Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PORTUGAL

Déclaration du Secrétariat Unifié de la IVème Internationale

· Inprecor (première série) n° 33, 11 septembre 1975 · p. 15-17 · 1 336 mots

Portugal IVe Internationale

La situation pré-révolutionnaire ouverte depuis le début de l'année 1975 au Portugal a connu une exacerbation marquée par la crise du gouvernement, la division croissante du MFA, les attaques fascistes dans le nord du pays, mais, surtout, par l'apparition massive du mouvement autonome des masses révélée par la manifestation du 20 août dont l'impact sur les organisations réformistes commence à se faire sentir. (1) La division du MFA, induite par la montée des luttes de classes, rend impossible la stabilisation d'une armée profondément minée par la crise du système hiérarchique, le débat et les divisions politiques (notamment autour du texte du COPCON et du "document des neuf"). A court terme, cette cassure de l'armée, dans le contexte de crise sociale généralisée, rend impossible un coup d'Etat réactionnaire sans risque de guerre civile. Devant l'incapacité du MFA de stabiliser sa fonction bonapartiste la bourgeoisie est passée à l'attaque sur plusieurs fronts:

- sur le plan international, par un chantage à l'étranglement économique de la part des puissances impérialistes européennes (à gouvernement social-démocrate ou pas), de même que par une pression financière et militaire de l'impérialisme américain sur le Portugal, sur les dépendances portugaises (Açores, Madère, Timor) et sur l'Angola.

- sur le plan national, par la jonction de fait entre les attentats terroristes, les mobilisations anti-communistes exploitant le mécontentement de la petite-bourgeoisie du Nord, ainsi que l'offensive politique et militaire combinant l'orientation de la direction du Parti socialiste (PS) avec les grandes manoeuvres de déclaration riat unifié nternationale

Melo Antunes et de secteurs de la hiérarchie militaire. (2). La manifestation du 20 août, réunissant 50 000 personnes dont plus d'un millier de soldats révèle la maturation de la combativité et l'élévation du niveau de conscience d'importants secteurs de la classe ouvrière, particulièrement dans les bastions ouvriers de Lisbonne et de la région sud. Le caractère radical des revendications avancées par ces secteurs pour l'expropriation de la bourgeoisie, le contrôle ouvrier, la reconversion de la production, met à l'ordre du jour, dans les faits, la nécessité d'une centralisation des organes autonomes des travailleurs (commissions de travailleurs, assemblées populaires, commissions de "moradores"'), afin de répondre à l'exigence d'une planification socialiste de l'économie. Néanmoins, il faut souligner l'actuelle limitation géographique, l'inégalité de développement et de fonction de ces organes. (3) La situation est ainsi caractérisée par une polarisation accrue au sein du prolétariat et de la bourgeoisie, sans que cela implique dans l'immédiat une modification qualitative des rapports de forces entre les deux classes fondamentales. Avec l'accentuation de la crise économique, provoquant une intensification des luttes ouvrières qui se heurteront à l'incapacité d'un gouvernement de satisfaire leurs exigences, émerge la possibilité de la transformation de la situation pré-révolutionnaire actuelle en une véritable crise révolutionnaire. Pour cela il importe que toutes les initiatives soient prises pour que se développent, se coor-

