Inprecor 1974–2004

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FRANCE

Le creux de la vague

· Inprecor (première série) n° 27-28, 5 juin 1975 · p. 18-22 · 3 304 mots

France Économie mondiale Syndicalisme Écologie

DE LA VACUE

"Cette fois, le "creux de la vague" semble bel et bien atteint". Cette opinion du quotidien patronal français "Les Echos" résume, en quelques mots, la situation actuelle de l'économie française. Après avoir été épargnée plus longtemps que les autres pays capitalistes, la France a brutalement subi les conséquences du ralentissement de l'activité économique mondiale à partir de l'automne 1974. En l'espace de quelques mois, le capitalisme français est entré dans la récession la plus forte qu'il ait connue depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. La récession la plus forte depuis la guerre 1. La production industrielle, après avoir fortement cra pendant le premier semestre de 1974, s'est mise brusquement à diminuer à partir de l'été. De août 1974 à janvier 75 la baisse se chiffre à environ 10%. Malgré certains décalages dans le temps, les principales branches ont été successivement touchées. De octobre 1974 à janvier 75, la production a chuté de 12% dans la chimie, de 11% dans les industries de première transformation des métaux, de 7% dans l'automobile. De novembre 1974 à février 75, la production de la sidérurgie a diminué de 17%. Le retournement généralisé de la conjoncture se manifeste encore par le sous-emploi des capacités de production. 17% seulement des entreprises (contre 40% il y a à peine un an) connaissent des goulots de production. La branche de la chimie ne tourne qu'à 50% de son portentiel productif. L'ampleur de la récession a surpris la bourgeoisie française qui avait cru pouvoir échapper au ralentissement généralisé dans les principaux pays capitalistes. Longtemps, elle a fait miroiter une possible reprise dès l'été 1975. Malgré les signes qui se manifestent

S. LAMPION & H. VALENTIN en Allemagne et au Japon, il est évident maintenant qu'aucune reprise sérieuse n'aura lieu, au niveau international, avant la fin de l'année. Ce qui exclut, d'ici là, un redémarrage de l'économie française. C'est pourquoi un pessimisme profond s'empare aujourd'hui de la bourgeoisie française, qui contraste avec le relatif optimisme face à la crise, affiché jusqu'il y a quelques semaines. Pessimisme que renforcent les perspectives intérieures à court terme. Trois secteurs-clés font face actuellement à de graves difficultés. La sidérurgie qui, depuis trois mois, tourne à un niveau de commandes inférieur de 30% à ce qu'il était l'année dernière. Le bâtiment pour lequel la Chambre professionnelle patronale prévoit un ralentissement d'activité de 20 à 25% dans les 8 prochains mois. L'automobile qui a connu une nouvelle chute de ses ventes en mars et en avril, la baisse en un an ( avril 1975 par rapport à avril 1974) se chiffrant à 35%. De façon générale, dans le secteur des biens d'équipement comme dans celui des biens de consommation, le niveau des stocks reste très élevé. Si les stocks "entrant" sont en voie de diminution, il ne faut pas pour autant en conclure une prochaine reprise technique (1). Le phénomène traduit simplement, à ce niveau, l'impuissance des industriels à trouver un débouché pour les stocks "sortant". De plus, les carnets de commande continuent à se réduire, particulièrement dans les industries de consommation, du fait, notamment, d'une baisse spectaculaire des carnets étrangers. Quant aux investissements, leur croissance (1) Il y a "reprise technique" quand les entreprises recommencent à demander des biens afin de reconstituer leurs stocks.

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risque d'être négative cette année (contre une progression de 7% en 1973 et de 3% en 1974). La dernière enquête réalisée par l'INSEE Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques) fait apparaltre une baisse probable de 3 à 4%. La bourgeoisie française cherche avant tout à limiter les dégâts. Les différents plans de relance annoncés depuis 3 mois visent essentiellement à rassurer le patronat : "Le gouvernement ne laissera pas se développer une crise comme celle de 1932-35". Les mesures doivent permettre d'éviter une détérioration trop profonde de la situation : relance du bâtiment par des facilités de crédit pour la construction de logements, relance des investissements productifs par des programmes d'équipements publics et des déductions fiscales, aide sélective aux secteurs exportateurs par des bonifications d'intérêt.

