PS. La hiérarchie est passée le 3 octobre à l'offensive. Dans le CICAP (Centre d'instruction des conducteurs automobiles de Porto) un vote unanime en assemblée générale (312 pour, 6 abstentions, 0 contre) s'opposa à une
VI GOUVE
UNE PR
L'investissement des stations de radio et de télévision, à Lisbonne, a totalement échoué. Sur le plan militaire, les soldats des unités d'occupation se sont solidarisés avec les travailleurs de l'information (voir notre article dans ce numéro . "Une armée qui dit non ! "). Sur le plan politique, le gouvernement s'est vu obligé, après trois jours, à renoncer officiellement à l'application de la censure et de se rabattre sur le décret-loi sur la presse jamais respecté jusqu'à présent. Ainsi, l'hebdomadaire O Jornal pouvait écrire dans son éditorial du 3 octobre : "Le nouveau gouvernement s'approche de sa deuxième semaine d'existence sans avoir encore pu appliquer le minimum du programme qu'il annon-
: Le quotidien de Raoul Rego (ancien directeur de Republica), à sa manière, indique la raison essentielle de cette incapacité : "Les militaires sont payés par le peuple, tout le peuple, conservateur et révolutionnaire, pour nous donner à tous une sensation de sécurité (sic). S'ils accomplissent leur devoir de citoyens et n'exigent pas seulement des droits révolutionnaires, ils doivent exécuter la mission qui leur est confiée : c'est-à-dire mainte nir la sécurité. En restant les bras croisés devant un incendie qui déshonore la communauté (allusion au refus du RALIS de protéger l'ambassade d'Espagne), ils manquent à leurs obligations de militaires et se transforment en contre-révolutionnaires (sic!) parce qu'ils laisse la communauté à la merci d'un quelconque aventurier ou criminel'. (Editorial de A Luta du 2 octobre 1975). Tous les projets annoncés avec éclat par le sixième gouvernement, dans l'immédiat, se réduisent à une seule préoccupation : reprendre l'armée en mains, pour remédier - - comme le dit le mensuel réactionnaire Economia e Finançias - - à une "situation originale : les soldats détruisent l'armée". Les réunions de mesure d'épuration à gauche contre deux lieutenants et 5 soldats. De Lisbonne l'état-major décide de dissoudre le CICAP. Face à la résistance des soldats il fera intervenir des commandos du COPCON contre ces soldats.
RNEMENT:
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DEFAITE
C. MICHALOUX A.UDRY l'état-major se multiplient. Les commandants mis au chômage par leurs soldats viennent à Lisbonne chercher des recettes pour revaloriser la hiérarchie militaire. En deux semaines, ce gouvernement est clairement perçu, par de larges masses, comme un gouvernement de droite. L'échec cuisant que lui ont infligé les soldats a joué un rôle décisif pour mettre en relief la nature de sa politique. En ce sens, l'action résolue des soldats a mis encore plus le PCP dans une position de porte à faux, avec sa politique d'appui critique à Pinheiro de Azevedo. Mais si cette défiance, cette opposition existent, le mouvement de masse, sur le plan d'ensemble, n'atteint pas un niveau d'initiative comparable à celui dont ont fait preuve les soldats. Plusieurs facteurs contribuent à contenir les masses dans une attitude encore largement d'expectative. La capitulation du PCP, de l'Intersyndicale, en est un. L'incapacité de l'extrême-gauche à fournir des objectifs concrets qui permettent à l'avant-garde large d'entraîner des secteurs plus importants en est un autre. Mais à cela s'ajoute un phénomène complexe. La première initiative importante du gouvernement est brisée par la riposte des soldats. Dès lors, l'offensive bourgeoise ne se concrétisera pas pour les masses comme une menace qui les frappe directement et ne stimule pas une contre-offensive qui leur fasse franchir un pas décisif dans le domaine de l'auto-défense ou dans celui de mobilisations généralisées et coordonnées. La fermentation réelle qui existe n'aboutit donc pas à une centralisation des organes de "pouvoir populaire", bien qu'une tendance dans cette direction s'affirme à l'échelle de zones. La reconquête de la discipline Le 30 septembre, devant la manifestation du
