mozambique a accentué le tournant de la politique impérialiste dans toute la région. Ainsi le bastion capitaliste d'Afrique du Sud adopte aujourd'hui une attitude"bienveillante" à l'égard des nouveaux "voisins" du Mozambique, tandis qu'en Rhodésie s'amorcent des pourparlers entre Ian Smith et les nationalistes unifiés au sein de l'ANC (African National Congress -- Congrès National Africain). L'heure serait donc à la "paix" et à la "détente" en Afrique australe, à en croire les commentaires de la presse bourgeoise. Et les fantoches africains néo-coloniaux de se réjouir de voir (enfin!) le dialogue se substituer à la lutte armée pour "règler la question coloniale", tandis que le secrétaire d'Etat américain aux "affaires africaines", plus pratique, reconnait que l'intérêt de l'Afrique du Sud (et des capitaux US qui y sont investis !) est d' "encourager un mouvement rapide et ordonné pour par -venir à des règlements en Rhodésie comme en Namibie".

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L'impossibilité de perpétuer à terme les conditions mêmes de l'exploitation capitaliste face à la montée des luttes de libération, les dangers de régionalisation du conflit, le pourrissement progressif de la situation économique et politique en Rhodésie, imposaient en effet des solutions permettant d'amorcer un processus de stabilisation politique à l'échelle régionale, à partir du dévoiement des luttes des masses africaines dans les ornières du néo-colonialis-

Objectif auquel souscrivent pleinement les Etats africains néo-coloniaux, tout aussi intéressés à contenir la dynamique révolutionnaire de la mobilisation des masses de la région. Telle est donc la double signification de la réorientation politique de l'impérialisme en Afrique australe : limiter la dynamique des luttes et réorganiser le procès d'exploitation impérialiste en assurant la transition vers une nouvelle intégration économique et politique régionale. Un tel remodelage de la physionomie économique et politique de la région est cependant lourd d'implications sociales et de contradictions annonciatrices d'affrontements sociaux de grande ampleur. En Angola, devant la radicalisation des luttes des travailleurs, face à la barbarie raciste des colons blancs, une solution rapide devenait nécessaire. Sous la houlette de Mobutu (gen~ darme en second de la région !) et avec l'aide du gouvernement portugais, est donc tentée la mise en place d'un rapprochement ZalreAngola (avec Cabinda et son pétrole, bien entendu ?) , sous la forme d'un bloc économique et politique (et pourquoi pas d'une fédération ?) à la fois embryon et médiateur d'une future communauté économique d'Afrique centrale, garantissant une stabilité politique suffisante pour permettre une reconversion simultanée des régimes de Rhodésie, Namibie et à un moindre degré d'Afrique du Sud. L'Angola : une néo-colonie potentielle? Le plus souvent occultées par les analyses des réformistes portugais et des apologistes béats du "processus de décolonisation", la position stratégique de l'Angola au carrefour entre l'Afrique centrale et le sous-continent austral, l'importance de ses richesses économiques et des portentialités exploitables, la présence massive d'investissements impérialistes sont pourtant les éléments fondamentaux d'une option néo-coloniale. Car, malgré l'existence d'un secteur agricole d'économie pré-capitaliste et au-delà de la présence d'importants intérêts coloniaux, l'Angola est un pays capitaliste largement dominé par les capitaux impérialistes. La présence impérialiste y remonte, pour une part au moins, à l'attribution des premières concessions d'exploration minière par le Portugal au 19ème siècle. Ainsi la compagnie anglo-sud-africaine DIAMANG pouvait, dès 1920, prospecter le diamant sur les trois quarts du territoire angolais. Mais l'ouverture systématique aux capitaux étrangers, consécutive au déclenchement de la lutte armée par le MPLA (Movimento Popular de Libertaçao de Angola -Mouvement Populaire de Libération de l'Angola) en 1961, entraînera l'installation, de façon prépondérante, des capitaux américains dans les secteurs pétroliers, miniers et bancaires. A l'heure actuelle, le premier client et troisième fournisseur de l'Angola, les USA achètent en particulier 54,9% du café et 40. 