Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ESPAGNE

L'agonie du franquisme

Inprecor (première série) n° 29, 19 juin 1975 · p. 3 · 617 mots

État espagnol Syndicalisme Euskadi

L'état d'exception imposé par le franquisme en Euskadi (le Pays Basque) n'a pas pu empêcher la montée du mouvement de masse. En dépit des centaines d'arrestations, de la torture, des vexations, du quadrillage, et des attentats terroristes des bandes des polices parallèles d'extrême -droite, des dizaines de milliers de travailleurs on fait grève le 11 juin, en répondant à l'appel des commissions ouvrières, des groupes d'extrême-gauche, et des autres organisations politiques. Actuellement, on ne dispose que de renseignements très fragmentaires sur la grève générale. Mais les premiers comptes-rendus signalent que la grève a été suivie par plus de 50.000 travailleurs dans la province de Guipúzcoa et par plus de 20.000 en Biscaye. Dans quelques villes (Eibar), la grève a été pratiquement générale. Des assemblées générales ont eu lieu dans plusieurs usines.

La grève a eu lieu six jours après le procès contre Ignacio Garmendia et quatre de ses camarades, militants basques que le régime franquiste a voulu assassiner. Le procureur avait demandé la peine de mort pour Garmendia. Mais dans le contexte de la montée du mouvement de masse, dont une des revendications principales est la libération de Garmendia et ses camarades, la dictature a été obligée de reculer. Le 6 juin, le bureau du commandement militaire de Burgos annonça que Garmendia avait été condamné à 23 ans de prison ferme; les quatres autres avaient été condamné à des peines de 6 à 23 ans. C'est déjà un debut de victoire. Le dictature avait voulu la mort de Garmendia; mais le mouvement de masse a arrêté la main du bourreau.

Mais l'état d'exception reste en vigueur. D'autres procès sont envisagés, notamment contre Eva Forest et Durán, pour qui la dictature demande la peine de mort. Ces procès pourraient avoir lieu avant la fin de juin. Les procès, combinés avec l'état d'exception, constituent une épreuve de force entre la dictature et le mouvement de masse.

Si la terreur actuellement imposée en Euskadi demeure incapable d'écraser le mouvement de masse, et si la grève générale du 11 juin se transforme en un tremplin pour un nouveau bond en avant du mouvement de masse, la bourgeoisie espagnole pourrait bien mettre en marche son opération de "succession", en remplaçant le dictateur afin de dévier et canaliser le mouvement de masse. Mais la crise du régime franquiste et du capitalisme espagnol est tellement profonde , qu'on peut dire avec certitude que toute tentative de préserver le franquisme sans Franco, ou de faire reculer le mouvement révolutionnaire en accordant quelques concessions est condamnée à l'échec. L'opération de succession ne fera que donner une nouvelle impulsion au mouvement de

Dans ce contexte, l'organisation de la solidarité internationale avec le mouvement révolution -naire dans l'Etat espagnol est une tâche primordiale de tout le mouvement ouvrier international et surtout de son avant-garde. L'éclatement de la révolution dans l'Etat espagnol combiné avec la maturation d'une situation prérévolutionnaire au Portugal, entraînera d'importantes répercus -sions sur toute l'Europe capitaliste et même au-delà de cette région.

Nous publions dans ce numéro d'INPRECOR trois textes sur le mouvement révolutionnaire en Espagne: l'appel lancé par la Coordonnatrice d'Euskadi des Commissions ouvrières pour la grève générale du 11 juin; la résolution du Sécrétariat Unifié de la IVème Internationale sur la crise du franquisme et le programme de la IVème Internationale en Espagne; la déclaration conjointe des camarades de la LCR/ETA-VI et la LC (organisations sympathisantes de la IVème Internatio -nale) sur les "élections syndicales" organisées par la dictature.

Les numéros d'INPRECOR à venir donneront des informations supplémentaires sur la grève générale du 11 juin et sur l'évolution de la lutte pour le renversement de la dictature franquiste, première salve de la troisième révolution espagnole de ce siécle.

15 juin 1975

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