PS, du PPD et du PCP(m-l), le premier ministre Pinheiro de Azevedo s'écriait : "La reconquête de la discipline est notre objectif principal". De Moscou, Costa Gomes lui faisait écho : "Notre indépendance est importante, mais encore plus importante aujourd'hui est la discipline, l'ordre et le respect de l'autorité" (Diario de Noticias, 3 octobre 1975). Le Vice-Amiral et le Général sont obsédés par leurs soldats. A la veille de la manifestation du SUV (Soldats unis vaincront) à Lisbonne, sous la direction de Fabiao, 24 commandants de régions militaires se réunissaient le 24 septembre. Ils pensaient encore regonfler le MFA pour une dernière tentative de contrôle des rangs de l'armée, Ils décidaient que "Les organes du MFA au niveau des unités et des régions militaires vont être revitalisés, amplifiés, dynamisés, afin de garantir la nécessaire discipline et cohésion des Forces armées évitant ainsi la création d'organismes parallèles dans les casernes". Croyant aux vertus miraculeuses de la contre-information, ils décident de mettre sur pied un "cabinet de presse" développant "'une activité de clarification des décisions militaires auprès de l'opinion publique". Aujourd'hui, le corps des officiers cherche à recentraliser les énergies, à retrouver sa cohésion pour créer les conditions d'une riposte plus ferme , éloignée des grandes exhortations sur la "dynamisation du MFA" qui devrait "éviter la création d'organes parallèles". En outre, il ne vise plus, pour l'instant, à reconquérir l'armée mais cherche à dégager des troupes sur lesquelles les autorités ont prises. Le 2 octobre, Pinheiro de Azevedo se réunit avec les trois chefs de l'état-major, les commandants du COPCON et de l'AMI, et les commandants de la PSP et de la GNR. Au centre de la discussion se trouve la préoccupation de réussir à constituer un regroupement d'unités "sûres" et de définir de nouvelles tâches de maintien de l'ordre pour la PSP et la GNR. Le Conseil de la Révolution avalisera ces mesures. Au soir du même jour, une "assemblée générale des délégués des officiers de la marine" - - officiers dont la réputation de "gauche" semblait établie - - approuve à une large majorité une motion d'appui aux mesures du premier ministre. Dans les considérants, il est souligné que : "La récente irruption de revendications excessives parallèlement aux incitations systématiques à l'insubordination au sein des Forces armées et à la désobéissance civique généralisée, constituent un défi frontal à la capacité du MFA et du gouvernement de conduire le pays vers le socialisme". Le texte continue ainsi : "Les actions décidées jusqu'à présent par le premier ministre et le président de la République en exercice, avec l'aval du Conseil de la Révolution et du gouvernement, ne peuvent produire un effet durable et positif que si tout l'appui, la confiance et la communauté de vue de leurs compagnons d'armes, quelle que soit leur échelle hiérarchique, se réitèrent aux responsables supérieurs de ces décisions" On voit combien la croissance de l'activité autonome des soldats accélère le processus de recomposition de la hiérarchie, combien ces officiers professionnels, réputés "révolutionnaires" , comprennent la nécessité d'une attitude homogène face aux décision du gouvernement. La revendication de cette asseriolée, que cette motion soit diffusée par les moyens d'information, montre la valeur d'exemple que les officiers de la marine - - hier encore considérés comme des brebis galeuses par la hiérarchie militaire - - attribuent à leur position. Ce mouvement de recomposition de la hiérarchie est porteur d'une dynamique qui pourrait rapidement déborder les tenants d'un MFA "socialisant" et laisser l'initiative à ceux qui, depuis toujours, se sont montrés partisans d'une stricte discipline militaire évacuant tout débat politique des rangs de l'armée. Ces derniers passent déjà à l'attaque. Le 2 octobre GDACI (Groupe de détection, d'alerte de contrôle et d'interception des Forces aériennes) de Monsanto , les capitaines Sobral Costa et Sousa Fereiria ont été limogés par le commandant. Le premier est un signataire du document Melo Antunes. A juste titre, son épuration fut comprise par les soldats comme une initiative