9% du pétrole angolais, pesant ainsi lourdement sur l'avenir économique et politique du futur Etat indépendant, comme on peut déjà l'observer dans le soutien qu'apporte la Gulf Oil Corporation aux manoeuvres séparatistes réactionnaires du Front de "libération' de Cabinda (le FLEC). Cette compagnie, qui est un des plus puissants trusts américains, faisait, en 1971, par l'exploitation du pétrole de Cabinda, l'équivalent de 70 millions de dollars de recette. Une bagatelle qui constitue une sérieuse "motivation" au maintien de l'emprise économique américaine ! L'ensemble des pays impérialistes y sont ainsi "'intéressés" dans un secteur ou l'autre de l'économie, des diamantifères belges aux pétroliers sud-africains et français (ELF-ERAP), sans oublier les capitaux anglais, allemands et japonais... La carte économique de l'Angola est aujourd'hui un véritable damier de concessions impérialistes diverses. Dans cette course aux profits, le capital portugais garde encore une place importante. En effet, à travers l'association avec les capitaux étrangers et le monopole colonial du commerce, s'est développé un capital financier portugais en symbiose avec les investissements impérialistes. Ce sont les "grandes familles" Melo ( de la Companião União Fabril -- CUF), Champalimaud, Espirito Santo, Borgês et Irmão ••. dont les intérêts récemment nationalisés placent le gouvernement portugais comme "actionnaire direct"' de l'exploitation impérialiste en Angola. De plus, l'extension du colonat blanc (600.000 en 1973) et le gonflement des profits tirés des plantations de café ont suscité l'apparition d'une petite industrie manufacturière locale liée à la satisfaction des besoins du marché colonial, base d'accumulation de la bourgeoisie coloniale à partir de la surexploitation du prolétariat angolais. Ce processus a entrainé une différenciation sociale au sein même de la bourgeoisie coloniale, pivot de la classe dominante en Angola et principal support de tout projet réactionnaire. - Une grande bourgeoisie industrielle, commer-

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ciale et de propriétaires terriens (patrons de petites industries, gros commerçants, planteurs...) qui contrôle les secteurs économiques secondaires et se regroupe autour de l'Association Commerciale et Industrielle d'Angola. Structurellement liée à la bourgeoisie portugaise, elle dispose d'une faible autonomie politique et s'est d'ailleurs ralliée au projet néo-colonial dans la perspective d'une extension de son champ d'activité ( élargissement du marché intérieur à la population noire et projets d'investissements dans les pays néo-coloniaux voisins), et entretient dès lors des relations étroites avec le Zalre et les mouvements nationalistes droitiers (FNLA et UNITA -Front National de Libération de l'Angola et Union Nationale pour l'Indépendance Totale de l'Angola). Mobutu est ainsi intervenu auprès des propriétaires de plantations de café, leur promettant des profits assurés au Zalre s'ils jouaient la carte du soutien au FNLA ! - Une bourgeoisie moyenne liée à l'administration coloniale (cadres supérieurs et professions libérales). - Une petite-bourgeoisie commerçante et administrative. C'est particulièrement dans cette couche de "petits blancs" que se rencontrent les éléments les plus ractionnaires. Avec l'aide de la bourgeoisie portugaise et des régimes racistes d'Afrique du Sud et de Rhodésie, ces forces sociales ont constitué un