Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

SRI LANKA

Un tournant pour les luttes ouvrières

· Inprecor (première série) n° 24, 24 avril 1975 · p. 27-28 · 1 284 mots

Inde et Asie du Sud Syndicalisme

UNE NOUVELLE I

LES LUTTES OU

BALA TAMPOE Le 31 janvier 1975 marque une étape nouvelle dans l'histoire du mouvement ouvrier du Sri Lanka, Le dernier jour de l'année 1974, le Comité commun des Organisations syndicales (Joint Committee of Trade-Union Organizations, JCTUO) qui rassemble les syndicats dirigés par les partis gouvernementaux, avait annoncé une grève générale de 24 heures pour le 31 janvier 1975, à l'appui des 28 revendications qu'ils avaient défendues épisodiquement depuis juillet 1973 (voir INPRECOR N°. 19 et N° 21). Il centre l'agitation sur trois revendications immédiates : • la nationalisation de l'industrie textile, des plantations propriétés de sociétés anonymes capitalistes et des banques; • le paiement immédiat d'une prime de 75 roupies à tous les salariés qui gagnent moins de 800 roupies par mois. • Le paiement de 2, 50 roupies chaque fois que l'indice du coût de la vie augmente d'un point. Dans un tract daté du 20 janvier 1975, le Ceylan Mercantile Union ( CMU, la seule organisation syndicale des villes indépendante des partis gouvernementaux -- NPRECOR) estima que le JCTUO ne conduirait guère une "lutte" réelle sur ces "revendications", puisqu'il était contrôlé par les trois partis représentés au sein de la coalition gouvernementale, le LLFP (Sri Lanka Freedom Party) le LSSP (Lanka Sama Samaja Party) et le Parti Communiste

ETAPE POUR

VRIERES ?

(Moscou), Selon le CMU, le JCTUO est essentiellement un instrument gouvernemental. Pour la même raison, le CMU appela à faire grève le 31 janvier, mais non seulement pour les trois revendications avancées par le JCTUO, mais également pour les revendications suivantes: • Pour la fin de l'état de siège et le rétablissement des droits démocratiques et des libertés civiles, y compris le droit de faire grève; • Pour l'abrogation de la législation répressive réactionnaire comme le Décret sur la Sécurié Publique et le Décret sur les Commissions de Justice criminelle; • Pour la libération inconditionnelle de tous les prisonniers politiques; • Pour le réemploi de tous les travailleurs licenciés par suite de l'application de la loi sur les prestations vitales et pour le rétablissement de tous les droits enlevés aux travailleurs sous le couvert de l'état de siège; • Pour la production obligatoire de vivres dans les plantations; • Pour des rations adéquates de vivres à des prix raisonnables; • Pour la restauration de la journée légale de huit heures maximum de travail par jour.