réactionnaire. En assemblée générale ils ont soutenu ces officiers et refusé d'intégrer l'AMI dont leur unité était une des composantes. La direction du PS, dans la foulée de sa campagne pour la loi et l'ordre va jusqu'à organiser une manifestation de soutien aux commandos d'Amadora, seule troupe de choc sur laquelle le gouvernement peut compter à Lisbonne. PS déclare que le réactionnaire Jaime Neves est "victime d'une abjecte campagne de calomnies... Cette campagne s'intègre dans les manoeuvres visant à semer l'indiscipline et la confusion dans les Forces armées, avec l'objectif de détruire certaines unités militaires et d'en mettre d'autres au service d'un groupe minoritaire putschiste. Les commandos ne sont pas réactionnaires, ils sont avec le peuple et la révolution... Elle a besoin de forces armées et disciplinées comme le sont les commandos" (A Luta, 3 octobre 1975). Espérons que les militants du PS n'aient pas à méditer un jour ce genre de bêtise au Campo Pequeno, sous la surveillance de commandos unis et disciplinés. Vive l'amiral sans peur! Face à la crise de l'armée et face à l'impuissance du gouvernement, le PS s'effraie. Pour contre-balancer les mobilisations immédiates de l'extrême-gauche contre les mesures d'occupations, est convoquée, le lendemain, une ma-
nifestation d'appui à Pinheiro de Azevedo. Le PPD ne manque pas d'y apporter son soutien. Le CDS fait de même, mais cache son emblème, à la différence du PCP (m-l) dont le contingent de 150 militants défile sous le mot d'ordre : "Pas un seul social-fasciste dans l'appareil d'Etat" ! Le PPD ne se contente plus de participer au gouvernement, pour la première fois dans la rue, depuis Palma Carlos, il l'appuie
Un mot d'ordre est repris par tous les manifestants : "'Pinheiro de Azevedo, en avant, sans peur !" Le PS est apparu comme la force la plus capable de mobiliser. En fait, ses rangs étaient plus restreints que lors des manifestations convoquées après la démission du 4ème gouvernement : 30 000 personnes au maximum. Il est vrai que ces 30 000 se sont transformées aisément en 150 000 pour les dirigeants du PS. La petite-bourgeoisie et les employés des services formaient la quasi-totalité des troupes. Sur ce terrain, le PS, à Lisbonne comme à Porto, entralne difficilement les ouvriers. Ceux qui ont voté PS ou en sont membres le suivent dans l'activité syndicale - - où l'accent est mis sur la "démocratie syndicale" contre le controle bureaucratique du PCP sur l'Intersyndicale - - mais ne viennent pas soutenir le Vice-Amiral. Sa capacité de mobilisation ressortit d'autant plus que l'extrême-gauche se montra incapable d'utiliser le potentiel de ses forces, significatives, pour riposter en termes concrets aux du gouvernement, et que le PCP ordonna à ses militants de ne pas participer au rassemblement du 29 septembre devant le ministère de l'information. Après avoir constaté que l'Amiral n'avait pu appliquer sa politique malgré le soutien du "peuple en lutte", qu'étaient sensés représenter les manifestants du PS, la direction Soares chercha à renverser la vapeur en créant de toute pièce une raison suffisamment dramatique pour que les militants démoralisés par l'inefficacité de leurs solutions se remobilisent. Dans la nuit du ler au 2 octobre, il multiplia les appels à barrer la route , y compris par des barricades, à un mystérieux coup d'Epaysans de l'Alentejo sur Lisbonne. Le PS leurs de Porto et de Lisbonne ne bougèrent pas. Les liens entre une partie de la base ouvrière et la direction du PS, dans cette conjoncture, se sont détendus. Ce gouvernement, leur apparaft, pour beaucoup, comme prêt à mettre en question leurs conquêtes. Le refus de satisfaire les revendications de l'ADFA, "parce que cela nous conduirait à devoir satisfaire les revendications d'autres secteurs de la société"', selon les termes du ministre socialiste Almeida Santos, a joué un rôle dans les doutes surgis au sein des rangs ouvriers du PS sur la politique d'un gouvernement à majorité socialiste. C'est ici que le sectarisme de l'extrême-gauche concourt à ne pas élargir les fissu-
