Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PORTUGAL

Interview avec un soldat du SUV

Inprecor (première série) n° 35, 9 octobre 1975 · p. 12-17 · 3 980 mots

Portugal

OLDAL

SEMPR

LADO

Inprecor: Le SUV est apparu pour la première fois publiquement lors d'une conférence de presse à Porto, conférence qui lança un appel à la manifestation du 10 septembre. Peux-tu nous expliquer comment est né le SUV ? SUV : Le SUV est apparu dans la région militaire du nord pour des raisons qui sont propres à cette région. Dans le Nord, l'ennemi se profilait clairement, la montée de la réaction était évidente. Cela a permis une unité d'action dans les casernes pour y riposter. Ainsi, initialement, cette unité d'action s'établit entre les militants du PCP, de l'extrême-gauche (MES, FSP, PRPBR, LCI, LUAR), et ceux de l'UDP. Les premiers pas de ce mouvement remontent, en fait à la mi-juillet, au moment où la crise politico-militaire éclate avec force. Des solsergents et officiers miliciens ont commencé à se réunir afin d'organiser l'échange des informations sur l'activité contre-révolutionnaire croissante des officiers au sein des différentes unités du nord. Ces derniers visaient essentiellement à expulser des casernes les soldats et officiers miliciens qui s'étaient illustrés dans les luttes. Cette épuration, pour laquelle les officiers réactionnaires ne cherchaient même pas de prétexte disciplinaire, frappait ce qu'ils appelaient les "éléments partidaires et divisionnistes", c'est-à-dire les militants révolutionnaires. C'est ce qui se passa notamment au CICA (Centre d'instruction des conducteurs automobiles), au RIP (Régiment d'infanterie de Porto), à Viana de

INTERVIEW

D'UN

SOLDAT

DU S.U.V.

Castelo (près de Porto), au CIDE (Centre d'instruction des opérations spéciales) de Lamego. Cette offensive révéla le manque d'organisation des soldats pour s'y opposer. La première initiative consista à dresser une liste complète des cas de répression, afin de mettre au point les modalités d'une riposte. Le général de brigade Corvacho devint le point de mire de la droite. Corvacho commandait la région militaire du Nord. La droite l'accusait d'être communiste. Il avait, de façon plus conséquente que la majeure partie des officiers de gauche du MFA pris parti pour les organes de "pouvoir populaire". Par exemple, il avait protégé le Conseil municipal de Porto, qui de fait, est un organe de contrôle de la Commission administrative (Mairie). Il est composé des représentants des CM, des CT, de représentants syndicaux et de délégués des ADU (Assemblées de délégués d'unités de l'armée). De plus, Corvacho avait mis en place un appareil de vigilance dans l'armée, en liaison avec des CT et CM, pour lutter contre les commandos fascistes de l'ELP et du MDLP, assez actifs dans le nord. Au travers de Corvacho, la réaction visait donc les organes populaires autonomes et les luttes des soldats. Elle comprenait que la présence de Corvacho rendait plus difficile cette tâche. La coordination que nous avions mise en place, nous permit de recouper les informations et

