Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

URSS

La classe ouvrière soviétique face aux réformes économiques

· Inprecor (première série) n° 25, 8 mai 1975 · p. 22-27 · 4 340 mots

URSS et Russie Stalinisme

URSS ERIC LAURENT & M.I. HOLUBENKO L'application des différentes réformes en URSS a apparemment laissé la classe ouvrière relativement indifférente. Cela peut s'expliquer en partie par la prudence très nette de la bureaucratie qui, à aucun moment, n'a pris de mesures qui auraient été ressenties par la classe ouvrière comme une attaque directe, comme cela fut le cas en Pologne endécembre 1970 avec le relèvement brutal des prix des principaux biens de consommation. Cela s'explique aussi

Get sur -tout par le fait que 40 ans de stalinisme ne sont pas passés sans laisser de traces profondes dans la classe ouvrière. En particulier, toute la politique de la bureaucratie au travers du parti et de ses organisations de masse vise à atomiser l'ensemble de la société, et en premier lieu la classe ouvrière, à empêcher toute forme de regroupement ou d'actions collectives hors des canaux officiels. De fait, depuis la mort de Staline, la classe ouvrière n'a jamais fait irruption sur la scène politique avec ses revendications propres, pour défendre ses intérêts de classe face à la bureaucratie. Elle est restée également tout à fait extérieure au mouvement de l'opposition démocratique pendant les années

Quant aux textes du Samizdat, à quelques exceptions près, ils ignorent la situation et les problèmes actuels de la classe ouvrière. (1) La lutte pour les libertés démocratiques - -liberté de presse, de parole, de réunion -n'a en fait traduit que la mobilisation de l'intelligentsia pour ses intérêts en tant que couche sociale. Le programme des libéraux comme Sakharov défend essentiellement les intérêts et les revendications de la technocratie face aux bureaucrates incapables. Medvedev, qui se réclame du marxisme, n'accorde dans son livre "De la démocratie socialiste" que fort peu de place aux problèmes et au rôle de la classe ouvrière dans la lutte pour un socialisme authentique. Ce qui caractérise la plupart des courants oppositionnels issus de l'intelligentsia, c'est la peur du "désordre" que provoquerait, selon eux, la mobilisation des masses soviétiques contre la bureaucratie. Amalric, dans son livre "l'URSS survivra-t-elle jusqu'en 1984 ?" résume bien l'idée la plus répandue parmi l'opposition démocratique, lorsqu'il oppose ce qu'il appelle "le mouvement constructif et réformiste de l'intelligentsia' au "mouvement destructeur des classes infé-

Dans ces conditions l'opposition de la classe ouvrière à la bureaucratie passe essentiellement par des actes individuels : sabotage de la production, rythme très lent de travail, désintérêt pour la qualité des produits, très fort absentéisme, mobilité considérable de la main d'oeuvre ou encore houliganisme et alcoolisme; ce dont la presse officielle rend compte en termes de déviation et d'inadaptation à la société "communiste". L'ivrognerie traduit le plus massivement ce sentiment de frustration sociale ; elle a pris des proportions telles que en 1972 la bureaucratie a pris toute une série de décrets spéciaux pour lutter contre l'alcoolisme. Si, sous Staline, l'alcoolisme était à la fois un important moyen de contrôler la classe ouvrière et une source de revenus importante -- des kiosques à vodka étaient organisés à la porte des usines - - aujourd'hui, la campagne officielle contre l'alcoolisme s'insère dans les efforts systématiques visant à augmenter la productivité du travail. Cette campagne ne semble pas avoir emporté de succès importants précisément parce que l'alcoolisme nait d'un profond sentiment d'insatisfaction sociale. Nous n'insisterons pas sur les phénomènes de rieures". Le réformisme de l'opposition traduit essentiellement une profonde méfiance à l'égard des masses et de la classe ouvrière en premier lieu. Toutefois, certains groupes clandestins, dissous par le KGB durant les années 60, et dont on ne connait souvent que le nom et quelques passages de leurs programmes, ont compté des ouvriers dans leurs rangs et'avaient entrepris un certain travail d'agitation en direction de la classe ouvrière (Parti des Véritables Communistes, Parti des Jeunes Travailleurs, Parti des Ouvriers Sans Parti luttant pour la Restauration du Socialisme). Dans les Républiques non russes, la question nationale née de la politique de russification à outrance pratiquée par la bureaucratie a mobilisé des couches beaucoup plus larges que la seule intelligentsia. Cela apparait clairement dans certains textes du Samvidav ukhrainien où les revendications nationales et les revendications ouvrières sont liées (cf. la lettre de Koval aux députés des Soviets d'Ukhraine).

