Un an après la mort de Juan Peron, l'Argentine traverse une crise généralisée, économique, politique, sociale.
La récession économique mondiale s'est traduite ces derniers mois en Argentine par une chute des exportations agricoles et industrielles et un accroisse -ment des coûts des importations. Les plans d'investissements massifs, de développement industriel accéléré, les espoirs placés dans les investissements européens et japonais, dans l'aide des états ouvriers bureaucratisés, ne se sont pas concrétisées.
L'inflation qui devait être contrôlée a repris Un rythme galopant pour atteindre 10,4% par mois le mois dernier.
L'échec des projets économiques du régime pero -niste est complet.
La politique dite du "Pacte Social" qui, grâce à un rôle et à un poids accru donné à la bureaucratie syndicale peroniste et à quelques concessions limitées, devait freiner la combativité ouvrière et contenir les augmentations de salaires a, elle aussi, échoué.
Les réajustements successifs des salaires ont suivi de très loin le rythme de l'inflation. Grèves prolongées, mobilisations partielles des travailleurs se sont multipliées ces derniers mois, comme à Villa Constitucion, pour la défense de leur pouvoir d'achat, pour la défense des libertés démocratiques et syndicales aussi, remettant en cause ce "Pacte Social" perçu maintenant par tous comme une arme de la bourgeoisie contre les travailleurs.
Une fois de plus, le mouvement ouvrier argentin, notamment ses secteurs les plus avancés et les plus combatifs, a montré sa force face aux manoeuvres et aux attaques du pouvoir bourgeois.
Mais le poids d'une puissante bureaucratie syndicale totalement inféodée à une direction politique bourgeoise - le Peronisme - , l'absence d'expression politique des secteurs ouvriers les plus combatifs qui, dans la pratique, ont rompu avec cette bureaucratie, continuent de limiter les capacités offensives du prolétariat.
Les mobilisations actuelles, avant tout défensives, si elles ont été capables de mettre en échec les projets gouvernementaux sont sans débouchés politiques, et ne mettent donc pas en péril le pouvoir, du moins dans l'immédiat.
La force et la combativité du prolétariat argentin, qui n'a pas connu de défaite majeure comme le prolétariat brésilien en 1964, ou chilien, n'en continuent pas moins — comme ce fut le cas sous la dictature militaire — à être le principal obstacle à une stabilisation économique, politique, sociale du régime d'exploitation de la bourgeoisie argentine et de l'impéria -lisme.
Cette stabilisation, comme l'a montré l'échec de la dictature militaire, comme le prouve à nouveau l'échec du pacte social passerait par une mise au pas de la classe ouvrière, par une défaite profonde infligée d celle-ci.
Mais le régime d'Isabel Peron est aujourd'hui trop faible et surtout trop divisé pour s'engager ouvertement dans une telle voie. Sans stratégie d'ensemble, il mène une politique au jour le jour visant à préserverune légalité institutionelle, qu'une avalanche de lois d'exception ont vidé de tout contenu, et derrière laquelle il multiplie les formes de répression sélective les plus sau -vages.
Militants révolutionnaires, dirigeants ouvriers combatifs en rupture avec la bureaucratie syndicale, mili -tants peronistes devenus opposants, journalistes ou artistes simplement considérés trop libéraux en sont aujourd'hui les victimes.
C'est par centaines que depuis un an se comptent les victimes de l'AAA (Alliance Anticommuniste Argentine), retrouvées toutes le corps criblé de balles ou carbonisé. C'est un puissant appareil policier para llèle, jouissant d'une totale complicité du pouvoir comme l'ont prouvé les assassinats de Silvio Frondizi ou du député Ortega Pena, enlevés ou abattus en plein centre de Buenos Aires.
C'est par milliers que se comptent les prisonniers politiques "mis à la disposition du pouvoir exécutif" qui attendent un hypothétique procès.
L'objectif de cette politique de terreur et de répres -sion, dont l'ampleur et la brutalité dépassent largement celle menée par la dictature militaire de Lanusse, est clair: écraser l'avant-garde argentine, éliminer les militants les plus conscients et les plus combatifs du mouvement ouvrier dont l'action, comme on a pu le voir dans de nombreux conflits récents, met en ques -tion le pouvoir et l'influence sur les travailleurs de la bureaucratie syndicale, pilier avec les Forces Armées m du gouvernement peroniste.
Pour justifier une telle politique, de telles méthodes, le gouvernement argentin, qui dans la propagan- t de officielle continue d se vouloir le "gouvernement
éditorial Suite de la page 32 du peuple" a recours à de vieilles méthodes: les luttes de l'avant-garde argentine ne sont pas, selon lui, enracinées dans les conditions objectives, les contradictions sociales du pays, mais seraient le produit d'un complot international, ourdi contre l'Argentine depuis l'étranger. C'est ainsi que sont à la fois justifiés et exploités les assassinats ou arrestations de nombreux militants latino-américains, chiliens, uruguayens, bresiliens, réfugiés en Argentine.
C'est ainsi que, récemment, à partir de. l'arrestation de 14 militants marxistes-révolutionnaires, dont deux ont été froidement abattus pour "tentative de fui -te", la police a annoncé qu'elle avait demantelé "l'instrument du complot terroriste preparé contre l'Argentine par la synarchie internationale de la IVè Internationale". Le grotesque de telles accusations n'effraie Evidemment pas ces spécialistes de la torture pour justifier leur action...
La dénonciation de la répression sauvage menée par le gouvernement argentin, la solidarité militante avec les travailleurs, l'avant-garde, toutes les victimes de cette politique, doit être une tâche prioritaire aujourd'hui.
Il ne faut pas laisser se créer en Argentine les con -ditions d'un nouveau Chili!
- Liberté pour tous les prisonniers politiques!
- Levée de l'état de siège et abrogation de la
"loi de sécurité"!
- Solidarité avec les mobilisations des travailleurs argentins!
- Solidarité avec toutes les victimes de la terreur
Get de la répression menées par l'armée, la police et les bandes parallèles au service de Lopez Rega et de Isabel Peron! Le 10 juin 1975