Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

La récession et les perspectives de l'économie internationale capitaliste

· Inprecor (première série) n° 27-28, 5 juin 1975 · p. 3-17 · 10 412 mots

Économie mondiale Japon et Corée Allemagne France

l'économie capitaliste la récession

La récession généralisée de l'économie capitaliste internationale, qui avait commencé au début de l'automne 1974, n'a cessé de s'amplifier depuis lors. Au milieu du printemps 1975, elle règne dans l'ensemble des pays impérialistes. La récession et son mouvement cumulatif ont surpris les experts, avant tout les experts internationaux (1). Ainsi, en juin 1974, l'OCDE prévoyait encore pour le premier semestre de 1975 une croissance universelle des grandes puissances impérialistes (2). En fait, on peut aujourd'hui affirmer avec certitude qu'aucune de ces grandes puissances ne connattra une croissance quelconque pendant cette période. Et vu l'ampleur de la récession au cours des premiers mois de 1975, il est peu probable qu'il y ait une croissance pour l'ensemble de l'année, même au cas où la reprise se produirait à partir du troisième trimestre, éventualité qui est d'ailleurs improbable pour la plupart des pays impérialistes. En fait, la récession a été dès ses débuts plus forte qu'elle ne fut enregistrée par les statistiques courantes. En mars 1975, l'OCDE donnait les chiffres suivants pour les réductions de la production industrielle au cours du fème trimestre de 1974, chiffres nettement plus élevés que ceux qui furent publiés à la fin de 1974 :

? et les perpectives de mondiale

ERNEST MANDEL

Réduction de la production industrielle du tème trimestre 1974 par rapport au tri - mestre précédent:

3%

Etats-Unis

1.5%

Canada

5%

Japon

6. 5%

France

7.5%

Italie

3%

Allemagne occidentale

2.5%

Grande-Bretagne

3.5%

Ensemble de l'OCDE

La récession s'amplifie

Pendant tout le premier trimestre de 1975, la récession internationale s'est amplifiée par mouvement cumulatif, et ce, d'après un schéma classique, qui confirme qu'il s'agit bel et bien d'une crise classique de surproduction,

Ayant fini par frapper toutes les branches industrielles, la récession a provoqué tout d'abord une réduction prononcée des commandes et ce, pour deux raisons : d'abord parce que toutes les entreprises capitalistes ont voulu réduire leurs stocks, vu les conditions de mévente; ensuite, parce qu'elles ont limité et révisé (quelquefois de manière radicale) leurs projets d'investissements, vu la capacité de

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production excédentaire qui marque l'ensemble de l'industrie. La réduction prononcée des commandes a provoqué une réduction de l'emploi. ge massif (tant le chômage complet que le chômage partiel) a réduit le pouvoir d'achat des consommateurs, malgré les diverses mesures d'aide sociale qui ont limité mais non supprimé ces pertes de pouvoir d'achat. De là une chute des ventes des biens de consommation (surtout des biens de consommation durables), ce qui a joué dans le sens d'accentuer le stockage, donc de réduire de nouveau les commandes, donc de réduire de nouveau la production courante. Cette réduction en spirale des commandes et de la production industrielle a entrainé à son tour un effondrement des cours de toutes les matières premières, y compris de ceux des

La combinaison de la chute de la production industrielle dans tous les pays impérialistes et de la chute du cours des matières premières a entramné une diminution du volume du commerce mondial, pour la première fois depuis la deuxième guerre mondiale. Cette diminution des exportations s'est jointe à la contraction de la demande intérieure pour amplifier à son tour la réduction de la production courante, de l'emploi et des revenus. De ce fait, la chute de la production industrielle et le nombre des chômeurs ont largement dépassé, en mai 1975, le niveau atteint en décembre 1974 Réduction de la production industrielle au premier trimestre 1975 par rapport au premier trimestre 1974:

Etats-Unis - 12.1% Allemagne fédérale 8. 5% Japon - 16.0% France - 9.0% Italie - 12% Grande-Bretagne 5.4% (°) Canada - 4.0% (°) Par rapport au trimestre précédant l'introduction de la semaine de trois jours par le cabinet Heath contre la grève des mineurs en janvier 1974.

Les chiffres de chômage officiels fin mai 1975 font état d'un nombre de plus de 16 millions de chômeurs complets dans les pays impérialistes :

8.2 millions de chômeurs aux Etats-Unis 1.3 million de chômeurs au Japon 1.1 million de chômeurs en Allemagne fédérale 1.3 million de chômeurs en Italie 0.9 million de chômeurs en France 0.9 million de chômeurs en GrandeBretagne 1.0 million chômeurs au Canada et en Australie ensemble 1.4 millions de chômeurs pour les petites puissances impérialistes d'Europe. Encore ces chiffres n'incluent-ils pas les chömeurs partiels et comportent-ils de fortes sous-évaluations, notamment en Espagne (le chiffre réel du chômage complet dans ce pays dépasse sans doute les 600.000, à la place des 300.000 officiellement enregistrés). L'effet cumulatif de la récession 'nationale", et de la contraction du commerce international, a déjoué les projets de relance "sage'' notamment en Allemagne fédérale et en France. Au même moment où les gouvernements de ces pays ont commencé à accroftre la demande intérieure de manière modérée, la chute des exportations et des commandes étrangères a neutralisé les effets de la politique anti-crise, du moins à court terme. L'ampleur de la récession doit se mesurer non seulement à la chute de la production courante, mais encore à l'accroissement spectaculaire de la capacité de production nonutilisée. Celle-ci atteindrait actuellement, s'il faut en croire les hebdomadaires The Economist et Business Week, quelque 8 à 10% en Allemagne fédérale et en Italie, quelque 15% au Japon et pas moins de 33.5% aux Etats-Unis. Sauf en ce qui concerne l'Allemagne fédérale et le Japon, l'inflation ne s'est guère ralentie à long terme, malgré l'ampleur de la surproduction. Ceci résulte nettement des chiffres que voici :

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LES CAUSES

FONDAMENTALE

Taux d'augmentation des prix à la consommation

1973

Allemagne féd.

+

+

Belgique

+ • 6.2%

+

France

7.3%

+ 10.8%

Grande-Bretagne

+ 9.1%

Japon

Sans doute ces chiffres ne rendent-ils pas entièrement compte du ralentissement du mouvement d'inflation en 1975, par rapport aux "pointes" de l'inflation au cours des premiers mois de 1974.

Mais, par compensation, il faut prendre en considération que la poursuite de l'inflation à un rythme presqu'égal ou supérieur à celui de l'an dernier coincide avec une accumulation et une tentative de liquidation exceptionnelle de stocks invendus de marchandises et avec une baisse spectaculaire des cours des matières premières:

Indice de l' Economist des prix des matières premières

(en dollars, le 19 mai 1975, par rapport à mi-mai 1974)

Toutes les matières premières

Produits alimentaires dont : fibres métaux ler trim. 75

1974 par rapport ler trim. 74

6.9%

+ 6.0%

+

7.0%

+ 15.3%

7.0%

+ 12.7%

+ 11.

0%

+ 11.4%

+ 13.7%

+ 14,2%

+ 19.1%

+ 23.5%

1%

+ 19.9%

+ 16.

