Les commentaires de la presse bourgeoise internationale sur les élections italiennes sont intéressants non pas tant pour les interprétations spécifiques qu'ils présentent que pour l'état d'âme général qu'ils traduisent. On perçoit, derrière certaines phrases auto-consolatrices sur le caractère particulier du Parti communiste italien (PCI) une profonde préoccupation qui frôle parfois l'effroi. Il n'est pas surprenant qu'il en soit ainsi. Au cours des derniers mois, sur la base d'une lecture un peu moins unilatérale de la situation économique, des articles étaient parus à l'étranger qui présentaient l'Italie comme étant en voie de guérison après une longue maladie. Et les limites des luttes ouvrières depuis l'automne, l'insuffisance, sinon l'inexsitence, d'une riposte des organisations ouvrières face à la récession, avaient représenté pour les bourgeois une nouvelle raison de reprendre confiance. Maintenant la désillusion est brûlante. L'Europe, déjà troublée par le réveil du volcan de la péninsule ibérique, craint que de nouvelles brèches ne s'ouvrent également en Italie. Ce qui est dès à présent certain, c'est que le 15 juin aggrave encore plus la crise de direction de la classe dominante au niveau du continent. Recherchant une raison d'espérer, le Corriere della Sera a écrit, pour sa part, que le 15 juin était une victoire du réformisme. On ne peut pas nier qu'il y ait une partie de vérité dans
PREPARER
LIVIO MAITAN cette affirmation. La révolte électorale contre la Démocratie-chrétienne (DC) trouve ses racines dans l'incapacité des gouvernements successifs de mettre en place quelque type de réforme que ce soit. Le succès du PCI récompense la force la plus consistante du camp réformiste. Mais une grosse question reste posée -et pour nous elle est fondamentale : quelle signification les larges masses ont-elles donnée au vote pour le PCI et pour la gauche en général ? Quelles répercussions les brillants résultats du 15 juin auront-ils sur leur état d'âme et sur leur maturation politique ? Pour les secteurs les moins politisés et les moins radicalisés de l'électorat du PCI, le vote a eu sans aucun doute une signification de protestation générale et exprime une volonté de changement. Comme nous l'avons dit, des états d'âme de ce type ont également été à la base de certaines espérances placées dans le compromis historique, qui est vu comme un moyen de sortir d'une situation intenable et une garantie, au moins relative, de renouveau. Cependant, le vote massif pour le PCI a un sens de classe plus précis et il y a des raisons précises qui expliquent pourquoi ce vote a eu lieu en juin 1975 alors qu'il n'avait pas eu lieu en 1972.
(1) Les stèges à pourvolr dans les assemblées régionales, qui étalent de 690 en 1970, sont passés à 720 en 1975.
Le 15 juin, plus de ll millions d'électeurs des voix dans les élections régionales et
32.7% dans les élections provinciales. La ter 1.683. 740 adhérents (contre 1.719.000 en 1945 et 2,145.000 en 1964).
Les raisons d'un vote
Nous en rappelerons deux, rents.
classe ouvrière industrielle, périphériques des masses travailleuses et des couches de la petite-bourgeoisie.
ces secteurs, la politisation et la radicalisation se sont produites plus tard qu'au niveau de la classe ouvrière des grandes industries et du mouvement des étudiants ; c'est pour - quoi elles n'avaient pas encore trouvé un reflet électoral en 1972, alors qu'elles l'ont trouvé, de façon visible, maintenant.
de concerne plus directement la classe ouvriè-
Face à l'attaque contre le niveau de vie re.
et contre l'emploi - - qui a été le fil conducteur de l'attaque patronale au cours de l'année passée - - on a vu crottre la compréhension de l'insuffisance des luttes revendicatives et des
PARTIS
D.C
P.C.I.
P S.I.
P.S.D.I.
P.R.I.
P.L.I.
M.S.I./D.N.
P.D.U.P
Divers gauche ...
socialiste ont voté pour le PCI. Le PCI a obtenu 33, 4% carte ci-dessus traduit l'influence électorale régionale du PCI. Ce dernier déclare compsur deux plans diffé-
La première concerne , plus que la des couches plus
Dans
La secon-
REGIONALES 70
VOIX
Sièges (1)
(:)
37,9
287
27,9
200
10,4
67
41
2.9
18
4,7
27
31
5,9
....
3,3
16
P.C.I.
: Démocratle chrétlenne.
Parti démocratique.
• Parti
P.h.
- P.D.U.P.
: Parti d'unité itallen/Drolte nationale.
5,7%
19,5%
33,9
58.4%
Livourne
46,5
Grossetto
46,2%
32.5%;
politiques d'ensemble.
tiques - - et, jà dit, générales"' qui prennent de plus ractère d'un rituel stérile.
base de l'interprétation de certains vrière s'était sérieusement réduit, sé. Au contraire, la classe ouvrière était plus prudente de reflux était un phénomène de maturation
LEGISLATIVFS 72
REGIONALES 1975
Volx
Nombre de voix
(=)
10 707 682
38,4
28.3
10 149 135
9,8
3 636 647
1 700 983
5,2
2.9
961 016
3,9
748 749
8,1
1 951 011
146 451
3,4
326 232 com muniste.
P.S.I.
Parti
P.L.I. : Parti libéral.