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d'avoir la certitude que la réaction avait monté un véritable centre de commandement parallèle, avec des réunions secrètes des officiers de carrière. Nous avons appris qu'au cours d'une de ces réunions, auxquelles participait la quasitotalité des officiers de la région, le limogeage de Corvacho de la région militaire fut décidé à une majorité d'environ 80%. Les officiers du cadre permanent présentèrent cette décision comme émanant de l'ensemble des unités du Nord. Pour démontrer leur opposition à Corvacho et faire pression sur l'Etat-major général, ils décidèrent de consigner sept unités du Nord, au moment même où Corvacho se trouvait à Lisbonne pour participer au Conseil de la Révolution. Or, selon le réglement, un tel ordre ne peut-être donné que par le commandement de la région militaire, c'est-à-dire Corvacho lui-même. Nous avons réagi immédiatement contre leur prétention de parler au nom de la région militaire, alors que 95% des effectifs (soldats, officiers miliciens, sergents) n'avaient été en aucune manière consultés et pour cause ! Nous étions même conscients que les mesures de consigne pouvaient aboutir à des affrontements dont les soldats feraient les frais. Tout ceci nous incita à nous organiser à un niveau supérieur. Nous n'étions pas disposés à servir de chair à canon pour le réglement de dissenssions entre clans d'officiers, dont on voulait nous cacher les tenants et aboutissants. Nous nous refusions à ce que des officiers parlent au nom de la région militaire, sans s'être expliqués devant des assemblées générales d'unité ou une assemblée générale de la région militaire qui, seule, pouvait exprimer la position de la région militaire et prendre des décisions. C'est sur ce thème qu'est sorti le premier tract du SUV. Nous mettions l'accent sur le fait qu'un des objectifs de la réaction consistait à rétablir la discipline dans l'armée, en concentrant son offensive sur le Nord qu'elle considérait comme une de ses bases solides. Il ne faut pas oublier que, parallèlement aux mesures d'épuration, se développait une vague réactionnaire trouvant un appui social dans diverses couches de la petite-bourgeoisie, entre autres, le petit paysannat. Ces attaques fascistes frappaient le PC, les organisations révolutionnaires, les syndicats et aussi les organes de "pouvoir populaire". Par exemple, à Braga, les fascistes attaquèrent le marché du peuple, où les usines autogérées viennent vendre leurs produits. La réaction a donc développé une véritable stratégie à l'échelle de la région, Elle voulait absolument réintroduire une discipline de fer dans les casernes, afin de pouvoir utiliser plus facilement les soldats contre les travailleurs et leurs propres organisations.

Inprecor : Comment les soldats réagirent-ils pendant cette vague fasciste de l'été ? SUV : A cette époque la réaction de diverses unités était loin d'être positive. Par exemple, les soldats du RIB ( Régiment d'infanterie de Braga), auxquels les fascistes payaient à boire en leur expliquant que les communistes voulaient confisquer les terres des paysans, marchèrent derrière les meneurs fascistes, saccagèrent les locaux du PCP et même frappèrent des militants. Il faut souligner d'une part que le recrutement est effectué sur une base régionale, c'est-à-dire que ces soldats sont pour la plupart des fils de paysans de la région et d'autre part que ce jour-là, l'encadrement, y compris les officiers miliciens, était fort réactionnaire. La caserne de Braga, le RIB, était commandé par un officier qui se trouvait au coeur de la conspiration réactionnaire contre Corvacho : le colonel Soarès. En outre, les soldats issus du paysannat du nord n'ont aucune tradition de lutte, à la différence de ceux de l'Alentejo. Enfin, depuis le 25 avril, le sort des paysans, de leur famille ne s'est guère amélioré, quand il ne s'est pas aggravé. Pourtant, parmi ces soldats, nombreux furent ceux qui participèrent à la manifestation du SUV le 10 septembre à Porto. Inprecor : Comment expliques-tu ce changement ? On peut comprendre que les soldats les plus radicalisés et politisés aient immédiatement combattu la réaction, mais comment expliquer la rapide radicalisation de ces soldats non politisés et fortement influencés, comme à Braga, par la SUV: Les conquêtes des soldats, depuis avril de l'année passée, se sont développées de façon très inégale. Elles ont pratiquement été arrachées caserne par caserne, Ainsi, dans certaines casernes, la composition d'origine ouvrière des soldats, une tradition de lutte et d'organisation liée au mouvement ouvrier ont permis d'aller assez loin dans la transformation de la vie à l'intérieur des casernes, A Lisbonne particulièrement, les soldats ont même imposé leur propre forme d'organisation. Mais cela est encore fort limité. Dans le Nord et dans l'intérieur, majoritaires sont les casernes, dans lesquelles aucun changement substantiel ne s'est opéré depuis avril 1974 et parfois même aucun changement du tout ! Braga représente une des casernes de ce type. Les différences sont donc énormes entre les casernes. Initialement, le SUV est lié à l'initiative d'éléments d'avant-garde, souvent militants d'organisations révolutionnaires qui ne disposèrent pas immédiatement d'une influence de masse. C'est à partir des besoins exprimés par les sol-

