B. HERON Le premier referendum de toute l'histoire de la Grande-Bretagne est prévu pour le 5 juin prochain. Ce vote devra décider si la GrandeBretagne doit rester dans le Marché Commun (CEE - - Communauté Economique Européenne) selon les termes renégociés par le gouvernement travailliste. Le cabinet travailliste à 16 contre 7) et le Parlement (à 396 contre 170) ont tous les deux recommandé de voter Oui. L'enjeu de ce referendum revêt une importance objective. Un rejet populaire de la CEE aurait des conséquences graves pour le Capital. La bourgeoisie britannique a besoin de la CEE pour renforcer son marché et pour stimuler la rationalisation de l'économie britannique, et trouver les capitaux nécessaires pour cette rationalisation. Mais, plus que cela, le Capital veut commencer à opposer un rapport de forces international plus centralisé contre l'immense force organisée de la classe ouvrière, et le maintien de la Grande-Bretagne dans le Marché Commun constitue un des facteurs qui devrait permettre de briser la force de la classe ouvrière britannique. Si la situation actuelle de la CEE ne rend pas un tel projet créduble à court terme, le maintien dans la CEE peut offrir à la bourgeoisie une certaine marge de manoeuvre en lui fournissant de nouveaux marchés et des influx de capitaux plus facilement disponibles. Les organisations ouvrières, d'un autre côté, bien que profondément méfiantes face à toute forme d'organisation internationale, ne sont pas prêtes à affronter une nouvelle étape, plus internationale, de la lutte contre le Capital. Les sentiments contradictoires dans la classe ouvrière par rapport au Marché Commun, l'engagement unanime de la bourgeoisie à maintenir l'appartenance britannique et l'incapaci-
ECS HEN ЗAC té de la gauche travailliste à organiser une sérieuse campagne internationaliste contre la CEE rendent fort possible une victoire du Oui au referendum. Ceci représentera sans aucun doute une défaite pour la classe ouvrière. La bourgeoisie aura atteint son but immédiat sans que les travailleurs aient utilisé le referendum comme une occasion de lancer une bataille politique. Mais un vote pour le maintien de la GrandeBretagne dans le Marché Commun aurait une signification spécifique au-delà de simplement souligner la faiblesse politique du mouvement ouvrier. Bien qu'une défaite de la classe ouvrière dans ce referendum n'aurait pas d'effets immédiats graves sur les rapports de forces d'ensemble entre les classes en Grande-Bretagne (précisément parce que, jusqu'ici, les travailleurs n'ont pas lié leurs luttes syndicales au problème du Marché Commun de façon directe et centrale), une victoire du Oui donnerait à la bourgeoisie de plus grandes marges de manoeuvre sur le plan politique. En renforçant la position de la droite pro-CEE ceci aurait des conséquences sur la campagne de la classe dominante qui vise à forcer le gouvernement travailliste à adopter une forme de politique des revenus plus stricte. Il semble actuellement probable que le referendum approuvera le maintien de la GrandeBretagne dans le Marché Commun. Les deux principales raisons en sont la situation actuelle dans la classe ouvrière et, lié à cela, le type de campagne anti-Marché Commun qui est lancée par la gauche travailliste opposée à l'appartenance à la CEE. La position de la classe ouvrière La position de la classe ouvrière sur la ques-
tion de l'appartenance de la Grande-Bretagne au Marché Commun est clairement divisée. Des chiffres de sondage montrent que environ 48% de la population voteraient pour le maintien de la Grande-Bretagne dans la CEE et seulement 34% contre (sondage de l'Opinion Research Center publié en mars). Des sondages publiés plus tard indiquent que la tendance est à un soutien plus grand pour la CEE. Même en Ecosse, un des principaux centres de l'opposition au Marché Commun, des sondages montrent que 37% de la population sont pour le maintien de la Grande-Bretagne dans la CEE contre 34% en mars et seulement 29% en février). Parallèlement, le pourcentage des "sans opinion" est passé de 23 à 27%. Un sondage des partisans travaillistes en Ecosse indique une forte minorité (29%) en faveur du maintien dans la CEE. Plus au sud, la proportion des partisans travaillistes qui voteront Oui est plus grande. Bien qu'il faille être prudent là cause du nombre important d'électeurs n'ayant pas encore fait leur choix, du nombre probable des abstentions, du fait que la campagne n'en est encore qu'à son commencement et du caractère généralement peu sûr des sondages), certaines conclusions peuvent