Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

VIETNAM

« Révolution permanente » au Vietnam

· Inprecor (première série) n° 26, 22 mai 1975 · p. 3-9 · 4 134 mots

Indochine France

PIERRE ROUSSET Au Sud-Vietnam, comme au Cambodge, une lutte de libération nationale vient de triom -pher. Elle aura d0 mobiliser les énergies de toute une population pour vaincre un ennemi infiniment plus fort matériellement, Mais le Vietnamien ou le Cambodgien qui se levait dans la résistance anti-américaine, c'était aussi un paysan, un ouvrier, un intellectuel... Pour faire face à l'agression impérialiste la lutte devint "guerre du peuple" et par là même "guerre de classe". Libération nationale et révolution sociale seront étroitement liées La terre à ceux qui la travaillent! C'est dans les campagnes, qui regroupaient à l'origine de la guerre près de 90% de la population et où étaient situées les zones libérées, que les transformations sociales réalisées dans le cours de la lutte auront été le plus profondes. Il est très difficile de faire un tableau d'ensemble de l'état actuel de la question agraire au Sud-Vietnam, car elle varie de région en région. On peut néanmoins saisir l'ampleur économique, sociale et politique de la réforme opérée. Il faut pour cela revenir sur les conditions des soulèvements paysans des années 1958-60. Le Sud du Vietnam (le Nam Bo) était dominé par la grande propriété foncière. 80% des terres avant la révolution d'août 1945 y étaient données en fermage aux métayers, qui devaient verser 50% de leur récolte aux propriétaires. Dans le centre du Vietnam (le Trung Bo) la propriété était plus morcelée, exigue, mais l'exploitation des paysans sans terre (30% de l'ensemble) ou des paysans pauvres (65% avaient moins d'un demi-hectare) était féroce. En 1954, le Vietminh réalisa une importante réforme agraire dans les zones libérées : 650. 000 hectares de terres de propriétaires fonciers furent distribués (sur 2. 3 millions au vietnam en Indochine. L'avenir de ce processus révolutionnaire n'était pas inéluctablement le socialisme, L'Algérie, notamment, le rappelle, qui connut aussi cette dynamique e: qui n'a pas vu se briser les rapports de production capitalistes. Mais l'analyse des bouleversements sociaux déjà opérés au Vietnam. ou en cours, comme des mesures politiques prises par le GR.P met en évidence l'actualité de la transcroissance socialiste de la révolution. au total), plus des terres communales. Les taux de fermage, eux, furent abaissés à 10/ 15%. Surtout, au village, les paysans travailleurs supplantèrent l'influence des notables et de très nombreuses terres furent défrichées. Or, en 1955-56 et 1956-58, Diem, mis au pouvoir par les français et les américains, lança sa "réforme agraire" et tenta de revenir sur les acquis de la première résistance. "Pour le paysans sud-vietnamien, le régime US-Diem signifiait le retour à l'ancien régime abhorré qui menaçait ses terres" (Vu Can, "Etudes Vietnamiennes"' N°18/19, p. 79, édition de Hanol 1968). Cette politique agraire "contre-révolutionnaire" au sens le plus stricte du terme provoqua les premiers soulèvements villageois. La seconde résistance commença dans les campagnes comme une lutte de classe contre le retour du propriétaire. La terre sera l'enjeu permanent de la guerre américaine et de la guerre révolutionnaire. A la fin 1965, le Front National de Libération avait distribué 1. 650. 000 hectares de terres cultivées. Dans les zones libérées le taux de fermage tomba à 5%. A la fin de 1968, ce sont plus de 2 millions d'hectares qui furent distribués, soit 80% des terres cultivées