La brutalité de la récession a eu pour conséquence directe une progression spectaculaire du chômage depuis la fin de l'été 1974. Si l'on se réfère aux statistiques de l'INSEE (qui ne recensent pas les demandeurs d'emplois inscrits à l'Agence Nationale pour l'Emploi), le nombre de chômeurs a augmenté de 72% de la fin août 1974 à la fin avril 1975. Dans le même temps les offres d'emploi diminuaient de 97%. Selon les sources syndicales, il y a aujourd'hui 1.200. 000 travailleurs sans emploi. Jamais la France n'a compté un nombre aussi élevé de chômeurs. Même en 1935-36, au pire moment de la crise économique, le chômage ne touchait pas plus de 800.000 travailleurs. Le phénomène est encore aggravé par trois éléments. En premier lieu, l'augmentation du chômage partiel. Selon le Ministère du Travail, plus d'un million de journées de travail ont été chômées au mois de février 1975, soit 8 fois plus qu'en février 1974. Il est certain que le chiffre réel est beaucoup plus élevé, dans la mesure où les statistiques gouvernementales ne recensent que le chômage partiel au-dessous de 40 heures par semaine. En second lieu, les licenciements qui se sont produits depuis 6 mois ne sont pas encore le fait des grosses entreprises qui ont préféré, jusqu'à présent, avoir recours aux réductions d'horaires. En troisième lieu, la montée du chômage s'est développée bien que l'immigration de travailleurs étrangers (qui représentent 7% de la population active) ait été pratiquement stoppée à partir du deuxième semestre 1974. Les perspectives à court terme de la situation de l'emploi sont très mauvaises. A partir de juin, 300.000 jeunes vont arriver sur le marché du travail. Vu la situation de crise de l'économie française (qui se superpose à une tendance longue depuis 1968 à la création insuffisante d'emplois par rapport aux ressources disponibles en main d'oeuvre); ces 300.000 jeunes risquent de venir s'ajouter aux 1.200. 000 chômeurs actuels. Alors que le gouvernement avait juré qu'en aucun cas le cap du million de travailleurs sans emploine serait atteint, l'ensemble de la presse bour -geoise est obligée de reconnaltre aujourd'hui la gravité de la situation, C'est la raisons pour laquelle le gouvernement va annoncer, avant la fin du mois de mai, un train de mesures, dans le but de relancer les créations d'emploi, en particulier dans le secteur public. Mais ce plan , en aucune façon, ne pourra réduire le niveau du chômage avant plusieurs mois. La perspective du million de chômeurs à l'automne 1975 apparait d'ores et déjà comme acquise. 3. Malgré la récession, la hausse des prix, qui avait atteint 15% en 1974, continue au rythme annuel de 11% l'an (+ 2, 7% pour l'en -semble du premier trimestre 1975). La bourgeoisie française crie victoire au ralentissement sensible de l'inflation. Et il est probable que la hausse pourra être limitée, cette année, à environ 10%. Mais ce ralentissement semble essentiellement dû à des facteurs conjoncturels et internationaux (tendance à une inflation moins rapide dans les pays touchés par la crise, baisse du prix des matières premières), bien plus qu'à l'efficacité des plans "anti-inflation" qui se sont multipliés depuis décembre 1972. Si l'on analyse l'indice des prix français depuis quelques mois, sa moindre progression est uniquement imputable à une baisse relative des prix industriels. L'objectif du gouvernement est de ramener le rythme de hausse des prix à 0.6% par mois. Ce pari ne pourra vraisemblablement pas être tenu. D'une part, les fortes augmentations de prix obtenues par les agriculteurs français à Bruxelles vont se répercuter sur les indices des prochains mois. D'autre part, un certain nombre de prix de services vont prochainement augmenter, après que soit levée la taxation qui leur était imposée jusque là. Enfin, le renchérissement du prix du pétrole à la fin de l'année aura des conséquences inévitables sur la hausse des prix en France. De façon plus générale, les tensions inflationnistes se manifesteront de nouveau violemment en cas de reprise économique. 4. La situation des échanges extérieurs reste un problème essentiel pour la bourgeoisie française. Depuis la hausse des tarifs pétroliers, la France est devenue incapable de couvrir, par ses exportations, la valeur accrue des importations. Le déficit extérieur de 34 milliards de francs en 1974 serait insupportable pour l'économie, s'il devait se prolonger pendant plusieurs années. Pour cette raison, la réduction rapide du déficit devient le but principal de la politique économique, et même de la politique étrangère, du gouvernement. Au cours des derniers mois, plusieurs éléments