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résistance individuelle et de désespoir de la part de la classe ouvrière qui sont relativement connus. Nous étudierons essentiellement en quoi l'introduction des différentes réformes depuis 1965 a pu modifier à la situation de la classe ouvrière et, dans la mesure du possible, les réactions de cette dernière. La réforme de 1965 La réforme de 1965 cherchait avant tout à modifier le système de gestion des entreprises; elle a été introduite dans une profonde indifférence ou même souvent ignorance de la part de la classe ouvrière. Dans le cadre d'une enquête faite en 1967, on a demandé aux 400 ouvriers d'une usine de Lougansk ce qu'ils croyaient que la réforme avait apporté, (a) à la production, (b) à eux personnellement (salaires et primes).

Augmentation de la production oui un peu aucune ou ne sait pas 141 43 221 Même s'il est impossible de tirer des conclusions générales d'un échantillon aussi restreint, le pourcentage considérable des indifférents ou des réponses négatives (surtout en ce qui concerne la seconde question) est relativement significatif. En 1973, 78% des ouvriers d'une usine de Vorochilovgrad déclaraient ignorer qu'une réforme économique "visant à renforcer l'efficacité de la production et à augmenter les salaires" avait été lancée. De fait, les conséquences de la réforme économique ont été particulièrement minces pour la classe ouvrière. Les souhaits émis par certains économistes libéraux comme Birman ou Anasenkov demandant un renforcement de la participation des travailleurs à la gestion de l'entreprise sont restés lettre morte. Quant au fonds d'encouragement, les principaux bénéficiaires en ont été les cadres de l'entreprise; en particulier, les primes issues des fonds spéciaux n'ont concerné que les seuls ingénieurs, techniciens et cadres. Si l'on sait de plus qu'environ 20% seulement des ouvriers reçoivent des primes provenant du fonds d'encouragement, on comprend mieux l'indifférence ou l'ignorance manifestées par les ouvriers interrogés. La diversification entre les différentes usines et les différentes branches de l'industrie en ce qui concerne l'utilisation du fonds d'encouragement a eu pour conséquence des disparités très nettes de salaires pour un même travail (cf. Maximov : Premirovanie rabocikh... Moscou 1971). Cela permet également d'expliquer pourquoi la réforme de 1965 s'est révélée incapable de modifier l'attitude de la classe ouvrière par rapport à la production ( maintien d'une très forte mobilité spontanée, de l'absentéisme, de la croissance relativement lente de la productivité). Depuis le début des années 70, la bureaucratie, en essayant de relancer les réformes, a axé tous ses efforts sur l'utilisation plus "rationnelle" de la main d'oeuvre. les "expériences" dans ce sens se sont multi-

Mais dans ce domaine, la bureaucratie semble vouloir s'attaquer à un problème où la sensibilité de la classe ouvrière est très grande : celui de l'emploi ou, plus précisément, celui de la sécurité de l'emploi (3). La bureaucratie a d'ailleurs plus ou moins conscience de s'aventurer sur un terrain brûlant et fait preuve d'une très grande prudence. Dans ce cadre, l'expérience de Schékino a une valeur de test, car elle vise à permettre un développement rapide de la productivité sur la Augmentation du salaire ou des primes oui légère ou ne sait pas aucune 94 130 181