+ 19.1% + 21.9% + 10.0%

- 18.0%

- 11.0%

Matières premières industrielles - 33.2%

- 18.7%

- 40.1% - rables) qui, selon une technique dorénavant dues baisse (3). vernements, banques centrales et systèmes Le rétrécissement du commerce mondial pays impérialistes importants, semble bien être devenu un fait dès le premier trimestre de chiffres globaux, Ainsi, pour la France, elles passent de mestre de 1974 à 57.8 milliards de francs au tions ont de nouveau baissé de 1,3% par rapau cours du premier trimestre 1975 par rapport au dernier trimestre de 1974 doit être de l'ordre de 4%. tations baissèrent de 9.4 milliards de dollars en janvier 1975 à 8.9 milliards en février; 8.78 milliards en mars et 8, 72 mil-

DE LA RECESSION

N'ONT PAS :

ETE

ELIMINEES

Si, dans ces conditions le coût de la vie continue à augmenter de manière prononcée, il faut bien souligner à ce propos la responsabilité des monopoles spécialisés dans les produits à large consommation (aussi bien non durables que dubien connue, augmentent les prix par marchandise lorsque le nombre de marchandises ven-

Il faut y ajouter que les goubancaires privés leur permettent d'agir ainsi en amplifiant sans cesse la masse monétaire, avant tout la masse de la monnaie scripturale. Le rétrécissement du commerce mondial, qui n'avait pas coincidé avec le début de la récession, mais qu'on pouvait prévoir dès lors que celle-ci apparut comme généralisée à tous les 1975. Bien que nous ne disposions pas encore

Oil apparait que les exportations de presque tous les pays sont en baisse. 59.8 milliards de francs pour le quatrième tripremier trimestre 1975; en avril, les exportaport à mars. En RFA la chute des exportations

Aux Etats-Unis les exporliards en avril 1975. En Suisse, la baisse est

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de plus de 13% par rapport au dernier trimestre de 1974 et de 7.2% par rapport au premier trimestre de 1974. Ce n'est qu'au Japon que les exportations continuent à s'étendre (dont 50% vont maintenant aux pays semi-coloniaux). Mais en avril 1975, les exportations japonaises ne dépassèrent celles d'avril 1974 que de 10.4% en valeur, ce qui est moins que la hausse des prix. Et les commandes étrangères sont déjà inférieures en valeur à celles de l'an dernier (Japan Times, 23 avril 1975). Le rétrécissement du commerce international résulte essentiellement de trois mouve -ments :

Oil est un effet direct de la récession, dans la mesure où la chute de la production et de l'emploi réduisent la demande pour des matières premières, machines et biens de consommation importés; - il est un effet indirect de la récession, dans la mesure où les pays exportateurs, (surtout des pays exportateurs de matières premières en dehors du pétrole) voient leurs ressources en devises brutalement coupées par la chute et du volume et des prix des exportations, et se voient ainsi forcés de réduire leurs importations. - il est le produit d'une politique délibérée de réductions des importations (c'est-à-dire d'un retour partiel au nationalisme économique et au protectionnisme à peine déguisé) surtout de la part des grandes puissances impérialistes en butte à de forts déficits de la balance des paiements pendant le premier semestre de l'année 1974. Cette politique a été largement couronnée de succès. Le Japon, dont le déficit de la balance commerciale se situe au premier trimestre 1974 au niveau annuel de près de dix milliards de dollars, (13. 5 milliards de dollars pour la période mars 1973/74), avait complètement résorbé ce déficit au premier trimestre de 1975; sa balance commerciale était même redevenue excédentaire (surplus de 4 milliards de dollars pour la période mars 1974 - mars 1975). La même remarque s'applique aux Etats-Unis, dont le déficit, de l'ordre annuel de 8 milliards de dollars au troisième trimestre de 1974 (déficit total : 5.7 milliards de dollars en 1974) s'est transformé en un excédent de 1.3 milliards au premier trimestre de 1975. L' Italie a réussi à réduire de 75% le déficit de sa balance commerciale et, même pour la Grande-Bretagne, la situation a connu une amélioration très nette, la balance commerciale s'améliorant de 7 milliards de dollars de l'automne 1974 au printemps de 1975. En France, le déficit de la balance commerciale de 2 milliards de francs en mars 1974 s'est transformé en un excédent de 0.62 milliards en mars 1975. Ce succès a été obtenu à l'aide de restrictions d'importations de toutes sortes, ainsi que de modifications de taux de change qui favorisent les exportations et défavorisent les importations (le cas le plus prononcé est celui de la livre sterling, qui a "flotté" de façon à perdre 25% par rapport au "réalignement" des monnaies de décembre 1971). Dans ce "zero sum game" il faut évidemment des "perdants". Ce sont essentiellement quelques pays impérialistes plus petits (dont la Suisse, l'Espagne, le Danemark, la Suède et le Portugal, etc.) et les pays semi-coloniaux, y compris d'ailleurs les pays exportateurs de pétrole. Car le bilan des relations commerciales entre ces derniers et les pays impérialistes s'est dramatiquement modifié. Alors qu'on évalua d'abord le surplus commercial des pays exportateurs de pétrole pour 1974 comme devant dépasser de 80 milliards de dollars l'excédent de 1973, ce chiffre doit maintenant être révisé vers le bas; il se peut qu'il n'ait été en fin de compte que de 60 milliards. Et surtout : au cours du premier trimestre de 1975, il s'est rapidement réduit, sous l'effet combiné de la baisse des ventes mondiales de pétrole et de la hausse spectaculaire des importations des pays producteurs de pétrole, hausse qui, selon d'aucuns, aurait été de l'ordre de 75% après avoir déjà été de l'ordre de 70% en 1974. Nous reviendrons plus loin sur ce qu'implique ce renversement de tenLa position des quatre principaux pays impérialistes sur le marché mondial ne subit pas de grands changements. Pour l'ensemble de l'année 1974, les USA occupent la première place avec 98.5 milliards de dollars, suivis par l'Allemagne occidentale avec 90 milliards , le Japon avec 55.5 milliards de dollars et la France avec environ 50 milliards de dollars. Mais les USA conservent cette position parce que le dollar a été dévalué de 40% par rapport au mark allemand, ce qui a de nouveau rendu compétitives de nombreuses marchandises américaines. Et malgré cet énorme avantage, leur position a été battue en brèche pendant le dernier trimestre de 1974 et au début de 1975. Le renflouement monétaire et la reprise Surpris par l'ampleur de la récession, les dirigeants des principaux pays impérialistes ont décidé de prendre des mesures de relance monétaire, c'est-à-dire de supprimer les mesures les plus dures de restrictions de crédit et de ralentissement de croissance de la masse monétaire prises au cours des années 1973-74, dans le cadre de la "lutte contre l'inflation". Ce qui frappe cependant dans ces mesures de "relance", c'est leur caractère timide, sauf aux Etats-Unis. Et même aux Etats-Unis, où la reprise économique est préparée par un déficit budgétaire colossal de l'ordre de 70 à 80 milliards de dollars pour l'année fiscale juillet 1975 - juin 1976, les autorités du Federal Reserve System sont atta-