néanmoins être tirées. Il est clair, à cette étape, qu'une section significative de la classe ouvrière n'est pas opposée à l'appartenance à la CEE. D'ailleurs, le nombre important de "sans opinion' montre qu'une polarisation profonde de la société sur ce problème ne s'est pas encore opérée. Ce manque de polarisation est en partie dû au type de campagne menée par la gauche, en particulier au sein du Parti travailliste. Mais la nature de la campagne de la gauche et les positions des masses travailleuses s'influencent mutuellement. De plus, certains facteurs objectifs expliquent pourquoi la réponse de la classe ouvrière et de son avant-garde a été jusqu'ici limitée. Le premier facteur est le développement de la lutte pour le maintien du niveau de vie face à la croissance du chômage et à la spirale de l'inflation. Le taux d'inflation est d'environ 20% tandis que les hausses de salaires sont juste en-dessous de 30%. La situation semble relativement calme si on la compare aux périodes de pointe des luttes, au moment de la dernière grève des mineurs par exemple. (En réalité, les chiffres montrent qu'il y a eu plus de jours de grève perdus l'an passé que dans aucune autre année, sauf pour 1926 et 1972). Mais les grèves ont été relativement fragmentées, par suite du fait remarquable que le niveau de vie de la classe ouvrière a augmenté plus rapidement que l'inflation et ceci malgré la croissance du chômage. Tel est le prix que la bourgeoisie doit payer pour son manque d'instrument politique efficace lui permettant d'affronter les syndicats.
Mais cette situation a un effet paradoxal sur la question du Marché Commun. Un des principaux arguments de ceux qui s'opposent au Marché Commun était le fait que les prix plus élevés au sein de la CEE (en particulier pour les produits alimentaires) par rapport aux prix que la Grande-Bretagne devrait payer en dehors du Marché Commun, entraineraient des conséquences graves pour les travailleurs. Mais vu la hausse des prix des produits alimentaires dans le monde et les subventions accordées à la Grande-Bretagne par la CEE pour certains produits, comme le sucre par exemple, cet argument n'est plus valable. Ce fait, combiné à la capacité de la classe ouvrière de maintenir et même d'augmenter son niveau de vie, a enlevé tout fondement à l'argument selon lequel la CEE représente une attaque contre les porte-monnaies britanniques. Afin de s'attaquer aux implications à plus long terme du Marché Commun pour le niveau de vie des travailleurs, la gauche travailliste devrait lancer une lutte contre les tendances plus générales à un renforcement politique et organisationnel de la classe capitaliste britannique (dont le maintien dans le Marché Commun fait partie). Ceci poserait à son tour le problème d'une stratégie politique visant à renforcer la classe ouvrière -- et ceci est un problème que les principales organisations de la classe ouvrière ne veulent pas ou ne peuvent pas aborder. Il y a d'autres facteurs qui opèrent dans la même direction. Le caractère fragmenté des luttes ouvrières dans la période actuelle signifie que les problèmes politiques que recouvre le débat sur la CEE ne coincident pas avec les luttes syndicales nationales centrales contre la bourgeoisie. Le lien entre les luttes syndicales sur les salaires et les luttes sur les problèmes politiques que recouvre le referendum sur le Marché Commun aurait pu produire une situation de profonde polarisa-
La classe ouvrière aurait alors vu la défense du Marché Commun par la bourgeoisie comme un autre aspect de l'attaque générale contre le niveau de vie à laquelle les travailleurs ont déjà dû riposter. Le referendum serait alors devenu une manifestation de la lutte de classe générale. Au lieu de cela, la question de la CEE est apparue comme un problème politique "séparé". Ce type de "séparation" des problèmes "politiques" et "économiques" est un trait historique général du mouvement ouvrier britannique, un aspect de la division entre la politique et le trade-unionisme. Mais l'héritage historique est exacerbé par la social-démocratie de gauche, qui mène sa campagne contre le Marché Commun autour de thèmes définis comme étant "au-dessus" de la lutte de classes. (La défense de la souveraineté nationale par exemple). Bien que les actions de la direction syndicale contre l'orientation du gouvernement travailliste de 1964-70 et les actions
et déclarations actuelles de certains éléments de la social-démocratie de gauche aient commencé à rompre avec cette division historique, cette dernière n'est pas facile à surmonter.