certain nombre d'organisations réactionnaires. -Le FUA ( Front Uni Angolais) de l'ingénieur Fernando Falcão, président de l'Association Commerciale et Industrielle de Lobito, qui protesta de sa non-participation aux négociations d'Alvor ! Le PCDA (Parti Chrétien Démocrate d'Angola) dont le chef Garcia Dongala voit dans le FNLA et l'UNITA "la vraie force politique et matérielle du pays" et dans les grèves un "préjudice" pour les travailleurs et 1' "économie nationale'! Le FRA ( Front de Résistance de l'Angola) formation para-militaire des colons réactionnaires que son représentant compare volontiers à l'OAS ( Organisation de l'Armée Secrète -- OIganisation réactionnaire des "pieds-noirs", français d'Algérie). Tout comme leur absence d'autonomie politique, l'opportunisme de ces partis s'est révélé par leur adaptation aux différentes propositions avan -cées successivement par les représentants de la bourgeoisie portugaise pour règler le problème colonial. Après avoir défendu la fédération néo-coloniale, puis l'auto-détermination, ils proclament aujourd'hui leur attachement à l'indépendance et s'orientent vers un rapprochement avec le FNLA sous l'égide de Mobutu. Ils témoignent ainsi de leur intégration progressive au plan néo-colonial de "déstabilisation" du gouvernement de transition, par le renforcement de l'axe réactionnaire des mouvements nationalistes droitiers, du Zatre et des partis coloniaux réactionnaires. C'est sur le terrain des luttes que s'opère ce rapprochement, par la dénonciation des grèves, l'exacerbation du racisme et l'utilisation d'une stratégie de tension de triste mémoire. Ainsi l'Angola a failli connaitre sa "grève des camionneurs". Fin novembre, les propriétaires de camions annonçaient leur volonté de se mettre en grève contre "le manque de sécurité sur les routes". Insatisfaits par l'attribution d'escortes, ils demandent alors la démission de Rosa Coutinho (chef de la Junte gouvernementale), qualifié de "communiste"' et surnommé l' "amiral rouge", au moment même où le FNLA le dénonce comme pro-MPLA. La manoeuvre était grossière et la grève n'eut pas lieu du fait de son impopularité et de la défection des petits camionneurs, mais l'impérialisme et ses agents s'essayent déjà à une situation à la "chilienne". C'est face à l'existence de telles forces économiques et sociales qu'il faut analyser les illusions dangereuses du MPLA sur l'''unité de la nation angolaise'' et les silences criminels des réformistes sur le rôle de la bourgeoisie coloniale en Angola. C'est dire aussi que le débat sur l'obtention de la nationalité angolaise n'est pas une simple clause de style quand on l'aborde en terme de classes, et qu'il est urgent d'offrir à la mobilisation croissante des travailleurs angolais des perspectives clairement anti-capitalistes. L'enjeu des luttes des travailleurs Ces dernières années le centre de gravité de la lutte des masses angolaises s'est déplacé des régions rurales, où étaient circonscrites la lutte armée et les zones libérées du MPLA , aux centres urbains où va s'affirmer la combativité ouvrière, notamment dans la grève de Luanda en septembre 1973. Alors même que le MPLA connaissait de sérieuses difficultés (divisions internes, difficultés militaires...), apparaissait dans les centres urbains un prolétariat jeune, fortement concentré et combatif, produit direct de l'exploitation capitaliste, qui, sans liens organiques avec la lutte armée, mais fortement marqué par le prestige du MPLA, entrait sur la scène politique en unissant dans ses luttes, malgré la répression coloniale, les revendications économiques à une conscience anti-colonialiste avancée. Mais c'est surtout la réaction quasi spontanée des masses travailleuses aux crimes racistes perpétrés par les colons qui constitue la principale victoire du prolétariat angolais face aux atermoiements du gouvernement portugais.