M.S.I./D.N.
prolétarlenne pour le communisme.
moins de 25% des voix de 25 à 30% de 30 à 35% de 35 à 45% plus de 45%
Grandes villes où le P.C.i. arrive en tête le 15 juin
-36,9%
Ancône
17,9%
ROME
28,5%
E3,5%
221%
27.1%
25,2%
229% batailles sectorielles, la nécessité de solutions
Cette compréhension a pu agir comme un frein à des mobilisations du type de celles de 1968-69 -- en combinaison avec la passivité des directions bureaucrade fait, comme nous l'avons déles mobilisations n'ont pas été très larges et combatives en dehors des "grèves en plus le ca-
Ce fait fut à la selon qui, sous les coups de fouet démoralisants de la crise, le potentiel combatif de la classe ou - sinon épuidans les mobilisations justement parce qu'elle se rendait compte de l'enjeu et ce qui pouvait sembler un phénomène
Sièges
35,3
277
33,4
247
12
82
36
5.6
3,2
19
2,5
11
6,4
40
0,5
1,1
P.S.D.I• Part
: Mouvement soclal
Le PDUP (Partito di Unità Proletaria - - Parti d'Unité Prolétarienne) était présent dans 10 régions sur les 15 où les élections avaient lieu (les régions dites à statut spécial n'ont pas voté). Dans certaines régions -- dont la Lombardie, la Campanie, le Latium, la Vénétie, l'Ombrie -- il a participé en bloc avec Avanguardia Operaia (le bloc s'appelait Democratie prolétarienne). A Turin il n'y a eu qu'une liste Avanguardia Operaia. Dans quelques régions les résultats ont été supérieurs à 2%. Mais c'est surtout à Milan que le succès a été incontestable : 3.7% avec trois élus sur 80 au Conseil municipal dans le centre politique le plus important du pays. Il vaut la peine de rappeler que dans certaines régions où le bloc électoral ne s'est pas réalisé, Avanguardia Operaia a appelé à voter pour le PCI et le PDUP a fait la même chose à Turin, n'appuyant pas la liste de Avanguardia Operaia. Les Gruppi Comunisti Rivoluzionari, section italienne de la IVème Internationale, avait appelé à voter soit pour le PCI soit pour les listes PDUP-AO. politique à large échelle. Le vote du 15 juin a également exprimé cette réalité. L'apparition à la surface d'une évolution spectaculaire des rapports de forces entre les classes et de la maturation politique de vastes masses prolétariennes représentera à son tour un très fort stimulant dans deux directions, toutes deux positives. La classe ouvrière aura encore plus confiance dans ses propres forces et sera donc décidée à faire valoir concrètement son poids spécifique social et politique accru. Parallèlement on assistera à une intensification du processus de maturation politique dans le sens que tous les problèmes tendront à se traduire en termes politiques généraux, en termes de choix politiques globaux, tendanciellement donc en termes de pouvoir. Sur ce terrain les liens entre les organisations réformistes et les couches les plus dynamiques des masses sont moins solides et plus précaires, dans la mesure où les réponses dont ces masses ont besoin ne peuvent pas être apportées par la politique des directions bureaucratiques. Il ne faut pas oublier, d'autre part, que des secteurs consistants des masses perçoivent déjà cette contradiction. C'est pourquoi une partie du vote au PCI ne doit pas être interprétée comme un vote d'adhésion effective, mais comme un vote pour l'organisation la plus forte en l'absence d'une alternative solide plus à gauche; c'est pourquoi également l'extrême-gauche a pu démontrer sa présence sur le plan électoral, présence non négligeable si on ne la considère pas globalement à l'échelle nationale, mais dans certains centres poli-
VOTANO tiques cruciaux. Vers la bataille des contrats La conclusion que nous tirons de toutes ces considérations est que les batailles qui s'annoncent pour les prochains mois, en premier lieu la grande bataille pour le renouvellement des contrats des principales catégories industrielles, se dérouleront dans un contexte favorable sous de nombreux aspects, c'est-àdire avec une classe ouvrière rassurée, consciente de sa propre force et de la faiblesse de l'adversaire, et pas disposée à continuer à faire les frais de la crise, ni à se contenter de miettes. La difficulté résidera dans ce qui constitue justement l'aspect de plus grande maturité de la situation : dans la nécessité d'assurer un débouché politique aux luttes et dans l'obstacle que continuera de représenter dans ce domaine la perspective minimaliste et de compromis des réformistes. Ceci sera le point crucial et c'est sur ce plan que se dessineront plus nettement les contradictions entre les réformistes et des secteurs croissants des masses. C'est donc également pour cette raison que les luttes de l'automne ont une très grande importance : parce qu'elles constitueront un élément significatif dans le processus de démystification du réformisme aux yeux des masses. cette démystification, l'adoption d'une plateforme et d'une ligne qui correspondent aux exigences de la classe ouvrière et visent à la maturation politique d'ensemble de la situation, n'auront pas seulement une importance pour la lutte au sein de la classe ouvrière pour
une direction révolutionnaire, mais également, plus directement, pour le développement d'une issue positive à la nouvelle vague de luttes.
C'est cette issue qui déterminera si, du 15 juin, on passera à une phase encore plus avancée de crise du système, qui pose en termes encore plus concrets la question du pouvoir, ou si on marquera le pas avec tous les dangers que cela implique dans une situation de tensions extrêmes comme la situation italienne actuelle.