Environ 60. 000 travailleurs participèrent à une manifestation pour l'emploi le 26 avril à Washington. Les manifestants parcoururent environ 3 km du Capitole au Stade Kennedy où le rassemblement avait lieu. La manifestation était organisée par un groupe de syndicats de la région de New York, en particulier par la Fédération des employés municipaux et fédéraux. Elle était soutenue par le Département des Syndicats industriels de l'AFL-CIO (voir INPRECOR N° 23, 10 avril 1975). Plus de la moitié des manifestants étaient des travailleurs de New York et de sa banlieue, la section District 37 de la Fédération des employés municipaux et fédéraux formant le plus grand contingent. D'autres contingents importants étaient formés par le Syndicat international des Electriciens, la section District 1199 des Employés des Hôpitaux de la ville de New York, la section District 65 du syndicat des employés des secteurs de distribution, la Fédération des Enseignants, le syndicat des travailleurs de l'habillement, le lilleurs
'emploi
syndicat des travailleurs de l'automobile, et le syndicat de la sidérurgie. Au moins la moitié des manifestants étaient des femmes, ce qui reflète le rôle accru des femmes dans le mouvement ouvrier américain. Un tiers des participants étaient des noirs, le secteur de la population active qui est le plus durement frappé par le chômage. (Le chômage parmi les noirs est d'environ 20%; parmi les jeunes noirs de plus de 30%). Une déclaration de l'AFL-CIO distribuée durant le rassemblement présentait le "programme" de la bureaucratie syndicale pour affronter la dégradation du niveau de vie de la classe ouvrière américaine : plein emploi grâce au développement des travaux publics, développement du transport de masse, "véritable" réforme fiscale, baisse des taux d'intérêts, et un programme de sécurité sociale national; cette déclaration comprenait également la revendication chauvine d'une restriction des "'importations de bas salaires", faisant référence à l'importation de biens de consommation très bon marché, en provenance d'Asie principalement.
Cependant, de nombreux manifestants mirent en avant des mots d'ordre plus militants, autour du thème d'un 'emploi pour chacun". Le Parti socialiste porto-ricain (Puerto Rican Socialist Party), une organisation d'extrême-gauche existant à Porto-Rico et aux EtatsUnis, portait des banderoles dénonçant les attaques contre les "immigrants illégaux". Certains syndicats, en particulier le District 37 du syndicat des employés des secteurs de distribution et la section 1199 du syndicat des travailleurs des hôpitaux, portaient des banderoles condamnant l'aide américaine au gouvernement Thieu qui était encore en place au moment de la manifestation. Seuls des bureaucrates syndicaux et des dignitaires du Parti démocrate purent prendre la parole au rassemblement, ce qui ne fut pas particulièrement apprécié par de nombreux manifestants. Le président se fit largement siffler quand il présenta le criminel de guerre Hubert Humphrey, vice-président de Lyndon Johnson, comme un "ami des travailleurs". En fait Humphrey n'arriva pas à parler. Avant qu'il soit présenté dès jeunes manifestants se dirigèrent vers la tribune. Des centaines de personnes marchèrent bientôt vers la tribune, sifflant les orateurs. Le rassemblement se termina alors en pleine confusion et fut dissous par les bureaucrates syndicaux. Il avait duré moins d'une heure. La désorganisation du rassemblement reflétait à la fois les aspects positifs et négatifs de cette action. La participation massive, la composition majoritairement prolétarienne (avec une très forte représentation de noirs et de femmes), et l'attitude déterminée des manifestants marquent un grand pas en avant pour le mouvement ouvrier dans son ensemble. La manifes -tation du 26 avril était la première action politique anti-gouvernementale organisée au niveau national par les syndicats depuis des décades. Elle représente donc un début de tournant dans la situation politique américaine, un début d'action ouvrière au-delà du niveau de l'usine, pour défendre le niveau de vie. D'un autre côté, le caractère droitier du programme officiel et la composition de la liste des orateurs reflétaient l'incapacité actuelle et l'absence de volonté de la bureaucratie syndicale américaine de développer ses propres instruments politiques et de défendre véritablement les intérêts de la classe ouvrière. Ce rassemblement fut organisé par des sections de la bureaucratie essentiellement à cause de la colère qui se développe à la base face à la récession actuelle, colère qui fait lourdement pression sur la bureaucratie syndicale. L'inaction des directions syndicales américaines face à l'attaque qui se développe contre le niveau de vie des travailleurs est unique dans la majorité des pays impérialistes. Certains secteurs de la bureaucratie craignent maintenant une riposte spontanée de la base qui pourrait échapper à son contrôle et des menaces potentielles contre ses positions et ses privilèges, qui dépendent en partie du fait que les travailleurs voient dans syndicats des instruments utiles pour les défendre. Ce sentiment n'est cependant pas du tout unanime. George Meany, le président de l'AFL-CIO, qui se vante de n'avoir jamais participé à un piquet de grève dans ses 80 ans d'existence, fut invité à parler au rassemblement mais refusa. Le 26 avril représente un début de riposte organisée de la classe ouvrière face à la récession aux Etats-Unis. Ce rassemblement a montré les possibilités d'une action bien plus large, et il ne fait aucun doute que des actions futures de ce type seront encore plus difficiles à contrôler par la bureaucratie syndicale.