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Comme le note Revolução Socialista, organe des militants marxistes-révolutionnaires de Luanda: "La lutte développée dans les musseque (bidonvilles) de Luanda par les masses travailleuses, incendiant et expulsant les commer. çants en réaction contre les massacres pratiqués par les forces les plus réactionnaires de la bourgeoisie, bien que peu organisée, émotive -- ce qui fit que le produit du pillage ne fut pas convenablement redistribué aux plus nécessiteux -obligea la bourgeoisie portugaise tentée par une fédération à travers un referendum pour mettre fin à la guerre coloniale tout en perpétuant le colonialisme, à reconnaitre le droit des peuples des colonies à l'indépendance". Aux réformistes qui nient le rôle social des "petits blancs" d'Angola et se limitent à dénoncer leur racisme, nous répondons que la lutte des masses urbaines contre ceux qui symbolisent le plus directement à leurs yeux l'exploitation capitaliste (petits commerçants, usuriers à l'occasion) marque le premier stade d'un réflexe de classe, et qu'il dépendra de l'émergence et de la structuration d'une avant-garde révolutionnaire que ces réactions "émotives'" dépassent l'écueil du racisme en prenant toute leur signification anti-capitaliste, expériences avancées d'auto-organisation des travailleurs à travers la mise en place de comités de base dans les quartiers et les entreprises témoignent de la radicalisation du mouvement. Ainau moment même de l'investiture du gouvernement.de transition, la coordination de ces organes de base de Luanda annonçait une "semaine nationale d'action pour le pouvoir populaire" appelant les "organisations étudiantes progressistes, les commissions de travailleurs et leurs associations" à se solidariser avec l'initiative et à débattre en assemblées générales dans les usines et les quartiers du mot d'ordre de "pouvoir populaire". Vigoureusement dénoncée par l'UNITA et le FNLA qui voient dans ces "pseudo-pouvoirs populaires' une entrave à l'action du gouvernement de coalition et le "germe de l'éclatement de la société angolaise" , cette semaine a été clôturée par un rassemblement populaire combatif de plus de 100. 000 personnes (aux cris de "Poder Popular !") et par la réunion d'une assemblée nationale des comités de base. Ainsi, à travers le développement de l'ébauche d'une situation de double pouvoir est posée la question de la prise du pouvoir par les travailleurs, comme débouché des luttes actuelles. Or le MPLA, hégémonique chez les travailleurs des centres urbains, appuie fondamentalement sa politique sur une stratégie d'accords au sommet, de "dialogue" avec "tous les partis" et de pari sur l'avenir du "processus démocratique" au Portugal, fixant à la mobilisation des masses un rôle de "pression pour aménager les rapports de force au sein du gouvernement. Face à l'ampleur de la mobilisation et à sa dynamique, le MPLA est, cependant, contraint d'adopter une attitude ambiguë. Ainsi, le même Neto (président du MPLA) qui défendait le principe du "pouvoir populaire" à Benguela et dénonçait dans un meeting populaire à Luanda "les laquais de l'impérialisme" qui veulent empêcher que "le peuple assume le pouvoir", cautionne le FNLA et l'UNITA au sein du gouvernement de transition en souhaitant une collaboration plus étroite au nom de l' "unité de la nation angolaise" (sic !) au moment même où les provocations des bandes armées du FNLA se font plus violentes. Dans cette situation, la réponse politique du MPLA est largement insuffisante , se voulant "'réaliste"pour barrer la route aux ultras, il prône l'alliance avec les secteurs démocratiques (alliance qu'il pratique avec le MDA - - Mouvement Démocratique Angolais) refusant d'assumer les tâches de préparation des masses à l'affrontement inévitable avec la réaction, traçant ainsi la trajectoire du reflux de la mobilisation sous les coups des attaques contre-révolutionnaires. Or, la simple référence tactique au "pouvoir populaire" n'est pas suffisante pour ouvrir la voie à la prise du pouvoir par les masses travailleuses. Des perspectives anti-capitalistes centrales sont donc indispensables pour éviter un effilochement des luttes à travers des replis localistes. plus qu'aujourd'hui, le cadre néo-colonial fixé par les accords d'Alvor commence à subir les premiers assauts des masses comme moigne la manifestation de plusieurs dizaines de milliers de travailleurs de Luanda contre la décision gouvernementale de "militariser" le travail dans le port de la capitale et la multiplication des grèves qui affirment