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SRI LANKA Le 29 janvier, le jour même où l'assemblée générale des membres de la CMU était convoquée pour approuver la proposition de grève générale de 24 heures faite par le Conseil général du syndicat pour le 31 janvier, la direction du JCTUO annonça qu'elle avait décidé de suspendre la grève générale de 24 heures prévue pour ce jour-là. Elle affirma avoir rencontré le premier ministre et des membres du gouvernement le 28 janvier et que ceux-ci avaient adopté la position suivante sur les "revendications immédiates"': •La question de la nationalisation des industries essentielles était posée devant les partis du Front Unique de Gauche et une décision rapide à ce propos serait bientôt communiquée au JCTUO. • Une prime de 25 roupies serait accordée à tous les salariés du secteur public qui gagnent moins de 800 roupies par mois et le gouvernement convoquerait une conférence entre la fédération patronale et les syndicats pour discuter de la possibilité de l'appliquer également dans le secteur privé. • Un comité serait désigné en vue de déterminer un indice réaliste du coût de la vie. Lorsque les dirigeants du JCTUO essayèrent de convaincre leurs propres militants syndicalistes, réunis à Saraswathie Hall à Colombo que cette réponse du gouvernement était suffisante pour décommander la grève générale de 24 heures, ils rencontrèrent de nombreuses protestations et même des quolibets. Par la suite, dans de nombreuses entreprises où le CMU organisa la grève du 31 janvier, des travailleurs appartenant aux syndicats contrôlés par les partis gouvernementaux exprimèrent leur solidarité avec la grève du CMU; certains même démissionnèrent de leurs syndicats et rejoignirent le CMU et la grève. En outre, après le 31 janvier, dans un certain nombre d'entreprises du commerce d'exportation, des travailleurs membres du syndicat contrôlé par le PC rompèrent avec ce syndicat et rejoignirent le CMU. Dans une entreprise il s'agissait de travailleurs affiliés depuis 25 ans au syndicat lié au PC. Des travailleurs quittèrent également des syndicats contrôlés par le LSSP pour rejoindre le CMU. Cette évolution a menacé les positions du LSSP et du PC, surtout parmi les ouvriers manuels du secteur privé. Ceci devint plus grave lorsque la fédération patronale refusa catégoriquement d'accorder la prime de vie chère de 25 roupies proposée par le gouvernement. En désespoir de cause, les dirigeants du JCTUO en appelèrent au gouvernement pour imposer une prime de vie chère dans le secteur privé, afin de sauver leurs positions par -mi les travailleurs organisés de ce secteur. Après de nombreuses délibérations, le gouvernement a finalement promulgué une augmentation générale des salaires de 10% dans le secteur privé, jusqu'à un maximum de 25 roupies par mois. Le décret exclut explicitement de cet avantage les salariés couverts par la convention collective du CMU et de la fédération patronale. Il faut cependant rappeler ici qu'après la grève générale a acquis pour ses membres des primes de vie chère dépassant celles des syndicats du JCTUO. Puisque la masse des travailleurs du secteur privé touchent des salaires très bas, ils recevront moins de 25 roupies d'augmentation mensuelle. Dans les plantations par exemple, où les salaires moyens sont de 50 à 60 roupies par mois, l'augmentation de fait ne dépassera sans doute pas 5 roupies. Elle est une véritable insulte face à la revendication d'une prime de 75 roupies pour tous ceux qui gagnent moins de 800 roupies par mois, avancée par le JCTUO. La demande d'une augmentation des salaires de 2. 5 roupies chaque fois que l'indice augmente d'un point n'a pas été accordée, et le gouvernement se contente de "délibérer" sur la question des nationalisations. Les fausses "revendications" du JCTUO ont tout au plus ser -vi à démasquer ce comité mieux que jamais dans son histoire courte mais infâme. Les travailleurs qui réfléchissent comprendront que les dirigeants du JCTUO ne peuvent pas servir à la fois le gouvernement du Front Unique de gauche et les membres de leurs syndicats. Ils comprendront ou commencent à comprendre que ces dirigeants ne peuvent avancer des revendications sans l'assentiment préalable de leurs dirigeants politiques des trois partis gouvernementaux. En d'autres termes : la politique du JCTUO ne sert qu'à tromper les travailleurs et à les maintenir passifs, en attendant "une prise en considération favorable" de leurs "revendications" par le gouvernement, alors que, simultanément, le gouvernement poursuit une politique essentiellement réactionnaire et répressive à l'égard de la classe ouvrière. Afin de combattre cette politique, le CMU insiste sur la nécessité de mobiliser les forces de la classe ouvrière sous son propre drapeau de classe, pour une action effective contre l'exploitation et l'oppression capitalistes par le gouvernement actuel et tout autre gouvernement capitaliste qui pourrait leremplacer. La grève générale de 24 heures de la CMU du 31 janvier 1975, à laquelle plus de 25.000 travailleurs participèrent dans plus de 250 entreprises du secteur privé et public urbain, indique la mesure dans laquelle des secteurs d'avant-garde de la classe ouvrière sont aujourd'hui prêts à agir en conformité avec la ligne de lutte de classe que le CMU propose de manière consistante, depuis de nombreuses années, malgré les graves échecs subis par la classe ouvrière par suite de la politique traitre de collaboration de classe appliquée par le JCTUO. Voila pourquoi de plus en plus de secteurs de la classe ouvrière organisée s'associeront avec le CMU pour lutter pour les revendications avancées par cette organisation le 31 janvier 1975.

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