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(1). Après les Accords de Paris, cette distribution continua, avec 155.260 hectares pour 1973. "La quasi-totalité des propriétaires se sont enfuis dans les villes, avec la distribution des terres par le FNL, la liquidation des féodaux terriens en tant que classe ... est chose faite. •L'administration rurale réactionnaire est disloquée". (Citations et chiffres de Nguyen Xuan Lai, "Le Courrier du Vietnam'', mars 1975, p. 24/25). L'impérialisme américain comprit vite le danger que ces réformes là faisaient encourir à sa domination. Il décidait de promouvoir une "contre-politique" agraire. Thieu déclara à la conférence de Midway en juin 1969 que : "la réforme agraire constitue la tâche centrale de l'Etat; l'existence de la nation en dépend". Cette réforme agraire de Thieu avait pour objectif essentiel la formation d'une "nouvelle couche paysanne - - les paysans riches -- (qui devra servir) de base sociale... au régime" (idem p. 26). Certes, officiellement, elle limitait la surface des propriétés, mais elle n'en était pas moins une aubaine pour les grands propriétaires fonciers ! En effet, "la presque totalité d'entre eux vivent dans les villes, sous la protection de l'armée, leurs terres (ayant) été expropriées lors de la réforme agraire du FNL" (idem p. 27). Ils reçurent, pour des terres qu'ils ne possédaient plus, le prix de vente et l'indemnisation qui devaient leur permettre de s'intégrer plus avant à la bourgeoisie compradore saigonnaise. Le régime favorisa ses hommes-liges en leur donnant des propriétés reconquises sur les paysans et chercha à en faire des paysans capitalistes. Cette "révolution verte' à la mode sud-vietnamienne sera mise en échec par les efforts du GRP, comme par la crise économique qui secoua les zones sous contrôle fantoche après janvier 1973 (voir INPRECOR N°0, du ler mai 1974). Certes, la socialisation de l'agriculture, réalisée dans les années 1956-59 au Nord, n'a pas eu lieu dans l'ensemble du Sud-Vietnam. Mais on juge une réforme agraire à ses conséquences sociales et politiques : la levée paysanne aura liquidé une classe anciennement dominante, celles des grands propriétaires. Puis elle aura battu en brèche une politique

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l'actualité de la réunification

manifeste l'actualité de la

transcroissance socialiste de la

révolution au sud-vietnam

agraire qui visait à introduire le capitalisme dans l'agriculture en s'appuyant sur la formation d'une classe de paysans capitalistes. Pour ce faire, le paysan travailleur a dû mettre en place une administration révolutionnaire dans les villages et engager un processus de collectivisation du travail: formation d' "équipes d'entre-aide", de "groupes de production", etc. ;

plantation, ouvrages hydrauliques; certaines terres seront propriété collective ou mises en coopératives.

La révolution sud-vietnamienne, après 1954, aura approfondi et élargi les mesures qui ont préludé au Nord à la socialisation de l'agriculture. Seul le caractère radical de cette réforme agraire permet de comprendre comment le paysan vietnamien s'est accroché à sa terre, malgré les bombardements et les ratissages, comment il a pu (avec l'aide du

Cambodge et de la République Démocratique du Vietnam) nourrir le Front, comment malgré les dévastations terribles dues à l'escalade US, un an après les Accords de Paris de 1973, la zone libérée produisait un surplus de riz!

La révolution urbaine L'impérialisme avait réussi à maintenir sa domination jusqu'à la fin sur les principales villes du Sud-Vietnam. La révolution urbaine accusait de ce fait un profond retard par rapport à celle que vivait les campagnes libérées. Mais la libération des villes_ aura brutalement bouleversé cette situation. Un double processus, corollaire, s'est développé : l'effondrement du pouvoir bourgeois et l'émergence du mouvement révolutionnaire L'ampleur de l'effondrement de la bourgeoisie vietnamienne répond à sa faiblesse organique. Le colonialisme français avait interdit la formation d'une véritable bourgeoisie nationale