(2) base d'une rationalisation importante de l'emploi de la main d'oeuvre. (En cinq ans 1.300 postes de travail ont été supprimés). De nombreuses études ont été consacrées à cette expérience, mais les réactions des ouvriers aux différentes mesures n'ont guère trouvé de place. Toutefois, certains articles laissent transparaltre un certain mécontentement. Ainsi le secrétaire du comité du parti du combinat explique qu'il a fallu prendre toute une série de "précautions psychologiques" et, qu'en particulier on a "évité de parler de licenciements et surtout parlé de libération des réserves de main d'oeuvre". Les ouvriers de Schekino ont également exprimé leur hostilité à l'égard des services comme l'Organisation Scientifique du Travail et le Laboratoire de Recherches sur les Normes, perçus comme des services visant à permettre le licenciement du personnel. de résistance collective au niveau d'un atelier face aux mesures de rationalisation envisagées. S'il ne faut surtout pas exagérer l'importance de ces réactions, elles restent cependant significatives, surtout dans la mesure où l'expérience de Schekino s'est faite dans un cadre en (2) Cité par A. Birman : Sut' reformy, Novyj mir, 12, 1968, p. 186. (3) On prête à un ouvrier soviétique cette remarque significative : "Ils peuvent lancer des campagnes et faire tout ce qu'ils veulent, mais ils ne nous feront pas travailler plus dur. Le droit à ne pas travailler dur est probablement notre seul droit".

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URSS quelque sorte "aseptisé"', dans une situation de pénurie de main d'oeuvre relative, où les problèmes de reclassement ne posaient pas trop de difficultés. (Un journaliste dans un ouvrage consacré à l'expérience de Schekino évoque la présence d'agents recruteurs à la porte de l'entreprise cherchant à débaucher les ouvriers pour d'autres entreprises. Mais la publicité qui a été faite par la bureaucratie autour de cette expérience et d'autrès du même type cherche aussi à donner un avertissement à la classe ouvrière : elle doit changer son attitude face au travail, car bientôt seuls les plus qualifiées et les plus "productifs" pourront trouver un bon emploi. Et, de fait, la généralisation de telles mesures à un grand nombre d'entreprises poserait le problème des licenciements et des reclassements dans des termes tout à fait différents. On en n'est pas encore là, mais déjà un certain nombre de mesures ont été prises qui vont dans ce sens : en particulier la mise en place d'un Comité d'Etat pour l'utilisation des ressources du travail, avec des ramifications locales, dont le but essentiel est l'organisation et le contrôle des ouvriers à la recherche d'un emploi; ce Comité ne joue pour l'instant qu'un rôle très secondaire, 90% des ouvriers préférant se trouver eux-mêmes un emploi. Dans le cadre d'une extension de mesures du type de celles de Schekino, ce Comité pourrait être amené à jouer un rôle beaucoup plus important et plus autoritaire dans la redistribution de la main d'oeuvre selon les besoins de l'économie qui, au moins tant que les bureaucrates en seront les seuls juges, ne coincident pas avec ceux des travailleurs. Jusqu'à présent, les possibilités légales pour un directeur d'entreprise de licencier des ouvriers, suite à une réduction des effectifs, étaient fortement limitées; en particulier il était obligé d'assurer le reclassement du per"L'absence dans l'entreprise ou dans l'établissement de postes où pourraient être transférés les. ouvriers ou employés devant être licenciés du fait de la réduction des effectifs, ne libère pas l'administration de l'obligation de faire en sorte qu'ils soient reclassés dans d'autres entreprises ou établissements situés dans le même rayon " (4). De plus, l'entreprise doit prendre à sa charge le salaire de l'ouvrier jusqu'à ce qu'il ait retrouvé un autre emploi et, le cas échéant, les frais de reclassement. Les directeurs d'entreprises exercent une très forte pression pour que soient supprimées ces obligations qui sont présentées comme les principaux obstacles à une politique "efficace'' de l'emploi et pour que le reclas(4) Cf. Commentaires sur la législation du travail, Moscou, 1967, p. 88.