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FRANCE favorables sont intervenus dans ce sens : la baisse, en termes réels, du prix du pétrole et des matières premières importées; le ralentissement de l'activité en France, qui a limité les achats des produits de base, et le blocage des programmes d'investissements, qui a réduit les importations de biens d'équipement; les achats des pays de l'Est et des pays exportateurs de pétrole, notamment l'Algérie; des ventes importantes de produits agricoles. Si rien ne devait perturber cette situation, le déficit extérieur, en 1975, pourrait être ramené à 15 milliards de francs, soit 19 milliards de moins que l'année dernière. Mais cette situation sera peu durable. En effet, sur les 19 milliards, plus de 14 milliards auraient pour origine l'amélioration du solde des échanges avec les pays de l'Est, les pays producteurs de pétrole, et la zone franc. Or, les pays de l'Est et les pays producteurs de pétrole, clients de la France, sont actuellement déficitaires. Ils seront donc bientôt amenés, soit à réduire leurs achats, soit à élever le prix de leurs ventes. D'autre part, les Etats-Unis vont chercher à conquérir des marchés importants pour le commerce extérieur français, dans le secteur des ventes d'armes et des produits agricoles. le solde des échanges de produits agricoles avait été excédentaire de ll milliards de francs pour la France. Cet excédent tend à diminuer depuis le début 1975, sous l'effet d'une réduction des capacités exportables et d'une plus grande disponibilité et compétitivité du blé américain. Enfin, la croissance des ventes de biens d'équipement (+ 30% en 1974) s'est faite principalement en direction des pays non industrialisés. Les prévisions font apparattre une diminution des achats de ces pays, dans les mois à venir. Le plan de crise des patrons

Confrontée à une récession qu'elle n'a pu éviter, la bourgeoisie française, depuis mois, a laissé s'approfondir la crise, but de "dégraisser" l'appareil industriel et le marché du travail des éléments les moins productifs. Cette politique, toutefois, a des

Le grand patronat, notamment, ne peut que s'inquiéter d'une contraction générale et prolongée des débouchés. C'est pourquoi il a mené vigoureusement campagne pour que le gouvernement prenne un certain nombre de mesures de soutien à l'investissement. Il ne s'agit pourtant pas de véritables plans de relance qui, dans l'état actuel des choses, ne pourraient qu'aggraver le déficit extérieur et faire perdre les avantages récemment acquis par les entreprises contre les salariés. A long terme, l'objectif essentiel de la bourgeoisie française reste d'obtenir une stabilisation durable de la croissance du salaire réel et de la consommation des travailleurs.

