PACO ROBS Il y a un an, tout laissait présager en Espagne un effondrement imminent du régime franquiste : l'impact colossal des évènements du Portugal, la maladie brutale de Franco, l'offensive politique lancée par le PCE en constituant la "Junte Démocratique".(l) Tout annonçait la fin prochaine de la plus vieille dicAujourd'hui, la révolution portugaise piétine et menace de s'enliser malgré les progrès décisifs qu'elle a accomplis en un temps remarquablement bref; Franco a largement repris en main les rênes du pouvoir et redonne vigueur à l'extrême-droite fascisante ; la "Junte Démocratique" se heurte sur son terrain à la concurrence de la "Convergence démocratique" mise en place par le PSOE, toutes deux cherchant en vain par des combinaisons de couloir à précipiter en douceur le passage à une démocratie bourgeoise libérale. Quoique aux portes de l'agonie, la dictature espagnole semble trouver ainsi un second souffle dans une répression dont la violence et la férocité avaient été rarement égalées ces dernières années. C'est dans la puissante montée des luttes de classe dont le Pays Basque est la pointe avan-
ESPAGNE
DIFFICILE
cée (voir ci-joint la déclaration de la LCR-ETA (6) concernant la grève générale au Pays Basque), c'est dans l'accélération de la crise de la dictature à l'heure où apparaissent des fissures au sein même de l'armée, qu'il fautchercherles raisons du durcissement actuel du régime et comprendre qu'aussi dangereux qu'il soit, il ne peut être qu'éphémère. Le régime s'installe dans l'état d'exception Au cours de l'été les arrestations se sont multipliées contre les militants de l'ETA (V), du FRAP (2), de l'UPG (3). Un des principaux dirigeants de l'ETA (V), "Wilson", est tombé entre les mains de la police qui le considère comme l'organisateur de l'attentat contre Carrero Blanco. Nul doute que la peine de mort sera prononcée contre lui, de même qu'elle a été requise contre 5 militants du FRAP accusés d'avoir abattu un policier à De plus, lors d'un récent conseil des ministres, Franco a fait adopter un décret-loi qui en suspendant deux articles de la Constitution garantissant l'inviolabilité du domicile privé et limitant à 72 heures la garde à vue sans inculpation, instaure de fait un état d'exception pour deux ans dans toute l'Espagne.
OBREROSYE NUmTE
ESTADO-EXCEPCION CONTRA EL
Dans l'appareil d'Etat, l'extrême-droite revigueur. Ce refuge dans la terreur ne saurait pourtant offrir d'issue au régime. Dernier recours de la dictature, l'armée à son tour est touchée. Même l'affaire semble aujourd'hui étouffée, l'arrestation de 9 officiers au début du mois d'août a révélé l'existence d'un courant structuré en son sein qui s'oppose au régime franquiste, l'Union militaire démocratique. Cette organisation à laquelle le travail du PCE ne semble pas étranger regrouperait près d'un millier d'officiers. Bien qu'une liste de 300 d'entre eux soit tombée aux mains de la police, aucune sanction n'a pu être prise à leur encontre. Le régime est miné jusque dans ses derniers appuis. A l'heure de la révolution portugaise Les évènements du Portugal ont une répercussion directe en Espagne. Puissant accélérateur de la crise de la dictature franquiste dans sa première phase, la révolution portugaise, par ses conquêtes comme par ses incertitudes pèse sur la situation actuelle. Les partis réformistes, le PCE en premier lieu, croyaient y trouver d'abord une confirmation éclatante de leur politique : il était possible de passer en douceur d'une dictature décadente à un régime de démocratie bourgeoise sans déclencher un processus révolutionnaire qui mette directement en cause la propriété privée des moyens de production et l'appareil d'Etat bourgeois. Depuis les évènements du l1 mars et l'accélération brutale de la révolution portugaise, les candidats au rôle de Spinola se font plus rares et plus discrets les bourgeois libéraux qui acceptent d'ores et déjà une alliance avec les partis La Junte Démocratique constituée il y a un an est à la recherche d'un deuxième souffle. Le PCE s'efforce de convaincre la bour -geoisie qu'elle a tout intérêt à précipiter la relève de la dictature sous peine de devoir la réaliser demain dans des conditions autrement difficiles, face à un mouvement de masse beaucoup plus puissant. Mais celle-ci fait montre d'un réflexe de classe élémentaire en reculant devant la menace déjà présente d'une classe ouvrière qui a suffisamment fait la preuve ces derniers temps de sa force, de sa combativité et de sa maturité. Par ailleurs, la division profonde au sein du mouvement ouvrier au Portugal rejaillit également en Espagne. Le PSOE qui avait refusé de s'intégrer à la Junte Démocratique vient de constituer la "Convergence Démocratique"', sur un projet de collaboration de classe tout à fait semblable, avec l'appui de certains secteurs de la démocratie-chrétienne, du Parti carliste et de deux organisations maoIstes, le MCE et l'ORT. La présence de ces deux organisations révolutionnaires, parmi les plus puissantes de l'extrême-gauche, notamment en Euskadi où elles dirigent les commissions ouvrières, apporte au PSOE une caution de gauche et une influence dans l'avant-garde ouvrière, assez inespérées. L'encouragement puissant qu'avait signifié le début de la révolution portugaise perd beaucoup de sa force face à cette division du mouvement ouvrier et à la politique de collaboration de classe où l'engagent ses organisations dans leur quasi totalité, qu'elles se trouvent dans la Junte ou dans la Convergence démocratique. En s'efforçant de maintenir le mouvement de masse dans un rôle de pression sur la bour -geoisie, en refusant de le mobiliser directement dans un assaut généralisé contre la dictature, les directions réformistes du PCE comme du PSOE offrent au régime un sursis inespéré. Le temps que s'abatte encore combien de fois la hache du bourreau ? le 3.9.1975 NOTES (1) La Junte Démocratique constituée en août 74 à l'initiative du PCE regroupait notamment des secteurs de la démocratie-chrétienne, le parti carliste qui l'a quittée depuis et deux organisations d'extrême-gauche maolstes, Bandera Roja et le Parti du travail (ex-PCI). Bandera Roja a depuis fusionné avec le PC. 2) FRAP : Front révolutionnaire anti-fasciste et patriote. Organisation créée par les maoIstes du PCMLE. (3) UPG : Union du peuple de Galice. Organisation autonomiste liée à l'ETA (V).