sement soit précisément à la charge des bureaux du Comité d'Etat pour l'utilisation des ressources du travail : "Au cours des discussions avec l'auteur (il s'agit d'un économiste soviétique), un grand nombre de dirigeants d'entreprises de Moscou, Volgograd, Kuibychev, Saratov, Tcheliabinsk et d'autres villes ont, tout à fait à juste titre, lié le problème de la libération de la main d'oeuvre (toujours les mêmes euphémismes pour les licenciements !) au développement et à l'approfondissement de la réforme économique. Ils ont fait remarquer que la réduction du nombre d'ouvriers et d'employés serait considérablement facilitée par la mise en oeuvre des mesures suivantes : élargissement des droits des entreprises, en particulier obtention de la possibilité de disposer entièrement du fonds de salaire, renforcement important de l'intéressement matériel individuel du personnel (avant tout par le biais des hauts traitements et des primes attribués aux individus les plus qualifiés, les plus valables et qui remplissent avec succès non seulement leurs obligations mais aussi les fonctions des personnes licenciées); suppression pour les entreprises de l'obligation de reclasser les travailleurs licenciés et de leur verser des indemnités pendant la durée de leur reconversion et de la recherche d'un nouvel emploi "(5). On ne saurait exprimer plus clairement les intérêts des couches technocratiques quant au développement de la réforme. Mais l'application telle quelle de l'ensemble de ces mesures impliquerait une attaque frontale contre la classe ouvrière, ce que la bureaucratie veut éviter avant tout, d'où le rôle de tampon qu'elle se voit forcée de jouer entre les courants partisans d'une "rationalisation" à tout prix, c'est-à-dire essentiellement aux dépens de la classe ouvrière, et la classe ouvrière qui n'est certes pas prête à accepter sans réagir la remise en cause d'un des principaux acquis qui lui reste de la révolution de 1917 : la sécurité de l'emploi. Ainsi, certains organismes officiels, comme le Comité pour les Salaires, sont-ils intervenus pour freiner l'extension à un trop grand nombre d'entreprises de l'expérience de Schékino. Productivité et salaire Le problème de la croissance de la productivité étant le problème central aujourd'hui, la bureaucratie a cherché à lier de plus en plus étroitement la croissance des salaires à celle de la productivité, en limitant de plus en plus les augmentations automatiques de salaires. Ainsi, dans un rapport officiel, il est souligné : "Dans le quinquennat en cours la (5) Dans Osnovnye problemy racional'nogo izpolzovanijc trudovykh ressusov SSSR, Mosckva, 1971, p. 17