la volonté des travailleurs d'expulser les patrons et cadres racistes. S'en remettant au strict cadre des "accords conclus", le MPLA se trouve aujourd'hui écartelé entre sa liaison au sommet avec les forces réactionnaires au sein du gouvernement et la participation à la base à la mobilisation des travailleurs angolais. Un gouvernement de transition... vers quelle indépendance? Les accords d'Alvor avec le gouvernement portugais, muets sur l'avenir des capitaux impérialistes, sont par contre tout à fait explicites sur la nécessité du "respect des liens et intérêts légitimes des portugais domiciliés en Angola". Le gouvernement de transition se trouve ainsi être l'instrument privilégié d'une solution néo-coloniale d'ores et déjà inscrite dans les faits. L'absence des représentantsdirects de la bourgeoisie coloniale, de la fraction Chipenda du MPLA et du FLEC de Cabinda apparait comme une mesure provisoire destinée à étaler dans le temps l'intégration des divers éléments du plan néo-colonial. En effet, depuis lors, Chipenda a rejoint le FNLA et sa participation au gouvernement de coalition

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est envisagée, tandis que Neto (du MPLA) propose de "discuter avec ceux qui veulent la séparation de Cabinda et de trouver la meilleure solution" (une fédération "pétrolière" AngolaZatre-Cabinda peut-être ?). De son côté, Roberto Holden (président du FNLA) propose un "dialogue sans exclusive" au nom des "'intérêts supérieurs de la nation angolaise" (toutes classes et tous capitaux mêlés bien entendu !). Ainsi, autour de la table des négociations d'Alvor étaient représentés l'ensemble des médiateurs du projet néo-colonial, tandis que se profilait derrière eux l'ombre des intérêts capitalistes en Angola. Le rôle du gouvernement portugais s'y limitait à celui d'intermédiaire dans la défense des intérêts des colons et des investissements capitalistes en Angola. Car comme le constatait Almeida Santos (ministre de la "décolonisation") "le Portugal n'est pas assez riche pour alimenter la moindre vélléité néo-coloniale" (pour son propre compte évidemment !). La récente nationalisation des banques implique pourtant directement le gouvernement portugais dans l'exploitation économique de l'Angola. Le FNLA dont les liens avec l'impérialisme sont évidents à travers l'aide qu'il reçoit du Zatre de Mobutu (bastion des investissements capitalistes en Afrique Centrale) est le pion le plus sûr de la stratégie impérialiste. Foncièrement régionaliste (bastion bakongo dans le Nord), droitier, ce mouvement a constitué une véritable armée des frontières qui occupe aujourd'hui, en collaboration étroite avec les planteurs coloniaux, la riche région agricole d'Uige au Nord de l'Angola. A Dalatando, capitale du district de Cuaza Norte, le FNLA a inauguré récemment une "maison du peuple" et un hôpital dans les dépendances mêmes de la firme de café de Santos Dinis, l'aimable donateur. On imagine aisément la contrepartie quant au rôle "modérateur" du FNLA sur les luttes des travailleurs agricoles des plantations coloniales ! Par l'intermédiaire du CAAT (Centre Afro-Américain du Travail) qui encadre les "syndicats'' zatrois, le FNLA est lié à l'officine syndicale pro-impérialiste de la CISL (Confédération Internationale des Syndicats Libres). Déjà en 1973 au Zaire avait eu lieu un séminaire de formation syndicale (!) organisé par la CGTA (Conférence Générale des Travailleurs Angolais), la Ligue Générale des Travailleurs Angolais et le FNLA en collaboration avec le CAAT. Il n'est pas étonnant de voir aujourd'hui le FNLA dénoncer la "campagne pour le pouvoir populaire", car elle conduit le pays "à une dictature populaire, et la population angolaise qui est croyante refuse énergiquement le communisme athé", et s'opposer à toute unification syndicale. Devant le développement des luttes, il multiplie les appels à l' "unité, la responsabilité et la discipline des angolais" et les dénonciations des "campagnes d'agitation, de subversion et d'agression idéologique au sein du peuple".

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Le FNLA s'affirme donc comme l'élément moteur de la répression, recourrant aux provocations les plus violentes contre les militants radicalisés du MPLA, comme à Luanda où une cinquantaine de militants furent assassinés, tandis que son armée des frontières apparait de plus en plus comme l'axe central du potentiel militaire réactionnaire. Ainsi, le mois dernier, un commando armé du FNLA mettait à sac les

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›-coloniale!