En effet, le dominante de la politique du FUR (Front d'Unité Révolutionnaire) consiste à affirmer que "pour écraser le fascisme, il faut vaincre la social-démocratie". Le FUR est incapable de comprendre les contradictions existant entre le projet du PS de stabiliser une démocratie bourgeoise formelle, avec les tâches de répression qui en découlent, ainsi que les rapides débordements sur la droite, et sa composition largement ouvrière à l'échelle nationale. Le sectarisme du FUR, comme l'ostracisme des militants du PCP envers les travailleurs du PS, ne permettent pas de transformer leurs doutes en une défiance radicale envers le gouvernement et la direction socialdémocrate. L'occupation militaire pour l'ordre démocratique Face aux mesures d'occupation, le PCP resta les bras croisés. Dans un communiqué daté du 29 septembre il déclare que des "mesures d'une telle gravité et répercussion dans la situation politique actuelle complexe et dange-
Sont été prises sans aucune consultation du PCP qui possède à la fois une force politique influente et certaines responsabilités gouvernementales". Le PCP, face à une épreuve de force centrale, a reculé très rapidement. Il s'est empressé de mettre fin aux intentions de grève générale évoquées par des secteurs de l'Intersyndicale le 29 au matin. Un seul mot d'ordre à ses militants : "Ne sortez pas !". Alors que les travailleurs de la radio et de la télévision n'avaient évidemment pas fait appel à la troupe, le PCP déclare en termes abstraits et ambigus : "Des mesures d'intervention militaires peuvent se justifier pour la défense de la révolution (thème universel évoqué par Azevedo et Soares !) et de l'ordre démocratique". L'essentiel de la politique du PCP réside dans la double affirmation de la nécessaire unité du MFA, où les gonçalvistes trouvent leur place, et d'une redistribution des postes ministériels qui permettrait de redoubler "l'autorité des organes de pouvoir' et susciterait un "élargissement réel de leur base d'appui"'. L'éditorial de Avante affirme : "Pour l'établissement d'une véritable autorité et discipline dans les Forces armées, la structuration du MFA exige non pas la consommation d'une rupture entre secteurs qui, en dépit de leurs différences d'opinion, se trouvent avec le processus révolutionnaire, non pas les positions hégémoniques de telle ou telle tendance et une ligne de répudiation des autres, acompagnée d'une épuration à gauche, mais le rapprochement et la réu-
Pendant la conférence de presse du Front d'Unité Révoltionnaire : de gauche à droite, Ezequiel Vicente, du MDP/CDE, Fransico Vale, de la LCI, Pedro Goulart, du PRP/BR, Afonso Barros, du MES, Fernando nification des principales tendances en vue de défendre les libertés et de construire un régime démocratique, de combattre en commun contre le danger de la contre-révolution fasciste" (2 octobre 1975). Avec une telle option, il n'est pas étonnant qu'un consensus se soit établi dans l'assemblée générale des délégués de la marine entre les secteurs de droite et les ex-champions du gouvernement Gonçalves, et que le PS se soit montré enchanté des "progrès" effectués par ces marins! Face à la création de l'AMI, le PCP adopte une attitude identique : "Une force d'intervention pour assurer l'ordre démocratique doit nécessairement être une force au service de la démocratie, caractéristique essentielle pour qu'elle puisse accomplir sa mission.' Le PCP ne veut à aucun prix contribuer à déclencher une mobilisation centrale qui déboucherait sur une confrontation avec le gouvernement, la bourgeoisie et la hiérarchie militai-
Néanmoins, il doit tenir compte de l'explosion du mouvement autonome des soldats. A la fois pour riposter au SUV et répondre à cette pression, il lance l'ARPE (Action révolutionnaire des soldats de l'armée de terre) dont le premier manifeste déclare : "De quoi ont peur ces messieurs ? Ils craignent que les soldats et les militaires révolutionnaires prennent définitivement en mains la dégradation de l'armée bourgeoise et fassent surgir une armée démocratique et révolutionnaire au service de notre peuple". Dans l'Intersyndicale de même, face à la contestation de sa ligne par les courants de gauche, les membres du PCP se trouvent contraints
Marquez, de la LUAR, et Rui Carneiro, du FSP.