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dats de répondre à l'oppression issue de la discipline militariste et d'un système hiérarchique hérité du fascisme, ainsi que des conditions de vie matérielles misérables, etc., que la radicalisation s'opéra. C'est dans la capacité à exprimer en termes revendicatifs ces aspirations et à les lier à la lutte contre la réaction que le SUV s'est établi comme une organisation de masse. Jusqu'au début de l'année 1975; l'initiative des luttes appartenait aux CT et au CM, etc.. En un certain sens, les soldats sont en retard. Cela est dû en grande partie au prestige trompeur du MEA. Cela s'exprimait entre autres par le mythe que : "Nous tous, officiers du MFA, soldats mes révolutionnaires, il faut respecter la discipline, cela constitue notre force". Ce prestige a bloqué le mouvement revendicatif des soldats. Mais les soldats ont commencé à se fatiguer de cette phraséologie "rérnlutionnaire" qui les empêchait de posséder leurs propres instruments de revendication et d'expression au sein de l'armée qui ne leur donnait pas la parole sur les principales questions politiques à l'ordre du jour. Ainsi, surgirent des revendications centrées sur l'augmentation de la solde et la gratuité des transports. En effet, un seul voyage dans leur famille suffisait, pour beaucoup, à engloutir totalité de la solde. De même, apparurent les revendications concernant la qualité de la nourriture, les différences entre celle des soldats, celle des sous-officiers, celle des officiers. Sur la base de telles revendications, la lutte et les méthodes de combat des travailleurs purent pénétrer dans l'armée, en mettant à profit la crise d'autorité généralisée. Alors, les officiers parlèrent'd'agitation'dans l'armée! Ce type de radicalisation a permis de mettre en cause - et cela était essentiel - le MFA. Inprecor: Pourquoi et comment s'opéra cette rupture avec le MFA ? SUV : Pour nous, soldats, lorsque nous revendiquions, nous trouvions en face de nous des officiers, dont une partie était membre du MFA. Ces officiers non seulement appliquaient pour beaucoup la discipline militariste mais se montraient incapables de satisfaire nos revendications. Cela a suscité chez les travailleurs en uniforme, une distanciation face au MFA que les travailleurs civils, entrés antérieurement dans la lutte, ne ressentaient pas aussi nettement. Tout ceci nous a facilité la tâche et a accru notre audience dans de larges couches de soldats, dans la région (le nord). Cette méfiance s'accrut aussi à partir du thème : "Nous sommes trompés, les officiers parlent en notre nom, jamais nous n'avons été consultés! " Ce fut important pour dénoncer les tentatives d'instrumentalisation des soldats par la droite contre les travailleurs et aussi contre d'autres soldats. Ces explications se combinaient avec une propagande montrant la nécessité de riposter aux conspirations de la réaction. Inprecor : Tu as bien montré quelles étaient les bases propices à la création des SUV. Mais comment le pas a-t-il été franchi d'une sorte de coordination de militants pour échanger des informations à un réel mouvement de masse ? SUV: On a rapidement constaté la sensibilisation des soldats aux thèmes que nous développions. Mais nous ne présentions aucune garantie organisationnelle, leur assurant que notre mouvement pourrait prendre en charge les revendications et les défendre contre la hiérarchie. Il fallait donc définir un type d'expression de cette combativité latente qui donne, par la suite, une confiance aux soldats dans leur capacité d'auto-organisation. Une manifestation centrale à Porto, capable de drainer toutes les forces de la région militaire nous est apparue comme le moyen le plus efficace. En une quinzaine de jours, nous avons organisé la manifestation, L'appel à la manifestation ne fut pas restreint aux casernes. Nous nous sommes adressés directement aux organisations autonomes des travailleurs afin qu'elles soutiennent notre mouvement. La réponse que nous avons reçue de leur part indiquait combien elles espéraient une telle initiative. Elles attendaient une riposte face à un danger réactionnaire qu'elles voyaient se rapprocher sans que rien, apparemment ne s'y oppose. Une certaine crainte commençait à sa répandre parmi les travailleurs. La manifestation du 10 septembre modifia ce climat, les soldats n'agiraient plus comme à Il faut comprendre qu'en deux mois, après juin, le climat se modifia très rapidement dans le Nord. Alors qu'auparavant, les membres du PPD et surtout du CDS, pouvaient difficilement manifester publiquement leur adhésion politique à la réaction, en août, ils se promenaient dans les rues de Porto en portant ostensiblement les emblèmes de leur parti. Pour coller des affiches, les militants des partis ouvriers devaient organiser leur défense contre des attaques des nervis de la droite, les stands de vente du PCP, du MDP étaient brûlés sur la place Delgado, des provocateurs cherchaient à empêcher la vente des journaux dans la ville elle-même. La riposte des soldats a cassé, du moins pour l'instant, cette offensive réactionnaire. Après notre conférence de presse du 7 septembre des CM s'adressaient avec nalveté au quartier général pour dire : " Nous avons entendu à la radio l'appel du SUV, nous venons