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moitié seulement des augmentations de salaires viendra de l'introduction de nouveaux tarifs de salaires, de traitements et d'autres modes de rémunération, l'autre moitié sera obtenue par les ouvriers et les employés dans les succès de production". Cette volonté de subordonner dans une large mesure la croissance des salaires à celle de la productivité - - par là un des objectifs de la bureaucratie est de lutter contre les tendances inflationnistes qui s'étaient manifestées à la fin des années 60 du fait d'augmentations incontrôlées des salaires dans certaines branches - - a provoqué, dès la première année du quinquennat en cours, un net ralentissement de la croissance des salaires ouvriers. Si dans la période 1965-70 l'augmentation des salaires a suivi de près celle de la productivité (5% et 5.7% respectivement), en 1970, la productivité croissait de 7.7% et les salaires seulement de 4.4%. En 1971, un ouvrier ne touchait en roubles pour 1% d'augmentation de la productivité que le tiers de dè qu'il avait touché en 1968, et en 1972 la moitié. En 1973, le salaire moyen des ouvriers a augmenté de 3.7%. Mais cette augmentation du salaire moyen est due là en grande partie à un relèvement du salaire minimum qui passe de 60 à 62 roubles par mois et des primes pour le Grand Nord et la Sibérie. Pour 1974, le plan ne prévoit qu'une augmentation de 3.6%. Cette politique salariale semble avoir suscité un mécontentement croissant dans la classe ouvrière. Les Izvestia y ont fait partiellement écho au début de cette année en publiant les résultats d'une enquête dans une usine de locomotives de Vorochilovgrad. L'intérêt de cette enquête est qu'elle compare les réponses avec celles d'une enquête similaire menée en 1968 : 75% des ouvriers en 1974 déclarent ne pas être satisfaits de leurs salaires (54% seulement en 1968); la majorité manifeste son mécontentement à propos de la faible croissance des biens de consommation; 65% de plus d'ouvriers qu'en 1968 se plaignent des conditions de travail. Durant l'hiver 1973-74 plusieurs grèves ont éclaté à Moscou en particulier dans la construction, à propos des salaires et des primes. Un autre moyen de peser sur les salaires pour augmenter la productivité- ce moyen ne date pas de la réforme - - est le relèvement des normes, ce qui provoque souvent des baisses de salaire. En effet, étant donné le système actuel de rémunération des ouvriers, le salaire de base, (le tarif), ne représente que 62.4% du salaire réel total; dans de nombreuses entreprises il ne dépasse pas 46.1%. Une partie importante du reste du salaire est constituée par les primes provenant du fonds des salaires et dont le versement est lié à la réalisation et au dépassement du plan. Aussi , toute révision des normes de production entraine une baisse sensible du salaire normal, du fait même du rôle que jouent les primes dans sa formation. Dans le cas des ingénieurs et techniciens, le salaire "normal" ne comporte pas de primes liées à la réalisation ou au dépassement du plan; les primes que touchent les ingénieurs et les techniciens ne proviennent que du fonds d'encouragement et des fonds spéciaux. Cela explique que le relèvement brutal des normes de production ait été à l'origine de nombreuses grèves. Ainsi, à Sverdlovsk en 1969, le passage dans une entreprise de caoutchouc à la semaine de 5 jours suivi d'une brutale révision des normes provoqua une baisse des salaires d'environ 40%. Les ouvriers déclenchèrent immédiatement une grève. Alors que le directeur et les autorités locales étaient partisans d'une réponse "énergique" - - envoyer la milice cantre les grévistes --, les instances dirigeantés de Moscou préférèrent dans un premier temps lâcher du lest : l'ancien système de salaire fut rétabli et le directeur de l'entreprise fut "licencié"', pour être promu quelques temps plus tard à un poste de responsabilité dans un ministère à Moscou. Ce n'est qu'ensuite que le le KGB se mit à la recherche des "meneurs"'. Cette attitude temporisatrice dans un premier temps de la part de la bureaucratie est assez caractéristique. Des grèves analogues se sont produites dans des entreprises à Vitebsk, Kopceisk, etc.. Les flics et les psychologues à l'usine Face aux tensions multiples qui apparaissent au niveau des entreprises, la première réponse de la bureaucratie est le renforcement de la discipline. Cela se traduit de plus en plus fréquemment par l'affirmation, dans la presse, de la nécessité de la présence des représentants du Ministère de l'Intérieur dans les entreprises. Dans un article des Izvestia du 9 juillet 1972 le directeur d'une entreprise de Moscou explique que : "les fonctionnaires de la police visitent l'entreprise systématiquement. Ils mènent des enquêtes sur les cas de violation de l'ordre légal dans notre entreprise". Dans un autre article on peut lire : "les services du procureur du district de Sverdlovsk ont vérifié l'état de la discipline du travail dans notre entreprise. Ils ont présenté à la direction un rapport sur les violations de la discipline du travail et de l'ordre public par les travailleurs de l'usine''. On pourrait multiplier les citations concernant la collaboration toujours plus étroite des flics et des directeurs d'entreprises. Parallèlement, la bureaucratie découvre avec émerveillement les vertus de la psycho-sociologie du travail à l'américaine dans la prévention des conflits sociaux. Dans la Pravda du 28 août 1971 : "Pourquoi n'incluerait-on pas dans le personnel des grandes entreprises un médecin psychologue ? Travaillant la main dans la main avec les organisations sociales,