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quées par divers critiques pour leur prétendue "modération", les partisans d'une relance plus énergique réclamant une expansion de la masse monétaire de l'ordre de 9-10% par an, à la place des 5 à 7.5% admis par l'équipe autour de Arthur F. Burns (4). La modération et l'hésitation des mesures de relance s'expliquent évidemment par des craintes de stimuler une fois de plus l'inflation, à un moment où celle-ci est déjà beaucoup plus forte que lors des récessions précédentes. Il se confirme ainsi que le capitalisme contemporain est incapable d'échapper au dilemme : récession aggravée ou inflation aggravée, l'inflation aggravée précipitant d'ailleurs à la longue des récessions encore plus graves. Le problème se complique du fait de la concurrence internationale inter-impérialiste. Cer -tes, aussi longtemps que persiste le système des changes flottants, l'aggravation de l'inflation interne n'implique plus automatiquement une détérioration de la position compétitive sur le marché mondial. Elle peut même avoir l'effet opposé. C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles une partie des puissances impérialistes considèrent le système des changes flottants comme un moyen de concurrence à proscrire. Cependant, un taux d'inflation considérablement plus ample dans un pays impérialiste que chez ses concurrents continue à entrainer des conséquences économiques défavorables, même s'il ne menace plus directement les exportations. En gonflant la demande interne il gonfle les importations, d'ailleurs accrues automatiquement par la même baisse du taux de change de la devise nationale qui protège les exportations contre les effets de l'inflation. De ce fait, l'inflation continue à stimuler le déficit de la balance des paiements, donc la dépendance des crédits internationaux, donc l'affaiblissement de la position compétitive globale de la puissance impérialiste en question. Un taux d'inflation plus élevé que chez le concurrent ne constituerait une stratégie de concurrence inter-impérialiste valable qu'en cas de réduction brutale simultanée de la consommation intérieure, c'est-à-dire de modification radicale de répartition du revenu national aux dépens des travailleurs et en faveur des investissements productifs (assurés largement par des ressources internes). Pareille situation ne se présente aujourd'hui dans aucune des principales puissances impérialistes. De là la timidité des mesures de relance, sauf aux Etats-Unis où, précisément, le taux d'inflation a pu baisser notamment du fait des pertes de pouvoir d'achat subies par la classe ouvrière. Mais "relance timide" signifie tout de même "relance". Vu la coincidence des mesures de relance dans tous les grands pays impérialistes, il est peu probable que la récession continuera à s'amplifier pour le reste de l'année et au début de l'année prochaine. Logiquement, la reprise modérée qui se manifeste déjà au Japon, et la possibilité d'une reprise aux Etats-Unis dans les mois à venir devraient permettre de prévoir la fin du mouvement des -cendant de la production, de l'emploi et des revenus à un moment déterminé soit du quatrième trimestre 1975, soit du premier trimestre 1976. Les responsables de la politique économique des pays impérialistes, soit par application de la méthode Coué, soit par ignorance, continuent à présenter les choses comme si les mesures d'expansion monétaire et de crédit entrament automatiquement une reprise de la production industrielle . Ils tablent par ailleurs sur l'effet dit "technique" des fluctuations de stocks. Après une phase de "déstockage" (de réduction radicale des stocks), les commerçants et industriels doivent, à partir d'un certain moment, les accroftre de nouveau, même pour conserver le niveau réduit d'activité présente. Cela entrainerait un accroissement des commandes, donc de l'emploi, donc des revenus, donc de la production, Or, pendant le premier trimestre de 1975, les stocks aux USA avaient diminué au rythme annuel • de 18 milliards de dollars, alors qu'ils avaient augmenté au même rythme pendant le trimestre précédent, donc le nouveau retournement ne peut être loin... Dans tous ces raisonnements néo-keynésiens, il y a plus de manipulation d'aggrégats indifférenciés, abus que nous avions déjà mis en lumière à de nombreuses reprises (5), La seule conclusion à tirer d'une politique de stimulation vigoureuse de la demande par amplification de la masse monétaire, c'est qu'elle arrêtera à coup sûr la chute de la demande de biens de consommation. Quand le gouvernement distribue des milliards de dollars supplémentaires aux consommateurs, le volume des ventes courantes pourra difficilement baisser. Toute autre conclusion reste cependant à démontrer. Il n'est pas certain que les ventes augmenteront dans la même proportion que les revenus des consommateurs, notamment parce que la peur du chômage peut amener une partie des travailleurs et de la petite-bourgeoisie à augmenter leur épargne immédiate, en vue de colmater une forte réduction des revenus courants escomptée. En fait le Shadow Open Market Committee escompte une augmentation de l'épargne des ménages de 76.7 milliards de dollars en 1974 à 80 milliards de dollars en 1975 (Neue Zürcher Zeitung, 29/30 mars 1975). L'accroissement du châmage peut également entrainer une chute plus que proportionnelle des ventes à tempérament, qu'un allègement des conditions de crédit pourrait bien ne pas compenser. Ainsi, une partie de la masse monétaire ac-

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"les travailleurs restent les crue peut simplement gonfler les dépôts bancaires (ou ralentir leur circulation) sans augmenter le volume des ventes de marchandises, donc sans stimuler une reprise de la production. D'autre part, l'amplification de la masse monétaire et des subsides divers aux entreprises capitalistes n'entrame nullement un effet automatique de relance sur les investissements productifs. Pour que les capitalistes utilisent les facilités amplifiées de crédit mises à leur disposition, il faut qu'ils escomptent un élar -gissement du marché et une hausse du taux de profit. Ils n'augmentent pas la production pour le seul plaisir de l'augmenter. Ils l'augmentent pour maintenir ou augmenter leurs profits. Cela réclame avant tout que la production accrue soit vendue et qu'elle le soit dans des conditions qui permettent de sortir de la chute des profits qui caractérise toute phase de ré -cession. Les profits bruts (avant impôts) de toutes les sociétés américaines par action descendirent d'un niveau annuel de 155 milliards de dollars pendant le 3ème trimestre de 1974 au niveau de 135 milliards de dollars pendant le 4ème trimestre et quelque 100 milliards de dollars pendant le premier trimestre. 1975. Pour les bénéfices nets (après impôts) la chute est de 95 à 70 milliards de dollars, c'est-à-dire plus de 25%. Les marges bénéficiaires nettes par chiffre d'affaires (ventes globales) sont descendues continuellement de 6% pendant le dernier trimestre de 1973 à 5.8% au début de 1974, 5.5% au troisième trimestre de 1974, 4.7% au quatrième trimestre et 4.2% au premier trimesprincipales victimes* tre de 1975, d'après les calculs de Business Week. D'après les séries statistiques du Conference Board, ces marges auraient baissé , pour les sociétés non-financières, du niveau de 20-22% dans la période 1959-66 à 12% pendant la récession de 1970-71, pour remonter vers 15% dans la période 1972-73, puis retomber à 11-12% au début de 1975. Pour le Japon, pendant l'année fiscale 1974-75 qui se termine le 31 mars 1975, il y a chute de 35.5% des bénéfices bruts et de 20.9% des bénéfices nets chez les principales 174 sociétés par actions du pays. Dans l'industrie manufacturière, les profits tombèrent de 56%, dans les autres secteurs de 19.3% seulement (Japan Times, 4 mai 1975). Or, le rétablissement du taux de profit n'est guère automatique au cours d'une récession. Il est donc parfaitement possible que malgré les facilités de crédits plus amples, une chute du taux d'escompte et des taux d'intérêt, un accroissement de la masse monétaire, le volume des crédits aux entreprises continue à diminuer, non pas parce que l'offre de capital-argent diminue mais parce que la demande de ces capitaux fait défaut. En fait, le 7 mai 1975, le volume total du crédit bancaire aux entreprises américaines était, avec 128, 6 milliards de dollars, plus bas qu'au début d'avril (129.4 milliards), qu'au début de mars (129.7 milliards), qu'au début de février (129.6 milliards) et qu'au début de janvier 1975 (132. 8 milliards de dollars), et ce, malgré toutes les mesures de relance déjà prises. Finalement, il faut tenir compte des incidences

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de la contraction des exportations. La politique de relance modérée du cabinet Helmut Schmidt en République fédérale allemande a jusqu'ici échoué , précisément parce qu'une reprise modeste des ventes sur le marché intérieur a été plus que compensée par un recul des exportations et surtout des commandes venues de l'étranger qui ont diminué de 7.5% au cours du premier trimestre 1975. Dans ces conditions le moment de la reprise est retardé jusqu'à ce que l'effet combiné de la relance de la demande interne dans les principaux pays impérialistes (avant tout aux EtatsUnis, au Japon et en RFA) permette d'arrêter le recul des exportations.

La reprise et «l'accident possible»

Si la reprise vers la fin de 1975 ou le début 1976 reste la perspective la plus probable, les experts bourgeois la placent dans le cadre de deux perspectives à moyen terme radicalement différentes. Pour les uns - - dont la rédaction de l'hebdomadaire britannique The Economist - - l'ampleur de la récession implique un "boom' (plus ou moins inflationniste d'ailleurs) d'une ampleur compensatrice plus ou moins équivalente. Ainsi dans le numéro du 12 avril 1975, cet hebdomadaire s'attend à une expansion rapide ( au rythme de 5.5% par an ou plus) dans les pays impérialistes dès la fin 1976 et en 1977, qui accroftrait le taux d'inflation de 5 à 10% partout et qui provoquerait une récession encore plus grave en 1978 ou 1979. Pour les autres -- dont plusieurs experts bourgeois aux Etats-Unis -- il n'est pas certain du tout que la reprise modérée à laquelle on assistera sans doute vers la fin 1975, au début 1976, se transformera automatiquement en "boom". Elle pourrait en effet se trouver "cassée" dès le milieu de l'année prochaine, soit par la poursuite de la réduction des importations, soit par un grave accident politique ou bancaire qui étranglerait la "confiance" (une panique bancaire, une nouvelle guerre au Moyen-Orient, une nouvelle hausse substantielle du prix du pétrole, une crise révolutionnaire dans la péninsule ibérique, etc.), soit par une combinaison de tous ces facteurs. Entre ces deux variantes, la majorité de la bourgeoisie internationale semble avoir opté pour la première, ainsi qu'il ressort clairement de la hausse universelle des cours des actions en Bourse dans tous les principaux pays impérialistes, qui a succédé à la chute brutale des cours en 1974 :