de préconiser : "le contrôle ouvrier dans tous les secteurs de l'économie, l'établissement d'une activité révolutionnaire qui n'ait rien à voir avec les mesures déjà prises, qui doit se mettre au service et sous le contrôle des soldats, marins, et organes de pouvoir populaire". En même temps, dans cette intervention au meeting de commémoration du cinquième anniversaire de l'Intersyndicale, Jaime Macado demande : "'L'élargissement du gouvernement aux forces populaires", reprenant ainsi l'orientation dominante du PCP. re période, pour manifester sa capacité de mobilisation et ne pas prendre de risque sur le plan politique central, le PCP a surtout fait donner de la voix dans l'Alentejo. Au moment de la formation du gouvernement, la direction avait eu de grandes difficultés à faire passer sa ligne de semi-participation, semiopposition auprès de nombre
Des militants ouvriers avaient même pu commencer à voir dans l'alliance avec le FUR un embryon de politique alternative face aux oscillations du PCP. Mais la politique aventuriste de certaines organisations du FUR, qui est aussi partiellement celle du FUR, permet à la direction du PCP de faire une contre-attaque et de chercher à rétablir son autorité auprès de sa base, La dénonciation fait même sa réapparition dans les éditoriaux de Avante : "La contre-révolution et la provocation pseudo-révolutionnaires disposent de mercenaires et d'aventuriers étrangers qui s'établissent au Portugal sans aucun contrôle".
Des occasions manquées Le matin du 29 septembre, le FUR a réagi immédiatement. Malheureusement il adopta une position alarmiste vouée par avance à l'échec. Le tract qu'il distribua décrivait la situation en termes de contre-révolution imminente, de quasi-coup d'Etat : "Alerte ! A la classe ouvrière, aux travailleurs, aux soldats et marins ! Mobilisons-nous pour écraser la contre-révolution ! La contre-révolution ne passera pas !". Dans le même tract, on annonçait que "cette agression des secteurs réactionnaires" était menée par les parachutistes, les troupes du CIAAC et du RIOQ" ! Des hésitations tout à fait compréhensibles, et que les évènements justifient, existaient parmi la population sur la volonté de telles troupes d'être le fer de lance d'une "agression contre-révolutionnaire". L'alarmisme du FUR aboutit à une manifestation de un millier de pursonnes sur le Rossio, à 13 heures. C'est ce millier de personnes qui devait, selon le FUR écraser la contre-révolution". A l'alarmisme s'adjoignait le manque total d'appel et d'initiative vers le PS et le PCP dont les forces ouvrières sont loin d'être inutiles pour briser une agression contre-révolutionnaire! Ici transperce la conception dominante du FUR selon lequel l'unité des organisations révolutionnaires, non seulement colncide avec l'unité de l'avant-garde ouvrière large, mais est à ellé seule le facteur suffisant pour entratner, par-dessus la tête du PCP et du PS (cela va de soi :) les gros bataillons de la classe ouvrière. Pourtant, une volonté existait de se mobiliser aux côtés des soldats, pour transformer l'occupation décidée par le gouvernement en son contraire. Or, le tract du FUR ne fait même pas allusion à cette jonction des travailleurs et des soldats sur cet objectif précis. En outre, le rassemblement devant le ministère de la communication sociale exprima la détermination de milliers de personnes - - parmi lesquelles les ouvriers des