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URSS il apporterait sa contribution à la prévention des conflits de toutes sortes". Ou encore, dans la Litteraturnaya Gazeta du 24 mai 1972 : "Il faut savoir faire parler ses subordonnés. Un travailleur silencieux représente toujours une égnime et un sujet difficile pour la direction. Mais il n'est pas moins important d'arrêter à temps un subordonné qui parle plus qu'il ne faut". cratie n'invente rien en ce domaine. moigne une fois de plus de l'incapacité où elle mes centraux auxquels elle est confrontée : la méfiance et la résistance de plus en plus nettes de la classe ouvrière face à un système qui lui apparait comme totalement étranger, en dépit de toutes les déclarations officielles. Le mécontentement des jeunes La presse soviétique se fait l'écho de plus en plus fréquemment, ces dernières années, du mécontentement croissant des jeunes par rapport aux perspectives qui leur la société, en particulier au niveau de leur travail. Ce phénomène est lié à la fin de l'extrême mobilité sociale verticale qui a caractérisé grad

Les flics et les psychologues à l'usine, la bureause trouve aujourd'hui de résoudre un des problèsont offertes par

Réalisation des plans des jeunes désireux de poursuivre leurs études

(1) Selon le niveau de revenu des parents :

Niveau de revenu familial (par tête)

Travaillent

17.6

- de 50 roubles mois

50 à 70 roubles/mois

15.5

70 à 90 roubles/mois

14.7

5.1

+ de 90 roubles mois d'un revenu inférieur à 50 roubles par tête et par mois.

(2) Selon le niveau culturel des parents :

Poursuite des études (parents) Travaillent jusqu'à bème classe

41.2

Tème classe

33.6

21.2 moyenne supérieure

9 dans tous les secteurs était considérable.

-- sont considérablement réduites.

ce sujet : celui du pourcentage des jeunes ayant terminé l'école à l'université ou dans

1951 en % du total

72% directement dans la production à la fin de de leurs études secondaires.

Ce phénomène a en particulier une conséde moins en moins nouvelles dans res.

des jeunes, comme en témoignent les deux tableaux suivants:

Réalisation des plans

Travaillent et étudient

17.6

13.9

14

6.1

N. B. - Une enquête sur 10. 000 familles ouvrières de Léninen 1963 a montré que 40% de ces familles disposent

Réalisation des plans

Etudient

Travaillent et étudient

27.8

31

13.3

53.1

65

13.8

81.6

9.4

Source : Social'nye problemy truda i proizvodstva, 1969, p. 53 les premières décennies du régime soviétique, où le besoin de cadres à tous les niveaux et

Aujourd'hui, les chances de promotion sociale -- de la campagne vers l'industrie, de la classe ouvrière vers la couche des cadres, etc.

Un chiffre est particulièrement significatif à secondaire qui entrent des instituts analogues :

1965

1958

13%

29%

En 1966, 1.2 million de jeunes sont entrés quence importante : la classe ouvrière s'accroit du fait de l'afflux de couches ses rangs et comprend un toujours plus grand nombre d'ouvriers héréditai-

En fait, il existe une corrélation assez nette entre la situation sociale des parents et la réalisation des aspirations professionnelles