Indices des cours des actions en Bourse

Niveau le plus Niveau du bas de 1975 20-21 mai 75 New York 632 830.5 Londres 146 355.9 Tokyo 268.2 331.5 Paris 51.7 68.6 Allemagne féd. 573.5 688.5 Milan 86.0 97.4 Amsterdam 85.8 105.0 Toronto 159.4 186.1 Bruxelles 89.1 111.7 Stockholm 310.6 371.7 24 mai 1975, The Economist Cela ne veut évidemment pas dire que cette "majorité bourgeoise" ne puisse se tromper, ni que cette anticipation boursière, théoriquement "correcte" disons pour 1977, ne puisse être déjouée par le fameux "accident"' en En matière d'accidents, c'est surtout la panique bancaire qu'on redoute actuellement aux EtatsUnis. La publication du livre d'un observateur conservateur, Martin Mayer, a impressionné les milieux d'affaires aux Etats-Unis (6). Mayer y a décrit les techniques électroniques qui ont facilité l'essor d'activités bancaires plus "agressives" depuis le début des années 60, qui se sont traduites par l'emploi massif de dépôts à court terme pour financer des prêts à long terme, et par une expansion de plus en plus rapide du volume de crédits, dont une masse croissante de crédits à recouvrement douteux ou de nature spéculative. Bien sür la solvabilité globale des banques dépend de la Banque centrale aux USA, le Federal Reserve System. Mayer souligne le dilemme auquel la Banque centrale est confrontée. Elle ne peut refuser suffisamment de crédits aux banques pour que celles-ci assainissent leur propre système de prêts, parce qu'une telle pression risque de provoquer un effondrement et une panique bancaires. Mais sans une telle pression, les banques privées risquent de ne pas corriger leur politique aventuriste. Et il conclut : "Il y a des milliards de dollars de pertes potentielles de prêts dans le système et on se rapproche de plus en plus d'une explosion. La structure bancaire qui se construit actuellement peut s'effondrer; plus l'appareil régulateur lui permettra de croftre, plus catastrophique sera l'effondrement". Il y a quelques signes d'un retour du système bancaire américain à des pratiques plus conser -vatrices. Mais surtout en cas de reprise, la pression des entreprises s'exercera de nouveau en sens inverse. Ainsi, des deux scénarios, le "pessimiste" qui

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ne croit pas au "boom" de 1977, et l'"optimiste" qui y croit, aucun n'est confiant quant à l'avenir du système au-delà du "'moyen terme". Ceux qui croient au "boom" imminent, le voient déboucher sur une récession encore plus grave que celle de 1974-75. Ceux qui n'y croient pas prévoient une stagnation prolongée. Dans les deux cas, l'ampleur même du problème à résoudre -- Jacques Attali parle de 1 000 milliards de dollars à injecter dans l'économie capitaliste internationale en l'espace de 5 ans, pour arrêter de façon durable les effets de la récession (Le Monde, 21 mars 1975) -- aura c une nation a des effets inflationnistes évidents. Quant au rôle frein de la croissance qu'une inflation à nouveau accélérée jouerait de nouveau à moyen terme, tous les observateurs l'admettent. La situation des branches Un jugement sur les effets à plus long terme de la récession actuelle doit tout d'abord examiner la situation des principales branches industrielles, le degré de capacité excédentaire, de surproduction, qui les caractérise, ainsi que le mouvement cyclique particulier qui leur est propre : - Industrie_automobile : cette branche fut, en -semble avec celle de la construction, le véritable "détonateur' de la récession actuelle, comme elle avait été, avec l'industrie du bâtiment et des électro-ménagers le principal support de la phase d'expansion précédente. L'ampleur de la réduction de production y varie de 25 à 35% pour les principaux pays capitalistes producteurs sauf au Japon (- 7%). Même l'industrie automobile brésilienne qui connut encore une expansion de sa production de 17.5% en 1974, alors que celle de l'Argentine diminua de 10%, s'attend à une stagnation en 1975 (Financial Times, 27 mai 1975). On peut évaluer la capacité de production excédentaire à l'échelle mondiale comme étant de l'ordre de 20 à 25% aujourd'hui. Dans ces conditions, la poursuite d'une expansion du type de celle des années 50 et 60 dans ce secteur semble exclue (7). - Industrie de la construction : ensemble avec l'industrie automobile et dans certains pays plus même que l'industrie automobile), c'est la branche la plus frappée par la récession actuelle, notamment par suite de la politique de restrictions de crédit universellement appliquée en 1973-74, qui se combine avec une hausse vertigineuse des prix des matériaux et des terrains (effets de la spéculation produite par l'inflation) et avec une chute des revenus des ménages disponibles pour ce genre de dépenses en période de récession. Aux Etats-Unis, le nombre des débuts de constructions nouvelles a diminué de près de la moitié : d'un niveau annuel de 1 880 000 en février 1974 à 997 000 en février et mars 1975 et à 990 000 en avril 1975. Ces chiffres doivent être comparés au niveau record de 2, 5 millions de débuts de constructions nouvelles (au rythme annuel) vers le commencement de l'année 1973. Une reprise ramenant vers ce niveau est également improbable. Les optimistes prévoient tout au plus de 1,6 à 1, 7 million de nouvelles constructions en 1976. Au Japon et en Europe capitaliste, où la pénurie de logements est plus prononcée dans certains pays comme la Grande-Bretagne, l'Italie, la France, l'Espagne, les perspectives à plus long terme pourraient être meilleures. Mais l'inflation accélérée doit nécessairement exercer une pression dans le sens de la hausse des taux d'intérêt dès la reprise, ainsi que d'une politique de crédits plus restrictive, ce qui rend peu probable un nouveau "boom" de la construction - Industrie des appareils électro-ménagers : fortement couplée à celle du bâtiment, l'industrie des appareils électro-ménagers a connu une véritable dépression, de la même ampleur que celle de l'industrie automobile. vier 1975 les ventes de cette branche aux EtatsUnis étaient inférieures de 39% à celles de janvier 1974. Pour l'ensemble de l'année 1974, la chute avait été de 13.4% par rapport à l'année 1973. Les fabricants et commerçants sont plus optimistes pour le deuxième semestre de 1975 et s'attendent à une chute globale des ventes pour l'ensemble de l'année 1975, qui serait seulement de l'ordre de 4% par rapport au chiffre de 1974. Mais la révision vers le bas des perspectives de la construction rendent ces chiffres probablement trop optimistes. Il est difficile de juger le degré de capacité excédentaire à long terme dans ce secteur. caractérisé à la fois par la saturation croissante du marché des "vieux produits", une innovation technologique qui se poursuit et des difficultés appréciables à "susciter" de nouveaux besoins. Cependant, vu son "couplage" avec la construction, il sera difficile de réatteindre de sitôt les niveaux records de 1972 et 1973 à l'échelle mondiale. Une forte expansion des investissements dans ce secteur semble donc peu probable. - Industrie textile : Elle fut également frappée par la récession dans une proportion plus que moyenne, bien que de manière différenciée. La crise dans l'industrie textile est particulièrement grave en Europe occidentale, au Japon et au Brésil. On signale ainsi qu'en GrandeBretagne, sur 830 000 travailleurs occupés dans cette branche, 150 000 étaient en chômage partiel vers la mi-mars, et que ce chiffre pourrait s'élever à 250 000 quelques mois plus tard. Au Brésil, où la production (tissus et vêtements en fibres naturelles et synthétiques conjointes) avait augmenté de 750 000 à 1, 1 millions de tonnes entre 1970 et 1974, avec une expansion des exportations de 300 000 en 1970