principales usines de la zone industrielle de Lisbonne venus en cortège -- de faire plier le gouvernement et de participer activement à une occupation des radios et de la télévision, dont l'ADFA, au cours de sa lutte, avait montré le chemin. (Voir notre article "Une armée qui dit non !"). La possibilité exisiait de faire passer en tout cas de façon exemplaire, la radio du côté des travailleurs et non pas du côté du ministre de la communication sociale. Une seconde fois, le FUR échouait. La conférence de presse donnée - - dans le ministère de la communication sociale - - par le troisième actionnaire de Republica, le ministre A. Santos, et Otelo Saraiva de Carvalho, prit l'allure d'une véritable pantalonnade. L'irruption dans la salle de la conférence d'une délégation de la manifestation -- composée d'ouvriers de la Lisnave, de la Setnave et de l'ENI -- fit pâlir le ministre, bredouiller Otelo, craquer les fauteuils et sauter les portes de la bibliothèque. La direction du FUR ne saisit pas l'opportunité de mettre Otelo au balcon du ministère et de l'obliger à répondre vite et devant tout le monde à la seule question importante : "Si nous occupons les radios et la télévision, donneras-tu l'ordre de tirer ?". Par contre, ils lui donnèrent la parole pour qu'il se livre démagogiquement à une confession publique sur ses états d'âme contradictoires de commandant "révolutionnaire" du COPCON, respectueux des ordres du président de la République et sur son "manque de connaissances livresques pour être le Fidel Castro de l'Europe" (selon ses propres termes !). Au fil des minutes, les manifestants exprimaient leur dédain pour Otelo; ils accueillaient, au contraire les soldats du Régiment de Police Militaire aux cris de "'SUV a vaincu, SUV vaincra ! ". Portés en triomphe les soldats répondirent le poing levé! A ce moment-là, dans le salon du ministère, la direction du FUR s'engageait dans une discussion interminable avec le commandant du COPCON pour le décider à se mettre à la tête d'une manifestation évitant la radio et se rendant à Bélem. 8. heures après le début du rassemblement, à minuit, il ne restait plus qu'un millier de personnes. Le reste s'était dispersé vers les radios. A 4 heures du matin, sans Otelo, le secrétariat du FUR rencontrait Pinheiro de Azevedo pour s'entendre dire que l'occupation militaire se faisait contre la contre-révolution. Le secrétariat du FUR n'avait même pas réussi à compromettre Otelo. Celui-ci avait mieux compris qu'eux les limites de la division de la hiérarchie militaire. Un troisième échec! Tout n'était pas encore perdu. Une série d'initiatives étaient possible. Le 30 septembre, les soldats, partout, se trouvaient aux côtés des travailleurs, occupaient avec les piquets de solidarité populaire, et affirmaient dans des motions leur volonté de défendre le droit pour les travailleurs d'utiliser la radio. La Radio-télévision portugaise était le seul centre à ne pas se trouver dans cette situation. Les soldats de l'EPAM se déclaraient solidaires des travailleurs, mais ces derniers -- sous l'influence du PCP - - ne firent rien pour traduire cette solidarité sur les antennes. Une initiative commune des CT des autres stations de radios et de délégations de soldats pouvait modifier radicalement la situation, et permettre l'utilisation de la télévision pour infliger au gouvernement une défaite totale. Rien ne fut fait dans ce sens.