L'impérialisme américain n'aura pas investi et industrialisé le pays : les capitaux français sont restés dominants, L'économie du régime salgonnais manifestait son déséquilibre au lendemain de la signature des Accords de Paris : c'était la crise (voir Inprecor, N°O, du ler mai 1974). La bourgeoisie vietnamienne était restée essentiellement compradore, c'était bien souvent une lumpen-bourgeoisie vivant de la corruption, du trafic, de la contrebande, des prébandes de la guerre américaine. L'ampleur des "profits"' ainsi réalisés est énorme. Selon Tristan Sarong : "l'an passé, le chef de la province de Tay-Ninh devait, pour conserver son poste, payer chaque mois la coquette somme de 100 millions de piastres (environ (environ 600.000 FF) au chef de la IIIème Région militaire qui compte 9 provinces . Cela donne un aperçu de cette "économie parallèle'..." (Le Monde du 9 avril 1975). Le poids des petites et moyennes entreprises à capitaux vietnamiens pesait fort peu face à cela ! La perte de la propriété foncière avait accentué ce caractère dépendant de l'économie salgonnaise. Avec la destruction de l'appareil administratif et militaire fantoche et l'effondrement de la domination néo-coloniale, la bourgeoisie vietnamienne perd non seulement ses instruments de pouvoir mais aussi le gros de ses moyens d'accumulation de caCe brutal déracinement de la bourgeoisie est d'autant plus radical que la libération des villes du Sud-Vietnam ne s'est pas limitée à une conquête militaire. Avant, pendant et après cette libération de profonds clivages sociaux sont apparus, prolongeant les années de luttes urbaines antérieures, Prenons l'exemple de Da Nang, deuxième ville, en chiffre de population, Deux jours avant sa libération, un journaliste du New York Times décrivait en ces termes la situation : "Ceux qui craignent le plus les communistes tout proches sont ceux qui sont ici à l'aéroport, Ce sont les familles des officiers de l'armée, les hommes d'affaires et les commerçants les plus

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VIETNAM prospères, les catholiques romains du Nord-Vietnam qui vinrent au Sud en 1954... La majorité du reste de la population semble être contente de rester... le marché alimentaire de la ville fonctionne normalement... les pauvres semblent avoir l'intention de continuer à vivre comme d'habitude, indépendamment de l'arrivée imminente des communistes" (International Herald Tribune du 28. 3.1975). C'est le caractère de classe de la guerre américaine et de la résistance vietnamienne qui apparatt dans cette description. L'agence de presse du FNL, Giai Phong, relâétapes de la libération de Da Nang : "Juste avant la libération, près de 5000 soldats de Thieu du centre d'entrainement de Hoa Cam se sont mutinés et sont passés du côté de la révolution... La veille du 29, les forces d'auto-défense et la population de plusieurs quartiers se sont soulevées. Le lendemain, jour de libération totale de la ville, des milliers d'habitants ont mis à sac le consulat américain. Les gens avaient sorti les drapeaux rouges et bleux du FNL. Les principales artères de la ville étaient remplies par une foule extrêmement dense : c'était les réfugiés "forcés" qui revenaient" (Giai Phong, citée par le quotidien français Libération du 3 avril 1975). De même à Salgon : "A côté de ce que la radio appelle les "unités réguliè res de l'armée de libération"', il y a les ces armées sur place", c'est-à-dire les hommes des réseaux clandestins qui sont sortis de l'ombre, sans uniforme bien défini. Des femmes sont parmi eux!' (Jean de la Guérivière, Le Monde du 13 mai 1975). Décomposition de l'appareil fantoche, mutineries et ralliements dans l'armée salgonnaise, avance des forces du GRP, actions de milices urbaines clandestines, mouvements populaires insurrectionnels, manifestations de masse, retour des réfugiés chassés par la peur des combats... C'est tout cela la libération de la seconde ville du Sud-Vietnam. Une action révolutionnaire, et non essentiellement militaire, d'où surgit une nouvelle administraDepuis, un double processus s'est affirmé : la destruction systématique de l'ancien appareil d'Etat néo-colonial et la prise de contrõle des services, d'entreprises, de la vie urbaine par le GRP, des comités ouvriers, les organisations de masse. Le premier des "dix commandements" du GRP édictés dès avant la libération de Salgon stipulait: "il faut abolir l'ancien système, ses lois et ses règlements; dissoudre tous les partis réactionnaires et autres organisations politiques au service de l'impérialisme et des fantoches" (Le Figaro, 5/6 avril 1975). Ce "commandement'' aura été appliqué avec constance; la fin du régime salgonnais confirme, s'il en était besoin, la volonté du GRP de ne laisser planer aucun doute à ce sujet. Le refus ultime de toute négociation, même formelle; l'investissement du palais présidentiel par les chars de l'Armée de Libération, illustrent cette décision, de même que le récit de la reddition du général Minh rapporté par la presse nord-vietnamienne : " Dans l'attente de l'arrivée du représentant officiel du pouvoir révolutionnaire, Minh dit à un de nos officiers : "Depuis ce matin nous sommes impatients de vous voir arriver pour la cérémonie de passation". L'officier réplique : "La totalité du pouvoir, de bas en haut, c'est la révolution qui le recouvre par ses offensives et ses soulèvements. L'armée et l'administration se sont totalement effondrées. On ne peut pas transmettre ce qui vous échappe des mains. Vous devez vous rendre sur le champ" (quotidien de l'armée nord-vietnamienne, Quan Doi Nhan Dan, cité par Le Monde du 4-5/5/75). Des "comités administratifs militaires" ont provisoirement été mis en place pour gérer les grandes villes en attendant la formation des "comités populaires révolutionnaires" dans les quartiers et les secteurs urbains. Le GRP a pris le contrôle des services et saisi les biens "ennemis" (du gouvernement US)