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à 500 000 tonnes en 1974, les exportations ont connu pendant le premier trimestre 1975 une chute de plus de 50% par rapport à leur niveau du premier trimestre 1974. Quelque 5% de la main d'oeuvre textile furent licenciés et les investissements réduits des deux-tiers. Les deux plus grands trusts japonais du textile ne travaillèrent plus qu'à 60% de leur capacité au premier trimestre 1975. Dans cette branche d'industrie aussi, il ne peut être question d'une expansion des investissements globaux à long terme et d'une part croissante des exportations (ou de la production) mondiales. Tout au contraire, la part des dépenses tendra à diminuer ou , dans le meilleur des cas, à se stabiliser. Les investissements seront surtout des investissements de rationalisation, les progrès de certains pays surtout des progrès de substitution (compensés par des chutes des exportations ou même de la production d'autres pays). - Industrie pétrochimique : Pour ce secteur, particulièrement marqué par l'existence d'un "cycle propre" probablement quadriennal, le passage d'une situation de pénurie relative (provoquée surtout par le stockage spéculatif entrainé par la hausse du prix du pétrole) à une situation de surproduction et d'effondrement des prix a été particulièrement rapide au cours de l'année 1974. Le prix de filés en polyester tomba de 1, 3 dollars par livre à 0,86 par livre. C'est aux mois de janvier et février 1975 que les restrictions de production et de vente semblent avoir été les plus fortes. Depuis lors, le déstockage a produit une certaine reprise ; le prix des filés en polyester est remonté à 1, 05 dollars la livre. Les capitalistes de la branche espèrent une reprise réelle pendant le second semestre de 1975. Pourtant les perspectives à plus long terme restent incertaines. Plusieurs projets de construction de nouvelles usines japonaises sont retardés sinon supprimés. - Industrie chimique en général : Il faut différencier ici entre plusieurs sous-secteurs. L'expansion de l'industrie pharmaceutique est appelée à se maintenir, sauf bouleversements politiques et sociaux (la manière particulièrement scandaleuse dont cette industrie profite des systèmes de sécurité sociale dans les pays impérialistes et dont elle surfait les prix dans les pays semi-coloniaux la rend particulièrement vulnérable à des interventions étatiques réclamées par l'opinion ouvrière, même réformiste, et "libérale", y compris la revendication de nationalisation). Par contre, l'industrie des engrais chimiques, dont on aurait pu supposer qu'elle profiterait d'un effort soutenu, à l'échelle mondiale, pour accroftre les rendements de la production agricole, est tombée dans une situation de capacité excédentaire potentielle. Au cours de la phase de pénurie de 1973-74, les prix "explosèrent", doublant pratiquement pour les superphosphates et les nitrates. Bien que les ventes continuent à augmenter. fat-ce à un rythme ralenti (quelque 3/ 4% de juillet 74 à juillet 75 pour l'industrie américaine),les prix commencent dustrie américaine), les prix commencent à diminuer au niveau du commerce. La récolte exceptionnelle aux USA provoquera une chute des prix agricoles et des revenus des fermiers qui réduirait leurs achats d'engrais en 1976. Il s'agit également d'un secteur dont la demande future, en expansion rapide dans les pays semi-coloniaux aura tendance à être satisfaite de manière croissante par de nouvelles entreprises établies dans les pays producteurs de pétrole. - Industrie sidérurgique : Le "boom" sidérurgique a pris fin dans la deuxième moitié de l'année 1974. L'industrie sidérurgique, de même que l'industrie pétrochimique et que l'industrie textile, a connu au cours des dernières décennies un cycle propre qui ne coincide pas entièrement avec celui de l'industrie et de l'emploi pris dans leur ensemble. Les commandes de produits sidérurgiques ont baissé de 33% au premier trimestre en Europe occidentale par rapport au premier trimestre de 1974. En avril 1975, la production sidérurgique des pays capitalistes avait baissé dans son ensemble de 9.8%, comparée à celle d'avril 1974. La chute était de 14,5% aux USA et au Japon et de 12. 4% pour la CEE, mais de plus de 30% en Belgique et au Portugal. Les prix ont baissé de 40 à 50%. Il s'agit manifestement d'une conséquence des crises des secteurs de l'automobile, du bâtiment et de la construction navale, qui sont de gros clients de l'industrie sidérurgique. A plus long terme, les capitalistes de ce secteur s'affirment optimistes et s'attendent à une expansion nouvelle de la demande, de la production et des investissements, avec une expansion plus que proportionnelle de nouveaux centres de production dans des pays semi-coloniaux, - Construction navale et aéronautique : Il s'agit de branches particulièrement frappées par la récession actuelle, et ce, pour des raisons combinées. Les prévisions d'une continue des ventes de pétrole avaient déterminé des commandes de plus en plus importantes de pétroliers géants. Or, la chute des ventes de pétrole a déjà immobilisé une par -tie de la flotte existante (243 pétroliers déplaçant 13, 5 millions de tonnes à la mi-mars), ce qui a entrainé des pertes considéra -bles pour certaines firmes (voir la catastrophe financière de Burmah Oil). Il s'ensuit des réductions massives de commandes. D'une manière générale, le brusque arrêt de croissance du commerce mondial dans son ensemble a également pesé sur le niveau des frets et donc sur le volume de la construction navale courante. Depuis le début de la récession jusqu'à la mi-mars, des ordres de construction d'environ 15 millions de tonnes de pétroliers ont

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été supprimés, et quelque 4 millions de tonnes de commandes d'autres navires sont également menacées, ce qui représente au total quelque 7% de la construction navale globale en cours. Ce sont surtout le Japon, les pays scandinaves et les USA qui se voient frappés. De leur côté les lignes aériennes connaissent des déficits croissants ce qui réduit le marché de la construction aéronautique. Il est vrai qu'il y a toujours les commandes lucratives de l'aéronautique militaire, mais elles provoquent une concurrence internationale exacerbée, comme l'illustre l'affaire du remplacement des Starfighters belges, néerlandais et

Pourtant, les firmes de l'industrie aéro-spatiale américaine semblent éviter une récession par l'accroissement des commandes d'Etat de 4% en deux ans. - Industrie électronique : Exemple typique d'une branche qui avait été marquée par une expansion quasi-ininterrompue au cours des deux décennies précédentes, l'industrie électronique traverse aujourd'hui une phase de difficultés croissantes. excédentaire prononcée existe dans le secteur des transistors et des semi-conducteurs en général, l'industrie ne travaillant qu'à 50% de sa capacité aux Etats-Unis. de l'ordre de 17% est prévue pour l'année 1975.

Cette prévision est considérée comme excessivement optimiste par le principal trust de la

Texas Industries, qui s'attend à une chute des ventes de 26%. Dans le domaine des calculatrices électroniques, la capacité excédentaire a provoqué un effondrement des prix des petits appareils de poche et de table, et même dans le domaine des computers, les premières réductions de prix se sont produites. Des phénomènes de saturation à long terme commencent à apparaltre , combinés avec la tendance générale à la réduction des investissements déterminée par des conditions conjoncturelles. L'industrie électronique japonaise, spécialisée dans des biens de consommation comme les appareils de télévision et dans les petites calculatrices, a subi une récession en 1974, suivie d'une nouvelle réduction de production prévue pour 1975. Des phénomènes de saturation de marché à long terme semblent apparents, malgré un essor des exportations. Lors de l'introduction des calculatrices de poche, le Japon s'appropria la part du lion. En 1973 il produisit encore 10 millions d'unités contre 7 millions aux USA et au Canada. En 1974, la production japonaise s'éleva à 15, 5 millions d'unités contre 12 millions aux USA; pour 1975, on s'attend à ce que la production américaine dépasse celle du Japon. La part japonaise du marché européen est tombée de 80% en 1971-72 à 50% à présent (Far Eastern Economic Review, 14 février 1975). - Industrie de construction des machines : Il s'agit sans doute du seul secteur dont l'essor tes eux-mêmes.

prévisions actuelles,

Pour le

Une situation de capacité teurs furent les suivants:

Une baisse des ventes dollars)

2. - USA

. 3. - Suisse

4. - R.D. A.

5. - Italie

6. - G.B.

7. - France

8. - Japon

9. - Tchécoslov.

10. - URSS dollars)

1. - URSS

2. -France

3. - Pologne

4. - USA

5. - RFA

6. - Italie

7. - G. B.