Même les secteurs de la classe ouvrière qui voient la question de la CEE comme un débat politique considèrent que celui-ci doit être mené par les partis détenant le monopole traditionnel de la "politique" dans la société bourgeoise. Et là, à nouveau, la faiblesse des arguments avancés par la plupart des opposants au Marché Commun, au mieux sème la confusion, au pire renforcent l'opinion que le débat sur la CEE n'est, de toutes façons, pas important. La conséquence de tout cela est que le referendum sur la CEE ne se déroule pas dans des conditions politiques du type de celles qui caractérisèrent le referendum sur le divorce en Italie en mai 1974 : une division stricte de toute la société et des partis politiques en fonction de la posisition de ces forces dans la lutte de classes en général. La campagne de la gauche travailliste Il est clair que la "combativité" de la campagne de la gauche travailliste sera tempérée par l'attitude dominante dans la classe ouvrière et sa bureaucratie. En effet, il ne serait guère à propos pour la gauche travailliste de sortir du gouvernement si la majorité écrasante de la classe ouvrière n'appuyait pas sa position. Cependant, un examen de la campagne développée par la gauche travailliste montre comment celle-ci illustre les attitudes prédominantes dans la classe ouvrière, renforçant leurs aspects les plus négatifs. Les principaux thèmes de la campagne de la gauche travailliste insistent sur le danger pour la souveraineté nationale représentés, soi-disant, par la "bureaucratie sans visage" de Bruxelles (il faut noter en passant qu'il y a plus de bureaucrates attachés au Ministère de la Santé Publique à Londres qu'aux bureaux du Marché Commun à Bruxelles), et un "'inter• nationalisme" abstrait et frauduleux qui explique que la CEE est une "communauté fermée, tournée sur elle-même'. Apparemment la défense de la souveraineté nationale va de pair avec le véritable internationalisme ! La pierre angulaire de la campagne de la gauche est la défense du Parlement qui est présentée, dans le style social-démocrate classique, comme un organe se situant au-dessus des étroits et sordides intérêts d'affaires. Et la classe ouvrière est présentée comme le défenseur le plus consistant de l'Etat "neutre" actuel. De plus, la gauche travailliste a été incapable de briser l'idée que la sortie du Marché Commun entrainerait une retraite vers une économie de "siège" qui impliquerait des coupures drastiques des importations, une rationalisation totale de l'économie (avec une forte crois-sance du chômage), et une restructuration totale de l'économie britannique. L'absence d'un modèle économique alternatif crédible à opposer à l'appartenance à la CEE est le résultat de la capacité bien connue de la gauche travailliste à refuser d'admettre l'évidence : la seule alternative à la fois au Marché Commun et à une économie "de siège" est d'attaquer la nature capitaliste de l'économie et de la société britanniques. Mais la logique de la campagne de la gauche travailliste, à la fois dans sa forme et son contenu, élimine une telle approche. Dans sa forme, la campagne a été compromise dès le départ. La gauche travailliste (à part quelques exceptions notables comme Wedgewood Benn) s'est alignée sur la petite-bourgeoisie et des forces réactionnaires, partageant des tribunes publiques avec elles et permettant à ces forces réactionnaires de gagner une certaine crédibilité au sein de la classe ouvrière. (De telles opérations sont essentielles pour les projets bonapartistes de Powell et de ses partisans). Par exemple, Clive Jenkins, le dirigeant de l'Association du Personnel Scientifique, Technique et de Maltrise (Association of Scientific, Technical and Managerial Staff), qui se trouve à la gauche de la bureaucratie syndicale, a parlé à Folkestone sur la même plateforme que Powell. A Bristol le député de gauche Ron Thomas a parlé sur la même plateforme que le député Richard Body, extrémiste de droite et membre du Monday Club, conservateur de droite. Ce n'est qu'en février que la campagne "Get Britain Out" (Faire Sortir la Grande- Bretagne) a envisagé d'exclure l'organisation fasciste National