"Les moyens de production sont propriétés du peuple'' a déclaré radio Giai Phong (Libération). Il ne semble pas que des mesures de nationalisations proprement dites aient été prises et les étrangers sont invités à rester... s'ils "respectent les nouvelles lois révolutionnaires et les coutumes du pays". Mais les banques ont été fermées pour éviter la fuite des capitaux et nombre d'entreprises abandonnées par leurs patrons en fuite ont été remises en marche sous le contrôle des travailleurs. Un film tourné par Roger Pic à Da Nang, environ un mois après sa libération, montrait la réunion d'un meeting d'ouvriers et d'ouvrières à l'appel du GRP, la formation d'un "comité ouvrier'' de contrôle de la marche de l'usine et des techniciens avec l'aide de cadres du GRP. C'est bel et bien à un processus général de contrôle ouvrier que l'on assiste actuellement dans les villes du Sud-Vietnam. Les milices urbaines, ouvrières et étudiantes, protègent services et entreprises contre d'éventuels sabotages. La gestion des hôpitaux est bouleversée, dorénavant les déshérités sont pris en charge gratuitement, le pauvre ne paiera que sa nourriture et le riche paiera tout. Un ample mouvement de discussion spontanée est décrit par les journalistes dans les quartiers, les universités, les entreprises. Les nouveaux cadres de l'administration révolutionnaire, dans le quartier ou le village, sont des habitants de la localité, sortant de la clandestinité ou du maquis. Le Figaro signale la tenue de véritables tribunaux populaires de masse pour juger publiquement les pillards ( 12 mai 1975).