installations de la radio de Launda, malmenant les travailleurs et torturant un speaker proche du MPLA, accusé d'avoir donné trop d'écho à la "campagne pour le pouvoir populaire", tandis qu'une colonne motorisée de 500 militaires du FNLA vient de s'installer dans la capitale, renversant ainsi le rapport de forces militaire avec le MPLA en prévision d'affontements sociaux plus violents à l'approche de l'indépendance.

L'UNITA de Jonas Savimbi (transfuge du FNLA) a longtemps collaboré avec les troupes portugaises contre le MPLA. Bien qu'appuyée jusqu'en 1970 ( et, semble-t-il de nouveau) par la Chine et soutenue par les groupes mao-staliniens en Europe ( à cause de son verbiage maolsant), l'UNITA apparait, à travers le soutien dont elle bénéficie de la part de certains colons blancs (notamment du FUA de Falcão), comme une pièce maitresse de la stratégie néo-coloniale. Sa tactique actuelle pour abuser les masses angolaises consiste à "mettre en veilleuse" ses contacts gênants avec les colons blancs et à affirmer sa volonté de "construire une société socialiste", car le peuple angolais est "très intransigeant" à l'heure actuelle et se méfie des organisations subissant des "'influences extérieures". Ce mouvement affirme jouer un "rôle modérateur dans l'alliance gouvernementale", mais la pente naturelle du nationalisme droitier le pousse à une coopération étroite avec le FNLA. "Force d'union, de paix et d'harmonie entre les races et les divers secteurs et couches de la population" comme elle se définit elle-même, l'UNITA déploie ses efforts "dans le sens du maintien de l'ordre" (capitaliste !) comme l'exprime l'attitude de Savimbi exortant les travailleurs en grève à Lobito à la reprise, en se mettant au travail à leur place. Dans ce contexte, la tâche essentielle du gouvernement de transition est de préparer le cadre juridico-politique néo-colonial pour assurer, au moment de l'indépendance, une transmission du pouvoir en dehors de toute mobilisation populaire anti-capitaliste d'envergure. Les premières mesures prises en février dernier témoignent parfaitement de cette préoccupation. Ainsi à la suite des affrontements de Luanda "tout rassemblement populaire" fut interdit, pendant que le conseil des ministres appelait "les travailleurs et les organismes syndicaux à suspendre toutes grèves jusqu'à ce que le gouvernement de transition prenne des mesures nécessaires pour la réglementation de la sauvegarde des droits des classes travailleuses". Quant au MPLA que nous ne plaçons pas sur le même plan que l'UNITA et le FNLA, c'est son hétérogénéité et sa faiblesse politiques, ses déviations bureaucratiques qui l'intègrent de fait dans le processus colonial. L'acceptation du "compromis" d'Alvor qui se situe dans la lignée des décisions opportunistes assumées bureaucratiquement par la direction sous la pression des Etats néo-coloniaux est le produit direct de ces carences politiques (et secondairement des influences staliniennes). Ce carcan interdit le dépassement, par le MPLA dans son ensemble, de la politique actuelle d'appui tactique sur le mouvement de masse dans le cadre d'un projet réformiste à dimension étroitement nationale. D'autant plus que se manifeste un inquiétant processus unifiant entre le FNLA, l'UNITA et les éléments les plus droi-

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tiers du MPLA autour de la dénonciation des "grèves qui mettent en danger l'économie nationale" et de l'appel à la collaboration avec les "formations politiques non présentes à Alvor", jetant ainsi les bases d'un élargissement à droite du gouvernement de transition. Cette politique de la direction du MPLA, loin de permettre l'économie d'affrontements sociaux inéluctables entre les masses travailleuses et les divers représentants des intérêts capitalistes en Angola, constitue au contraire les prémisses d'une capitulation devant ces intérêts. Pour une alternative révolutionnaire Cependant, la mobilisation sur laquelle le MPLA est forcé de s'appuyer engendre une dynamique de lutte qui entre en opposition avec la politique opportuniste de sa direction envers la petite-bourgeoisie et la fraction "libérale" de la bourgeoisie coloniale, accentuant ainsi les contradictions internes du mouvement. La pratique