qui entraine, depuis six mois, une attitude très dure face aux luttes. Lors de la grève des PTT, en novembre dernier, et celle de Renault, au cours du mois de mars, la bourgeoisie a montré clairement à quel niveau d'épreuve de force elle acculera les travailleurs et les directions ouvrières qui voudraient remettre en cause le plan de crise. Une puissante offensive anti-ouvrière a été déclenchée , qui lui a permis de marquer des points importants, sans pour autant qu'une victoire décisive ait été remportée contre la classe ouvrière. A cet égard, pouvoir et patronat ont pu compter sur la désorientation des masses ouvrières. Dans de nombreux secteurs, la crainte du chômage a été un frein puissant aux développements de ripostes de masse à l'attaque des patrons. De plus, les directions du mouvement ouvrier ont refusé d'organiser une véritable résistance à l'aggravation du chômage et aux atteintes au pouvoir d'achat. Dans la grève de Renault, comme dans celle des PTT, le Parti communiste, le Parti socialiste et les directions syndicales ont ouvertement démontré leur refus de centraliser les luttes contre le gouvernement Giscard-Chirac, garant du plan de crise des patrons. 6. Depuis bientôt un an, les travailleurs français paient un prix très élevé à la crise économique. Pour la première fois depuis 1968, le pouvoir d'achat a baissé sensiblement. A partir du troisième trimestr 1974, en effet, les rythmes de hausse du salaire horaire, encore très élevés durant les six mois précédents, se sont considérablement ralentis. De plus, du fait du ralentissement de l'activité économique, la durée moyenne du travail a nettement fléchi. Ces deux facteurs conjugués ont abouti à une baisse du pouvoir d'achat, inégale suivant les secteurs, mais dont la moyenne peut être estimée à près de 1% par mois. Si l'on prend l'exemple du dernier trimestre 1974, la hausse du taux de salaire horaire s'est chiffrée à 3.7%. La hausse des prix, durant la même période, s'est élevée à 3% selon l'INSEE (3, 8% selon la CGT). En prenant comme base les sources syndicales, il apparait donc déjà une stagnation du pouvoir d'achat. Mais il faut tenir compte également de la réduction de la durée du travail estimée, approximativement, à 1,6%. Et comme les heures de travail ainsi perdues, du fait du système de rémunération des ouvriers français, étaient des heures payées au taux majoré des heures supplémentaires, il s'en est suivi, pour l'ensemble du trimestre, une baisse moyenne du pouvoir d'achat de l'ordre de 2.2%. Ce chiffre masque des pertes réelles de plus de 5% dans certaines branches. Les conséquences sociales du chômage sont particulièrement graves. Le nombre de chômeurs secourus par les caisses d'assurance atteint à peine le quart de l'effectif total des travailleurs sans emploi (260.000 à la fin du

