Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

QUEBEC

Les manifestations du 1er Mai

Inprecor (première série) n° 26, 22 mai 1975 · p. 32, 31 · 869 mots

Syndicalisme

Editeur responsable : René Groslamabert. 34 rue Nothomb, 1040 Bruxelles

LES

Sur le continent nord-américain, le Québec est le seul pays où le ler Mai est marqué par des manifestations massives de la classe ouvrière. Pour la troisième année consécutive les centrales syndicales québécoises appelaient à organiser d'importantes manifestations dans les rues. En effet, ce n'est qu'en mai 1973 que les travailleurs québécois rejoignaient le mouvement ouvrier mondial en fêtant le ler Mai jusqu'alors identifié comme fête "communiste". Cette année-là, le but des manifestations était clair : libérer les chefs des trois centrales syndicales emprisonnés par le gouvernement Bourassa à la suite de la grève générale de mai 1972. Peu après cette manifestation le gouvernement québécois libérait les chefs syndicaux emprisonnés. L'année suivante, le mouvement ouvrier se lança dans la bataille de l'indexation (échelle mobile des salaires), ce fut le thème de la mobilisation du ler Mai 1974. Là, ce fut une semi-défaite pour la classe ouvrière; rares furent les conventions collectives qui compensaient la hausse du coût de la vie pour les travailleurs. Cette année, à la suite d'accident particulièrement spectaculaires dans des entreprises chimiques et métallurgiques, dans la construction et surtout à cause de la grève des mineurs de l'amiante luttant pour de meilleures conditions d'hygiène au travail, les directions syndicales décidèrent d'appeler à manifester le ler Mai 1975 sur le thème de la sécurité au travail. A l'occasion de ce ler Mai de nombreux ouvriers ont rejoint leurs camarades déjà en grève comme les débardeurs, les postiers et les mineurs de l'amiante. A Montreal de nombreux débrayages eurent lieu dans lindustrie du carton, certains hôpitaux et entreprises métallurgiques. Les étudiants et professeurs de plusieurs CEGEPS ( Collèges d'Enseignement Général et Professionnel) et écoles secondaires abandonnèrent leurs cours pour se joindre à la

MANIFESTATIONS

DU ler MAI

AU QUEBEC

manifestation centrale après avoir sillonné la ville. En dehors de Montreal, la mobilisation a aussi été importante. Dans la région de Joliette, 15.000 travailleurs avaient quitté leurs entreprises ou leurs bureaux. A Québec, 2.000 ouvriers des chantiers maritines de Lauzon; à Trois-Rivières, 1.000 ouvriers du textile de l'usine Wabasso; à Thetford, les mineurs de l'amiante ont marqué, soit par des débrayages, soit par des manifestations de rue la fête internationale des travailleurs, Ce renouveau printanier des mobilisations ouvrières coincida avec l'apparition de nouveaux fronts communs régionaux intersyndicaux entre la Fédération des Travailleurs du Québec (FTQ), la Confédération des Syndicats Nationaux (CSN) et la Centrale de l'Enseignement du Québec (CEQ) en particulier à Sainte Thérèse, Joliette et Trois La manifestation centrale à Montréal réunit plus de 15. 000 personnes depuis le parc Molson jusqu'au centre Paul Sauvé dans l'Est de la ville, où une assemblée intersyndicale clôturait la manifestation . Malgré la faible mobilisation des directions syndicales, de nombreux contingents ouvriers étaient présents : les débardeurs en grève illégale du port de Montréal, les postiers, les gars de la United Aircraft (usine de moteurs d'avion en grève depuis décembre 1973), les employés des autobus et du métro, les ouvriers du Sud-Ouest autour des grévistes de l'usine Coleco... Pour la première fois un contingent autonome de plusieurs centaines de femmes apparut dans la manifestation à l'appel de 14 organisations dont le Conseil du Travail de Montréal, FTQ, la CEQ et le Groupe Marxiste Révolutionnaire ( organisation sympathisante de la IVeme Internationale au Québec). structuré et militant constitua un pôle d'attraction pour de nombreuses femmes qui connais -sent un processus de politisation rapide. Ceci est le fruit du développement, depuis quelques mois, d'un mouvement autonome des femmes, facteur nouveau sur le champ politique au Québec.

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suite de la page 32 Un autre fait important fut l'ampleur de la mobilisatior des groupes d'extrême-gauche. Les principaux contingents étaient constitués par les groupes maoistes "En Lutte", PCC (m-1) et Mouvement Révolutionnaire des Etudiants du Québec (MREQ), ainsi que par le Groupe Marxiste Révolutionnaire. On notait également la présence de la LSO (Ligue Socialiste Ouvrière, autre organisation sympathisante de la IVeme Internationale) du PC et de divers groupes immigrés (haltiens, chiliens, espagnols...). L'assemblée au centre Paul Sauvé, où près de 10. 000 manifestants se retrouvèrent, salua par une minute de silence les martyrs de la révolution vietnamienne. Cependant, mal organisée par les dirigeants syndicaux, l'assemblée dégénéra vite en foire et les perspectives concrètes de lutte se perdirent dans des flots de bierre. Si les centrales ouvrières FTQ et CSN faisaient de la sécurité au travail le thème central du ler Mai, la CEQ, centrale enseignante, en profitait pour publier et diffuser à plusieurs milliers d'exemplaires son "manuel du ler Mai", destiné à transformer les cours traditionnels en dénonciation de l'école capitaliste. Le thème était : "Pour une journée au service de la classe ouvrière". Le contenu de ce "manuel" fut violemment dénoncé par le ministre de l'Education, François Cloutier, les associations réactionnaires de parents et le leader nationaliste du Parti Québécois, René Levesque. Tous accusaient la CEQ de "manipuler les consciences enfantines". Dans leur ensemble, les manifestations ouvrières du ler Mai au Québec ont démontré que le prolétariat québécois se situe à l'avant-garde des luttes en Amérique du Nord. la solidarité internationaliste des révolutionnaires nord-américains sera en mesure d'éviter l'isolement de la révolution québécoise et permettra d'en propager les acquis à travers l'ensemble du continent.

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