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Salgon retrouve son identité nationale que l'impérialisme américain avait tenté de détruire et de corrompre. Les lieux "de plaisir" qu'il avait multipliés sont fermés. La ville est nettoyée. La tenue vestimentaire change. A ce sujet, le nouveau quotidien Sai-Gon - Giai Phong (Salgon Libération) écrit : "Le choix de la couleur des vêtements, de la longueur des cheveux et de l'épaisseur des vermis à ongles relève de la liberté individuelle. Ce -pendant nous vivons dans une ville libérée. Nous devons nous débarasser des vestiges de l'impérialisme américain, de tout... ce qui a fait de nous un peuple déraciné' (Le Monde du 13 mai 1975). Dans le film de Roger Pic, un cadre du FNL déclare à des étudiants qu' "'il vaut mieux avoir des pantalons à larges pattes d'éléphant que des idées étroites". «Concorde nationale»? Malgré ces bouleversements, le GRP continue à parler de "concorde nationale. L'un de ses représentants à Paris nous l'expliquait ainsi lors d'une réunion impromptue tenue avec des militants du mouvement de solidarité internationale le jour de la libération de Salgon : Ce sont plusieurs millions de personnes qui ont collaboré à un titre ou à un autre à l'entreprise américaine, dans l'armée fantoche, dans l'administration saigonnaise, organisées dans des communautés catholiques ou des sectes religieuses anti-communistes. "La vengeance est un sentiment très humain", mais "chasser le collaborateur" risquerait de diviser dangereusement la population. "Le peuple vietnamien a acquis, à travers ses souffrances et ses luttes une maturité politique telle que nous pouvons lui faire comprendre que des représailles ne manqueraient pas de créer de nouvelles divisions parmi nous, donc de faire le jeu de l'ennemi. C'est pourquoi nous sommes sûrs d'être en mesure de promouvoir une véritable politique de réconciliation nationale. Mais si les ex-collaborateurs du régime fantoche continuent à faire le mal après avoir reçu le pardon de notre peuple, alors ils seront châtiés ! ". Bien sûr, le thème constant chez les révolutionnaires vietnamiens de la concorde nationale pose un problème de fond, celui de la nature politique du régime qui nait de la révolution sociale. Il a par exemple servi, en RDV, à maintenir dans le Front de la Patrie des prétendus partis bourgeois... qui ont voté en bon ordre la socialisation ! De façon générale, ce thème illustre une adaptation programmatique du Parti communiste vietnamien à l'héritage politique de la Illeme Internationale stalinisée des années 30, à l'arriération économique de l'Indochine -- aggravée par les dommages de guerre --, aux déformations bureaucratiques conséquentes de l'Etat ouvrier nord-vietnamien. Il continue à limiter la conception qu'a le PCV de la place des structures de type "soviétique" dans l'Etat ouvrier. Mais la politique du GRP témoigne de ce que la politique de "concorde nationale" ne vise pas à constituer un nouvel Etat bourgeois au Vietnam du Sud. C'était hier les dénonciations de l'opposition urbaine catholique de droite (voir INPRECOR N° 10 et 18 des 17 octobre 74 et 31 janvier 75). Ce fut le refus de négocier la reddition du général Minh et de son régime. C'est aujourd'hui la destruction de l'Etat néocolonial. Une politique différenciée a été adoptée à l'égard de l'ancienne armée fantoche. dat était immédiatement remis en liberté après sa reddition. L'officier se retrouvait parfois dans un "camp de rééducation" comme à Da Nang. Des "personnalités" de droite seront peut-être associées ultérieurement au gouvernement révolutionnaire. Mais l'essentiel des nouveaux postes de responsabilité (telle la direction des milices urbaines) sont donnés à des cadres éprouvés et notamment aux anciens prisonniers politiques parmi lesquels on trouve les meilleurs cadres du mouvement urbain et dont la vie a été sauvée. Le rôle dirigeant du Parti communiste avait toujours été souligné dans les textes du Nord. Pour la première fois il est réaffirmé solennellement par le GRP, lors du meeting de victoire à Salgon, qui a regroupé plus d'un million de personnes. C'est le général Tran Van Tra (qui serait membre du PC sepuis 1940) qui rappelait le passé de lutte du peuple de Salgon avant et "après la fondation de notre parti, durant les 40 ans de l'histoire de notre parti, des grands mouvements révolutionnaires conduits sous la direction du parti" (cité par l'Humanité du 8 mai 1975). Et l'un des douze mots d'ordre de la fête de la victoire prévue pour les 15, 16 et 17 mai dans tout le pays est "Vive le marxisme-léninisme!" Du Nord au Sud! Mais c'est le processus en cours de réunification du Vietnam qui indique le plus clairement la nature du processus révolutionnaire actuel. "C'est la révolution socialiste au Nord qui donne à la révolution nationale et démocratique du Sud son orientation historique" déclarait Pham Van Dong - - le premier ministre de la RDV -- en décembre 1972, à la veille de la signature des Accords de Paris ("'La Nouvelle Critique" revue du PC français, N° 59). L'unité du Vietnam s'affirmait hier dans la lutte, elle se confirme aujourd'hui dans la victoire. Le général Tran Van Tra, président du Comité d'administration de Salgon,n'a-t-il pas affirmé le 15 mai : "Nous saluons avec chaleur cette journée qui marque la grande réunion de notre peuple. La division du pays n'existe plus"?