bureaucratique de la direction et les limites qu'elle fixe à la mobilisation des travailleurs sont des facteurs qui permettent, a contrario, la radicalisation des militants de base au contact direct avec la mobilisation populaire. La participation à l'appareil d'Etat accentue d'autre part les pressions néo-coloniales sur le MPLA tandis que s'accroit l'autonomie politique de sa direction par rapport à sa base militante. Aujourd'hui, ce mouvement est l'objet d'une double évolution, D'une part, le renforcement du courant Neto et l'élimination des deux autres tendances issues du dernier congrès, d'autre part, l'amorce d'une radicalisation de sa base et d'un éparpillement au sein de comités locaux traversés par de nombreux courants politiques. C'est ce que traduisent les dernières décisions du Comité Central du MPLA (février 1975). Alors même qu'est envisagée une réorganisation, afin que le MPLA "suive plus conséquemment une ligne de masse" et que s'opère "une étroite liaison entre la base et le sommet", est réaffirmé l'appui au gouvernement de transition et la disposition du MPLA "à collaborer étroitement avec lui". Ce mouvement à vocation multi-classiste a toujours caché derrière les termes vagues d' ''indépendance réelle" ou de "gouvernement national et démocratique' (et aujourd'hui de "pouvoir populaire") l'absence de débat et de vie démo -cratique de l'organisation, qui se traduit aujourd'hui par son extrême hétérogénéité et l'omnipotence d'une direction politique représentant un courant nationaliste réformiste. Le renforcement du courant Neto, du fait de son prestige "historique" dans les masses angolaises et du soutien des réformistes locaux, permet le développement de la collaboration entre le MPLA et le MDA ( organisation aux conceptions "libérales", composée d'avocats, membres des professions libérales, assez proche du Parti communiste portugais) et une recomposition du champ politique intérieur du MPLA. Ainsi, les pourparlers engagés entre la direction Neto et les représentants de la tendance "révolte active", Mario et Pinto de Andrade et Gentil Viana, semblent s'orienter vers une réintégration individuelle de ces éléments, comme en témoigne le maintien de Pinto de Andrade à la vice-présidence du MPLA. L'hétérogénéité de cette tendance était, il est vrai, très importante. Mais, au-delà du "'regroupement familial" autour des Andrade s'organisaient des éléments maoisants qui dénonçaient la "pénétration du social-impérialisme par Neto". Disposant d'une appréhension empirique des pressions staliniennes sur la direction Neto, ces éléments semblent sans avenir, coupés de la mobilisation des travailleurs et sans perspectives alterna-

D'ailleurs, bon nombre de ces militants ont soit "décroché" purement et simplement, soit rejoint individuellement le MPLA. Le cas de la tendance "'Révolte de l'Est" de Chipenda est différent et a été règlé de façon beaucoup plus énergique. Le MPLA a lancé une opération militaire contre les représentations en Angola de cette fraction qui apparaissait de plus en plus ouvertement comme l'élément d'un projet réactionnaire de guerre civile. Ce groupe aurait d'ailleurs récemment reçu des armes et des mercenaires entraînés au Brésil. Mais cette "opération militaire" entreprise sans faire appel à la mobilisation des travailleurs est justifiée dans un communiqué du MPLA par le respect des accords d'Alvor "bases politiques et constitutionnelles... de la décolonisation de notre pays"' (!). Et aujourd'hui c'est au sein du FNLA ( et bientôt du gouvernement ?) que Chipenda peut s'intégrer, "couvert" par les accords d'Alvor, à la stratégie impérialiste. Cette politique de tractations au sommet et de référence aux accords d'Alvor (cadre néocolonial en pointillé) ne peut que renforcer l'agressivité des forces réactionnaires et la cohésion des courants droitiers au sein même du MPLA. Aussi, c'est surtout hors du MPLA, au sein des comités locaux, qu'apparaissent dans les centres urbains les différents courants politiques, dont de petits noyaux marxistes-révolutionnaires aux contours encore imprécis, mais qui tentent d'élaborer une stratégie de lutte anti-capitaliste, liant le combat des masses angolaises à la lutte pour la révoluțion socialiste à l'échelle internationale. -Les comités Amilcar Cabral, qui publient un journal "Revolução Popular" et des suppléments sous le titre "Libertação Nacional"'. La double dénomination de leur presse rend