Démocratie ouvrière et démocratie bourgeoise De même, il eut été possible de lancer une vaste campagne opposant concrètement au niveau de l'information les principes de la démocratie ouvrière à ceux de la démocratie bourgeoise formelle. Ceci était de la plus grande actualité, aurait permis de toucher la base ouvrière du PS et de diffuser une conception se démarquant de celle du PCP. Tout d'abord, il était aisé de mettre en relief la véritable nature de la campagne du PS sur la liberté d'expression autour de Republica, au moment où les Zenha et les Soares soutenaient énergiquement un décret de censure et une occupation militaire. D'autant plus que le Jornal Novo, proche du PS, se voyait lui-même obligé de mettre en bandeau de ses premières pages la mention : "censure militaire, jour l, jour 2...". A partir de la simple réaction de ce quotidien il était facile de déséquilibrer la direction social-démocrate. Ensuite, le ler octobre, au moment où le Jornal Novo s'apprêtait à sortir une deuxième édition reproduisant le communiqué de la direction Soares sur l'imminence d'un coup d'Etat mystérieux d'extrême-gauche, l'équipe de nuit de l'imprimerie Mirandella se refusa de sortir cette édition si elle ne pouvait pas y adjoindre son propre communiqué sur ce prétendu coup d'Etat. La direction de Jornal Novo préféra renoncer à cette deuxième édition. Parallèlement, à l'Emisora Nacional deux listes sont en présence pour l'élection de la commission de travailleurs. La liste A revendique le droit pour tous les courants du mouvement ouvrier de pouvoir s'exprimer sur les antennes de la station, Ces deux initiatives ouvrières pouvaient servir d'illustration à une campagne démontrant que la démocratie socialiste peut et doit être une démocratie qualitativement supérieure à la démocratie bourgeoise et assurer plus de libertés aux masses laborieuses. Ceci pouvait se combiner avec une campagne de défense de Republica et de Radio Renascensa, tous deux menacés par le gouvernement au nom d'une propriété privée qui apparait
RENTE UNTARIA
aux yeux des travailleurs comme resireignant leurs libertés. D'ailleurs, toutes les commissions de travailleurs de la presse écrite viennent de se réunir pour envisager les moyens de défendre Radio Renascensa, bail-
En outre, une petite entreprise d'électronique, Iberonica, ayant expulsé son patron il y a un mois, offre ses services à Radio Renascensa pour lui installer un émetteur Malgré ces occasions perdues, l'absence d'initiatives infligeant une défaite exemplaire au gouvernement, la riposte des soldats a néanmoins enrayé l'offensive de Pinheiro de Azevedo et de Costa Gomes. Le dénouement favorable à la classe ouvrière de cette confrontation s'inscrit dans le cadre d'une montée révolutionnaire par paliers successifs et de victoires ouvrières sans grande résistance de l'ennemi de classe. Ceci peut créer l'apparence trompeuse d'une impuissance politique de la bourgeoisie et de son incapacité définitive à reconstituer une force de frappe militaire. Cette illusion alimente un ultra-gauchisme se traduisant dans l'aventurisme d'un PRP-BR qui affirme qu' "à l'ordre du jour pour les forces révolutionnaires et pour les travailleurs se pose le problème d'une insurrection" (Diario de Lisboa, 30 septembre 1975), comme des positions sectaires et triomphalistes de la quasi-totalité de l'extrême-gauche envers le PS et le PCP, conduisant à évacuer toute tactique de front unique ou réduisant celui-ci à un ultimatisme effréné. A ce jeu, l'extrême-gauche pourrait bien être prise dans le piège dans lequel sont tombés les communistes allemands en janvier 1919. Le développement de la situation politique, illus -tré par les derniers évènements, peut faciliter un processus de clarification permettant à la fois de répondre aux nécessités de l'unité d'action du mouvement ouvrier et de la centralisation des organes de "pouvoir populaire!!. 3 octobre 1975, Lisbonne
ANINHEIRE
CEREMOS