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VIETNAM L'aide de la RDV au Sud prenait un caractère nouveau dès la libération des villes du centre

"... Tout pour le Sud! C'est le nouveau slogan au Vietnam du Nord' écrivait alors le journaliste français Decornoy. "Les Hanolens étaient venus écouter des chanteurs et des chanteuses... "Des amateurs" commente un Vietnamien. Il ajoute : "Et pour cause... toutes les troupes professionnelles sont parties vers le Sud"'. Hanol se vide : de fonctionnaires, de professeurs, de médecins, de cadres divers " (Le Monde du 26 avril 1975). Un temps, le Dong, monnaie du Nord, deviendra même monnaie forte au Sud, avant que le GRP ne préfère maintenir la piastre ! "La RDV s'est littéralement saignée à blanc en l'espace d'un mois' note ultérieurement le correspondant de l'Agence France Presse. "Avec ces départs précipités, l'administration nord-vietnamienne n'est plus que le fantôme d'elle-même... C'est sur le plan économique que l'effort principal sera fait... un peu partout, des complexes industriels ou des petites unités de production s'affirment solidaires du Sud et prêts à l'aider" (Le Monde du 9 mai 1975). Bien sûr, la réunification demandera du temps pour être parachevée. Elle réclame harmo• nisation politique et sociale. Mais elle est à l'oeuvre. Et un cadre du Nord faisait remarquer à Decornoy qu'il ne fallait pas "penser en termes de psychotérapie individuelle. Il ne s'agit pas de reprendre un par un les cas de sudistes qui ont vécu pendant longtemps dans mouvance américaine, qui ont été influencés par ce genre de vie. Ce qui compte c'est l'élan révolutionnaire général dans lequel ces gens sont pris" (Le Monde du 25 avril 1975). Corrélativement le Nord voit son régime politique influencé par les succès de la révolution au Sud : "Ainsi commence-t-on à discerner dans la vie quotidienne un léger désir de libéralisation au Nord... Le but est d'arriver à mettre au même diapason les deux Vietnams... Les responsables de la révolution vont devoir compter avec les aspirations de tous ceux qui, au Nord comme au Sud, ont fourni un gros effort de guerre..." (correspondant de l'AFP, Le Monde du 9.5. 1975). Bien sûr, les déformations bureaucratiques de la révolution vietnamienne sont trop enracinées dans la situation objective et l'adaptation programmatique du PCV à celle-ci est trop profonde pour disparattre ainsi. Mais l'actualité de la réunification manifeste l'actualité de la transcroissance socialiste de la révolution au Sud-Vietnam comme les ressorts du processus révolutionnaire dans l'ensemble du pays. Vietnam uni et socialiste! La réforme agraire au Sud-Vietnam aura été l'une des plus radicales -- sinon la plus radicale -- opérée dans le cours d'une lutte de libération nationale. La lutte pour le contrôle des villes et pour briser la domination impérialiste aura aussi été l'une des plus âpres. La socialisation de l'économie ne s'est pour -tant pas encore réalisée. Derrière ce paradoxe apparent se trouve la confirmation des thèses essentielles de la "révolution permanente" défendues des décennies entières par les militants trotskystes à l'encontre des déformations staliniennes du marxisme. Pays rural et colonial, le Vietnam aura vu sa révolution commencer au nom des tâches