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déjà compte des conceptions étapistes et maolsantes de ces groupes qui luttent pour l' "indépendance complète" et la "démocratie populaire". Leur compréhension empirique du développement embryonnaire d'une situation de dualité de pouvoir en Angola (opposant le "pouvoir bourgeois du palais" au "pouvoir populaire du pays") ne leur permettent pas d'offrir, au-delà d'une propagande générale pour "la consolidation du pouvoir populaire" et la "démocratie populaire", des perspectives alternatives traçant la voie de la prise du pouvoir par les travailleurs. - Les comités Unité, émanation de militants du Parti communiste portugais, comprenant des membres du MPLA. - Les comités Henda, du nom d'un héros de la lutte armée du MPLA, regroupent des militants maoistes influencés par le MRPP (groupe maoiste portugais) et semblent implantés dans certains bidonvilles de Luanda. Cependant, l'ensemble de ces groupes se situent encore dans le cadre du nationalisme radical enrobé de formulations maoisantes gradualistes et se limitent à un alignement suiviste sur le MPLA assorti d'un gauchissement du "programme maximum" par une propagande pour la "démocratie populaire". Face à l'affirmation du nécessaire dépassement du MPLA dans la perspective d'une lutte résolue pour la révolution socialiste, ces courants, faisant abstraction des tâches de développement des luttes des masses travailleuses dans la perspective d'une prise du pouvoir révolutionnaire, se cramponnent à une conception quasi "morale" de l'unité du MPLA, niant ainsi la profonde hétérogénéité de ce mouvement. - A partir de la diffusion rapide des idées marxistes-révolutionnaires au Portugal même et de la nouvelle situation créée par le coup d'Etat du 25 avril, s'est regroupé à Luanda un petit noyau marxiste-révolutionnaire autour du journal "Revolução Socialista" qui expliquait ainsi, dans l'éditorial de son numéro de septembre 1974, les raisons de son existence : "Ouvriers, travailleurs angolais ! Non ce n'est pas un parti de plus qui surgit! Mais apparait seulement un journal qui se réclame des travailleurs pour les travailleurs, qui veut être avec eux dans leurs luttes, dans leur vie quotidienne, les aident à surmonter les obstacles sur le chemin pour une Angola véritablement libre, pour une indépendance absolument complète, dans laquelle l'exploitation, faite par qui que ce soit, sera une fois pour toute rejetée de notre terre, pour une Angola socialiste. Tout le pouvoir aux travailleurs. Pour une Angola indépendante et socialiste."

Seul journal à affirmer l'actualité du combat pour la révolution socialiste en Angola, "Revolução Socialista" soutient le MPLA dans ses initiatives de masse, à partir de l'analyse des contradictions internes de ce mouvement et de ses rapports avec le mouvement de masse, tout en affirmant le maintien de l'autonomie politique de sa propagande. Aussi appelle-t-il les camarades militants du MPLA et tous les travailleurs angolais à "dépasser la phase de démocratie nationale et à entreprendre la construction d'un parti révolutionnaire, avant-garde de la lutte des travailleurs pour la conquête du pouvoir, pour la révolution socialiste". Malgré ses forces théoriques et matérielles encore limitées, "Revolução Socialista" se bat pour faire apparattre l'enjeu des luttes actuelles des travailleurs angolais, en développant une propagande pour l'auto-organisation et l'autodéfense, popularisant les grèves ouvrières exemplaires, dénonçant les partis réactionnaires et leur collusion avec les mouvements nationalistes droitiers, appelant à la constitution de syndicats de classe des travailleurs, seule force sociale capable de mener réellement à bien les tâches de libération nationale à travers leur dépassement dans la lutte pour le pouvoir des ou riers et paysans, à travers l' "union révolutionnaire" du prolétariat et de la paysannerie angolais, inscrivant enfin leur lutte dans le combat des masses opprimées de tout le continent africain pour la révolution socialiste.

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