MOBILISATION CONTRE
LES VIOLENCES FASCISTES
Le 16 avril au soir un jeune étudiant était assassiné à coup de pistolet par un fasciste. Immédiatement après commencèrent à se développer des manifestations massives et déterminées de protestation qui se poursuivirent les jours suivants à Milan et dans de nombreuses
Au cours de ces manifestations,
autres villes. les forces de répression intervinrent très violemment et un jeune ouvrier mourut écrasé par un camion de carabiniers, tandis que d'autres étaient blessés à coup d'arme à feu. La tragédie du 16 avril commença presque fortuitement. Des groupes de jeunes appartenant au Mouvement étudiant ( Movimento Studentesco) rentraient d'une manifestation pour le logement. A un certain moment, une petite voiture s'approcha d'un groupe et les occupants commencèrent à provoquer et insulter les manifestants. Quelques manifestants répondirent en brisant une vitre de la voiture. Trois personnes descendirent alors de la voiture, toutes connues comme nervis fascistes. Tandis que deux d'entre elles s'éloignaient rapidement, la troisième sortit un pistolet et assassina froidement le jeune Claudio Varalli, étudiant de l'Institut du Tourisme. En l'espace de quelques minutes, d'abord des 'centaines, puis des milliers de personnes se rassemblèrent sur la place où avait eu lieu
Giovanni Zibecchi, écrasé par une voiture de carabiniers
ITALIE l'assassinat. La nouvelle selon laquelle un quotidien de droite avait donné une version déformée des faits s'étant répandue, des groupes de manifestants attaquèrent les bureaux de ce journal, bloquant la sortie des camions de distribution. Les travailleurs du journal eux-mêmes intervinrent, obligeant la direction à imprimer une nouvelle édition qui publia un communiqué des typographes donnant une version des évènements semblable à celle des manifestants. Le lendemain, dans de nombreuses villes, les écoles restèrent fermées, de nombreuses usines s'arrêtèrent et des manifestations très combatives eurent lieu. A Milan, environ 50. 000 personnes prirent part à la manifestation. Pendant et après la manifestation des locaux du MSI (Movimento Sociale Italiano -Mouvement Social Italien, néo-fasciste) et d'autres organisations fascistes furent attaqués, ainsi que la rédaction d'un hebdomadaire fasciste, différents locaux publics appartenant à des fascistes et des lieux de rencontre habituels des équipes de nervis. Les heurts les plus violents eurent lieu aux alentours du siège provincial du MSI, protégé par la police. Quelques détachements de carabiniers tirèrent sur la foule et des camions chargèrent les manifestants à toute vitesse. Au cours d'une de ces charges, un jeune ouvrier, Giovanni Zibecchi, trouva la mort. De nouvelles manifestations se déroulèrent également le 18 avril à Milan, à Rome et dans de nombreuses autres villes. Ce nouvel épisode de violence a suscité une émotion d'autant plus forte que quelques jours plus tôt les fascistes avaient tenté d'organiser deux attentats, qui échouèrent de peu : un contre la ligne ferroviaire Florence-Rome, l'autre contre le siège de l'administration régionale à Ancone. Il y a peu, une bombe fasciste avait également détruit une partie de l'appartement du directeur de l' "Avanti!" quotidien du Parti socialiste italien, qui échappa à la mort parce qu'il était absent. Tous ces évènements montrent clairement que les groupes fascistes et para-fascistes qui comptent sur le terrorisme et la violence aveugle pour accélérer une crise du régime n'ont pas renoncé à leurs desseins. De décembre 1969 à aujourd'hui, ils ont frappé à plusieurs reprises, provoquant des moments de tension extrême. Il est à peine besoin de dire qu'ils ont pu et peuvent le faire parce qu'ils comptent sur des complicités et des appuis importants. Dans certains cercles militaires, et encore plus dans les services secrets, les terroristes et les candidats golpistes trouvent des inspirateurs et des alliés. Sans parler de la police, à propos de laquelle le cas de Rome est symptomatique. Les bandes fascistes, en particulier dans certaines zones, ment, bien que leurs membres soient parfaitement connus. A la fin de février dernier, après des incidents au cours desquels un étudiant