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ici pour apporter notre soutien et savoir ce que l'ont peut faire pour aider à préparer la manifestation". Ils allaient dire ça à des officiers réactionnaires! Inprecor : Aviez-vous prévu une réponse aussi massive, aussi bien des soldats que des travailleurs ? SUV : Ce fut la plus grande manifestation de Porto depuis le premier mai 1974. La réponse dépassait considérablement nos espérances. Il y avait environ trente mille travailleurs, beaucoup disaient plus. Il y avait 1500 soldats. C'était la plus grande manifestation de soldats dans tout le Portugal. De Coimbra, 71 soldats sont venus. De Braga, bien que nous n'ayons pas fait de propagande à l'intérieur de la caserne par faiblesse d'organisation, ce sont plus de trente soldats qui sont venus. Après le service, à 17h30, ils ont fait 80km pour venir à la manifestation, bien qu'ils aient l'obligation de rentrer à la caserne avant 10h30. Ceci représentait une des victoires les plus grandes de la manifestation. De toutes les casernes à 80 ou 100 km de Porto des délégations sont venues parfois en réquisitionnant des camions militaires, comme à Lamego (à 50km de Porto). Des délégations mandatées de Lisbonne vinrent nous apporter l'appui des soldats du RALIS (Régiment d'artillerie de Lisbonne), de la PM (Police militaire), du BRT ( Brigade de transmission). La manifestation n'a pas eu qu'un impact régional, elle a eu un effet sur la situation politique nationale. Après la manifestation, la confiance parmi les soldats avait rapidement crû. Ils venaient de toutes les casernes prendre contact et poser le problème de l'organisation du SUV dans la leur. Nous sommes alors passés à la mise sur pied d'une organisation réelle de masse, apte à organiser les soldats dans les casernes, à permettre la coordination et la diffusion du matériel dans les casernes. Ce n'est évidemment que le début, nos faiblesses sont grandes et la hiérarchie nous frappe déjà, comme on pouvait s'y attendre. Inprecor: Dans les casernes qu'elles ont été les conséquences de la manifestation ? SUV: Au CICA 1 de Porto (Centre d'instruction des conducteurs automobile), où nous avons été incapables de riposter à des mesures d'épuration il y a quelques semaines, où les officiers étaient très réactionnaires, il y a eu la plus belle manifestation de soutien aux travailleurs chiliens le ll septembre. A 13h 45, trois cents soldats et recrues sont allés chercher des armes à l'arsenal, se sont rassemblés avec ces armes, sans autorisation, dans la cour de la caserne. Sur un rang, ils ont fait une minute de silence en l'honneur des travailleurs chiliens, puis ils ont crié :