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donnent et se centralisent les organes autonomes des travailleurs, permettant de répondre dans les faits aux revendications des masses laborieuses et à la division de la classe ouvrière accentuée par les directions du PS et du PCP. A cette fin, il est nécessaire que soient prises en charge par les organes autonomes la défense et la généralisation du contrôle ouvrier, l'expropriation des capitalistes, l'armement du prolétariat, ainsi que des mesures instituant le monopole du commerce extérieur, l'approfondissement de la réforme agraire, la planificaFace aux tentatives du "groupe des neuf"' de réinstaurer la discipline dans l'armée, de mettre fin au début d'apparition des milices ouvrières, de stabiliser le MFA comme instrument de la hiérarchie, la liaison des soldats et officiers révolutionnaires avec les commissions de travailleurs, les commissions de "moradores", etc., ainsi que l'élection généralisée des officiers par les assemblées de soldats, sont d'autant plus impératives. De même, il est nécessaire d'avancer des mesures adéquates (soutien sélectif des prix, moratoire des dettes, crédit, liaison directe entre consommateurs et petits producteurs, etc.), afin de neutraliser l'utilisation par la réaction de couches de la petite-bourgeoisie, entre autres des minifundistes du Nord. Enfin, la centralisation des organes autonomes des travailleurs pour réaliser ces tâches prendra forme dans la convocation d'une Assemblée populaire nationale des délégués des commissions de travailleurs, des commissions de "moradores", des assemblées d'unités militaires et des assemblées populaires. (4) L'obstacle essentiel à la réalisation de cet objectif stratégique réside dans la politique de division des directions du PS et du PCP. La politique de la direction de la social-démocratie visant à stopper si manifestement le processus révolutionnaire commence à se heurter aux premières résistances de sa base ouvrière, malgré le sectarisme et les méthodes bureaucratiques mises en oeuvre contre le PS par la direction du PCP. Parallèlement, les zigzags de la direction stalinienne du PCP ont provoqué une désorientation de sa base au moment où émergeait avec force sur la scène politique une avant-garde ouvrière. Ainsi, non seulement est nécessaire, mais possible, une politique audacieuse de front unique ouvrier s'adressant au PS et au PCP pour consolider une riposte de la classe ouvrière dans son ensemble face à la réaction capitaliste, défendre ses conquêtes et favoriser le développement du processus révolutionnaire. Les organes autonomes des masses laborieuses sont le lieu privilégié pour la réalisation de ce front unique, dans la mesure où, dans leur forme actuelle, ils rassemblent déjà des travailleurs socialistes, communistes, révolutionnaires et sans parti. (5) L'accord unitaire du 25 août témoigne de la modification des rapports de forces entre l'avant-garde ouvrière et les appareils réformistes. Dans la conjoncture présente, la recherche d'un accord de front unique avec le PCP était politiquement correcte. Mais cet accord du 25 août ne répond pas aux exigences effectives de la situation.

a) L'accord avalise de fait la politique du PCP de soutien au gouvernement et de maintien de l'unité du MFA, justement au moment où celui-ci se déchire sous la pression de forces de classes antagoniques.

b) Il ne mentionne aucun objectif concret permettant d'unifier la classe ouvrière et de stimuler effectivement l'auto-organisation et l'auto-défense des travailleurs.

c) Par cette absence et l'inexistence de propositions en direction du PS, qui rassemble près de la moitié du prolétariat, l'accord entérine la division actuelle du mouvement ouvrier et ne contribue pas à surmonter cet obstacle majeur au développement du processus révolutionnaire.

d) L' "accord unitaire" envisage en outre la création d'un "front" dans lequel se trouve inclu le MFA au même titre que les organes autonomes, les partis politiques et les organisations révolutionnaires du mouvement ouvrier. Ceci non seulement apparait comme avalisant le projet du PCP de création d'un "front populaire démocratique et socialiste" mais s'inscrit aussi dans la perspective d'intégration des organes autonomes en opposition à leur autonomie réelle face aux institutions de l'Etat bourgeois.

e) L'accord pouvait ainsi, comme lors de la manifestation du 28 août, facilement servir les objectifs de la direction du PCP d'utiliser le poids de l'avant-garde ouvrière pour négocier dans de meilleures conditions des compromis au niveau de l'appareil d'Etat, du gouvernement, de l'armée, du MFA. Or, le rapport de forces permettait aux révolutionnaires de saisir cette occasion pour amener le PCP à se déterminer sur la mise en pratique des tâches essentielles nécessaires à la progression de la révolution. Encore une fois, ici, le manque d'objectifs concrets et les concessions faites à l'orientation du PCP empêchent de tirer clairement devant les masses les leçons de la politique de la direction du PCP et de la rupture du "front"'. (6) Dans la contre-offensive ouvrière et popu-

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laire, s'appuyant sur la dynamique du mouvement de masse, les militants trotskystes de la LCI seront au premier rang des initiatives favorisant l'extension, la généralisation et la centralisation des organes autonomes des travailleurs, ainsi que leur auto-défense. C'est par la capacité des marxistes-révolutionnaires à remplir ces tâches que pourra se développer le parti révolutionnaire, indispensable à la victoire de la révolution socialiste portugaise. La IVème Internationale, l'ensemble de ses sections et de ses organisations sympathisantes, par tous les moyens à leur disposition, soutiendront les camarades de la LCI et impulseront toutes les mobilisations de solidarité avec la lutte révolutionnaire des travailleurs portugais. le 2 septembre 1975

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