fasciste grec - - membre de l'organisation fasciste étudiante italienne - - avait été assassiné, dans des circonstances peu claires, des nervis fascistes avaient déclencé des actions répétées de violence pendant plusieurs jours, sans que la police intervienne d'aucune façon. Les fascistes trouvent des complicités non moins grandes au sein de la magistrature. Il n'est pas rare, même que les juges agissent encore plus ouvertement que la police. Nombreux parmi les membres les plus connus des bandes fascistes ont été arrêtés au moins une fois, avec de lourdes accusations, mais ils ont toujours été, surtout à Rome, remis rapidement en liberté par les juges complaisants. Certaines affaires étaient si graves, que même le ministre de l'Intérieur a dû faire la critique de certains jugent au cours d'un débat parlementaire le 17 avril. Jusqu'ici la riposte de masse aux attentats comme aux actes de violence et d'intimidation a été très forte. Ceci explique pourquoi les fascistes n'ont pas pu aller au-delà d'actions isolées ou d'attentats terroristes. Des actions du type de celles menées par les bandes fascistes au début des années 20, et qui frappaient directement et ouvertement le mouvement ouvrier et ses organisations, ne sont pas entreprises aujourd'hui : les rapports de forces ne le permettent pas. Le Parti communiste (PCI) et le Parti socialiste (PSI) ainsi que les organisations syndicales développent une campagne intense sur la nécessité de lutter contre le fascisme, prenant souvent l'initiative de manifestations. Les syndicats, en particulier, ont déclaré, pour le 18 avril, une grève générale nationale d'une heure. Toutefois, l'axe de leur campagne continue à être l'anti-fascisme "démocratique", c'est-à-dire un front de tous les partis prétendus constitutionnels, y compris la démocratie-chrétienne (DC). Actuellement se développe une collecte de un million de signatures pour une pétition qui demande au gouvernement et aux autorités d'appliquer les lois contre le fascisme et d'empêcher l'activité des bandes de nervis. La DC participe également à cette collecte, essayant de faire oublier qu'elle est parti de gouvernement depuis plus de 30 ans maintenant. Pour répondre aux pressions de sa propre base et pour se couvrir à gauche, le PCI, à certaines occasions, ne refusen pas de prendre l'initiative de manifestations plus déterminées. Un exemple : la mobilisation du 7 mars à Milan pour empêcher une manifestations fasciste, mobilisation au succès de laquelle ont contribué fortement l'organisation des partisans et les organisations syndicales (en peu de temps environ 25. 000 personnes ont été mobilisées, en grande partie des ouvriers). Les organisations centristes (Manifesto, Lotta Continua et Avanguardia Operaia) font leur propre campagne de signatures autour du mot
d'ordre "MSI hors-la-loi". De nombreux militants donnent leur propre interprétation à ce mot d'ordre : ils pensent qu'il faut, de fait, mettre le MSI dans l'impossibilité d'agir légalement (et pour cela ils ne sont pas opposés à des actions de commandos très dures). Mais sur le plan politique, l'ambiguité demeure. On donne à la lutte anti-fasciste le débouché d'une solution légale et on répand des illusions sur la possibilité d'une solution "constitutionnelle" du problème. Il en découle une recherche d'alliance avec des forces et des personnalités qui ne contribuent certes pas à donner une orientation révolutionnaire à la campagne antifasciste. C'est pour cette raison que les militants de SRI LANKA la section italienne de la IVème Internationale - - qui ont été à plusieurs reprises l'objet de violences fascistes au cours des derniers mois par exemple à Rome, Naples, Florence) et qui ont participé en première ligne aux mobilisations qui ont suivi l'attentat de Milan -- ne font pas leur le mot d'ordre des centristes. Ils développent leur intervention autour des deux axes centraux du front unique ouvrier - - opposé au front anti-fasciste "démocratique" - -et de l'auto-défense des ouvriers et des étudiants - - opposée au refus de répondre de façon adéquate aux violences fascistes que continue à défendre le PCI, et opposée à toute tentation de réduire la riposte à l'action de commandos.