"Vive les travailleurs chiliens". Le commandant est alors accouru, accompagné de ses officiers. L'un d'eux s'écria à l'adresse des soldats : "Vous être en train de vous faire manoeuvrer" Alors tous ensemble, les soldats ont repris un des mots d'ordre de la manifestation : "Réactionnaires, hors des casernes". Au Quartier Général de Porto, il y a trois réfectoires différents pour les soldats, les sous-officiers et les officiers. Trois jours après la manifestation, des soldats sont venus calmement au restaurant s'installer à la table des officiers. Le lendemain, tous les soldats occupent le réfectoire des officiers. Depuis ce jour une lutte est menée pour supprimer les différents réfectoires et les unifier. Les officiers réactionnaires s'opposent durement à cela, comme ils sont opposés à des foyers communs. Ces réactionnaires sont incapables de développer un argument pour défendre leur attitude, ceux qui leur fournissent des arguments, ce sont des officiers qui se disent de gauche et qui affirment : "Il ne faut pas marginaliser ces officiers, cela est très dangereux. Il faut être tactique. Il faut renoncer à ces revendications, sans quoi vous allez repousser ces officiers définitivement du côté de la réaction. Inprecor : Que représentent les structures mises en place par le MFA, comme les ADU (Assemblées de délégués d'unité) par rapport aux "Commissions de soldats" que le SUV cherche à faire nattre, à stimuler ? SUV: L'ADU est un type de représentation qui existe dans toutes les casernes, obligatoirement, Cet organe est ainsi composé : 50% de soldats normalement, l'autre moitié est constituée par les sous-officiers et officiers miliciens et par les officiers et sous-officiers professionnels. La présence du commandant est imposée, Dans la mesure où il y a 50% de soldats et dans la mesure où les plus combatifs accèdent souvent à ces fonctions (dans la plupart des cas, ils ne sont pas élus), les ADU sont comme une pierre dans la botte des officiers. Elles déséquilibrent le système hiérarchique. Pour cette raison, nous travaillons dans les ADU. Nous nous y battons pour faire comprendre que ces ADU ne peuvent pas mener jusqu'au bout la tâche de défense des soldats. Beaucoup de courants politiques avaient de fortes illusions sur les possibilités des ADU. Aujourd'hui le SUV marque une rupture largement comprise avec ce type d'organisme et lutte pour la constitution de "commissions de soldats'' autonomes, pour reprendre la dénomination utilisée par les travailleurs dans les entreprises et les Ces commissions doivent représenter la volonté des soldats exprimée en assemblée générale; elles doivent être élues et révocables. A Lisbonne, les liens entre les soldats et les CT,