Front, après que la Cooperative Society, une organisation des commerçants de gros et de détail liée au Parti travailliste et contrôlée dans certaines régions par le Parti Communiste, ait fait un don important. L'IMG (International Marxist Group -Groupe Marxiste Internationaliste, section britannique de la IVème Internationale) a mené une campagne, qui a rencontré un succès par -tiel, contre la collaboration de classe défendue par la gauche travailliste et le PC, en particulier en Ecosse. Cependant, la forme de la campagne de la gauche travailliste découle logiquement des points autour desquels cette campagne a été organisée. Le caractère "tiède" de la campagne de la gauche travailliste s'est également reflété au sein du Parti lui-même, dansla lutte contre la droite travailliste. Depuis le début de l'actuel gouvernement, la gauche travailliste a systématiquement capitulé face à toutes les luttes importantes contre la droite travailliste. Au cours du congrès du Parti travailliste de l'hiver dernier, la gauche a évité la confrontation qui s'annonçait sur la question de savoir si la conférence du Parti travailliste devait contrôler la politique et la conduite des membres du Parti au Parlement. Aujourd'hui, après avoir fait beaucoup de bruit, la gauche recule à nouveau, cette fois-ci sur le problème qui semblait menacer de scissionner le parti il y a six mois : le Marché Commun.
Le Comité Exécutif National du Parti travailliste (la direction nationale élue par la conférence) adopta une résolution contre le maintien de la Grande-Bretagne dans le Marché Commun mais refusa de mobiliser toute la machine du parti dans la campagne anti-CEE. Le Trade Union Congress (TUC - - Confédération Syndicale centrale) n'organisera pas de conférence spéciale pour discuter les termes renégociés de l'appartenance de la Grande-Bretagne, à l'évidence parce que certains syndicats importants pourraient soutenir la ligne majoritaire du cabinet travailliste en faveur de
Quand les termes renégociés furent soumis au vote du Parlement, les résultats furent plus favorables à la gauche qu'on pouvait s'y attendre (144 députés travaillistes, une majorité des présents, votèrent contre la recommandation de leur cabinet). Mais, durant le débat au Parlement, seul Eric Heffer, Ministre d'Etat pour l'industrie, dépendant de Anthony Wedgewood Benn, parla contre la ligne du cabinet. L'accord qui avait été atteint au sein du cabinet travailliste permettant la liberté de vote au Parlement et la liberté de manifester publiquement ce désaccord avec le gouvernement pour ceux qui étaient contre le maintien dans le Marché Commun (ce qui ne représente pas une concession si importante si on se souvient que la majorité du Parti travailliste, y compris la direction, est contre l'appartenance) ne s'étend pas apparemment au Parlement. Heffer doit être démis de ses fonctions. En vérité, la droite est à l'offensive, malgré sa position minoritaire. Jenkins, Ministre de l'intérieur et principal défenseur de la CEE au sein du cabinet, s'est battu contre la liberté de vote au Parlement en se basant sur le fait que le Parti travailliste devait voter contre l'appartenance à la CEE selon les termes élaborés par le gouvernement conservateur au pouvoir quand la Grande-Bretagne entra dans la CEE. Finalement, même en Ecosse, l'organisation qui se nomme "Scottish Labour Against the Market " (Les Travaillistes Ecossais Contre le Marché Commun), mise en place après la conférence du Parti travailliste écossais et qui, au moins partiellement, rompt avec la notion d'une campagne multi-classiste, a décidé de ne pas utiliser toute la machine du Parti et a rejeté la campagne de porte à porte. Pour la gauche travailliste, le lien avec la classe ouvrière passe par la bureaucratie syndicale. Les changements décisifs d'attitude dans la base du mouvement ouvrier se reflètent plus dans des tournants de la bureaucratie que dans des tournants de l'appareil du Parti travailliste; or, la bureaucratie syndicale est également absente de la campagne sur le Marché Commun. On peut s'attendre à ce que les deux principaux syndicats (le Transport and General Workers Union - - syndicat des transports, et l'Amalgamated Union of Engineering Workers, syndicat de la métallurgie) jouent un rôle important dans la prochaine conférence du Parti travailliste, mais aucune mesure n'a été prise pour rallier les syndicats en tant que tels à la campagne contre le Marché Commun. En fait, malgré l'improbabilité d'un tel fait, certains journaux bourgeois espèrent que le syndicat de la métallurgie pourrait être divisé en deux au cours de la conférence travailliste ou pourrait même voter pour la position du cabinet. Le Sunday Times du 13 avril écrivait : "Malgré leur réputation de combativité sous la direction de M. Hugh Scanlon, les métallos sont restés calmes sur la question du Marché Commun ... Dans ces circonstances, un vote pour le Marché Commun reste possible". D'après des sources syndicales, au début avril les syndicats étaient prêts à dépenser un maximum de £ 10.000 (100.000 FF, 60. 000 FS, 800.000 FB) dans la campagne anti-CEE. Le journal bourgeois The Economist affirmait que cette décision faisait partie d'un complot
Use faire passer pour des opprimés". Cette explication semble très peu plausible. Il est plus probable que la bureaucratie est consciente de la confusion qui existe au sein de la classe ouvrière sur la question du Marché Commun et a décidé qu'une campagne anti-CEE trop vigoureuse pourrait causer trop de dommage au contrôle politique de la bureaucratie sur la base ouvrière. En somme, les tensions au sein du Parti travailliste sur la question du Marché Commun n'ont pas débouché sur la guerre ouverte, les démissions massives du cabinet et les mobilisations de la base qui étaient attendues. Bien que la campagne sur le Marché Commun sera probablement orageuse, il est peu probable qu'elle se développe en un véritable effondrement de la direction travailliste dans le cabinet. La principale raison en est la retraite de la gauche travailliste. En dernière instance, cette retraite spécifique est basée sur les faiblesses politiques et historiques du mouvement ouvrier dans son ensemble, faiblesses que les différents types de réformisme existant actuellement ne peuvent pas corriger mais seulement renforcer, et qui sont mises en relief par des questions politiques centrales comme celle du Marché Commun. Les conséquences possibles La faiblesse de la gauche travailliste dans la campagne contre la CEE et la possibilité croissante d'une victoire du Oui au referendum auront, potentiellement, des répercussions importantes sur l'arène politique. Quand la grève des mineurs et la solidarité de la classe ouvrière face à la semaine de trois jours obligèrent Heath à organiser des élections législatives au cours desquelles aucun parti ne remporta une majorité au Parlement, l'ordre politique bourgeois fut déséquilibré. La force syndicale et organisationnelle de la classe ou-
vrière avait pénétré l'arène politique bourgeoise, déclenchant une crise fondamentale. La base sociale du Parti conservateur était fracturée; gouverner avec le Parlement devenait extrêmement difficile. Certains des problèmes fondamentaux issus de cette période doivent encore être résolus par la bourgeoisie, et il n'est pas possible de les résoudre dans le futur immédiat. Mais une issue victorieuse pour la bourgeoisie dans ce referendum briserait sa paralysie partielle et lui permettrait de prendre à nouveau quelques initiatives politiques. La campagne sur le Marché Commun est donc un test pour voir si l'on peut s'attendre à un soulèvement sur tous les fronts de la classe ouvrière. La classe dominante utilise cette opportunité pour remettre à sa "vraie" place la force syndicale de la classe ouvrière -- hors de l'arène politique. Si la bourgeoisie sort victorieuse de cette campagne elle espère pouvoir commencer à isoler les secteurs combatifs du reste de la classe ouvrière sur toute une série de questions politiques. Ce processus ne peut en aucune mesure se substituer à la nécessité pour la classe dominante d'aller vers une confrontation avec la classe ouvrière organisée, mais il offre à la bourgeoisie une possibilité de faire quelques pas prudents vers un rétablissement partiel de ses défaites antérieures.