8. - Japon

9. - RDA à long terme semble assuré, surtout en fonction des commandes accrues de provenance des pays semi-coloniaux et des Etats ouvriers bureaucratisés. Ces commandes sont censées devoir compenser toute chute des investissements à long terme dans les pays impérialis-

Si cette perspective est généralement acceptée chez les experts, il faut cependant la pondérer selon le taux de croissance général de l'économie capitaliste internationale qu'on escompte dans les années à venir.

Il est clair que si la croissance reste inférieure aux des phénomènes de capacité excédentaire colncideront dans un grand nombre de secteurs, ce qui peut entrainer une chute plus que proportionnelle des investissements et des commandes de machines, même si pareille situation stimulerait incontestablement certains types d'investissements de rationalisation, et conduirait à une élimination plus rapide d'entreprises travaillant en-dessous du niveau de productivité des entreprises disposant d'une technologie de pointe.

sous-secteur des machines-outils, des chiffres précis sont connus.

En 1974, les principaux pays exportateurs et importa-

Exportations en millions de

1. - Allemagne 1 980

480

392.9

392

302.6

251

250.8

230

180

144.7

Importations en millions de

367.8

310.2

306.5

258

239.8

234.5

224.7

148.7

100

10. - Tchécoslov. 100

(l'absence de la Chine et du Brésil sur cette liste semble injustifiée)

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En ce qui concerne la production globale, les chiffres sont également intéressants : Production de machines-outils en 1974 (en millions de dollars) 1. - Allemagne 2.762 2. - Etats-Unis 2.100 3. - URSS 1.824 4. - Japon 1.533 5. - Italie 756.4 6. - France 591.8 7. - GB 537.8 8. - RDA 512.9 9. - Suisse 483.9 10. - Pologne 337.0 (les deux tableaux ont paru dans Le Monde du 22 avril 1975 et sont repris de l' American Machinist).

Les possibilités de restructuration La question des perspectives des principales branches de production de l'économie capitaliste internationale est intimement liée à celle concernant une restructuration du commerce et de l'économie mondiaux à plus long terme. Les économistes qui prévoient l'émergence d'une nouvelle division internationale du travail raisonnent approximativement de la manière suivante. De 1951 à 1971, la part des pays semi-coloniaux dans le commerce mondial a baissé de quelque 33 à quelque 17%. Cela avait entrainé une réorientation accélérée de la division internationale du travail entre les principaux pays impérialistes, dont l'essor des sociétés dités multinationales avait été une des expressions les plus nettes. Avec le prix triplé ou quadruplé du pétrole, la part des pays exportateurs de cette matière première dans le commerce mondial a considérablement augmenté. Elle est passée de 7% des exportations mondiales de 1973 à 14% des exportations de 1974. Comme celle des autres pays semi-coloniaux a encore légèrement régressée (de 12% en 1973 à 11% en 1974), la part totale des pays semi-coloniaux a atteint tout de même 25% des exportations mondiales en 1974. Or, l'énorme excédent de la balance commerciale des pays exportateurs de pétrole - - 97 milliards de dollars en 1974 - - y stimule évidemment les activités d'industrialisation et d'investissements de toute sorte. Ainsi s'ouvre, toujours selon ces experts, un vaste marché pour l'industrie exportatrice de machines et d'équipements des pays impérialisEn fait, l'accumulation des réserves de change des pays exportateurs de pétrole procédederait de manière beaucoup plus lente que la propagande paniquarde ne l'avait estimée en 1973-74. Cette accumulation diminuerait d'abord dans les pays les plus peuplés et les plus ouvertes à une industrialisation rapide, soit l'Iraq, l'Algérie et l'Arabie saoudite, parmi les pays exportateurs arabes et l'Iran, le Nigeria, l'Indonésie et le Vénézuela parmi les pays exportateurs non-arabes. Mais même pour les pays exportateurs à densité de population moindre (surtout la Lybie, le Kuweit, le Qatar et les émirats du Golfe) les projets d'investissements intérieurs et extérieurs prendraient une telle ampleur que le d'une concentration de la majeure partie des réserves de change mondiales dans les mains de ces pays s'effacerait rapidement. Déjà, en 1974, le surplus de la balance des paiements des pays exportateurs de pétrole ne s'élèverait qu'à 50-55 milliards de dollars et non aux 60-80 milliards de dollars initia- l lement prévus. A cet excédent correspondrait un déficit des pays impérialistes de 30 à 35 milliards, les autres 15 à 20 milliards de déficit se répartissant entre le reste des pays semi-coloniaux ou les Etats ouvriers bureaucratisés. Selon une estimation de la Morgan Guarantee Trust Company, les pays semi-coloniaux non exportateurs de pétrole ont connu en 1974 les déficits suivants de leur balance des paiements :

Brésil 7 milliards de dollars Mexique 2,5 milliards de dollars Inde 1,8 milliard de dollars Corée du Sud 1,8 milliard de dollars Taiwan 1,2 milliard de dollars Pérou 850 millions de dollars Kenya 450 millions de dollars Chili 434 millions de dollars Turquie 400 millions de dollars Argentine 352 millions de dollars Philippines 290 millions de dollars Thailande 150 millions de dollars Zambie 100 millions de dollars Malaisie 100 millions de dollars En d'autres termes : sur un excédent de la balance commerciale des pays de l'OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole) de l'ordre de 97 milliards de dollars, près de la moitié a été investie à court terme à l'étranger, où elle a rejoint les "pétrodollars" de 1973. Le total de ces pétrodollars a atteint un montant approximatif de 60 milliards de dollars et s'est réparti de la façon suivante :

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35% sur les marchés des euro-devises 15% en investissements directs en Europe et au Japon (y compris des prêts) 12,5% en dépôts bancaires et obligations d'Etat en Grande-Bretagne 10% en obligations d'Etat aux USA 9% en prêts à des pays industrialisés autres que les USA et la GrandeBretagne 6.7% en dépôts bancaires aux USA 6% en dépôts et obligations du Fonds Monétaire International 4% en prêts à des pays semi-coloniaux 1.7% en investissements directs aux USA (ces investissements , comme ceux en Europe et au Japon, incluent des investissements de portefeuille) (Newsweek, 10 février 1975) Paradoxalement c'est l'accroissement des importations des pays de l'OPEP, c'est-à-dire la réduction des excédents de leur balance commerciale qui menace maintenant la balance des paiements de la Grande-Bretagne car il implique un retrait massif des "pétrodollars" déposés à Londres (The Economist, 17 mai 1975). Selon les dernières estimations de l'OCDE, l'excédent de la balance des paiements des pays de l'OPEP pourrait tomber à 40 milliards dès 1975. Des études publiées par la Brookings Institution et la Morgan Guarantee Trust Company, une des banques américaines les plus importantes, rejettent l'hypothèse d'une accumulation fantastique de 650 milliards de dollars de réserves entre les mains des pays membres du cartel d'exportateurs de pétrole OPEP. Le maximum de ces réserves serait atteint dès 1978, avec 250 milliards de dollars (ces calculs se basent sur l'hypothèse que le cours du dollar restera plus ou moins inchangé à son niveau de 1974), pour baisser progressivement vers 179 milliards de dollars en 1980. Des calculs de la Banque Mondiale considèrent ces estimations comme trop basses et supposent en tout cas une forte accumulation de réserves en Arabie saoudite, au Koweit, à Qatar et dans les émirats du Golfe, tandis que les surplus des autres pays membres de l'OPEP pourraient totalement disparattre. Toutes ces estimations impliquent donc en fait une double redistribution de ressources de capitaux, de capacités productives et de plus-value à l'échelle mondiale :

- à court et à moyen terme, une bonne partie des revenus supplémentaires du pétrole serait utilisée pour l'importation de machines, d'équipements industriels et agricoles de toutes sortes et de biens de consommation industriels (et dans une moindre mesure : de matières premières et de vivres). Il s'agirait donc d'une redistribution des capitaux et des profits à l'intérieur des pays impérialistes, autant et plus que d'une redistribution de la plus-value entre la bourgeoisie impérialiste et la bourgeoisie semi-coloniale. Les principaux profiteurs de cette redistribution seraient, outre cette dernière, les branches productives de machines et d'équipements de toutes sortes. Les perdants essentiels seraient, sur la base de l'analyse branche par branche qui précède, l'industrie automobile, l'industrie des électroménagers, certaines branches de l'industrie électronique et l'industrie textile.