Etudient

65.4

70.6

71.3

88.8

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Différentes enquêtes locales ont montré que la grande majorité des jeunes qui entraient dans la production avant la fin de leurs études étaient issus de familles ouvrières ou kolkhoziennes ayant un faible niveau de revenu. Un deuxième point de tension se situe dans la discordance très nette entre le niveau de formation générale des jeunes entrant dans la production (une grande partie de ceux-ci ont terminé l'école secondaire; et la formation professionnelle qui leur est donnée : actuellement environ 90% des jeunes travailleurs sont formés directement sur le tas, dans les entreprises en un laps de temps très court, à un niveau purement pratique et utilitaire. Cela explique le mécontentement des jeunes ouvriers à l'égard de leur situation professionnelle qui se traduit par une mobilité spontanée particulièrement importante et la moins grande docilité des jeunes ouvriers dont se plaignent toujours plus fréquemment les directeurs d'entreprises qui ne veulent pas comprendre que ceux-ci semblent de moins en moins prêts à accepter le rôle de simple !'objet de la planification" qu'on veut leur faire jouer. En effet, comme le disait un bureaucrate quelque peu cynique : "On ne peut rendre les gens heureux en décidant sans eux, pour eux. Ce qui est important, ce n'est pas seulement ce qui est planifié, mais aussi qui planifie. Et le premier dépend largement du second. Il est urgent de se mettre d'accord pour savoir si le collectif de l'entreprise n'est qu'un objet de la planification ou s'il n'est pas aussi le sujet de la planification' (6). On peut espérer que la classe ouvrière soviétique apportera un jour une réponse claire à ce bureaucrate anxieux. L'application de réformes en URSS était sujette à de nombreuses oscillations. C'est que la marge de manoeuvre des bureaucrates est étroite. D'un côté, même s'ils sont obtus, ils (6) Déclaration du premier secrétaire du Parti à Tambov, citée dans Novyj mir, 5, 1972, p. 197 avec les premiers numeros d'inprecor, testtemps de le renouveler! notez les nouveaux tarifs: le prix du numéro passe à 3ff, 3fs,30fb NOTEZ NOTRE NOUVELLE ADRESSE : 76 rue antoine dansaert 1000 bruxelles, belgiquene sont pas sans savoir qu'un processus reformiste faisant boule de neige dans le sens de la restauration du capitalisme détruirait leurs privilèges de caste, car seule une partie minoritaire d'entre eux serait à même de se transformer en "managers capitalistes". D'autre part, les bureaucrates ont tout lieu de craindre une réaction ouvrière violente en cas d'attaque frontale contre les acquis de la classe ouvrière (rythme de travail, sécurité de l'emploi, etc.). Mais ces hésitations sont aussi dues à la position charnière de l'URSS par rapport aux autres pays bureaucratisés. Si une des autres bureaucraties crée une dynamique socio-politique dangereuse ou s'engage trop loin dans la voie des réformes, l'URSS doit toujours être à même d'assumer ses "responsabilités internationales" en envoyant ses tanks. La stabilité qui lui est donc nécessaire ne peut être obtenue que par une plus grande puis -sance au niveau de la politique intérieure. Néanmoins, il est difficile de certifier que les réformes seront toujours condamnées à la faillite. La question est politiquement importante, car de la réponse que nous lui apportons découle le cadre probable dans lequel aura lieu l'activisation et la politisation de la classe ouvrière : dans la lutte contre toute la bureaucratie et ses privilèges, ou bien dans une lutte contre le processus de restauration capitaliste et l'aile de la bureaucratie qui pourrait en être le moteur. La réponse ne peut pas être simpliste. Les éléments qui poussent la bureaucratie à se poser le problème de la réforme économique découlent des caractéristiques générales de la période stalinienne, c'est-à-dire de la crise générale et du déclin du régime bureaucra-

La bureaucratie, du fait du ralentissement de la croissance économique et de la bureaucratisation toujours plus grande de l'économie sera sans doute périodiquement poussée dans la voie des réformes. Toutefois, les raisons que nous avons évoquées bloqueront probablement, tout aussi périodiquement, ces efforts de réformes.

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