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les CM se faisaient et se font encore, par le biais des ADU. Cela possède une certaine ambiguité. Mais vu la combativité des travailleurs, la crise très profonde de la hiérarchie dans cette région, la liaison entre organes autonomes des travailleurs et ADU dépassa quand même le projet du MFA. Dans le reste du pays par contre, les ADU prennent des mesures disciplinaires et deviennent des conseils disciplinaires. Dès lors, dans ces cas, elles peuvent devenir des canaux d'intégration des CT, des CM, des AP, contre leur autonomie. Il est donc très important de lutter pour la création de réels organes autonomes des soldats. Inprecor :Mais ne risquez-vous pas d'éloigner des soldats une couche d'officiers qui leur a déjà manifesté sa solidarité ? pensez-vous les gagner pratiquement à votre projet ? SUV: La pratique proue déjà qu'en apparaissant comme une alternative claire en face des hésitations et des concessions du MFA, le SUV peut en déterminer un nombre non négligeable à passer du côté des soldats et des travailleurs. Pour atteindre ce but nous mettons l'accent sur : le refus par les officiers de toutes mesures de répression contre les soldats, l'affirmation que la lutte contre la réaction ne peut être l'oeuvre que des soldats et des travailleurs unis. Dans la mesure où ils répondent dans la pratique à ce type de critères, nous considérons qu'ils donnent les assurances pour les intégrer dans notre action. Des dizaines d'entre eux nous ont déjà rejoint. Inprecor: Le VI° gouvernement affirme ouvertement sa volonté de restaurer la discipline dans l'armée, quelles mesures prend-il contre vous ? SUV: Dès les premiers tracts du SUV, un ordre fut donné par le chef d'état-major, Fabiao, de rechercher et de ficher les "agitateurs" du SUV. Après la manifestation, un message semblable, adressé à tous les commandants d'unité demandait de ficher tous les participants à la manifestation de Porto. Dans les casernes, des listes circulaient déjà faisant le recensement des possibles "meneurs" Devant le développement du SUV, et notamment sa création à Lisbonne, le Conseil de la Révolution a immédiatement mis à son ordre du jour la question de la crise dans l'armée et du SUV. Le CR indique déjà quel va être l'angle d'attaque : le SUV divise l'armée et sert la réaction. On sait par exemple que le deuxième bureau de l'état-major, dans le nord, vient de placer en tête de ses priorités la recherche des membres du SUV et met au second plan la recherche des membres de l'ELP et de leurs liens avec le CDS. A Mafra, deux camarades ont été emprisonnés parce que des officiers avaient trouvé dans leur casier des tracts du SUV. Ils furent envoyés au fort de Trafaria, près de Lisbonne. La riposte s'organise déjà pour leur libération (1). Ce matin même, les soldats de l'EPI (Ecole pratique d'infanterie) de Mafra se sont réunis dans la cour de la caserne. Il y a eu une véritable bataille rangée entre eux et les officiers, dont le commandant, qui tentaient de les empêcher de manifester pour la libération de leurs deux camarades: un sergent et un soldat. Bien que le SUV ne soit qu'une création très récente, la force de la riposte exprime la sensibilité des soldats aux revendications avancées et la volonté de les défendre. Ainsi, des soldats du Centre (Coimbra) vinrent au Nord pour chercher des tracts afin d'organiser la défense de nos deux camarades. Spontanément, dans une série de casernes où nous n'avions pas de contacts, des initiatives identiques furent prises. A Porto au Quartier Général, le SUV a déjà commencé à répondre à l'accusation de divisionnisme. Il réclame une assemblée générale dont le point essentiel soit : "Pourquoi cherche-t-on le SUV?". Dans le tract distribué, la réponse est fournie : "On cherche le SUV par -ce que c'est une organisation partidaire". Pourtant les officiers peuvent sans cesse s'exprimer, ils peuvent s'organiser, comme cela est prouvé dans le Nord. Si aucune accusation n'est portée contre eux, c'est tout simplement parce qu'ils sont membres du parti des galons. Nous revendiquons, nous aussi, en tant que travailleurs sous l'uniforme le droit de nous organiser"'. Inprecor: L'un des mots d'ordre d'appel à la manifestation du SUV de Lisbonne le 25 septembre, est : "Travailleurs, soldats, autodéfense populaire". Pourquoi ? SUV: Le gouvernement veut restaurer à tout prix la discipline dans l'armée parce qu'il pense déjà à s'en servir contre les travailleurs, pour ramener l'ordre dans la société et stabiliser le capitalisme. Nous disons aux soldats que notre propre organisation, la riposte que nous pouvons opposer à la politique du gouvernement de rétablir la discipline dans l'armée est seulement possible si les travailleurs sont aussi capables de résister sur le plan militaire. Notre propagande sur l'auto-défense insiste sur le rôle central des CT et des CM et leur jonction avec les soldats. Cette tâche d'auto-défense est une question de plus en plus pressante. Inprecor: Quelles sont vos perspectives immédiates ? SUV : Dans l'immédiat, il s'agit de donner une structure nationale à notre mouvement. La conférence de presse donnée à Lisbonne le 21 septembre et la manifestation du 25 septembre doivent permettre de faire ce bond en avant. Tout laisse croire que la manifestation de Lis-

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bonne sera encore plus grande que celle de Porto. Si le SUV est apparu dans le Nord, la raison en est simple : la nécessité de lutter contre la réaction se fit sentir plus ouvertement. Le développement du SUV au Sud va nous permettre d'élever le niveau revendicatif, de clarifier les positions politiques d'ensemble face à la question d'une confrontation avec le pouvoir, d'utiliser et de généraliser les expériences très avancées de lutte des casernes de la région de Lisbonne. Porto, le 23 septembre 1975 FSP : Front socialiste populaire LCI : Ligue communiste internationaliste

(organisation sympathisante de la IV° Internationale). LUAR : Ligue d'unité d'action révolutionnaire. MES : Mouvement de la gauche socialiste. PRP-BR : Parti révolutionnaire - Brigades révolutionnaires. UDP : Union démocratique populaire (maoiste) ELP : Armée de libération portugaise MDLP : Mouvement démocratique de libération du Portugal (dirigé par Spinola) (1) La manifestation du SUV, du 25 septembre à Lisbonne devait libérer deux jours après cette manifestation de soldats de Mafra, les deux emprisonnés, Ce sont quarante mille personnes qui défilèrent derrière quatre mille soldats en uniforme.

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