- à moyen et long terme, l'importation massive de machines et d'équipements par les pays membres de l'OPEP impliquerait la création d'une capacité de production industrielle supplémentaire, surtout dans la pétrochimie, la production d'engrais, les raffineries de pétrole, la sidérurgie, potentiel qui se substituerait à ses capacités devenues excédentaires dans les pays impérialistes. Il y aurait déplacement d'activités dans les pays impérialistes, notamment vers la branche de construction d'équipements, vers le nucléaire et d'autres sources énergétiques, et en partie vers les services. Il y a dans cette analyse des éléments acceptables. Que l'énorme concentration de capitaux-argent entre les mains des classes pos -sédantes des pays membres de l'OPEP et de leurs gouvernements ne puisse pas ne pas déclencher un processus d'investissements sur grande échelle, à l'intérieur comme à l'extérieur (8), cela parait évident. Ces investissements débouchent nécessairement sur un début d'industrialisation, fut-elle associée au capital impérialiste par le biais de joint ventures (9). La presse internationale continue à donner des informations nombreuses sur ces projets en

Le numéro du 26 mai 1975 de l'hebdomadaire américain Business Week rappelle notamment la construction d'une usine pétrochimique de fibres synthétiques de 280 millions de dollars en Iran, en association avec le capital américain (Du Pont de Nemours); la construction d'une aciérie à Ahvaz et de deux briqueterie à Esfahan, en association avec le trust allemand Thyssen; la construction d'une raffinerie de pétrole conjointement avec Thyssen et Fluor Corp. de Los Angeles à Abadan; la construction de la nouvelle cité industrielle d'Al Jubayl en Arabie saoudite, où sont projetés plusieurs complexes chimiques et une grande raffinerie; le projet d'un énorme complexe d'engrais chimiques d'une valeur de 800 millions de dollars en Iraq. On pourrait citer de nombreuses autres études qui confirment la même tendance.

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De même, la place de plus en plus importante que les exportations de machines, de biens d'équipement et d'usines "clé sur porte" occuperont dans le commerce mondial de demain, semble incontestable. La Far Eastern Economic Review publia dans son numéro du 16 mai 1975 une étude sur cette branche de l'industrie japonaise, dont les exportations passèrent de 1, 5 milliard de dollars en 1972 à 3 milliards de dollars en 1974 et sont considérées comme le secteur le plus expansif et le plus dynamique de l'économie, qui mérite une protection particulière de la part du gouvernement. Finalement, l'importance accrue des pays de l'OPEP et des Etats ouvriers bureaucratisés en tant que débouchés des pays impérialistes semble également démontrée, même si leur part dans les exportations totales de ces pays restera modeste. Pour la RFA et le Japon, cette part accrue est déjà clairement indiquée par les statistiques courantes. Il est intéressant d'indiquer que les exportations françaises vers l'Algérie ont augmenté de deux fois et demi en l'espace de deux ans, passant de 2, 38 milliards de francs français en 1972à 6,2 milliards en 1974. Néanmoins les projections mentionnées plus haut souffrent de deux imprécisions notables : - la dynamique des ventes et des prix du pétrole, qui déterminent la capacité d'importation des pays membres de l'OPEP, reste fort floue. Déjà à présent il est clair qu'une partie des gains des classes possédantes de ces pays résultant du prix du pétrole triplé ou quadruplé sont effacés par le renchérissement des produits importés d'une part, par la dévalorisation du dollar et de la livre sterling d'autre part (pour la fraction des revenus conservée sous forme liquide ou quasi-liquide). En réclamant l'indexation du prix du pétrole aux prix des produits manufacturés, ou l'expression du prix du pétrole en Droits de Tirage Spéciaux, les pays membres de l'OPEP essayent d'échapper à cette logique infernale de l'économie internationale qui continue à être dominée par l'impérialisme. Mais les DST ne sont qu'une monnaie de compte et on ne peut être payé qu'en monnaie qui a cours, non en "papier-or". Toute hausse nouvelle et prononcée du prix du pétrole risque donc de déclencher des processus compensatoires (chute plus prononcée encore du cours du dollar et de la livre sterling; réduction encore plus nette de la consommation du pétrole exporté par l'OPEP; développement plus accéléré de sources énergétiques de substitution) qui en neutraliseront les avantages à moyen et long terme; - la croissance moyenne de l'ensemble de l'économie capitaliste internationale n'est point un élément "extérieur" à toutes ces supputations, mais elle en constitue un cadre contraignant. L'apparition de nouvelles capacités de production pétrochimique et sidérurgique dans les pays de l'OPEP aura un effet diamétralement opposé sur la conjoncture internationale, selon que l'on se place dans l'hypothèse d'une croissance de 4 à 5% de l'économie capitaliste, ou selon que l'on suppose par contre que ce taux moyen tombera, à moyen terme, au moins vers 2% ou à un niveau inférieur encore. Dans le premier cas, elle ne causerait que des perturbations mineures dans l'économie des pays impérialistes, qui pourraient être "résorbées" par une redistribution des capitaux et de la main d'oeuvre. Dans le deuxième cas (plus probable à notre avis), elle provoquerait des perturbations majeures, un chômage structurel relativement élevé, une stagnation relative de la consommation interne dans ces pays, ce qui exercerait à son tour une influence déprimante sur toute l'activité capitaliste internationale, y compris sur la rentabilité et l'expansion des nouveaux secteurs de l'industrie lourde dans les pays semi-coloniaux. Les causes fondamentales n'ont pas été éliminées La récession généralisée de 1974-75 n'est pas le produit du hasard ni d'un quelconque "accident de parcours" de l'économie capitaliste internationale. Elle résulte de toutes les contradictions fondamentales du mode de production capitaliste qui ont remonté progressivement à la surface, après avoir été partiellement contenues grâce à l'inflation pendant les deux décennies (aux USA deux décennies et demie) de croissance accélérée. Pour savoir si la récession actuelle sera suivie d'une nouvelle phase prolongée de croissance accélérée, ou si, au contraire, elle confirme le renversement de tendance économique à long terme, il faut examiner ses répercussions sur les facteurs principaux qui influencent l'évolution à long terme du taux de profit dans les pays impérialistes. (1) Un nouvel avilissement du prix des matières premières semble extrêmement improbable dans les années à venir. Notamment en ce qui concerne le prix de l'énergie, l'intérêt commun du capital impérialiste (sauf peut-être celui du Japon et de quelques pays mineurs) et des bourgeoisies des pays semi-coloniaux, c'est d'empêcher que le prix du pétrole exporté par les pays de l'OPEP ne tombe en-dessous d'un certain palier. Toute chute excessive de ce prix aurait en effet pour conséquence que les sources d'énergie de rechange (pétrole de la mer du Nord, schistes et sables bitumineux des USA; pétrole de

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l'Alaska; énergie nucléaire) cesseraient d'être compétitives, et que les énormes investissements de capitaux nécessaires pour développer ces sources seraient soit dépensés à perte, soit n'obtiendraient qu'un rendement insuffisant. De même, la chute des cours des matières premières, même si elle perdure (ce qui n'est pas certain en cas de reprise industrielle) ne les ramènera pas au niveau d'avant le boom de 1972-73. (2) Les effets que la troisième révolution technologique avait exercés sur la réduction de valeur des éléments du capital fixe -- et qui ont signifié que malgré l'extension de la semi-automation, la composition organique du capital avait augmenté beaucoup moins rapidement pendant la période 1945-67 qu'on aurait pu le supposer à première vue -- semblent s'atténuer à long terme. En fait, le rythme de croissance de la productivité du travail va se ralentir, autant dans le département I que dans le département II, ce qui entrainera à la fois un renchérissement progressif de la masse accrue des machines mises en oeuvre par le capital industriel, et un ralentissement de l'accroissement de la plus-value relative (accroissement qui avait été une autre caractéristique marquante de la troisième révolution technologique). (3) La récession 1974-75 n'a pas joué -- et ne peut jouer dans un climat de "renflouement" inflationniste! -- le rôle de détonateur d'une dévalorisation massive de capitaux qu'une crise de surproduction joue normalement pour assainir la mise en valeur du capital, c'est-àdire pour permettre une hausse du taux moyen de profit à court terme. Certes, il y eut quelques banqueroutes spectaculaires et quelques fusions d'entreprises. portantes arrivées à bout de souffle financier ont été sauvées par des subsides étatiques massifs. La détaxation des investissements, autre forme de subside, est appliquée dans pratiquement tous les pays impérialistes. se produit, c'est donc davantage une redistribution de la masse de la plus-value sur une masse de capitaux sensiblement égale, plutôt qu'une réduction massive de capitaux, auxquels se compare une masse de plus -value légèrement réduite. Beaucoup de ces problèmes sont évidemment masqués par l'infla-