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mois de mars pour 1.200.000 chômeurs). En moyenne, les allocations versées par les caisses ne s'élèvent qu'à deux-tiers du salaire brut. A cet égard, la bourgeoisie française s'était longuement et bruyamment félicitée de l'accord signé entre le patronat et les syndicats le 14 octobre 1974. Cet accord devait permettre de garantir aux travailleurs licenciés pour un "'motif économique" un revenu égal à 90% de leur salaire, et ceci durant un an. Or, à la fin du mois de mars, du fait des multiples entraves mises par le patronat à l'application de l'accord, le nombre des bénéficiaires s'élevait à ... 29.000, soit à peine plus de 2% des chômeurs ! Quant au chômage partiel, les indemnités versées sont souvent très réduites. L'indemnité de base est égale à 6 francs par heure chômée, alors que le SMIG (Salaire minimum) est de 6.95 francs. De plus, les heures perdues au-dessus de 40 heures étant payées à un taux majoré d'au moins 50%, on mesure les conséquences sur les fiches de paye des multiples journées chômées dans certaines entreprises. Durant les mois de février et mars, la note s'est élevée à près de 1.000 francs pour les OP de Renault et de FordBordeaux. La réduction sensible du niveau de vie se mesure enfin par le volume de la consommation. En un an (premier trimestre 1975 comparé au premier trimestre 1974), la consommation des travailleurs français a diminué de 10%. La baisse a notamment été sensible sur les dépenses d'habillement ( -7%), d'électro-ménager (-18%) et de tout ce qui touche à la santé et aux loisirs. Les dernières enquêtes réalisées auprès des commerçants de détail confirment une baisse en volume de la consommation. Celle-ci doit être rapprochée d'un accroissement des épargnes de précaution, toujours observable dans une période de crise économique. Le mouvement de concentrations 7. Pour le grand capital, la crise économique permet les concentrations économiques correspondant aux grandes opérations de concentration financière de ces dernières années. Ce mouvement est beaucoup moins spectaculaire, puisqu'il s'agit de réorganisations internes des trusts, mais ses conséquences sont beaucoup plus graves pour les travailleurs : licenciements, déplacement des unités de production et donc du personnel. Péchiney-Ugine-Kulmann, Boussois-Souchon-Neuvesel Saint-GobainPont-à-Mousson, et bien d'autres, profitent de la crise pour supprimer la mosalque des petites sociétés qui les constituaient et créer des divisions par produit mieux adaptées au contrôle de la rentabilité. Dans d'autres secteurs, frappés de plein fouet, on assiste à des concentrations directement liées à la crise : Peugeot-Citroën dans l'automobile, UNIC et un groupe hollandais dans les camions. Les conséquences de ces restructurations pour les travailleurs ne se feront sentir que dans 2 à 3 ans. Le nucléaire est devenu un secteur-clé, en raison du déficit énergétique structurel de l'économie française. Celui-ci amène le gouvernement français à favoriser, au mépris de toutes les règles de sécurité, un développement aussi massif que rapide de l'énergie nucléaire. Le groupe Creusot-Loire, qui développe en France la filière Westinghouse, a finalement été acquis par le groupe belge Empain-Schneider, après une longue bataille financière. Ceci va permettre une importante restructuration du secteur de l'engineering nucléaire et de la grosse chaudronnerie. En même temps, autour de Sollac, De Wendel réorganise la sidérurgie lorraine, comme cela a déjà été fait pour la sidérurgie du Nord, autour d'Usinor et de Paribas. Il n'est pas facile d'apprécier en quoi ces mouvements traduisent également une certaine modification des rapports de force à l'intérieur du Grand Capital et, notamment, de préciser quelles fractions du capital monopoliste appuient le régime Giscard. On constate que l'alliance privilégiée entre l'Etat et le groupe financier organisé autour de la Banque de Paris et des Pays-Bas a été brisée et que le capital financier représenté par le groupe Suez n'a eu qu'à se louer du changement de Président. important semble être joué par Suez, la partie financière du capital contrôlé par l'Etat, et EDF qui présente au gouvernement un plan de restructuration de l'industrie en fonction des besoins qui vont s'exprimer dans tous les domaines concernés par le nucléaire. était adopté, il aurait des conséquences considérables dans plusieurs secteurs industriels encore très dispersés. EDF entend en particulier remédier à une situation telle qu'actuellement 40% seulement des besoins en produits industriels pour la construction des centrales nucléaires peuvent être satisfaits sur le territoire national. Avant la crise, l'économie française avait réussi à se hisser au quatrième rang ; des puissances économiques capitalistes, après les Etats-Unis, l'Allemagne et le Japon. Jusqu'à la crise du pétrole, le patronat français a vécu dans l'euphorie d'une croissance rapide des investissements, de la production et des exportations. La crise a provoqué une prise de conscience des conditions contradictoires de la phase d'expansion de 1968 à 1973 (voir l'article d'INPRECOR N°16/17 sur la France). Les débats qui se déroulent actuellement, à l'occasion de la préparation du Tème Plan, montrent, chez certains, la volonté de freiner une accumulation désordonnée qui compromet radicalement un rétablissement de la rentabilité des firmes. L'activité des banques, elle aussi, doit devenir plus sélective. Plus question d'une distribution anarchique du crédit qui aidait à la survie de secteurs marginaux et alimentait une

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demande de biens sur le marché intérieur réduisant d'autant les capacités d'exportation. D'une manière générale, le Grand Capital français sait qu'il droit renoncer à certaines ambitions politiques et économiques qui ont fait les beaux jours de l'époque gaulliste. Il cherche à s'assurer certains créneaux sur le marché mondial industries d'armement, plateformes offshore pour l'exploitation pétrolière en mer...) et renonce à préserver ses positions ailleurs, en laissant le capital étranger acquérir des entreprises françaises (Roussel-Uclaf par exemple). La France est une puissance impérialiste de RFA reprise second rang. Plongée dans la crise elle semble avoir résolu, moins mal que l'Italie ou la Grande-Bretagne, le problème de l'inflation et du déficit de la balance des paiements. L'équilibre instable dans lequel elle s'est installée ne saurait, toutefois, résister à une offensive de la classe ouvrière. Celle-ci, attentiste pendant plusieurs mois, développe aujourd'hui des luttes de plus en plus nombreuses, qui risquent, à brève échéance, de remettre en cause les tentatives de la bourgeoisie française pour sortir de la crise sans trop perdre de plumes.

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