l'intervention de l'IMG
L'international Marxist Group ( IMG, Groupe Marxiste Internationaliste), section britannique de la IVème Internationale, développe sa campagne autour du mot d'ordre général : Pour les Etats-Unis Socialistes d'Europe ! L'axe essentiel de la campagne de l'IMG est constitué par l'explication des motifs de principe qui militent contre l'adhésion de la GrandeBretagne à la Communauté Economique Européenne. Principalement, cela consiste à tenter de construire le front le plus large de ceux qui, dans la classe ouvrière, s'opposent au maintien de la Grande-Bretagne dans la CEE, sur la base du refus de toute collaboration avec les forces bourgeoises. Au sein de ce front l'IMG met en avant une réponse ouvrière internationaliste au renforcement de l'organisation internationale du Capital. pratique cela prend la forme d'une participation aux initiatives prises par les sociaux-démocrates de gauche et, dans le cadre de ces initiatives, à la mise en avant d'une ligne politique alternative. La campagne de l'IMG peut se diviser en plusieurs parties: (1) Des actions qui mettent en question la stratégie collaborationiste de la campagne dirigée par les organisations traditionnelles de la classe ouvrière. Une lettre a été largement distribuée, présentant le contenu ouvrier et socialiste que devrait avoir la cam-
La leçon de ce début de campagne sur le Marché Commun montre que, lorsque la question est posée de savoir quelle société et quelle économie opposer au capitalisme britannique actuel, la classe ouvrière dans son ensemble, quelle que soit sa combativité, offre une réponse confuse. La gauche révolutionnaire est aujourd'hui trop fragmentée et trop sectaire pour mettre ses forces en commun et présenter une série de propositions unitaires. toutes façons, le rapport des forces est tel que la gauche révolutionnaire n'a pas la force d'opposer une alternative crédible au sein du mouvement de masse. La social-démocratie de gauche base sa campagne sur les faiblesses et les hésitations de la direction de la classe ouvrière et ceci sert, en dernière instance, à intensifier ces faiblesses et hésitations. A court terme, le mouvement ouvrier peut utiliser sa combativité syndicale et sa force organisationnelle pour imposer un rapport de forces défavorable à la classe dominante. A long terme, cependant, les oscillations et les reculades des travaillistes de gauche - - aussi crucial que soit pour eux le maintien de la base électorale du Parti travailliste dans la classe ouvrière -- préparent la voie à une possible défaite de la classe ouvrière. De cette façon ils assurent également leur propre défaite face à la droite. pagne du Parti travailliste; elle était signée par certains syndicalistes et membres du Parti travailliste. Dans plusieurs régions, à Endimbourg par exemple, les militants de l'IMG et leurs sympathisants ont soulevé, dans les Conseils syndicaux locaux, la question du type de campagne à engager et ont réussi à isoler les forces qui proposent une campagne multi-classiste, comme le Parti communiste. D'importantes victoires ont été remportées contre la ligne du PC dans l'Union Nationale des Etudiants (NUS - - National Union of Students) , dirigée par le PC, à Endimbourg et à Birmingham. (2) Des actions qui mettent l'accent sur le nécessaire caractère internationaliste de la campagne. Ernest Mandel fera une tournée de meetings dans les principales villes du pays en même temps qu'un camarade de la Liga Comunista Internacionalista (Ligue Communiste Internationaliste), organisation sympathisante de la IVème Internationale au Portugal. Au cours de cette tournée de meetings, Ernest Mandel affrontera dans des débats Ernie Roberts, secrétaire du syndicat des travailleurs de la métallurgie, et Evan Luard, député travailliste d'Oxford. (3) Des actions qui préparent l'extension de la lutte contre la CEE à la lutte contre le pro-
jet d'introduction par la direction travailliste d'une politique des revenus et de diminution des dépenses sociales. Une lettre a été publiée appelant Eric Heffer - - Ministre d'Etat pour l'industrie - - à participer au meeting de la Jeunesse Travailliste contre la CEE, prévu pour le 31 mai. La lettre sert de base à une nouvelles nouvemen
OuTer
*l'internationale
ITALIE mobilisation de l'opinion autour de la nécessité pour la gauche travailliste d'engager une batail ie qui continue après le referendum, non seulement contre la CEE mais aussi contre toute tentative de la droite de faire adopter des mesures qui attaquent le niveau de vie des travailleurs.