Mais un effet bienfaisant de la récession sur le taux de profit, par dévalorisation et destruction massives de capitaux, semble d'ores et déjà peu probable. (4) L'accroissement du taux de la plus-value par des mécanismes internes au processus de production est un effet habituel de toute crise de surproduction et de chômage. Il se produit actuellement encore. Le chômage et la crainte du chômage augmentent la "discipline du travail", réduisent l'absentéisme et d'autres phénomènes de fluctuation de la main d'oeuvre, permettent d'accélérer les cadences et d'intensifier le processus de travail. Toutes ces mesures de "rationalisation" capitaliste, en cours dans des branches comme l'automobile, la sidérurgie, la construction électrique, la chimie, etc., impliquent un accroissement du taux d'exploitation qui aura un effet bénéfique sur le taux de profit. (5) Cependant, la combinaison des quatre facteurs mentionnés plus haut ne peut guère provoquer une véritable "relance" des profits, surtout si l'on tient compte d'un ralentissement, plutôt que d'une accélération, de la rotation du capital, ralentissement typique d'une période de récession et de reprise plutôt lente. Dans ces conditions, la conclusion est celle que nous n'avons cessé de souligner depuis plusieurs années : la possibilité d'une relance de la croissance accélérée du type de celle des années 50 et du début des années 60 est en dernière analyse liée à une augmentation radicale du taux de la plus-value, par compression brutale de la masse des salaires directs et indirects. Seule, une telle modification pourrait relancer sérieusement le taux de profit et le taux d'investissements autofinancés (c'est-à-dire financés sans recours massif à l'inflation) des grands trusts monopolis-

Et une telle relance sensible du profit est indispensable pour provoquer une nouvelle ère de prospérité capitaliste (inutile d'insister sur le fait que dans le cadre d'une économie socialisée, autogérée et démocratiquement planifiée, le plein emploi et la croissance rationnelle pourraient être rétablis par d'autres mécanismes que ceux de la loi de la valeur !). Or, si l'on veut dresser un premier bilan des effets de la récession généralisée sur les rapports de forces réciproques entre le Capital et le Travail dans l'ensemble des pays impérialistes, il est clair que ces rapports ne se sont nullement détériorés de manière telle à envisager la possibilité imminente d'une défaite écrasante de la classe ouvrière, seule capable d'avoir un effet sur le taux de plus-value comparable à la victoire du fascisme, la 2ème guerre mondiale, ou la "guerre froide" des années 40. Certes, la classe ouvrière ouest-allemande et la classe ouvrière japonaise ont, toutes les deux, accepté cette année-ci des augmentations de salaires nominaux inférieures à la véritable perte de pouvoir d'achat subie du fait de l'inflation. La détérioration des conditions sur le "marché du travail"' y a donc été répercutée sur la répartition du revenu national, non pas pour des raisons mécaniques ou automatiques, mais en fonction de l'attitude de collaboration de classe des bureaucraties syndicales, et du degré de contrôle qu'elles exercent encore sur les masses laborieuses.

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Mais il ne s'agit que de modifications marginales dans la répartition du revenu national, modifications qui peuvent d'ailleurs être neutralisées dès une nouvelle flambée de combativité ouvrière qui ne tardera guère à se manifester, fut-ce sur une échelle plus ou moins ample selon le pays envisagé. Par contre, la classe ouvrière de pays comme l'Espagne, l'Italie, la Grande-Bretagne, la France, la Belgique, l'Australie, le Danemark, continue à défendre avec âpreté tout l'acquis de la période d'expansion précédente. Elle a jusqu'ici réussi à refuser de payer les frais de la récession. Il n'y a pas de signes que cette situation se modifie.

Quant à l'Amérique du Nord, alors que les travailleurs du Québec manifestent un niveau de combativité tel à amener le gouvernement à proposer les lois anti-syndicales et antigrève les plus dures qu'on ait connues depuis plusieurs décennies dans des pays dits de démocratie parlementaire-bourgeoise, des signes d'un réveil, certes lent, mais néanmoins réel, de secteurs de la classe ouvrière des EtatsUnis, se précisent progressivement. Dans ces conditions il est clair que la lutte pour un relèvement substantiel du taux de la plus-value, qui marque et marquera les années 7( et le début des années 80, comme il avait marqué en Europe les années 20 et 30, ne fait que commencer. Des épreuves de force de plus en plus dures entre le Capital et le Travail se produiront dans une série de pays impérialistes. Des situations pré-révolutionnaires et révolutionnaires se succèderont dans plusieurs d'entre eux. Le monde capitaliste ne pourra passer de sa phase actuelle de crise sociale globale et de récession économique généralisée à une nouvelle phase d'expansion durable et prolongée, sans avoir infligé auparavant à la classe ouvrière une défaite écrasante et à l'humanité des désastres sous forme de famines épouvantables, de nouvelles dictatures sanglantes, de nouvelles guerres meurtrières. Saisir la crise du système impérialiste actuelle comme point de départ d'un assaut contre le pouvoir du capital, ce n'est pas seulement profiter d'une ouverture exceptionnellement favorable pour l'extension internationale de la révolution socialiste, c'est aussi et surtout oeuvrer pour éviter au genre humain une nouvelle chute libre vers la barbarie. ler juin 1975

(1) Voir sur nos propres prévisions et sur une première esquisse d'analyse et d'explication de la récession généralisée, Ernest Mandel : "La récession généralisée de l'économie capitaliste internationale", dans INPRECOR, N° 16-17, 16 janvier 1975. (2) L'OCDE prévoyait les augmentations suivantes du PNB pour le premier semestre 1975 : USA + 3%; Japon : + 7.2%; France + 5.2%; Allemagne fédérale + 4%; Italie + 3.5%; Grande-Bretagne + 1%; Canada + 5.5%. (3). Les grands trusts monopolistiques font de la programmation des investissements à moyen terme. Il leur faut donc atteindre chaque année une somme de rentrées brutes (renouvellement de capital fixe + investissements nouveaux) plus ou moins préétablie. Si cette même somme doit provenir de la vente d'un nombre moindre d'unités vendues, il s'ensuit qu'ils augmentent le prix de vente unitaire. La situation de monopole explique pourquoi ils peuvent agir de la sorte, mais ce non pas dans n'importe quelles limites ni à durée indéterminée. (4) Voir une intéressante polémique à ce propos dans Business Week du 2 juin 1975. (5) Voir notamment le chapitre 14 de notre livre Der Spatkapitalismus, reproduit en anglais dans le N° 90 (mars-avril 1975) de la New Left Review. (6) Martin Mayer : The Bankers, Weybright

& Talley, 1974. (7) Voir notre article "'La crise de l'industrie automobile", dans INPRECOR N°4, 18 juillet 1974. (8) Sur les investissements à l'étranger des pays membres de l'OPEP, voir notamment notre article "L'émergence d'un capital financier iranien et arabe", dans INPRECOR N° 10 ; 17 octobre 1974. (9) Les raisons pour lesquelles les monopoles qui prédominent aujourd'hui dans les pays impérialistes sont favorables à un début (limité) d'industrialisation des pays semi-coloniaux avaient été énoncées par nous dès 1960 dans notre Traité d'Economie Marxiste, fin du chapitre 13.

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