résolues longtemps avant par la révolution démocra• tique bourgeoise en Europe occidentale et en Amérique du Nord : la réforme agraire et l'indépendance nationale. Mais "placés devant l'alternative "perdre ses rizières" ou "perdre sa patrie", la majorité des propriétaires fonciers avaient choisi la seconde option" (Nguyen Khac Vien, Expériences vietnamiennes, p. 87). Mais la bourgeoisie vietnamienne était "économiquement faible et, sur le plan politique, réformiste et conciliatrice à l'égard de l'impérialisme. C'est pourquoi (elle) ne pouvait diriger la révolution nationale démocratique"(Le Duan, Sur Quelques Problèmes Internationaux Actuels, Editions Hanol, 1964, p. 70). "La révolution de libération nationale, bien que nationale et démocratique dans son contenu ne rentre plus dans le cadre de la révolution bourgeoise, mais devient partie intégrante de la révolution prolétarienne et de la dictature du prolétariat à l'échelle mondiale" (Le Duan, En avant sous le Glorieux Drapeau de la Révolution d'Octobre, Hanol 1970, p. 25.26). A l'époque de l'impérialisme, seul le prolétariat peut réellement reprendre à son compte les mots d'ordre d' 'indépendance nationale" et de "réforme agraire"', mais, ce faisant, il jette les bases de la fondation d'un Etat ouvrier et engage la transcroissance socialiste de la révolution. C'est ce qui se passe aujourd'hui au Vietnam: il n'y aura ni Etat bourgeois, ni nouvelle révolution entre la libération de Salgon et la réunification d'un Vietnam uni et socialiste Cette rencontre entre les thèses de la "révolution permanente"' et les leçons de la révolution indochinoise, par delà les profondes divergences d'origine et d'orientation qui nous différencient des communistes vietnamiens, est la manifestation la plus éclatante de l'actualité de la révolution socialiste mondiale. Les révolution laotienne et cambodgienne ont suivi des voies qui leur étaient propres (voir INPRECOR N° 3 et 13 des 4/7/74 et 28/11/74) Mais elles sont engagées aujourd'hui dans un même processus. La consolidation du nouvel Etat ouvrier sud-vietnamien, sa réunifi-

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cation complète avec le Nord, posera bien des difficultés et des problèmes nouveaux. Les modifications qu'apportera cette victoire de la révolution indochinoise dans la situation mondiale - - et notamment dans le Sud-est asiatique -- seront très profondes. INPRECOR reviendra sur ces questions dans ces prochains numéros. Mais c'est la première victoire d'une révolution socialiste depuis celle de Cuba qu'il faut tout d'abord saluer. 13 mai 1975 ARGENTINE

FRENTE UNCO CLASISTAN

(1) Avant la révolution d'août 1945 la propriété foncière se répartissait ainsi : (en millions d'hectares) terres des propriétaires locaux, des colons français, des communautés religieuses : 2.3; terres communales : 0. 255; terres appartenant aux paysans : 1 (soit 28. 6% du total). L'ensemble couvrait 3. 5 millions d'hectares dont 3 millions dans le seul Nam Bo (l'ex-Cochinchine française), le Trung Bo (centre Vietnam) étant monta-

La surface cultivée a ultérieurement varié notablement du fait de la guerre et des réformes. (source : Nguyen Xuan Lal, Courrier du Vietnam, mars 1975, p. 24).

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