FRISOR
CHILE
IED MED JUNTAN
1 SUEDE contre la junte chilienne
Le 20 septembre le village de Bastad, l'endroit de vacances le plus luxueux de la bourgeoisie suédoise se transforma en lieu de rassemblement d'une des plus importantes manifestations de solidarité avec le Chili qui se soit jamais tenue en Suède. Environ 7000 manifestants vinrent de tout le pays : 1200 de Stockholm, à 600 km, 1500 de Göteborg (à 200 km) et même 100 de Umea (à 1200 km). Au total 100 autocars de manifestants envahirent ce petit paradis bourgeois. Il y avait aussi 150 personnes venues du Danemark et des groupes plus petits de Finlande et de Norvège. Pourquoi Bastad? Parce que refusé de boycotter le match, et ceci fut considéré par le mouvement de solidarité avec le Chili comme une provocation ouverte, permettant à la Junte chilienne de gagner quelques points au niveau international. De plus, un des joueurs chiliens, James Fillol, fut un partisan actif de l'extrême-droite même avant le coup d'Etat de 1973. Entre autres choses, il donna de larges sommes d'argent à la grève des propriétaires de camions peu avant le renversement du gouvernement d'Unité Populaire. La mobilisation fut rendue possible par l'exis-
KIMP MOT FRSCER
aren er uill tence permanente d'un fort mouvement de solidarité avec le Chili. Ceci était déjà apparu le Il septembre, pour le deuxième anniversaire du coup, quand 7000 manifestants se rassemblèrent à Stockholm et 8000 dans d'autres villes. Les comités Chili utilisèrent ces manifestations pour mobiliser pour le week-end suivant, autour du mot d'ordre : "Empêchons le match". Ce slogan et d'autres questions (la situation au Chili par exemple), devinrent les sujets les plus discutés dans la presse, à la radio et à la télévision pendant le mois qui précéda le match. Il y avait une raison spéciale à cela. En mai 1968 l'extrême-gauche avait empêché le déroulement d'un match contre la Rhodésie en envahissant le stade. Un des résultats de cette action fut que, mis à part quelques vieux conservateurs que personne n'écoute, nul ne continua à affirmer que le sport et la politique étaient choses séparées. Cette fois-ci, la presse bourgeoise et les sociaux-démocrates décidèrent d'affronter le mouvement de solidarité avec un argument plus subtil : "Evidemment, nous sommes tous d'accord que le régime chilien est épouvantable, et
----- photo credits and running heads -----
TLAS
nous devons le montrer en manifestant contre le match. Mais vous êtes des terroristes qui veulent utiliser la violence pour arrêter le match.
Vous violez ainsi le droit démocratique de réunion (à savoir le match !) et ceci montre votre propre caractère anti-démocratique". C'est avec cet argument que les sociaux-démocrates accusèrent les comités Chili de diviser le mouvement de solidarité et ils organisèrent leur propre manifestation deux jours avant le match. Ils visaient par là à diviser et à désorienter la mobilisation. Mais ils s'appuyèrent par un second argument plus solide : 1500 policiers à cheval, avec des chiens et l'équipement anti-émeutes, des hélicoptères, furent envoyés dans le village de Bastad. Le gouvernement annonça qu'il ne pouvait donner aucune garantie qu'il n'y aurait pas de blessés graves ou même des morts, essayant ainsi d'effrayer les gens pour les empêcher de participer à la manifestation. Mais cette double tactique du gouvernement social-démocrate échoua totalement. En effet, 1) la population au Chili même fut informée de la mobilisation de solidarité. Les mots d'ordre, nombre d'entre eux criés en espagnol, pouvaient être entendus à la télévision chilienne qui filmait le match. Plusieurs centaines de ballons rouges, portant chacun le nom d'un chilien assassiné par la Junte, furent lâchés par les manifestants et le commentateur de la télévision chilienne fut obligé d'expliquer qu'il y avait une manifestation contre le match organisée par des "marxistes payés"'. La presse de la Junte essaya de rassembler la petite-bourgeoisie dans une campagne nationaliste contre la Suède dans son ensemble, mais on peut être sûr que les informations données par la Junte pour expliquer cette campagne furent un encouragement pour tous les travailleurs opprimés du Chili. 2) les pressions visant à obliger le gouvernement suédois à prendre des mesures concrètes se sont accrues. Pour l'instant seuls les dockers boycottent tout le matériel chilien, 3) bien que la manifestation n'ait pas réussi à arreter le match à cause de la mobilisation policière massive), cette mobilisation fut considérée comme une victoire. Le match de tennis devint une question secondaire. "Les manifestants ont remporté le match" titrait le "Dageus Nyheter", le principal quotidien bourgeois. Certains commentateurs bourgeois demandèrent même s'il était correct d'avoir dépensé un million de dollars pour mobiliser une force de police aussi grande contre des manifestants qui avaient annoncé qu'ils n'allaient pas à Bastad pour affronter la police. 4) la manoeuvre scissionniste des sociaux-démocrates échoua totalement. Mille personnes seulement participèrent à leur manifestation deux jours plus tôt. La presse en parla à peine.
Le problème qui se posait aux sociaux-démocrates fut assez bien résumé par un journaliste socialiste : "Nous avons de mauvais contacts avec la jeunesse. Nos meetings et manifestations regroupent principalement des retraités". 5) la manifestation fut aussi une victoire pour ceux qui ont une conception correcte de l'unité d'action, ce qui est très important étant donné la tradition sectaire établie dans la gauche révolutionnaire par les groupes maoistes et le PC. Cette fois-ci les manoeuvres sectaires des maoistes et du PC furent déjouées dans l'action. Le groupe maoiste SKP (Parti communiste de Suède) changea trois fois de ligne au cours des semaines qui précédèrent la manifestation. Tout d'abord ils expliquèrent que le Chili était un "'Etat légitime" et que le match devait donc se tenir. Ils expliquaient que les deux ennemis étaient les deux super-puissances et que la mobilisation était une diversion par rapport à la lutte contre ces super-puissances. ,Après s'être complètement discrédités par cette position, les dirigeants du SKP décidèrent que, bien que le match devrait y avoir une manifestation contre le match. Mais cette position ne freina pas la pression exercée par leur base et par la mobilisation elle-même. Ils décidèrent finalement à la dernière minute qu'il fallait empêcher le match. Le PC ne fit guère mieux. Le PC participa à la propagande et à la mobilisation visant à empêcher le match, mais fit une manoeuvre scissionniste à la dernière minute. La pression exercée par les sociaux-démocrates et la bourgeoisie, qui accusaient le PC de participer à la préparation d'une manifestation violente amena le PC à scissionner les nités Chili sur la question de savoir si le service d'ordre de la manifestation devait ou non porter des casques et avoir des barres de fer. Le PC accusa les comités Chili d'utiliser une tactique qui risquait de provoquer la police et les réactionnaires locaux. Le PC voulait au contraire avoir un service d'ordre sans protection, ce qui aurait donné une réelle possibilité aux bandes réactionnaires d'attaquer. Le PC ne comprenait pas que c'étaitla présence des manifestants qui représentait la réelle provocation pour les réactionnaires locaux. Le résultat de la politique du PC fut une manifestation séparée, 200 mètres derrière la principale. Le PC regroupa un millier de personnes. La défaite des pratiques sectaires des maoistes et du PC représente une victoire importante pour la gauche anti-stalinienne en Suède et en particulier pour le Revolutionara marxisters forbund (Ligue marxiste révolutionnaire, section suédoise de la IV° Internationale) qui fut une des forces principales de la mobilisation.